col. 1669–1670page 1 of 21
PG 21:166914 aurait du en faire disparaître des erreurs signa Jées depuis longtemps. La plus remarquable est page 42, où il a donné sous le nom de Porphyre, un extrait qui appartient à Philon. On y dit: Kpó Il faut lire I avec les autres manuscrits, ou mieux encore H avec le manuscrit 451. En effet, Damas cius, dans la Vie d'Isidore, dit: Les Phéniciens et les Syriens appellent Saturne Hel et Bel et Bolath › Ce passage est cité par M. Orelli lui-mėme, p. 26. Mais s'il est excusable de n'avoir pas corrigé le texte d'après un manuscrit qu'il ne connaissait pas, il l'est moins d'avoir ignoré ou négligé les observa tions des savants qui ont soumis Eusèbe à leur cri tique. Voici ce que dit Walckenaer sur Aristobule, pag. 15 Grotius paraît avoir corrigé fort à propos la deuxième erreur de Scaliger, lorsqu'il dit: Je crois que le met 'lopand a été mis par erreur dans Eusèbe au lieu de "I, parce que les Grecs chré tiens se servaient de cette abréviation pour écrire "Iopata, c'est ce qu'établit Huet lui-même › Il fait remarquer que la p. 36 (26 de M. Orelli), porte "Ilov tov xat Kpóvov; pag. 37 (28 de M. Orelli), En voilà assez pour qu'il eut du faire disparaître 'lopanλ de son texte, en rétablissant "Iλ Cet exemple suffit pour prouver que cette édi tion n'a apporté aucune amélioration au texte d'Eusèbe. Il aurait dù de plus, pour rendre sa col lection aussi complète que possible, y joindre ce qu'on lit pages 456 et 484 du livre de la Prépara tion, où les même faits sont rapportés, mais avec des modifications qui répandent de véritables lu mières sur la première portion du texte. L'authenticité des fragments de Sanchoniathon, pendant longtemps, n'a fait aucun doute parmi les savants qui l'invoquaient comme une autorité irré cusable. Joseph Scaliger, à la fin de son traité De emendatione temporum, a cité le morceau de Pør phyre, où il atteste la sincérité de Sanchoniathon et la accompagné de notes qui ne mettent point en doute qu'il soit l'auteur de cet ouvrage. Le savant Bochart lui a consacré deux chapitres entiers de son Chanaan; le 2 du second livre et le 17° du même. Il applique ses profondes connais sances dans les langues de l'Orient à en expliquer les termes, à y corriger ce que les copistes grecs ont dû nécessairement interpoler dans une langue qui leur était inconnue. Grotius en a tiré grand parti dans son traité de la Vérité de la religion chrétienne: il en fait usage aussi dans ses Commentaires sur les Evangiles, où comme je l'ai dit, il a fort heureusement corrigé un passage mal apprécié par Scaliger. Huel y a cherché un appui de sa Démonstration évangélique. Mais il en a fait un usage tellement contraire à la saine critique, en lui prêtant des sup positions aussi gratuites qu'étrangères au texte, Bolahv novoμáčovo, Bibliothèque de Photius, cod. GCXLII, p. 1050. Alterum errorem Scaligeri recte videtur emen dasse Grotius ad Evangelium Matthæi, v. 31; ubi ego, ait, magis credo 'Topan errore apud Eusebium scri ptum pro "1; quia tali compendio Græcis christia nis lopan notabatur. Idipsum statuit Huetius, Dem. evang., prop. iv, p. 116. La leçon "Hλ trouve un appui dans une va riante de Servius; c'est sur le vers 729 du 1er livre de l'Enéide Belus, primus rex Assyriorum, quos constat Saturnum quem eumdem et Solem dicunt, Junonemque coluisse: quæ numina etiam apud Afros postea culta sunt unde et lingua Punica Bal dicitur Deus. Apud Assyrios autem Bel dicitur qua dam sacrorum ratione et Saturnus et Bal. › Burmann, dans les Variantes, indique Hel au lieu quot auteur, qu'il a plus décrié que tout ce qu'on u'on ne sait si on doit le ranger parmi les soutiens a écrit contre lui. Au reste, l'abus qu'il a fait de toutes les mythologies, pour son idée favorite d'y introduire Moise, suffit pour qu'on lui impute seul tout le blâme de cette interprétation qu'il n'a trou vée que dans sa tête. Gérard Jean Vossius, dans le début de son Traité des historiens grecs, consacre un long article à San choniathon et à son traducteur Philon, sans élever aucun doute sur l'authenticité de ses fragments, qu'il aurait sans cela relégués au rang des fables d'An mius de Viterbe. Il en développe de plus toute la doctrine religieuse dans le ch. 22 du livre premier. De origine idololatriæ. Ce fut vers le milieu du xvi* siècle qu'elle fut mise en doute pour la première fois. Le premier écrivain qui entra en lice fut J.-H. Ursinus, qui, en 1661, publia en Allemagne une Dissertation su' Zoroastre, Hermès et Sanchoniathon. Non-seulement il nie l'existence de ce dernier, mais il voit dans son nom une espèce d'anagramme: scopulus præparatus asina; et dans tout ce fragment une satire contre le christianisme, dont Philon de Byblos est l'auteur, sous le masque de traducteur. J'ai vainement cher ché l'attaque contre le christianisme dans ces pa ges; et quoique cette imputation ait été renouvelée par Dodwell, qui prétend que c'était pour opposer une cosmogonie à celle de Moïse, je n'ai pu être frappé de la force de cette accusation. Lorsque Phi lon vivait, les Chrétiens étaient en trop petit nombre et trop peu connus pour avoir attiré ses regards. II serait plus vraisemblable de croire que si Philon avait supposé cet écrit, c'était contre les Juifs qu'il était dirigé; nous verrons plus tard qu'il avait fait un ouvrage ex professo sur eux et dans des vues peu amicales. Quant à la portée de la critique de J.-H. Ursinus, j'en puis donner un échantillon, en ce que, dans ses Analecta sacra, lib. iv, p. 219 et suivantes, il découvre le roi David dans le célèbre Orphée des Grecs. Voilà certes ce qui est digne de Huet. Après Ursinus, Richard Simon attaqua aussi la vérité de ces extraits, mais son ton tranchant, sans discussion et sans preuve, n'apporta pas un grand poids dans la balance, et son pyrrhonisme, qui n'a pas respecté les livres de Moïse, réduit à bien peu de choses son agression. Richard Simon a consigné les raisons qui lui font reporter sur Porphyre la supposition de l'histoire de Sanchoniathon, dans la Bibliothèque critique, publiée sous le nom de saint Jore, à Båle, t. 1, ch. 10, p. 131 et suivantes. Il est du nombre de ceux qui croient que c'est la haine du christianisme qui a enfanté cet ouvrage. Mais au résumé il ne propose que comme des conjectures tout ce qu'il a dit à ce sujet. Ses arguments ont été puissamment réfutés par le P. Tournemine dans le Journal de Trévoux, du mois de janvier 1714. On de Bel, dans l'édition de Bâle. V. Isidore, Origin. vIII, A. 11. ‹ Saturnus origo deorum et eorum posteritatis a paganis designatur Saint Jérôme, Epist. ad Marcellam: Phœnicibus IL quæ Hebræis EL. Valckenaer propose de lire 'Hλ ou 'I) dans le passage suivant de Diodore de Sicile, 1. 11, c. 30, p. ubi nunc Walckenaer, De Aristobulo, p. 15. Theophil. ad Autolycum, l. 111, in fine: "Evo μèv para. Quelques-uns adorent Saturne et le nomment Bel et Bal; ce sont surtout les habitant des contrées orientales. >νος τοίνυν ἂν οἱ Φοίνικες Ισραήλ προσαγορεύουσι. οἱ σύμμαχοι Ἴλου του Κρόνου. Φοίνικες καὶ Σύροι τὸν Κρόνον Ελ καὶ Βὴλ καὶ 145: Τὸν ὑπὸ τῶν Ἑλλήνων Κρόνον ὀνομαζόμενον Χαλδαῖοι ἐπιφανέστατον δὲ καὶ πλεῖστα καὶ μέγιστα προσημαίνοντα καλοῦσιν Ιλ; "Ηλιον, σέβονται τὸν Κρόνον, καὶ τοῦτον αὐτὸν ὀναμάζουσι Βὴλ καὶ Βάλ, μάλιστα οἱ οἰκοῦντες τὰ ἀνατολικὰ κλίνος τοίνυν ἂν οἱ Φοίνικες Ισραήλ προσαγορεύουσι.
οἱ σύμμαχοι Ἴλου του Κρόνου.
Φοίνικες καὶ Σύροι τὸν Κρόνον Ελ καὶ Βὴλ καὶ
145: Τὸν ὑπὸ τῶν Ἑλλήνων Κρόνον ὀνομαζόμενον
Χαλδαῖοι ἐπιφανέστατον δὲ καὶ πλεῖστα καὶ μέγιστα
προσημαίνοντα καλοῦσιν Ιλ; "Ηλιον,
σέβονται τὸν Κρόνον, καὶ τοῦτον αὐτὸν ὀναμάζουσι
Βὴλ καὶ Βάλ, μάλιστα οἱ οἰκοῦντες τὰ ἀνατολικὰ κλί
14 aurait du en faire disparaître des erreurs signa
Jées depuis longtemps. La plus remarquable est
page 42, où il a donné sous le nom de Porphyre,
un extrait qui appartient à Philon. On y dit: Kpó
Il faut lire I avec les autres manuscrits, ou mieux
encore H avec le manuscrit 451. En effet, Damas
cius, dans la Vie d'Isidore, dit: Les Phéniciens et les
Syriens appellent Saturne Hel et Bel et Bolath ›
Ce passage est cité par M. Orelli lui-mėme, p. 26.
Mais s'il est excusable de n'avoir pas corrigé le texte
d'après un manuscrit qu'il ne connaissait pas, il
l'est moins d'avoir ignoré ou négligé les observa
tions des savants qui ont soumis Eusèbe à leur cri
tique. Voici ce que dit Walckenaer sur Aristobule,
pag. 15 Grotius paraît avoir corrigé fort à propos
la deuxième erreur de Scaliger, lorsqu'il dit: Je
crois que le met 'lopand a été mis par erreur dans
Eusèbe au lieu de "I, parce que les Grecs chré
tiens se servaient de cette abréviation pour écrire
"Iopata, c'est ce qu'établit Huet lui-même ›
Il fait remarquer que la p. 36 (26 de M. Orelli),
porte "Ilov tov xat Kpóvov; pag. 37 (28 de M. Orelli),
En voilà assez pour
qu'il eut du faire disparaître 'lopanλ de son texte,
en rétablissant "Iλ
Cet exemple suffit pour prouver que cette édi
tion n'a apporté aucune amélioration au texte
d'Eusèbe. Il aurait dù de plus, pour rendre sa col
lection aussi complète que possible, y joindre ce
qu'on lit pages 456 et 484 du livre de la Prépara
tion, où les même faits sont rapportés, mais avec
des modifications qui répandent de véritables lu
mières sur la première portion du texte.
L'authenticité des fragments de Sanchoniathon,
pendant longtemps, n'a fait aucun doute parmi les
savants qui l'invoquaient comme une autorité irré
cusable. Joseph Scaliger, à la fin de son traité De
emendatione temporum, a cité le morceau de Pør
phyre, où il atteste la sincérité de Sanchoniathon et
la accompagné de notes qui ne mettent point en
doute qu'il soit l'auteur de cet ouvrage.
Le savant Bochart lui a consacré deux chapitres
entiers de son Chanaan; le 2 du second livre et
le 17° du même. Il applique ses profondes connais
sances dans les langues de l'Orient à en expliquer
les termes, à y corriger ce que les copistes grecs
ont dû nécessairement interpoler dans une langue
qui leur était inconnue.
Grotius en a tiré grand parti dans son traité de
la Vérité de la religion chrétienne: il en fait usage
aussi dans ses Commentaires sur les Evangiles, où
comme je l'ai dit, il a fort heureusement corrigé un
passage mal apprécié par Scaliger.
Huel y a cherché un appui de sa Démonstration
évangélique. Mais il en a fait un usage tellement
contraire à la saine critique, en lui prêtant des sup
positions aussi gratuites qu'étrangères au texte,
Bolahv novoμáčovo, Bibliothèque de Photius, cod.
GCXLII, p. 1050.
Alterum errorem Scaligeri recte videtur emen
dasse Grotius ad Evangelium Matthæi, v. 31; ubi ego,
ait, magis credo 'Topan errore apud Eusebium scri
ptum pro "1; quia tali compendio Græcis christia
nis lopan notabatur. Idipsum statuit Huetius,
Dem. evang., prop. iv, p. 116.
La leçon "Hλ trouve un appui dans une va
riante de Servius; c'est sur le vers 729 du 1er livre
de l'Enéide Belus, primus rex Assyriorum, quos
constat Saturnum quem eumdem et Solem dicunt,
Junonemque coluisse: quæ numina etiam apud
Afros postea culta sunt unde et lingua Punica Bal
dicitur Deus. Apud Assyrios autem Bel dicitur qua
dam sacrorum ratione et Saturnus et Bal. ›
Burmann, dans les Variantes, indique Hel au lieu
quot auteur, qu'il a plus décrié que tout ce qu'on
u'on ne sait si on doit le ranger parmi les soutiens
a écrit contre lui. Au reste, l'abus qu'il a fait de
toutes les mythologies, pour son idée favorite d'y
introduire Moise, suffit pour qu'on lui impute seul
tout le blâme de cette interprétation qu'il n'a trou
vée que dans sa tête.
Gérard Jean Vossius, dans le début de son Traité
des historiens grecs, consacre un long article à San
choniathon et à son traducteur Philon, sans élever
aucun doute sur l'authenticité de ses fragments, qu'il
aurait sans cela relégués au rang des fables d'An
mius de Viterbe. Il en développe de plus toute la
doctrine religieuse dans le ch. 22 du livre premier.
De origine idololatriæ.
Ce fut vers le milieu du xvi* siècle qu'elle fut
mise en doute pour la première fois. Le premier
écrivain qui entra en lice fut J.-H. Ursinus, qui,
en 1661, publia en Allemagne une Dissertation su'
Zoroastre, Hermès et Sanchoniathon. Non-seulement
il nie l'existence de ce dernier, mais il voit dans son
nom une espèce d'anagramme: scopulus præparatus
asina; et dans tout ce fragment une satire contre
le christianisme, dont Philon de Byblos est l'auteur,
sous le masque de traducteur. J'ai vainement cher
ché l'attaque contre le christianisme dans ces pa
ges; et quoique cette imputation ait été renouvelée
par Dodwell, qui prétend que c'était pour opposer
une cosmogonie à celle de Moïse, je n'ai pu être
frappé de la force de cette accusation. Lorsque Phi
lon vivait, les Chrétiens étaient en trop petit nombre
et trop peu connus pour avoir attiré ses regards. II
serait plus vraisemblable de croire que si Philon
avait supposé cet écrit, c'était contre les Juifs qu'il
était dirigé; nous verrons plus tard qu'il avait fait
un ouvrage ex professo sur eux et dans des vues
peu amicales. Quant à la portée de la critique de
J.-H. Ursinus, j'en puis donner un échantillon, en
ce que, dans ses Analecta sacra, lib. iv, p. 219 et
suivantes, il découvre le roi David dans le célèbre
Orphée des Grecs. Voilà certes ce qui est digne de
Huet.
Après Ursinus, Richard Simon attaqua aussi la
vérité de ces extraits, mais son ton tranchant, sans
discussion et sans preuve, n'apporta pas un grand
poids dans la balance, et son pyrrhonisme, qui n'a
pas respecté les livres de Moïse, réduit à bien peu
de choses son agression. Richard Simon a consigné
les raisons qui lui font reporter sur Porphyre la
supposition de l'histoire de Sanchoniathon, dans la
Bibliothèque critique, publiée sous le nom de saint
Jore, à Båle, t. 1, ch. 10, p. 131 et suivantes. Il est
du nombre de ceux qui croient que c'est la haine du
christianisme qui a enfanté cet ouvrage. Mais au
résumé il ne propose que comme des conjectures
tout ce qu'il a dit à ce sujet. Ses arguments ont été
puissamment réfutés par le P. Tournemine dans
le Journal de Trévoux, du mois de janvier 1714. On
de Bel, dans l'édition de Bâle.
V. Isidore, Origin. vIII, A. 11. ‹ Saturnus origo
deorum et eorum posteritatis a paganis designatur
Saint Jérôme, Epist. ad Marcellam: Phœnicibus
IL quæ Hebræis EL.
Valckenaer propose de lire 'Hλ ou 'I) dans le
passage suivant de Diodore de Sicile, 1. 11, c. 30,
p.
ubi nunc
Walckenaer, De Aristobulo, p. 15.
Theophil. ad Autolycum, l. 111, in fine: "Evo μèv
para. Quelques-uns adorent Saturne et le nomment
Bel et Bal; ce sont surtout les habitant des contrées
orientales. >
col. 1673–1674page 2 of 21
PG 21:1673teur tyrien s'arroge, de trouver dans son pays tous les inventeurs des arts. REP. Il paraît prouvé qu'on doit aux Phéniciens deux découvertes immenses: les lettres alphabéti ques et la navigation. Mais quand il en serait autre ment, ce reproche qu'il leur fait serait valable contre tous les anciens peuples. une époque où les com munications de peuple à peuple étaient si rares, celui qui dotait un pays d'une invention quelcon que, en était l'inventeur. Il arriva en Grèce, dit M. Fréret, ce qui arrive dans toute contrée dont les naturels sont civilisés par les étrangers; tout ce qu'ils y apportent de lois, d'arts, d'usages, de cérémonies religieuses, paraîtra leur devoir son origine Dodwell s'indigne ensuite de voir nommer les Dioscures, bien postérieurs, dit-il, à Sanchonia thon. REP. Je ne doute pas qu'il ne soit postérieur aux Tyndarides, et je me flatte de pouvoir le démontrer. Mais si M. Dodwell entend ici par les Dioscures, les fils de Léda, il est dans une erreur complète; qui ne sait, pour peu qu'il soit initié dans l'ancienne mythologie, que les Cabires honorés en Samothrace portèrent le nom de Dioscures, bien avant que les deux frères Spartiates eussent usurpé leur nom et les honneurs qui y étaient attachés? On dit quẹ les Tyndarides, dit Sextus, usurpèrent les honneurs qui étaient rendus aux Dioscures, ce qui les fit ad mettre au nombre des dieux › S'il est un point où Sanchoniathon mérite d'être cru, c'est bien dans ce qui a rapport aux Dios cures. Il est certain que les Egyptiens ne les con naissaient pas, non plus que le culte des divinités qui ont rapport avec la navigation. Les Egyp tiens, dit Hérodote, assurent qu'ils n'ont jamais connu les noms de Neptune ni des Dioscures ▸ Si, dans le livre 111, 37, il parle des Cabires associés à Vulcain que Cambyse fit brûler, on voit (l. 11, c. 51) que c'étaient des divinités d'origine phéni cienne. Jablonski le déclare positivement: Quant à ce qui est du nom des Cabires, je conviens qu'il n'est pas d'origine égyptienne, mais qu'il est par venu des Phéniciens aux Grecs. Les Cabires, en effet sont, de l'avis de la plupart des philologues, les Cabirim, ou grands dieux Damascius, dans la Vie d'Isidore, confirme cette doctrine: ‹ Sadyc, dit-il, eut pour fils, ceux qu'on nomme Dioscures, qui est la traduction du mot Cabires › Enfin. Varron s'exprime ainsi: Ceux que les livres des augures désignent sous le nom de Divi po tes, sont les mêmes qu'en Samothrace on appelle C'est en lisant le nom de Tázutos parmi les Phé niciens que Dodwell paraît transporté de fureur. Tome XXIII, p. 40, des Mémoires de l'acadé mie. Sextus Empir. Adv. mathem., ix, 36. On trouvera de grands détails sur les premiers Dioscures dans Hen sterhuys sur Lucien (t. I, p. 282); Fréret, Histoire de l'acad., t. XXVII, p. 15; Sainte-Croix, Mystères du paganisme, t. I, p. 44. ¿vóμatá pası ɛiôśvat. Hérodote, Euterpe, 43. Prolegomen. ad Panthæum Ægypt., p. 60. Quod ad ipsum Cabirorum nomen attinet illud fa teor esse non Ægyptiaca, verum phoenicicæ originis, et a Phoenicibus ad Græcos pervenisse. Sunt enim Cabiri quemadmodum philologorum plerisque pla cet, Cabirim Dei magni. › Qui peut supporter de voir Abraham, de voir le fameux Hermès devenus originaires de Phénicie? REP. Quant à Abraham, c'est Dodwell qui l'a vu où il n'est pas dans Sanchoniathon. Quant à Her mès ou Táautos, voici une autorité bien recom mandable, bien antérieure à Philon et à Porphyre, qui le déclare phénicien. C'est encore Varron: Les premiers dieux, dit-il, le Ciel et la Terre, sont les mêmes que Serapis et Isis en Egypte, Taautès et Astarté chez les Phéniciens, Saturne et Ops dans le Latium Je m'étonne que ce témoignage si déci sif dans la question ait été passé sous silence par tout le monde. Il me paraît aujourd'hui incontes table que comme l'appelle Var ron, est acquis de droit à Sanchoniathon. Il en est de même de Jupiter Bélus, qui est, se lon Dodwell, Assyrien, de Typhon Egyptien, d'Ado dus Syrien, d'Esculape que Sanchoniathon fait fils de Sadyc, et que Dodwell présente comme contem porain de Minerve, laquelle disputa l'Attique à Nep tune sous Cécrops avant la guerre de Troie à la quelle les enfants d'Esculape prirent part. Quand, dit-il, les Phéniciens ont-ils eu sous leur domina tion l'Egypte, l'Assyrie et l'Attique? REP. Cet emportement contre le Bélus phénicien, est tout à fait déplacé. Son existence est établie par la Bible où il s'appelle Baal qui n'est qu'une pro nonciation différente du même nom. C'est à lui qu'Achab, gendre d'Ethbaal, roi de Sidon, éleva un temple dans Samarie C'est encore lui qu'Hésy chius designe sous le nom de (Jupiter maritime qui est adoré à Sidon). Virgile fait remonter jusqu'à lui l'origine de Didon Dorothée, ancien poēte sidonien, cité par Fir micus, le regarde comme fondateur de Babylone ancienne Babylone, fondation de Bélus le Tyrien, et l'Arabie, dernier pays, voisin de la terre d'E gypte. On trouvera de savants détails sur tous les Bélus, dans les Exercitationes Plinianæ de Saumaise, page 1227 et suivantes de l'édition de Paris; dans les Origines Babylonica de Périzonius, page 74 et suivantes; lesquels ne trouvent rien d'étrange à l'existence de ce Bélus phénicien. Mais pourquoi s'irriter contre lui, quand les Egyptiens en ont re vendiqué l'origine et ont prétendu que le père de Danaus et d'Egyptus, Bélus, a fondé Babylone (10)? Xiphilin nomme Jupiter Bélus adoré dans la ville d'Apamée en Syrie. En voilà assez sur ce person nage. Typhon est un personnage multiple qui appartenait à beaucoup de mythologies. En Egypte, il est cé lèbre comme l'adversaire d'Osiris il ne l'est pas De lingua Latina, c. 4. ‹ Hi quos augurum libri scriptos habent sic: Divi potes, sunt pro illis qui in Samothrace De lingua Latina, c. 4. Principes dei Colum et Terra; hi dei iidem qui in Ægypto Serapis et Isis, qui sunt Taautes et Astarte apud Phoenicos, ut ii dem principes in Latio, Saturnus et Ops. › V. III des Rois, c. xvi, v. 32 et passim. V. sur le Bélus phénicien, Flav. Josèphe, Orig. Judaic, VIII, c. 7 et 1x, c. 6. Hic regina gravem gemmis auroque poposcit Implevitque mero pateram, quam Belus et om [nes (Æneid. 1. 1, v. 728.) Ubi videndus Servins V. Apollodore, livre 11; Diodore, 1. xxvi. Son nom égyptien, suivant Plutarque, est Seth ride, n. 19, 26, 31. Bebon et Smy De Iside et Osi Bibliothèque de Photius, p. 1073.Θεοὶ δυνατοί» Τοὺς Τυνδαρίδας φασὶ τὴν τῶν Διοσκούρων δό ξαν ὑπελθεῖν, πάλιν νομιζομένων εἶναι θεῶν. Αἰγύπτιοι οὔτε Ποσειδῶνος οὔτε Διοσκούρων τὰ Τάαυτος οιι Τααύτης θαλάσσιος Ζεὺς ἐν Σιδώνι τιμᾶται Αρχαίη Βαβυλὼν Τυρίου Βήλοιο πόλισμα, "Υστατα δ' Αραβίη γείτων χθονός Αἰγύπτοιο. Θεοὶ δυνατοί. Σαδύκῳ γὰρ ἐγένοντο παίδες οὓς Διοσκούρους (της) (Βεδών), (Σμί). ἑρμηνεύουσι καὶ Καβείρους.Θεοὶ δυνατοί»
Τοὺς Τυνδαρίδας φασὶ τὴν τῶν Διοσκούρων δό
ξαν ὑπελθεῖν, πάλιν νομιζομένων εἶναι θεῶν.
Αἰγύπτιοι οὔτε Ποσειδῶνος οὔτε Διοσκούρων τὰ
Τάαυτος οιι Τααύτης
θαλάσσιος Ζεὺς ἐν
Σιδώνι τιμᾶται
Αρχαίη Βαβυλὼν Τυρίου Βήλοιο πόλισμα,
"Υστατα δ' Αραβίη γείτων χθονός Αἰγύπτοιο.
Θεοὶ δυνατοί.
Σαδύκῳ γὰρ ἐγένοντο παίδες οὓς Διοσκούρους (της) (Βεδών), (Σμί).
ἑρμηνεύουσι καὶ Καβείρους.
teur tyrien s'arroge, de trouver dans son pays tous
les inventeurs des arts.
REP. Il paraît prouvé qu'on doit aux Phéniciens
deux découvertes immenses: les lettres alphabéti
ques et la navigation. Mais quand il en serait autre
ment, ce reproche qu'il leur fait serait valable contre
tous les anciens peuples. une époque où les com
munications de peuple à peuple étaient si rares,
celui qui dotait un pays d'une invention quelcon
que, en était l'inventeur.
Il arriva en Grèce, dit M. Fréret, ce qui arrive
dans toute contrée dont les naturels sont civilisés
par les étrangers; tout ce qu'ils y apportent de lois,
d'arts, d'usages, de cérémonies religieuses, paraîtra
leur devoir son origine
Dodwell s'indigne ensuite de voir nommer les
Dioscures, bien postérieurs, dit-il, à Sanchonia
thon.
REP. Je ne doute pas qu'il ne soit postérieur aux
Tyndarides, et je me flatte de pouvoir le démontrer.
Mais si M. Dodwell entend ici par les Dioscures, les
fils de Léda, il est dans une erreur complète; qui
ne sait, pour peu qu'il soit initié dans l'ancienne
mythologie, que les Cabires honorés en Samothrace
portèrent le nom de Dioscures, bien avant que les
deux frères Spartiates eussent usurpé leur nom et
les honneurs qui y étaient attachés? On dit quẹ
les Tyndarides, dit Sextus, usurpèrent les honneurs
qui étaient rendus aux Dioscures, ce qui les fit ad
mettre au nombre des dieux ›
S'il est un point où Sanchoniathon mérite d'être
cru, c'est bien dans ce qui a rapport aux Dios
cures. Il est certain que les Egyptiens ne les con
naissaient pas, non plus que le culte des divinités
qui ont rapport avec la navigation. Les Egyp
tiens, dit Hérodote, assurent qu'ils n'ont jamais
connu les noms de Neptune ni des Dioscures ▸
Si, dans le livre 111, 37, il parle des Cabires associés
à Vulcain que Cambyse fit brûler, on voit (l. 11,
c. 51) que c'étaient des divinités d'origine phéni
cienne. Jablonski le déclare positivement: Quant
à ce qui est du nom des Cabires, je conviens qu'il
n'est pas d'origine égyptienne, mais qu'il est par
venu des Phéniciens aux Grecs. Les Cabires, en
effet sont, de l'avis de la plupart des philologues,
les Cabirim, ou grands dieux Damascius, dans
la Vie d'Isidore, confirme cette doctrine: ‹ Sadyc,
dit-il, eut pour fils, ceux qu'on nomme Dioscures,
qui est la traduction du mot Cabires ›
Enfin. Varron s'exprime ainsi: Ceux que les
livres des augures désignent sous le nom de Divi po
tes, sont les mêmes qu'en Samothrace on appelle
C'est en lisant le nom de Tázutos parmi les Phé
niciens que Dodwell paraît transporté de fureur.
Tome XXIII, p. 40, des Mémoires de l'acadé
mie.
Sextus
Empir. Adv. mathem., ix, 36. On trouvera de
grands détails sur les premiers Dioscures dans Hen
sterhuys sur Lucien (t. I, p. 282); Fréret, Histoire
de l'acad., t. XXVII, p. 15; Sainte-Croix, Mystères
du paganisme, t. I, p. 44.
¿vóμatá pası ɛiôśvat. Hérodote, Euterpe, 43.
Prolegomen. ad Panthæum Ægypt., p. 60.
Quod ad ipsum Cabirorum nomen attinet illud fa
teor esse non Ægyptiaca, verum phoenicicæ originis,
et a Phoenicibus ad Græcos pervenisse. Sunt enim
Cabiri quemadmodum philologorum plerisque pla
cet, Cabirim Dei magni. ›
Qui peut supporter de voir Abraham, de voir le
fameux Hermès devenus originaires de Phénicie?
REP. Quant à Abraham, c'est Dodwell qui l'a vu
où il n'est pas dans Sanchoniathon. Quant à Her
mès ou Táautos, voici une autorité bien recom
mandable, bien antérieure à Philon et à Porphyre,
qui le déclare phénicien. C'est encore Varron: Les
premiers dieux, dit-il, le Ciel et la Terre, sont les
mêmes que Serapis et Isis en Egypte, Taautès et
Astarté chez les Phéniciens, Saturne et Ops dans le
Latium Je m'étonne que ce témoignage si déci
sif dans la question ait été passé sous silence par
tout le monde. Il me paraît aujourd'hui incontes
table que comme l'appelle Var
ron, est acquis de droit à Sanchoniathon.
Il en est de même de Jupiter Bélus, qui est, se
lon Dodwell, Assyrien, de Typhon Egyptien, d'Ado
dus Syrien, d'Esculape que Sanchoniathon fait fils
de Sadyc, et que Dodwell présente comme contem
porain de Minerve, laquelle disputa l'Attique à Nep
tune sous Cécrops avant la guerre de Troie à la
quelle les enfants d'Esculape prirent part. Quand,
dit-il, les Phéniciens ont-ils eu sous leur domina
tion l'Egypte, l'Assyrie et l'Attique?
REP. Cet emportement contre le Bélus phénicien,
est tout à fait déplacé. Son existence est établie par
la Bible où il s'appelle Baal qui n'est qu'une pro
nonciation différente du même nom. C'est à lui
qu'Achab, gendre d'Ethbaal, roi de Sidon, éleva un
temple dans Samarie C'est encore lui qu'Hésy
chius designe sous le nom de
(Jupiter maritime qui est adoré à
Sidon). Virgile fait remonter jusqu'à lui l'origine de
Didon
Dorothée, ancien poēte sidonien, cité par Fir
micus, le regarde comme fondateur de Babylone
ancienne Babylone, fondation de Bélus le Tyrien,
et l'Arabie, dernier pays, voisin de la terre d'E
gypte. On trouvera de savants détails sur tous les
Bélus, dans les Exercitationes Plinianæ de Saumaise,
page 1227 et suivantes de l'édition de Paris; dans
les Origines Babylonica de Périzonius, page 74 et
suivantes; lesquels ne trouvent rien d'étrange à
l'existence de ce Bélus phénicien. Mais pourquoi
s'irriter contre lui, quand les Egyptiens en ont re
vendiqué l'origine et ont prétendu que le père de
Danaus et d'Egyptus, Bélus, a fondé Babylone (10)?
Xiphilin nomme Jupiter Bélus adoré dans la ville
d'Apamée en Syrie. En voilà assez sur ce person
nage.
Typhon est un personnage multiple qui appartenait
à beaucoup de mythologies. En Egypte, il est cé
lèbre comme l'adversaire d'Osiris il ne l'est pas
De lingua Latina, c. 4. ‹ Hi quos augurum libri
scriptos habent sic: Divi potes, sunt pro illis qui
in Samothrace
De lingua Latina, c. 4. Principes dei Colum
et Terra; hi dei iidem qui in Ægypto Serapis et Isis,
qui sunt Taautes et Astarte apud Phoenicos, ut ii
dem principes in Latio, Saturnus et Ops. ›
V. III des Rois, c. xvi, v. 32 et passim. V. sur
le Bélus phénicien, Flav. Josèphe, Orig. Judaic, VIII,
c. 7 et 1x, c. 6.
Hic regina gravem gemmis auroque poposcit
Implevitque mero pateram, quam Belus et om
[nes
(Æneid. 1. 1, v. 728.)
Ubi videndus Servins
V. Apollodore, livre 11; Diodore, 1. xxvi.
Son nom égyptien, suivant Plutarque, est Seth
ride, n. 19, 26, 31.
Bebon et Smy De Iside et Osi
Bibliothèque de Photius,
p. 1073.
col. 1675–1676page 3 of 21
PG 21:1675moins en Grèce comme l'un des géants, fils de Ghé et du Tartare Ghé engendra pour dernier enfant Typhon, qu'elle avait eu de Tartare auquel elle s'était unie par l'entremise de Vénus Dorée. C'est en Cilicie qu'Homère place son tombeau ‹ Dans Arimée où l'on dit que se trouve le tom beau de Typhon.» C'est en Sicile, sous l'Etna, d'après Apollodore et Virgile C'est dans le lac Serbonide, aux confins de la Syrie et de l'Egy pte que le font périr Hérodote (in, 8), Apollonius de Rhodes (11, 1215). Apollodore, dans son premier livre, donne avec étenduela lutte souvent incertaine de Typhon, fils de la Terre et du Tartare, avec Jupiter, la fuite des dieux en Egypte devant sa poursuite, et leur mé tamorphose en animaux, la marche contraire des deux ennemis jusqu'à ce qu'après l'avoir écrasé par la foudre, Jupiter ne trouve d'autre moyen de le comprimer à jamais qu'en lui imposant l'Etna sur le corps. Il est le père de tous les êtres malfaisants: ainsi c'est de lui et d'Echidna (la vipère), que sont nés la Chimère que combattit Bellerophon le lion de Némée, pag. 87; le dragon qui gardait le jar din des Hesperides, pag. 102; le chien Orthros qui gardait les vaches de Géryon, pag. 100; l'aigle qui dévorait le foie de Prométhée sur le Caucase, page 105; enfin, le sphinx qui proposait des énig mes aux portes de Thèbes, qu'OEdipe fit périr après les avoir expliquées, page 148. Ce nom pu rement grec est évidemment une traduction plutôt qu'une altération du nom égyptien. Pour revenir au Typhon égyptien, nous voyons par Plutarque qu'il appartenait autant à la Syrie et à la Judée qu'à l'Egypte; voici ses paroles Ceux qui disent que Typhon s'enfuit du combat monté sur un àne, que sa fuite dura sept jours, qu'après s'être mis en lieu de sûreté il donna le jour à Jérusalem et Judée, me semblent ramener le récit à l'histoire des Juifs C'est ce qu'a fait Bochart en y réunissant beaucoup de circons tances De cet ensemble de faits, on peut conclure que Typhon a été un agresseur des Egyptiens plutôt qu'un Egyptien lui-même, et on peut sans invrai semblance lui donner une origine phénicienne ou sy rienne autant qu'égyptienne. L'Adodus syrien peut aussi bien appartenir à la Phénicie. Les limites de ces deux pays étaient trop mêlées, pour qu'il n'y ait pas entre eux beaucoup de réciprocité et de confusion; d'ailleurs rien ne prouve que cette théogonie du phénicien se ren ferme dans les limites très-resserrées de la Phéni cie, surtout depuis l'établissement des Hébreux, qui n'aurait consisté qu'en une langue de terre entre la mer et le Liban. Lors du premier éta La Théogonie d'Hésiode, vers 821. V. aussi l'Hymne d'Homère à Apollon. Enéide, 1. 1x, v. 716 Apollod. 1. x, p. 17, éd. de Comelin, p. 71. Gov. De Iside, n. 14. V. Hierozoicon, 1º part., l. 11, c. 34. Ant. Jud., 1x, 4. Codex cexLu, p. 1073. blissement des peuples, auquel remonte le récit de Sanchoniathon, ces divisions de géograpbie poli litique n'existaient pas telles que les conçoit Dodwell. La Syrie, l'Assyrie, la Mésopotamie, la Judée, sont nécessairement comprises dans l'ensemble du pays où nous place Sanchoniathon. La vie pasto rale, qui occupe une grande surface, jointe au pe tit nombre d'habitants de la terre, suppose une grande mobilité dans les occupations de terrains; cet Adod, sous le nom d'Adad ou Hadad, ou Ben hadad est fréquent parmi les noms des rois de Syrie; et Josèphe déclare positivement que le dieu et le roi Adad sont le même. J'en viens à Esculape; Dodwell paraît ne con naître que le dieu d'Epidaure; mais l'Esculape phénicien est beaucoup plus ancien que le fils d'Apollon. Damascius, dans la Vie d'Isidore, cité par Pho tius en fait la distinction: L'Esculape, dit-il, qu'on adore à Béryte, n'est pas le même que l'Es culape des Grecs, ni que celui des Egyptiens; c'est un indigène de la Phénicie. > Dodwell a mis en marge de son livre qu'on ne devait ajouter aucune foi à Damascius, qui n'a fait que copier Philon. Ce n'est plus là de la critique; ce sont des arguments con tre ceux qui accusent les Chrétiens de cette suppo sition; car Isidore et Damascius étaient de zélés païens, qui, s'ils ont cepié Philon, lui servent de garants. Mais contre Dodwell, qui accuse Philon d'imposture, il n'en est pas de même. Toutefois rien ne justifie cette exclusion donnée à Isidore, qui ti rait vanité, dit Damascius, de son explication d'une fable très-embrouillée qui fut reçue par Marinus, avec les plus grands applaudissements: Comme il avait apporté une grande lumière dans une épaisse ténèbre, Marinus accueillit avec beaucoup de bien veillance le discours de ce jeune homme et l'admira je ne puis dire jusqu'à quel point L'Esculape phénicien avait un temple à Car thage, dans la Byrsa le plus beau et le plus riche de tous, dit Appien; ce fut le refuge des derniers Carthaginois et des transfuges qui l'incendièrent, lors de la prise de cette ville par Scipion Emi lien Il paraît que cet Esculape phénicien avait de nombreux adorateurs sur toute la côte d'Afrique. Apulée dans son Apologie parle d'un discours sur Esculape, prononcé à Oea qui lui fit beaucoup d'honneur. Enfin le même Apulée, parlant des apo théoses, dit: Ils nomment dieux, ceux qui ayant déployé une grande prudence dans le cours de leur vie, ont été ensuite honorés par l'érection de tem ples et de cérémonies religieuses; ainsi en Béotie, Amphiaraus; en Afrique, Mopsus; en Egypte, Osi ris; d'autres en d'autres lieux, Esculape par tout Sa consécration était donc universelle Ιd. In Punicis, c. 81, p. 134. Voir le même Appien, Ibid.—Strabon, xx!!, Tite-Live, 1. XLI. Ea disputatio celebratissima est; vulgo legi tur, in omnibus manibus versatur: non tam facun dia mea, quam mentione Esculapii religiosis Oen sibus commendata. Apologie, p. 225. Deos appellant qui prudenter vitæ curriculo gubernato, pro numine postea ab hominibus prodi ti, fanis et cærimoniis vulgo advertuntur; ut in Bœ otia, Amphiaraus; in Africa, Mopsus: in Ægypto Osiris; alius aliubi gentium; Esculapius ubique. De deo Socratis, p. 337.Οπλότατον τέκε παῖδα Τυφωέα Γαία πελώρη Ταρτάρου ἐν φιλότητι διὰ χρυσῆν Αφροδίτην Είν 'Αρίμοις ὅθι φασὶ Τυφωέος ἔμμεναι ευνάς Οἱ λέγοντες ἐκ τῆς μάχης ἐπὶ ὄνου τῷ Τυφῶνι τὴν φυγὴν ἑπτὰ ἡμέραις γενέσθαι, καὶ σωθέντα γεν νῆσαι παῖδας Ἱεροσόλυμον καὶ Ἰουδαῖον, αὐτόθεν εἰσὶ κατάδηλοι τὰ Ἰουδαϊκὰ παρέλκοντες εἰς τὸν μῦ. Εν σκότῳ διωλυγίῳ πολὺ φῶς ἀνάψας, τοῦτον ἀπεδέξαντο τοῦ νεανίσκου τὸν λόγον καὶ ἠγάσθησαν "Οτι ὁ ἐν Βηρυτῷ Ἀσκληπιὸς οὐκ ἔστιν Ελλην, οὐδὲ Αἰγύπτιος, ἀλλά τις ἐπιχώριος Φοίνιξ. μάλιστα τῶν ἄλλων ἐμφα νές τε καὶ πλούσιον οἱ ἀμφὶ τὸν Μαρίνον πως οἴει σφόδρα. 1075.Οπλότατον τέκε παῖδα Τυφωέα Γαία πελώρη
Ταρτάρου ἐν φιλότητι διὰ χρυσῆν Αφροδίτην
Είν 'Αρίμοις ὅθι φασὶ Τυφωέος ἔμμεναι ευνάς
Οἱ λέγοντες ἐκ τῆς μάχης ἐπὶ ὄνου τῷ Τυφῶνι
τὴν φυγὴν ἑπτὰ ἡμέραις γενέσθαι, καὶ σωθέντα γεν
νῆσαι παῖδας Ἱεροσόλυμον καὶ Ἰουδαῖον, αὐτόθεν
εἰσὶ κατάδηλοι τὰ Ἰουδαϊκὰ παρέλκοντες εἰς τὸν μῦ.
Εν σκότῳ διωλυγίῳ πολὺ φῶς ἀνάψας, τοῦτον
ἀπεδέξαντο τοῦ νεανίσκου τὸν λόγον καὶ ἠγάσθησαν
"Οτι ὁ ἐν Βη
ρυτῷ Ἀσκληπιὸς οὐκ ἔστιν Ελλην, οὐδὲ Αἰγύπτιος,
ἀλλά τις ἐπιχώριος Φοίνιξ.
μάλιστα τῶν ἄλλων ἐμφα
νές τε καὶ πλούσιον
οἱ ἀμφὶ τὸν Μαρίνον πως οἴει σφόδρα. 1075.
moins en Grèce comme l'un des géants, fils de Ghé
et du Tartare
Ghé engendra pour dernier enfant Typhon,
qu'elle avait eu de Tartare auquel elle s'était
unie par l'entremise de Vénus Dorée. C'est en
Cilicie qu'Homère place son tombeau
‹ Dans Arimée où l'on dit que se trouve le tom
beau de Typhon.» C'est en Sicile, sous l'Etna,
d'après Apollodore et Virgile C'est dans le lac
Serbonide, aux confins de la Syrie et de l'Egy
pte que le font périr Hérodote (in, 8), Apollonius
de Rhodes (11, 1215).
Apollodore, dans son premier livre, donne avec
étenduela lutte souvent incertaine de Typhon, fils de
la Terre et du Tartare, avec Jupiter, la fuite des
dieux en Egypte devant sa poursuite, et leur mé
tamorphose en animaux, la marche contraire des
deux ennemis jusqu'à ce qu'après l'avoir écrasé
par la foudre, Jupiter ne trouve d'autre moyen de
le comprimer à jamais qu'en lui imposant l'Etna sur
le corps.
Il est le père de tous les êtres malfaisants: ainsi
c'est de lui et d'Echidna (la vipère), que sont nés
la Chimère que combattit Bellerophon le lion
de Némée, pag. 87; le dragon qui gardait le jar
din des Hesperides, pag. 102; le chien Orthros
qui gardait les vaches de Géryon, pag. 100; l'aigle
qui dévorait le foie de Prométhée sur le Caucase,
page 105; enfin, le sphinx qui proposait des énig
mes aux portes de Thèbes, qu'OEdipe fit périr
après les avoir expliquées, page 148. Ce nom pu
rement grec est évidemment une traduction plutôt
qu'une altération du nom égyptien.
Pour revenir au Typhon égyptien, nous voyons
par Plutarque qu'il appartenait autant à la Syrie
et à la Judée qu'à l'Egypte; voici ses paroles
Ceux qui disent que Typhon s'enfuit du combat
monté sur un àne, que sa fuite dura sept jours,
qu'après s'être mis en lieu de sûreté il donna le
jour à Jérusalem et Judée, me semblent ramener
le récit à l'histoire des Juifs C'est ce qu'a
fait Bochart en y réunissant beaucoup de circons
tances
De cet ensemble de faits, on peut conclure que
Typhon a été un agresseur des Egyptiens plutôt
qu'un Egyptien lui-même, et on peut sans invrai
semblance lui donner une origine phénicienne ou sy
rienne autant qu'égyptienne.
L'Adodus syrien peut aussi bien appartenir à la
Phénicie. Les limites de ces deux pays étaient trop
mêlées, pour qu'il n'y ait pas entre eux beaucoup
de réciprocité et de confusion; d'ailleurs rien ne
prouve que cette théogonie du phénicien se ren
ferme dans les limites très-resserrées de la Phéni
cie, surtout depuis l'établissement des Hébreux,
qui n'aurait consisté qu'en une langue de terre
entre la mer et le Liban. Lors du premier éta
La Théogonie d'Hésiode, vers 821. V. aussi
l'Hymne d'Homère à Apollon.
Enéide, 1. 1x, v. 716
Apollod. 1. x, p. 17, éd. de Comelin, p. 71.
Gov. De Iside, n. 14.
V. Hierozoicon, 1º part., l. 11, c. 34.
Ant. Jud., 1x, 4.
Codex cexLu, p. 1073.
blissement des peuples, auquel remonte le récit de
Sanchoniathon, ces divisions de géograpbie poli
litique n'existaient pas telles que les conçoit
Dodwell.
La Syrie, l'Assyrie, la Mésopotamie, la Judée,
sont nécessairement comprises dans l'ensemble du
pays où nous place Sanchoniathon. La vie pasto
rale, qui occupe une grande surface, jointe au pe
tit nombre d'habitants de la terre, suppose une
grande mobilité dans les occupations de terrains;
cet Adod, sous le nom d'Adad ou Hadad, ou Ben
hadad est fréquent parmi les noms des rois de
Syrie; et Josèphe déclare positivement que le
dieu et le roi Adad sont le même.
J'en viens à Esculape; Dodwell paraît ne con
naître que le dieu d'Epidaure; mais l'Esculape
phénicien est beaucoup plus ancien que le fils
d'Apollon.
Damascius, dans la Vie d'Isidore, cité par Pho
tius en fait la distinction: L'Esculape, dit-il,
qu'on adore à Béryte, n'est pas le même que l'Es
culape des Grecs, ni que celui des Egyptiens; c'est
un indigène de la Phénicie. >
Dodwell a mis en marge
de son livre qu'on ne devait ajouter aucune foi à
Damascius, qui n'a fait que copier Philon. Ce n'est
plus là de la critique; ce sont des arguments con
tre ceux qui accusent les Chrétiens de cette suppo
sition; car Isidore et Damascius étaient de zélés
païens, qui, s'ils ont cepié Philon, lui servent de
garants. Mais contre Dodwell, qui accuse Philon
d'imposture, il n'en est pas de même. Toutefois rien
ne justifie cette exclusion donnée à Isidore, qui ti
rait vanité, dit Damascius, de son explication d'une
fable très-embrouillée qui fut reçue par Marinus,
avec les plus grands applaudissements: Comme il
avait apporté une grande lumière dans une épaisse
ténèbre, Marinus accueillit avec beaucoup de bien
veillance le discours de ce jeune homme et l'admira
je ne puis dire jusqu'à quel point
L'Esculape phénicien avait un temple à Car
thage, dans la Byrsa
le plus beau et le plus riche de
tous, dit Appien; ce fut le refuge des derniers
Carthaginois et des transfuges qui l'incendièrent,
lors de la prise de cette ville par Scipion Emi
lien
Il paraît que cet Esculape phénicien avait de
nombreux adorateurs sur toute la côte d'Afrique.
Apulée dans son Apologie parle d'un discours
sur Esculape, prononcé à Oea qui lui fit beaucoup
d'honneur. Enfin le même Apulée, parlant des apo
théoses, dit: Ils nomment dieux, ceux qui ayant
déployé une grande prudence dans le cours de leur
vie, ont été ensuite honorés par l'érection de tem
ples et de cérémonies religieuses; ainsi en Béotie,
Amphiaraus; en Afrique, Mopsus; en Egypte, Osi
ris; d'autres en d'autres lieux, Esculape par
tout Sa consécration était donc universelle
Ιd.
In Punicis, c. 81, p. 134.
Voir le même Appien, Ibid.—Strabon, xx!!,
Tite-Live, 1. XLI.
Ea disputatio celebratissima est; vulgo legi
tur, in omnibus manibus versatur: non tam facun
dia mea, quam mentione Esculapii religiosis Oen
sibus commendata. Apologie, p. 225.
Deos appellant qui prudenter vitæ curriculo
gubernato, pro numine postea ab hominibus prodi
ti, fanis et cærimoniis vulgo advertuntur; ut in Bœ
otia, Amphiaraus; in Africa, Mopsus: in Ægypto
Osiris; alius aliubi gentium; Esculapius ubique.
De deo Socratis, p. 337.
col. 1677–1678page 4 of 21
PG 21:1677voici de quoi calmer l'irritation nerveuse de Dod well Dodwell, satisfait des preuves par lesquelles il croit avoir anéanti Sanchoniathon, se livre à une discussion sur la circoncision, et prétend que Phi lon l'attribue à tort aux Phéniciens, attendu que l'Ecriture parle sans cesse des Philistins comme incirconcis Il se peut que les Philistins déro geassent à une pratique assez générale de la race phénicienne, mais Hérodote le leur attribue incon testablement en déclarant qu'ils tenaient cet usage des Egyptiens, ce qui est relatif à l'usage de la cir concision Quant aux sacrifices humains, en l'honneur du Saturne phénicien, ils sont tellement avoués que Dodwell n'essaye pas de les contester; mais toute fois il chicane encore Philon à ce sujet. Comme c'est sans cause, je passerai à l'examen des écrivains auxquels il peut attribuer cet ouvrage. Ecrivains auxquels Dodwell a attribué les fragments de Sanchoniathon. Porphyre et Philon. Réfu tation de cette supposition.- Epoque où la mytho logie grecque a été expliquée par des allégories. Epoque où les écrivains païens ont parlé comme Moïse. Jackson admet et Van Dale ne rejette pas Sanchoniathon. Adversaires récents: De la Bar re. L'abbé Foucher. Stillingfleet. - Meiners. Leur réfutation. Comme je l'ai dit dans mon premier article, je vais examiner ici quels sont les écrivains auxquels Dod well attribue les fragments de Sanchoniathon. Le premier est Porphyre, mais la citation d'Athénée le réduit à considérer Philon comme le faussaire. Quel a pu être son but? Voici ce qu'a supposé Dodwell Philon de Byblos est le même qu'Hérennius Philon, nommé par Suidas et Origène. On voit par ce qu'en dit ce dernier, qu'il avait de l'aversion pour les Juifs et pour atténuer l'impression favorable qu'avait produite la réponse de Josèphe à Appion, il aurait imaginé cette fable du Sanchoniathon. José phe écrivait pendant la treizième année de Domi tien, et Philon a vécu jusque sous Adrien. RÉPONSE. Voilà une fable opposée à ce qu'il ap pelle une fable; car je voudrais voir en quoi Philon réfute les arguments de Josèphe contre Appion, et je n'y puis parvenir. Et pour faire voir qu'il a moins de critique que de passion, il nous donne sa mesure sous ce rapport; ainsi, il ne voit aucun impos teur parmi tous les auteurs qu'Eusèbe cite dans son neuvième livre comme ayant célébré la gloire des Juifs Hermès. Trismégiste n'est pas un chrétien pour Dodwell, comme l'a cru Casaubon qu'il réfuteļ; mais un paien, puisqu'il nomme le soleil le plus grand Dieu qui soit dans les cieux. Il croit à l'exis tence des piliers sacrés; il cite Orphée lorsqu'il parle d'Abraham, et les oracles en faveur des Juifs, comme si cela pouvait faire autorité. Après ces preuves de mauvaise critique, il nous donne l'exposé des motifs qui ont engagé Philon à composer une cosmogonie, et dans cette partie toute d'imagination, il divague avec un grand savoir, ac cumulant les choses les plus incohérentes quæ non pertinent ad rem. M. Dodwell fait (page 100) une observation judi cieuse sur l'espèce d'allégorie que Philon veut ex C'est de ce même Esculape que parle Arnobe, 1. vii, p. 201, de l'éd. de Rome, lorsqu'il dit: Escu lapii geritur celebraturque vindemia. Il n'est pas là question du dieu d'Epidaure, l'auteur et le dieu sont africains. On peut voir, sur cet Esculape, Davies, ad Cic. de natura deorum, l. 111, c. 23. Marsbam, ad sæcul., primum rer. Egypt., p. 39. Juges, XIV, 4. - I Rois, XVII, 26-36. clure. Ce n'est pas, dit-il, qu'il veuille bannir du corps de la fable toute imagination poétique, ni tou tes ces paraboles dont les anciens et les orientaux surtout étaient si avides. C'est le bouleversement complet de leur première histoire et sa transforma tion en un système de philosophie naturelle, qui fait de Jupiter, l'éther; de Junon, l'air; de Vesta, la terre, etc. C'est cette manie de traduire l'histoire de personnes vivantes et agissantes, en phénomènes de la nature, par une prosopopée continue qui dégé nère en roman voilà ce qu'il réprouve, mais non les allégories telles que celles des mystiques dans les saintes Ecritures. Cependant, continue-t-il, à la fin ces allégories fondues dans le corps de l'histoire en rendent l'intelligence difficile, lorsque les traditions primitives se sont effacées, et, jouissant d'une auto rité égale au reste, elles compromettent l'ensemble. Ce sont ces allégories qui se sont introduites dans les théogonies célèbres d'Hésiode et des poètes cy cliques fameux par les giganto machies, titanomachies qui ont obscurci la vérité. ▸ M. Dodwell trouve que Philon, avec son pré tendu Sanchoniathon, est tombé dans le même égarement qu'il reproche aux poëtes grecs. Suit une grande digression sur l'origine des rivières, notamment du Nil, que je passe parce qu'elle n'a point trait à la question. (Page 110) Il veut que le nom de Sanchoniathon soit une altération de Sonchis, prêtre égyptien qui fit connaître l'Atlantide à Solon; puis digression sur les Atlantiens qui ne sont selon lui que les Atlantes. Après cette minutieuse revue du livre de M. Dod well, qui n'est pas connu, que peu de gens ont lu, que moins de gens liront encore, mais dont on se prévaut comme ayant réduit en poudre le faux San choniathon, je finirai par traduire son dernier cha pitre, qui fera connaître exactement toute sa pensée dans cette attaque; elle ne sera pas, je crois, entiè rement conforme à celle du plus grand nombre des adversaires du Phénicien, qui réclament Dodwell comme leur partisan. Entendons-le Je ne puis voir que cette découverte de la fausseté du livre de Sanchoniathon porte le moin dre préjudice à la cause dans laquelle se trouvent engagées des personnes aussi pieuses que savantes, qui se sont servies de cet auteur pour expliquer ou confirmer des passages historiques ou philoso phiques de l'Ecriture. S'il existait parmi les anti quités païennes un seul ouvrage qui put rivaliser avec les saintes Ecritures, soit d'ancienneté, soit d'authenticité, il pourrait y avoir quelque apparence de raison à rapprocher ces écrits; on pourrait ten ter de confirmer par des antiquités égales, des pas sages des Livres saints pour l'usage de ceux qui ne leur accordent pas une préférence absolue, à cause de leur inspiration divine; mais nous n'avons ja mais ouï dans aucun récit païen antérieur à la tra duction des Septante rien qui se rapportât aux choses mentionnées dans les saintes Ecritures. Ce fut cette publication qui excita l'émulation: c'est alors que Bérose, Manéthon, Ménandre et Lotus publièrent leurs recherches. Nulle mention du chaldéen Xisu thrus, des Hycousis égyptiens, d'Abraham ou de Moise, du déluge universel dans Ctésias, Xéno phon, Hérodote, ou tel autre des plus anciens écri vains dont l'authenticité est incontestable. Lorsque Onxéval... леpiτéμvel à aldola, 11, 104. Aristo phane au vers 507 des Oiseaux appelle les Phéni ciens whoús, circoncis. Page 534, édition des Bénédictins, t. I. Pages 67 et 70. Voyez ce qu'en a dit Walckenaer, sur Aristo bule, p. 17.Φοίνικες... ὁμολογέουσι παρ' Αίγυπτίων μεμα (οι περιηχημένοι κυκλικοί ), θηκέναι περιτέμνειν τὰ αἰδοῖα, Αλληγορήσας, τοῖς τε φυσικοῖς καὶ κοσμικοῖς πάθεσιν ἀναμίξας.Φοίνικες... ὁμολογέουσι παρ' Αίγυπτίων μεμα
(οι περιηχημένοι κυκλικοί ),
θηκέναι περιτέμνειν τὰ αἰδοῖα,
Αλληγορήσας, τοῖς τε φυσικοῖς καὶ κοσμικοῖς
πάθεσιν ἀναμίξας.
voici de quoi calmer l'irritation nerveuse de Dod
well
Dodwell, satisfait des preuves par lesquelles il
croit avoir anéanti Sanchoniathon, se livre à une
discussion sur la circoncision, et prétend que Phi
lon l'attribue à tort aux Phéniciens, attendu que
l'Ecriture parle sans cesse des Philistins comme
incirconcis Il se peut que les Philistins déro
geassent à une pratique assez générale de la race
phénicienne, mais Hérodote le leur attribue incon
testablement en déclarant qu'ils tenaient cet usage
des Egyptiens, ce qui est relatif à l'usage de la cir
concision
Quant aux sacrifices humains, en l'honneur du
Saturne phénicien, ils sont tellement avoués que
Dodwell n'essaye pas de les contester; mais toute
fois il chicane encore Philon à ce sujet. Comme
c'est sans cause, je passerai à l'examen des écrivains
auxquels il peut attribuer cet ouvrage.
Ecrivains auxquels Dodwell a attribué les fragments
de Sanchoniathon. Porphyre et Philon.
Réfu
tation de cette supposition.- Epoque où la mytho
logie grecque a été expliquée par des allégories.
Epoque où les écrivains païens ont parlé comme
Moïse. Jackson admet et Van Dale ne rejette pas
Sanchoniathon. Adversaires récents: De la Bar
re. L'abbé Foucher. Stillingfleet. - Meiners.
Leur réfutation.
Comme je l'ai dit dans mon premier article, je vais
examiner ici quels sont les écrivains auxquels Dod
well attribue les fragments de Sanchoniathon. Le
premier est Porphyre, mais la citation d'Athénée le
réduit à considérer Philon comme le faussaire. Quel
a pu être son but? Voici ce qu'a supposé Dodwell
Philon de Byblos est le même qu'Hérennius Philon,
nommé par Suidas et Origène. On voit par ce qu'en
dit ce dernier, qu'il avait de l'aversion pour les
Juifs et pour atténuer l'impression favorable
qu'avait produite la réponse de Josèphe à Appion, il
aurait imaginé cette fable du Sanchoniathon. José
phe écrivait pendant la treizième année de Domi
tien, et Philon a vécu jusque sous Adrien.
RÉPONSE. Voilà une fable opposée à ce qu'il ap
pelle une fable; car je voudrais voir en quoi Philon
réfute les arguments de Josèphe contre Appion, et
je n'y puis parvenir. Et pour faire voir qu'il a moins
de critique que de passion, il nous donne sa mesure
sous ce rapport; ainsi, il ne voit aucun impos
teur parmi tous les auteurs qu'Eusèbe cite dans son
neuvième livre comme ayant célébré la gloire des
Juifs Hermès. Trismégiste n'est pas un chrétien
pour Dodwell, comme l'a cru Casaubon qu'il réfuteļ;
mais un paien, puisqu'il nomme le soleil le plus
grand Dieu qui soit dans les cieux. Il croit à l'exis
tence des piliers sacrés; il cite Orphée lorsqu'il
parle d'Abraham, et les oracles en faveur des Juifs,
comme si cela pouvait faire autorité.
Après ces preuves de mauvaise critique, il nous
donne l'exposé des motifs qui ont engagé Philon à
composer une cosmogonie, et dans cette partie toute
d'imagination, il divague avec un grand savoir, ac
cumulant les choses les plus incohérentes quæ non
pertinent ad rem.
M. Dodwell fait (page 100) une observation judi
cieuse sur l'espèce d'allégorie que Philon veut ex
C'est de ce même Esculape que parle Arnobe,
1. vii, p. 201, de l'éd. de Rome, lorsqu'il dit: Escu
lapii geritur celebraturque vindemia. Il n'est pas là
question du dieu d'Epidaure, l'auteur et le dieu sont
africains. On peut voir, sur cet Esculape, Davies,
ad Cic. de natura deorum, l. 111, c. 23. Marsbam,
ad sæcul., primum rer. Egypt., p. 39.
Juges, XIV, 4. - I Rois, XVII, 26-36.
clure. Ce n'est pas, dit-il, qu'il veuille bannir du
corps de la fable toute imagination poétique, ni tou
tes ces paraboles dont les anciens et les orientaux
surtout étaient si avides. C'est le bouleversement
complet de leur première histoire et sa transforma
tion en un système de philosophie naturelle, qui
fait de Jupiter, l'éther; de Junon, l'air; de Vesta, la
terre, etc. C'est cette manie de traduire l'histoire de
personnes vivantes et agissantes, en phénomènes de
la nature, par une prosopopée continue qui dégé
nère en roman voilà ce qu'il réprouve, mais non
les allégories telles que celles des mystiques dans les
saintes Ecritures. Cependant, continue-t-il, à la fin
ces allégories fondues dans le corps de l'histoire en
rendent l'intelligence difficile, lorsque les traditions
primitives se sont effacées, et, jouissant d'une auto
rité égale au reste, elles compromettent l'ensemble.
Ce sont ces allégories qui se sont introduites dans
les théogonies célèbres d'Hésiode et des poètes cy
cliques fameux par les
giganto machies, titanomachies qui ont obscurci la
vérité. ▸
M. Dodwell trouve que Philon, avec son pré
tendu Sanchoniathon, est tombé dans le même
égarement qu'il reproche aux poëtes grecs. Suit
une grande digression sur l'origine des rivières,
notamment du Nil, que je passe parce qu'elle n'a
point trait à la question. (Page 110) Il veut que
le nom de Sanchoniathon soit une altération de
Sonchis, prêtre égyptien qui fit connaître l'Atlantide
à Solon; puis digression sur les Atlantiens qui ne
sont selon lui que les Atlantes.
Après cette minutieuse revue du livre de M. Dod
well, qui n'est pas connu, que peu de gens ont lu,
que moins de gens liront encore, mais dont on se
prévaut comme ayant réduit en poudre le faux San
choniathon, je finirai par traduire son dernier cha
pitre, qui fera connaître exactement toute sa pensée
dans cette attaque; elle ne sera pas, je crois, entiè
rement conforme à celle du plus grand nombre des
adversaires du Phénicien, qui réclament Dodwell
comme leur partisan. Entendons-le
Je ne puis voir que cette découverte de la
fausseté du livre de Sanchoniathon porte le moin
dre préjudice à la cause dans laquelle se trouvent
engagées des personnes aussi pieuses que savantes,
qui se sont servies de cet auteur pour expliquer
ou confirmer des passages historiques ou philoso
phiques de l'Ecriture. S'il existait parmi les anti
quités païennes un seul ouvrage qui put rivaliser
avec les saintes Ecritures, soit d'ancienneté, soit
d'authenticité, il pourrait y avoir quelque apparence
de raison à rapprocher ces écrits; on pourrait ten
ter de confirmer par des antiquités égales, des pas
sages des Livres saints pour l'usage de ceux qui ne
leur accordent pas une préférence absolue, à cause
de leur inspiration divine; mais nous n'avons ja
mais ouï dans aucun récit païen antérieur à la tra
duction des Septante rien qui se rapportât aux choses
mentionnées dans les saintes Ecritures. Ce fut cette
publication qui excita l'émulation: c'est alors que
Bérose, Manéthon, Ménandre et Lotus publièrent
leurs recherches. Nulle mention du chaldéen Xisu
thrus, des Hycousis égyptiens, d'Abraham ou de
Moise, du déluge universel dans Ctésias, Xéno
phon, Hérodote, ou tel autre des plus anciens écri
vains dont l'authenticité est incontestable. Lorsque
Onxéval... леpiτéμvel à aldola, 11, 104. Aristo
phane au vers 507 des Oiseaux appelle les Phéni
ciens whoús, circoncis.
Page 534, édition des Bénédictins, t. I.
Pages 67 et 70.
Voyez ce qu'en a dit Walckenaer, sur Aristo
bule, p. 17.
col. 1681–1682page 5 of 21
partageait les idées du savant Anglais; mais quelle
que fut sa façon de penser, son laconisme ne peut
mieux réussir que les raisonnements de Dodwell.
L'autorité de Philon de Byblos n'est pas d'un
plus grand poids. ›
REP. Voilà encore une manière d'argumentation
qu'exclut la critique. Montrez pourquoi?
Un simple fragment nous conduit depuis le com
mencement du monde jusqu'au règne de Chna,
surnonimé Phænix: que contient donc le reste? >
REP. M. l'abbé Foucher n'a pas bien étudié la
citation. d'Eusèbe. Elle se compose d'une foule de
petits passages morcelés, au milieu desquels s'in
terposent des réflexions d'Eusède et de Philon. Il
faut un peu d'attention pour en détacher ce qui
est de l'auteur original. J'en ai compté onze, et Ly
dus, De ostentis, dont nous devons la publication à
M. Hase, cite, page 274, comme appartenant au
deuxième livre des Poirinwr, de Sanchoniathon,
tout ce qui a trait à Cronos, Saturne
L'auteur expliquait-il dans le reste, dit M. Fou
cher, l'invasion des Pasteurs en Egypte; leurs
guerres contre les Egyptiens; l'établissement des
Philistins dans la Palestine; la retraite d'une par
tie des pasteurs en Phénicie; le long séjour qu'y
firent Abraham, Isaac et Jacob; les conquètes de
Josué, les guerres des Chananéens contre les Israé
lites, la fondation des villes, › etc.
REP. Voilà, certes, une étrange témérité, de vou
loir dicter à un écrivain qu'on suppose contempo
rain de la guerre de Troie, ce qu'il a dû écrire,
d'en faire un commentaire des livres saints. Trou
ve-t-il dans Hérodote, dans aucun des anciens qui
ont écrit sur les premiers âges du monde, rien de
semblabe à ce qu'il réclame du phénicien? le déluge
universel n'est indiqué par aucun d'eux; c'est une
observation très-judicieuse de Dodwell, ce n'est
que depuis la publication des Septante, qu'on l'a vu
figurer dans les historiens des temps primitifs. Dio
dore de Sicile a-t-il rien connu de ce qu'il de
mande à Sanchoniathon? il s'étend cependant
assez sur la première histoire de l'Egypte.
Il est évident, par la manière dont Eusèbe
parle de ce livre, qu'il n'en connaissait que ce
fragment, et qu'il l'avait tiré de Porphyre. >
REP. On ne saisit pas le but de cet argument.
Porphyre est-il le faussaire? mais non, puisqu'il a
nonimé Philon. Pourquoi Eusèbe, dont l'érudition
était immense (on n'en peut douter), n'aurait-il pas
en recours à l'ouvrage même de Philon?
⚫ Le reste de l'histore méritait bien son attention
dans une préparation évangélique, car il devait en
résulter des preuves propres à confirmer puis
samment le récit des livres de l'Ancien Testa
ment. >
Nous voici retombés dans le commentaire bibli
que que M. l'abbé Foucher veut tenir de Porphyre
et de Philon. Mais c'est l'illusion qui a égaré Huet.
Il n'y a aucune suite dans sa manière d'envisager
cet auteur; est-ce un fauteur ou un détracteur du
christianisme qu'il attaque? et puis M. Foucher a
peu saisi le plan d'Eusèbe. Le nom de préparation
évangélique ne peut être le titre exact de son livre.
C'est une préparation à la démonstration évangéli
que. Ce n'est qu'un prolégomène à la démonstra
tion d'abandonner la loi de Moise pour suivre
l'évangile du devoir. Il établit d'abord la préférence
de la premières sur toutes les opinions religieuses
répandues dans l'univers, et pour cela, il puise des
lambeaux d'ancienne théologie des Phéniciens dans
Sanchoniathon, des Egyptiens dans Diodore de
Sicile, ainsi que des Atlantiens, des Grecs dans le
même et dans Plutarque. des Romains dans Denys
d'Halicarnasse. Il court ensuite aux antres sujets
qu'il s'est proposé de traiter. Si, d'après l'idée de
T. II, p. 1265.
M. Foucher, il avait dû discuter et épuiser cha
cun des ouvrages qu'il citait, tout son plan était
interverti. On ne sait pas même ce qu'il aurait
pu être.
On voit, par ce qu'ont dit ces messieurs, que le
Sanchoniathon qu'ils ont attaqué, est un être ima
ginaire, rempli d'allusions qui leur appartiennent
et de suppositions qu'ils lui attribuent. On peut
leur appliquer ce mot de l'éditeur de l'ouvrage de
Cumberland, relativement à Dodwell: Ce que
M. Dodwell a écrit sur ce sujet, est plutôt l'ex
pression de son inclination à ne pas croire qu'une
suite de preuves contre l'authenticité de l'ou
vrage. ›
Stillingfleet, dans ses Origines sacræ, se propo
sant d'établir la préférence du récit cosmogonique
et historique de Moise sur les autres relations,
combat Sanchoniathon aussi bien que Manéthon et
Bérose, sans s'occuper de leur authenticité; il
combat l'anachronisme dont Porphyre lui paraît
convaincu, en faisant à la fois Sanchoniathou
contemporain de Sémiramis et de la guerre de
Troie ce point sera discuté. Examinant l'opinion
que Jeroboal et Gédéon sont un même personnage,
il reconnait que Sanchoniathon a pu puiser dans
ses mémoires sans qu'ils fussent d'un contempo
rain. Quant à l'auteur, en lui-même il l'accuse de
beaucoup d'invraisemblance et mème d'absurdités,
mais croit que c'est à tort que le premier antago
niste Ursinus a dit que les gnostiques avaient fourni
à Philon les noms de Protogonos et d'Eon qui sont
significatifs; ce sont ces derniers qu'il accuse de
Plagiat, et croit qu'ils doivent plus à Sanchonia
thon qu'à Hésiode. C'est sans motif, selon lui,
qu'on veut faire cet ouvrage moderne par cela seul
qu'il prétend à une haute antiquité. S'il en eût été
ainsi, les adversaires de Porphyre, Eusèbe à leur
tête, auraient dévoilé cette frande.
Stillingfleet n'a pas connu, à ce qu'il semble,
l'ouvrage de Dodwell dont il ne dit rien.
Le docteur Meiners, dans un ouvrage Sur la
connaissance que les anciens ont eue du vrai Dieu,
publié à Lemgow, s'est rangé au nombre des ad
versaires de Sanchoniathon qui reconnaissent les
païens comme falsificateurs. Aucun argument nou
veau de sa part n'a été ajouté à la force de cenx
que nous avons combattus, soit venant de Dodwell,
soit des autres; il suffira d'avoir cité son nom.
Après avoir épuisé ou à peu près la série des
adversaires de Sanchoniathon, qui ont vu dans ses
fragments une attaque contre la religion ou au
moins une supposition émanée du paganisme, je
viendrai dans le prochain article, à teux qui l'ont
cru le produit d'une fraude pieuse.
Ecrivains qui ont cru le livre de Sanchoniathon le
Lobeck. Examen
produit d'une fraude pieuse.
des raisons qu'il en donne et des autorités qu'il cite.
De quelle Semiramis Sanchoniathon était-il
contemporain. — Résumé.
Comme je l'ai annoncé dans mon dernier article,
je vais examiner maintenant quels sont les écri
vains qui ont cru que le livre de Sanchoniathon
était le produit d'une fraude pieuse; ce qui les a
induits dans cette pensée, c'est l'usage que certains
anteurs modernes ont fait de ce document pour
confirmer les traditions mosaïques. De là ils ont
conclu qu'Eusèbe avait eu un même dessein en les
publiant, ou plutôt en les supposant, et qu'il en
était le véritable auteur. M. Lobeck, professeur à
Königsberg, a résumé leur moyens d'attaque dans un
ouvrage intitulé Aglaophamus Je vais donc le
suivre pas à pas comme j'ai fait à l'égard de Dodwell.
OBJECTION. M. Lobeck commence par combattre
col. 1683–1684page 6 of 21
PG 21:1683l'opinion de ceux qui, comme Heyne, Beck et M. Orelli, mitigent le verdict contre Sanchoniathon, et y ont vu un ouvrage ancien, mais interpolé dans certaines parties. Ce mezzo termine est inadmissible, dit-il; comment faire la part de la vérité et du men songe? la raison sur laquelle ils s'appuient, qu'il y a du vrai dans cette fable, prouverait seulement que le falsificateur a voulu lui donner quelque vraisem blance. Annius de Viterbe pourrait user de la même excuse. Et puis quel serait le falsificateur? Toute la question se réduit, dit M. Lobeck, à savoir si la théologie des anciens Phéniciens est bien telle que nous la donne Sanchoniathon. REP. Jablonski se charge de la réponse: Les traditions du livre de Sanchoniathon, soit qu'on le considère comme un écrivain authentique ou non, sont telles qu'on ne peut pas mettre en doute que tout ce qu'il a dit est puisé dans l'ancienne et véri table théologie des Pheniciens Cette autorité me paraît au-dessus de tout coque je pourrais dire, car personne n'était plus versé que Jablonski dans les profondeurs théologiques des anciennes religions. La Croze qui peut lui être com paré, était partisan avoué de Sanchoniathon, mais comme ce n'est pas par des autorités, mais bien par des raisonnements que la question doit se ré soudre, suivons ceux de M. Lobeck. OBJ. On ne pourra juger, dit-il, si cet ouvrage est une expression fidèle de la théologie phéni cienne, que si l'on a en sa faveur le témoignage des anciens et d'après des caractères de vérité dans son contexte. Le plus fort argument pour rejeter cet écrit est le silence avant Philon de tous les au teurs grecs et romains. KEP. Si le silence des auteurs était une cause suffisante pour répudier les ouvrages anciens; chez les Latins, Phèdre et Velleius Paterculus seraient des ouvrages apocryphes. Athénagore, chez les Chrétiens, est passé sous silence. Polyen n'est nommé que par Suidas, et son ouvrage des Stratagèmes n'est pas cité, en sorte qu'on peut douter s'il a été connu de Suidas, et si ceux qu'il nomme ne sont pas des homonyines. Le seul qui en parle est l'anonyme de Gale, lepi aniowy, De pane, c. 11. Pour ne pas sortir des Phéniciens, Hypsicrate, que Loetus avait traduit au dire de Tatien, quoique son nom soit cer tainement altéré, n'est nommé que par cet écrivain. Si Eusèbe le citait, on devrait donc nier la citation. Il y avait de plus une bonne raison pour qu'on ne parlåt pas de Sanchoniathon avant qu'il eût été traduit par Philon. C'est qu'avant que Loetus eût traduit Mochus, le nom de ce dernier était égale ment ignoré par la raison que les Grecs, sembla bles à nos Français, ne savaient et ne se souciaient que de leur langue. Quand on voit que Plutarque, après avoir passé beaucoup de temps à Rome et en Italie, confesse son ignorance de la langue latine on peut juger s'ils apprenaient le phénicien, langue à peu près morte, et où, sauf quelques documents historiques, il n'y avait rien à puiser. M. Lobeck s'étonne de l'insouciance des auteurs grecs à ce sujet, à cause des anciennes et nombreuses rela tions de cominerce entre la Grèce et la Phénicie. De nombreux écrivains tyriens, sidoniens, béry tiens, figurent parmi les philosophes, les grammai riens et les historiens grecs. M. Lobeck ne parait pas faire la distinction nécessaire à établir entre la Traditionem Sanchoniathonis sive is scriptor genuinus sive minus, ex prisca et genuina Phoenicum theologia dimanasse, jure ambigi non potest. Pan theon Egyptiacum, t. I, p. 12. In Vita Demosth., c. 2. Tyr d'Hyram et celle depuis Alexandre. Cette der nière était une ville grecque comme Alexandrie d'Egypte, l'une et l'autre tenaient bien peu à l'an cienne gloire phénicienne ou égyptienne; qu'il cher che dans les nombreux écrivains alexandrins, sauf Eratosthène, des détails sur l'histoire et la religion de l'ancienne Egypte; qu'il demande aux écrivains de la Carthage romaine des renseignements sur l'ancienne colonie phénicienne; qu'il consulte les nombreaux écrivains espagnols qui ont fleuri à Rome sous les empereurs, sur l'état primitif de la Bétique ou de la Lusitanie, il en obtiendra le même silence. Les Tourditaniens, dit Strabon, sont, de tous les peuples de la Bétique, ceux qui ont le plus com plétement embrassé les mœurs romaines: ils n'ont plus même le souvenir de leur langue maternelle(3) › Philon a pu mettre plus de prix que ses devan ciers à exhumer un historien oublié dont il restait peu de manuscrits; cela relevait sa patrie, favori sait ses doctrines religieuses. L'ancienneté des livres saints est incontestable; les Grecs qui allaient à Tyr allaient aussi à Joppé, Gaza, Ascalon, eh bien! voit-on qu'un seul Grec en ait dit un mot åvant la traduction dite des Septante. On n'y pensait guère. Nous confondons trop notre position avec celle des anciens. l'époque de la Renaissance, l'antiquité s'est présentée aux regards des peuples étonnés comme le développement le plus admirable de toutes les sciences et de tous les arts; non-seulement deux belles langues et une riche littérature récom pensaient les efforts de ceux qui s'adonnaient à l'étudier, mais on y trouvait des sciences toutes faites. L'histoire avec ses deux appuis, la chrono logie et la géographie, les mathématiques avec leur branches, la médecine avec la botanique, la philo30 phie avec toutes ses dépendances, jusqu'à l'archi tecture et la musique; ce à quoi la barbarie du moyen âge n'avait à opposer que de misérables ro manciers. Les anciens, au contraire, qu'avaient-ils à prendre dans les fouilles des temps antérieurs? une histoire défigurée par des contes absurdes, rien de plus. Sanchoniathon nous en donne la preuve, Hérodote et Diodore de Sicile nous montrent ce qu'on pouvait en tirer; et je crois que les prétendus antiquaires phéniciens que nomme Josèphe, et d'a près lui M. Lobeck, Dius, Ménandre, Philostrate, Théodote ou Diodote, Hiéronyme, Histiée et Teu cer, ne nous instruiraient qu'en se rapprochant des temps plus modernes. Au reste, M. Lobeck con vient lui-même de l'impossibilité de fonder une preuve sur cet argument au milieu du naufrage de toute l'antiquité. Il renouvelle ensuite l'attaque concernant le Tázɔ cos qu'il veut donner pour un Egyptien. Rép. J'ai cité, en réponse à Dodwell, un texte de Varron qui me paraît tellement péremptoire que, s'il y a eu plagiat entre les deux nations, on doit plutôt en accuser les Egyptiens Il parle de Tyr qui n'a été fondée que depuis Sé miramis, en sorte qu'il en aurait parlé avant qu'elle existât. REP. Je discuterai bientôt ce qui concerne l'épo que de la Sémiramis contemporaine de Sanchonia thon; et j'observerai que Tyr ici n'est point la ville, puisqu'il nomme après Byblos, fondée par Saturne, comme la plus ancienne ville phénicienne. vot, l. 1 Qu'on demande aux Américains de nos jours des éclaircissemens sur l'état de cet hémis phère avant Colomb. Le voici, De Lingua latina, liv. 1v, c. 10: ‹Prin cipes dei Coelum et Terra: hi dei iidem qui in Ægy pto Serapis et Isis, qui sunt Taautes et Astarte apud Phoenicos. >Οἱ μὲν Τουρδιτανοὶ καὶ μάλιστα οἱ περὶ τὴν Βαΐτιν τελέως εἰς τὸν 'Ρωμαίων μεταβέβληντο τρό πον· οὐδὲ τῆς διαλέκτου τῆς σφετέρας ἔτι μεμνημέΟἱ μὲν Τουρδιτανοὶ καὶ μάλιστα οἱ περὶ τὴν
Βαΐτιν τελέως εἰς τὸν 'Ρωμαίων μεταβέβληντο τρό
πον· οὐδὲ τῆς διαλέκτου τῆς σφετέρας ἔτι μεμνημέ
l'opinion de ceux qui, comme Heyne, Beck et M.
Orelli, mitigent le verdict contre Sanchoniathon, et
y ont vu un ouvrage ancien, mais interpolé dans
certaines parties. Ce mezzo termine est inadmissible,
dit-il; comment faire la part de la vérité et du men
songe? la raison sur laquelle ils s'appuient, qu'il y
a du vrai dans cette fable, prouverait seulement que
le falsificateur a voulu lui donner quelque vraisem
blance. Annius de Viterbe pourrait user de la même
excuse. Et puis quel serait le falsificateur? Toute
la question se réduit, dit M. Lobeck, à savoir si la
théologie des anciens Phéniciens est bien telle que
nous la donne Sanchoniathon.
REP. Jablonski se charge de la réponse: Les
traditions du livre de Sanchoniathon, soit qu'on le
considère comme un écrivain authentique ou non,
sont telles qu'on ne peut pas mettre en doute que
tout ce qu'il a dit est puisé dans l'ancienne et véri
table théologie des Pheniciens
Cette autorité me paraît au-dessus de tout coque
je pourrais dire, car personne n'était plus versé
que Jablonski dans les profondeurs théologiques des
anciennes religions. La Croze qui peut lui être com
paré, était partisan avoué de Sanchoniathon, mais
comme ce n'est pas par des autorités, mais bien
par des raisonnements que la question doit se ré
soudre, suivons ceux de M. Lobeck.
OBJ. On ne pourra juger, dit-il, si cet ouvrage
est une expression fidèle de la théologie phéni
cienne, que si l'on a en sa faveur le témoignage
des anciens et d'après des caractères de vérité dans
son contexte. Le plus fort argument pour rejeter
cet écrit est le silence avant Philon de tous les au
teurs grecs et romains.
KEP. Si le silence des auteurs était une cause
suffisante pour répudier les ouvrages anciens; chez
les Latins, Phèdre et Velleius Paterculus seraient
des ouvrages apocryphes. Athénagore, chez les
Chrétiens, est passé sous silence. Polyen n'est nommé
que par Suidas, et son ouvrage des Stratagèmes n'est
pas cité, en sorte qu'on peut douter s'il a été connu
de Suidas, et si ceux qu'il nomme ne sont pas des
homonyines. Le seul qui en parle est l'anonyme de
Gale, lepi aniowy, De pane, c. 11. Pour ne pas
sortir des Phéniciens, Hypsicrate, que Loetus avait
traduit au dire de Tatien, quoique son nom soit cer
tainement altéré, n'est nommé que par cet écrivain.
Si Eusèbe le citait, on devrait donc nier la citation.
Il y avait de plus une bonne raison pour qu'on
ne parlåt pas de Sanchoniathon avant qu'il eût été
traduit par Philon. C'est qu'avant que Loetus eût
traduit Mochus, le nom de ce dernier était égale
ment ignoré par la raison que les Grecs, sembla
bles à nos Français, ne savaient et ne se souciaient
que de leur langue. Quand on voit que Plutarque,
après avoir passé beaucoup de temps à Rome et en
Italie, confesse son ignorance de la langue latine
on peut juger s'ils apprenaient le phénicien, langue
à peu près morte, et où, sauf quelques documents
historiques, il n'y avait rien à puiser. M. Lobeck
s'étonne de l'insouciance des auteurs grecs à ce
sujet, à cause des anciennes et nombreuses rela
tions de cominerce entre la Grèce et la Phénicie.
De nombreux écrivains tyriens, sidoniens, béry
tiens, figurent parmi les philosophes, les grammai
riens et les historiens grecs. M. Lobeck ne parait
pas faire la distinction nécessaire à établir entre la
Traditionem Sanchoniathonis sive is scriptor
genuinus sive minus, ex prisca et genuina Phoenicum
theologia dimanasse, jure ambigi non potest. Pan
theon Egyptiacum, t. I, p. 12.
In Vita Demosth., c. 2.
Tyr d'Hyram et celle depuis Alexandre. Cette der
nière était une ville grecque comme Alexandrie
d'Egypte, l'une et l'autre tenaient bien peu à l'an
cienne gloire phénicienne ou égyptienne; qu'il cher
che dans les nombreux écrivains alexandrins, sauf
Eratosthène, des détails sur l'histoire et la religion
de l'ancienne Egypte; qu'il demande aux écrivains
de la Carthage romaine des renseignements sur
l'ancienne colonie phénicienne; qu'il consulte les
nombreaux écrivains espagnols qui ont fleuri à
Rome sous les empereurs, sur l'état primitif de la
Bétique ou de la Lusitanie, il en obtiendra le même
silence.
Les Tourditaniens, dit Strabon, sont, de tous
les peuples de la Bétique, ceux qui ont le plus com
plétement embrassé les mœurs romaines: ils n'ont
plus même le souvenir de leur langue maternelle(3) ›
Philon a pu mettre plus de prix que ses devan
ciers à exhumer un historien oublié dont il restait
peu de manuscrits; cela relevait sa patrie, favori
sait ses doctrines religieuses. L'ancienneté des livres
saints est incontestable; les Grecs qui allaient à
Tyr allaient aussi à Joppé, Gaza, Ascalon, eh bien!
voit-on qu'un seul Grec en ait dit un mot åvant la
traduction dite des Septante. On n'y pensait guère.
Nous confondons trop notre position avec celle des
anciens. l'époque de la Renaissance, l'antiquité
s'est présentée aux regards des peuples étonnés
comme le développement le plus admirable de toutes
les sciences et de tous les arts; non-seulement
deux belles langues et une riche littérature récom
pensaient les efforts de ceux qui s'adonnaient à
l'étudier, mais on y trouvait des sciences toutes
faites. L'histoire avec ses deux appuis, la chrono
logie et la géographie, les mathématiques avec leur
branches, la médecine avec la botanique, la philo30
phie avec toutes ses dépendances, jusqu'à l'archi
tecture et la musique; ce à quoi la barbarie du
moyen âge n'avait à opposer que de misérables ro
manciers. Les anciens, au contraire, qu'avaient-ils
à prendre dans les fouilles des temps antérieurs?
une histoire défigurée par des contes absurdes, rien
de plus. Sanchoniathon nous en donne la preuve,
Hérodote et Diodore de Sicile nous montrent ce
qu'on pouvait en tirer; et je crois que les prétendus
antiquaires phéniciens que nomme Josèphe, et d'a
près lui M. Lobeck, Dius, Ménandre, Philostrate,
Théodote ou Diodote, Hiéronyme, Histiée et Teu
cer, ne nous instruiraient qu'en se rapprochant des
temps plus modernes. Au reste, M. Lobeck con
vient lui-même de l'impossibilité de fonder une
preuve sur cet argument au milieu du naufrage de
toute l'antiquité.
Il renouvelle ensuite l'attaque concernant le Tázɔ
cos qu'il veut donner pour un Egyptien.
Rép. J'ai cité, en réponse à Dodwell, un texte de
Varron qui me paraît tellement péremptoire que,
s'il y a eu plagiat entre les deux nations, on doit
plutôt en accuser les Egyptiens
Il parle de Tyr qui n'a été fondée que depuis Sé
miramis, en sorte qu'il en aurait parlé avant qu'elle
existât.
REP. Je discuterai bientôt ce qui concerne l'épo
que de la Sémiramis contemporaine de Sanchonia
thon; et j'observerai que Tyr ici n'est point la
ville, puisqu'il nomme après Byblos, fondée par
Saturne, comme la plus ancienne ville phénicienne.
vot, l. 1 Qu'on demande aux Américains de nos
jours des éclaircissemens sur l'état de cet hémis
phère avant Colomb.
Le voici, De Lingua latina, liv. 1v, c. 10: ‹Prin
cipes dei Coelum et Terra: hi dei iidem qui in Ægy
pto Serapis et Isis, qui sunt Taautes et Astarte apud
Phoenicos. >
col. 1685–1686page 7 of 21
PG 21:1685C'est donc le lieu de Tyr qu'il désigne; et ce qui le montre, c'est qu'il n'en parle que pour dire qu'Hypsouranios s'y fixa et fut l'inventeur des ca banes de roseau, ce qui ne donne guère l'idée d'une ville. En outre, la Tyr de Sanchoniathon n'est point celle qui fut construite dans une île après la destruction de Paléotyr par Nabuchodonosor. Cette Tyr a précédé assez longtemps la prise de Troie; puisque la Tyr insulaire, bâtie des débris de la première, est déjà citée dans les prophètes. La vieille Tyr est nommée dans le livre de Josué Il reproche au rédacteur de cette mythologie le mélange des fables grecques et des traditions juives. REP. Outre que le premier reproche atteint d'au tres mythologies, il est incontestable que les Phé niciens ont implanté beaucoup de colonies en Eu rope. On doit leur en attribuer plus qu'aux Egyp tiens, qui, de l'aveu d'llérodete, n'étaient pas adon nés à la navigation; il est donc naturel que leurs idées religieuses se retrouvent dans les peuplades qui remontent à eux. Quant aux traditions juives, elles sont toutes dans les interprétations des mo dernes et nullement dans l'auteur phénicien. Il examine ensuite si l'ouvrage sur les Juifs, cité par Porphyre dans son Livre contre les Chrétiens est bien de Sanchoniathon ou de Philon. Origène en parle comme l'œuvre de Philon; mais M. Lo beck incline à croire que Philon n'était encore que traducteur, et que l'auteur était Sanchoniathon, qui avait profité des mémoires de Jerombal, prêtre du dieu Jao. REP. Je crois cette opinion erronée; elle est entièrement contredite par Origène, qui nomme l'auteur de l'ouvrage contre les Juifs, Philon, lequel accuse de pseudonymie l'ouvrage d'Hératée sur le mėme sujet, à cause des éloges poinpeux que ce dernier donne à la sagesse du peuple juif. On voit donc que Sanchoniathon ne peut trouver là sa place; inais Sanchoniathon avait consulté les écrits de Je rombal, prêtre du Dieu des Juifs, qui les avait of ferts à Abibal, roi de Béryte. Ce roi et cet Hierom bal sont presque contemporains de Moise, dit Por phyre; mais il n'en est pas de même de Sanchonia thon qui est bien postérieur, ayant vécu sous une Sémiramis, reine d'Assyrie, qui régna vers le temps de la prise de Troie par les Grecs. Le passage de Porphyre, qui est cité deux fois dans les mêmes termes par Eusèbe a été mal compris par tous ceux qui l'ont interprété; ils ont attribué à Sancho niathon un os qui concerne évidemment Hierombal, ce qui met Porphyre en contradiction avec lui même. L'écrivain grec avait fait cependant tout ce qu'il avait pu pour éviter cette confusion; mais on n'en a tenu aucun compte. Ayant nommé Abibal et et Hierombal, il ajoute: ‹ Les temps de ceux-ci tombent avant les temps de Troie, et se rappro chent presque de ceux de Moïse, comme le prou vent les généalogies des rois de Phénicie. Pour Sau choniathon, il vécut du temps d'une Sémiramis, reine des Assyriens, qui est inscrite avant l'époque de la guerre de Troie ou simultanément à ces évé nements. Cette chronologie de Porphyre est celle de Philon dans son ouvrage comme on en peut juger par Etienne de Byzance au mot Ba€v Awv, et a été adoptée par Suidas: < Sanchonia Josue XIX, 29. Eusèbe, Præp. evang., x, 485. Contre Celse, 1, 18. P. 31 et 485. we ai thon, dit-il, philosophe tyrien. qui vécut du temps de la guerre de Troie. Mais elle contrarie entière ment celle d'Eusèbe, comme on peut s'en con vaincre. Suivant lui, Sémiramis est contemporaine d'A braham, en sorte qu'il se jette dans des embarras inextricables; mais laissons-le parler Voici ce que dit Porphyre: Mais il faut soumettre cette assertion au calcul des temps ainsi qu'il suit Si Sanchoniathon a été contemporain de Sémi ramis, et que celle-ci, comme il est généralement reconnu, ait précédé de beaucoup les temps de Troie, il s'en suivra que Sanchoniathon aura été antérieur à ces mèmes temps; mais on dit que ce lui-ci a reçu des mémoires de personnages plus anciens que lui quant aux temps, et cependant c'est à peine, ajoute-t-on, s'ils se rapprochent de l'époque de Moïse. Mais de combien est-il raisonnable de croire que Moïse a précédé ces personnages? Voilà ce qui est embarrassant, et pourquoi je crois de voir abandonner toute cette discussion chronologi que. Mettant en fait que Sanchoniathon est con temporain de Moïse et ne lui est pas antérieur, je poursuivrai ainsi ma pensée. Si Sanchoniathon s'est fait connaître sous Sémiramis, reine des Assyriens, accordant que Moïse ne fut pas plus ancien que lui, mais ayant fleuri dans le même temps, il s'ensuivra que Moïse était aussi contemporain de Sémiramis. Mais ce que nous avons dit ci-dessus a démontré qu'Abraham était né sous elle. Cependant le récit du philosophe établit que Moïse était plus ancien, et cette Semiramis est prouvée avoir précédé de huit cents ans bien comptés la guerre de Troie Moïse sera donc, suivant les calculs du même phi losophe, d'autant d'années antérieur à la guerre de Troie. Je demande maintenant comment Eusèbe, d'a près M. Lobeck, inventeur de tout ce récit, l'au rait arrangé de manière à ne pouvoir pas l'expli quer d'une part, et de l'autre à en tirer une con séquence qui détruirait de fond en comble tout son système, je ne dis pas seulement chronologique, à quoi certes il attachait quelque prix; mais son système apologétique de la religion, à quoi il devait tenir beaucoup plus qu'au faible avantage que lui procurait l'invention de faire parler Sanchoniathon, Philon et Porphyre; c'était de prouver que la Ge nèse primait toutes les cosmogonies connues. Aussi s'étend-il avec complaisance sur cette preuve qu'il aurait détruite lui-même par une fiction de bien peu de secours. Philon, que Porphyre a suivi, avait dit dans son livre spolewy ce qui est répété par Etienne de Byzance au mot Baбuhwy. Babylone, fondation très-ancienne de Babylone, homme très-sage, fils de Bélus, non, comme le dit Hérodote, fondée sous Sémiramis; car Babylone était plus ancienne qu'elle de deux mille ans, comme le veut Héren nius (8,. › Si la fondation de Babylone est plus ancienne de 2000 ans que Sémiramis, cette reine serait repor tée bien après la prise de Troie. Aussi Ussérius (an du monde 2789) propose-t-il dans sa chronolo gie de lire 6, 1002; et il observe que 1022 ans coïncideraient parfaitement avec les calculs astro nomiques que Callisthène avait envoyés de BabyΠερὶ πόλεων, Οἱ δὲ τούτων χρόνοι καὶ πρὸ τῶν Τρωϊκῶν πίο πτουσι χρόνων, καὶ σχεδὸν τοῖς Μωσέως πλησιάζουσιν, ὡς αἱ τῶν Φοινίκης βασιλέων διαδοχαι μηνύουσι. Σαγχιωνιάθων δὲ ἐπὶ Σεμιράμεως γέγονε της Ασσυ ρίων βασιλίδος ἢ πρὸ τῶν Ἰλιακών, ἢ κατ' αὐτούς γε χρόνους γενέσθαι ἀναγέγραπται. Σαγχωνιάθων Τύριος φιλόσοφος ὃς γέγονε κατὰ τὰ Τρωϊκά. Βαβυλώνος, ἀνδρὸς κτίσμα παλαίτααον σοφω τάτου παιδὸς Βήλου οὐχ ὡς Ηρόδοτος ὑπὸ Σεμιράμιδος. Ταύτης γὰρ ἦν ἀρχαιοτέρα (Βαβυλών) ἔτεσι χι λίοις δύο ώς Ερέννιος.Περὶ πόλεων,
Οἱ δὲ τούτων χρόνοι καὶ πρὸ τῶν Τρωϊκῶν πίο
πτουσι χρόνων, καὶ σχεδὸν τοῖς Μωσέως πλησιάζου
σιν, ὡς αἱ τῶν Φοινίκης βασιλέων διαδοχαι μηνύουσι.
Σαγχιωνιάθων δὲ ἐπὶ Σεμιράμεως γέγονε της Ασσυ
ρίων βασιλίδος ἢ πρὸ τῶν Ἰλιακών, ἢ κατ' αὐτούς
γε χρόνους γενέσθαι ἀναγέγραπται.
Σαγχωνιάθων Τύριος φιλόσοφος ὃς γέγονε κατὰ
τὰ Τρωϊκά.
Βαβυλώνος, ἀνδρὸς κτίσμα παλαίτααον σοφω
τάτου παιδὸς Βήλου οὐχ ὡς Ηρόδοτος ὑπὸ Σεμιράμι
δος. Ταύτης γὰρ ἦν ἀρχαιοτέρα (Βαβυλών) ἔτεσι χι
λίοις δύο ώς Ερέννιος.
C'est donc le lieu de Tyr qu'il désigne; et ce qui
le montre, c'est qu'il n'en parle que pour dire
qu'Hypsouranios s'y fixa et fut l'inventeur des ca
banes de roseau, ce qui ne donne guère l'idée d'une
ville. En outre, la Tyr de Sanchoniathon n'est
point celle qui fut construite dans une île après la
destruction de Paléotyr par Nabuchodonosor. Cette
Tyr a précédé assez longtemps la prise de Troie;
puisque la Tyr insulaire, bâtie des débris de la
première, est déjà citée dans les prophètes. La
vieille Tyr est nommée dans le livre de Josué
Il reproche au rédacteur de cette mythologie
le mélange des fables grecques et des traditions
juives.
REP. Outre que le premier reproche atteint d'au
tres mythologies, il est incontestable que les Phé
niciens ont implanté beaucoup de colonies en Eu
rope. On doit leur en attribuer plus qu'aux Egyp
tiens, qui, de l'aveu d'llérodete, n'étaient pas adon
nés à la navigation; il est donc naturel que leurs
idées religieuses se retrouvent dans les peuplades
qui remontent à eux. Quant aux traditions juives,
elles sont toutes dans les interprétations des mo
dernes et nullement dans l'auteur phénicien.
Il examine ensuite si l'ouvrage sur les Juifs, cité
par Porphyre dans son Livre contre les Chrétiens
est bien de Sanchoniathon ou de Philon. Origène
en parle comme l'œuvre de Philon; mais M. Lo
beck incline à croire que Philon n'était encore que
traducteur, et que l'auteur était Sanchoniathon,
qui avait profité des mémoires de Jerombal, prêtre
du dieu Jao.
REP. Je crois cette opinion erronée; elle est
entièrement contredite par Origène, qui nomme
l'auteur de l'ouvrage contre les Juifs, Philon, lequel
accuse de pseudonymie l'ouvrage d'Hératée sur le
mėme sujet, à cause des éloges poinpeux que ce
dernier donne à la sagesse du peuple juif. On voit
donc que
Sanchoniathon ne peut trouver là sa place;
inais Sanchoniathon avait consulté les écrits de Je
rombal, prêtre du Dieu des Juifs, qui les avait of
ferts à Abibal, roi de Béryte. Ce roi et cet Hierom
bal sont presque contemporains de Moise, dit Por
phyre; mais il n'en est pas de même de Sanchonia
thon qui est bien postérieur, ayant vécu sous une
Sémiramis, reine d'Assyrie, qui régna vers le temps
de la prise de Troie par les Grecs. Le passage de
Porphyre, qui est cité deux fois dans les mêmes
termes par Eusèbe a été mal compris par tous
ceux qui l'ont interprété; ils ont attribué à Sancho
niathon un os qui concerne évidemment Hierombal,
ce qui met Porphyre en contradiction avec lui
même. L'écrivain grec avait fait cependant tout ce
qu'il avait pu pour éviter cette confusion; mais on
n'en a tenu aucun compte. Ayant nommé Abibal et
et Hierombal, il ajoute: ‹ Les temps de ceux-ci
tombent avant les temps de Troie, et se rappro
chent presque de ceux de Moïse, comme le prou
vent les généalogies des rois de Phénicie. Pour Sau
choniathon, il vécut du temps d'une Sémiramis,
reine des Assyriens, qui est inscrite avant l'époque
de la guerre de Troie ou simultanément à ces évé
nements. Cette chronologie de Porphyre est celle
de Philon dans son ouvrage comme on
en peut juger par Etienne de Byzance au mot Ba€v
Awv, et a été adoptée par Suidas: < Sanchonia
Josue XIX, 29.
Eusèbe, Præp. evang., x, 485.
Contre Celse, 1, 18.
P. 31 et 485.
we ai
thon, dit-il, philosophe tyrien. qui vécut du temps
de la guerre de Troie. Mais elle contrarie entière
ment celle d'Eusèbe, comme on peut s'en con
vaincre.
Suivant lui, Sémiramis est contemporaine d'A
braham, en sorte qu'il se jette dans des embarras
inextricables; mais laissons-le parler Voici ce
que dit Porphyre: Mais il faut soumettre cette
assertion au calcul des temps ainsi qu'il suit
Si Sanchoniathon a été contemporain de Sémi
ramis, et que celle-ci, comme il est généralement
reconnu, ait précédé de beaucoup les temps de
Troie, il s'en suivra que Sanchoniathon aura été
antérieur à ces mèmes temps; mais on dit que ce
lui-ci a reçu des mémoires de personnages plus
anciens que lui quant aux temps, et cependant c'est
à peine, ajoute-t-on, s'ils se rapprochent de l'époque
de Moïse. Mais de combien est-il raisonnable de
croire que Moïse a précédé ces personnages? Voilà
ce qui est embarrassant, et pourquoi je crois de
voir abandonner toute cette discussion chronologi
que. Mettant en fait que Sanchoniathon est con
temporain de Moïse et ne lui est pas antérieur, je
poursuivrai ainsi ma pensée. Si Sanchoniathon s'est
fait connaître sous Sémiramis, reine des Assyriens,
accordant que Moïse ne fut pas plus ancien que lui,
mais ayant fleuri dans le même temps, il s'ensuivra
que Moïse était aussi contemporain de Sémiramis.
Mais ce que nous avons dit ci-dessus a démontré
qu'Abraham était né sous elle. Cependant le récit
du philosophe établit que Moïse était plus ancien,
et cette Semiramis est prouvée avoir précédé de
huit cents ans bien comptés la guerre de Troie
Moïse sera donc, suivant les calculs du même phi
losophe, d'autant d'années antérieur à la guerre de
Troie.
Je demande maintenant comment Eusèbe, d'a
près M. Lobeck, inventeur de tout ce récit, l'au
rait arrangé de manière à ne pouvoir pas l'expli
quer d'une part, et de l'autre à en tirer une con
séquence qui détruirait de fond en comble tout son
système, je ne dis pas seulement chronologique,
à quoi certes il attachait quelque prix; mais son
système apologétique de la religion, à quoi il devait
tenir beaucoup plus qu'au faible avantage que lui
procurait l'invention de faire parler Sanchoniathon,
Philon et Porphyre; c'était de prouver que la Ge
nèse primait toutes les cosmogonies connues. Aussi
s'étend-il avec complaisance sur cette preuve qu'il
aurait détruite lui-même par une fiction de bien
peu de secours.
Philon, que Porphyre a suivi, avait dit dans son
livre spolewy ce qui est répété par Etienne de
Byzance au mot Baбuhwy. Babylone, fondation
très-ancienne de Babylone, homme très-sage, fils
de Bélus, non, comme le dit Hérodote, fondée
sous Sémiramis; car Babylone était plus ancienne
qu'elle de deux mille ans, comme le veut Héren
nius (8,. ›
Si la fondation de Babylone est plus ancienne de
2000 ans que Sémiramis, cette reine serait repor
tée bien après la prise de Troie. Aussi Ussérius
(an du monde 2789) propose-t-il dans sa chronolo
gie de lire 6, 1002; et il observe que 1022 ans
coïncideraient parfaitement avec les calculs astro
nomiques que Callisthène avait envoyés de Baby
col. 1687–1688page 8 of 21
PG 21:1687lone à Aristote, ainsi que nous apprend Simpli cius dans son Traité du ciel et cela d'après Porphyre. On voit donc que ce philosophe était d'accord avec Philon et avec lui-mêine, et dans un désaccord total avec Eusèbe, et qu'il trouvait un appui dans les calculs fournis par Callisthène. Cette chronologie, de plus, concorde entièrement avec les données d'Hérodote, qui, parlant de la durée de Tempire des Assyriens, dit: Les Assyriens ayant dominé dans l'Asie supérieure pendant cinq cent vingt ans, les Mèdes furent les premiers qui firent défection et les autres nations les imitè – rent Le même Hérodote place Sémiramis cinq générations seulement avant Nitocris Je ne veux pas entreprendre la comparaison de cette chronologie avec celle de Ctésias, qui donne 1360 ans d'existence à l'empire Assyrien. Elle a ex cité assez de débats; mais je me bornerai à con clure qu'il n'y a rien d'absurde dans une computa tion de temps qui a pour chef Hérodote, pour sou tien dans l'antiquité, Callisthène, Philon et Por phyre, et qui dans les temps modernes a été ap puyée par Ussérius et Marsham. sans citer une foule de noms moins célèbres. C'est après tout celle de Philon, répétée par Eusthate sur Denys, vers Je vais résumer le synchronisme de Porphyre. Peu de temps après Moise, Hierombal présente à Abibat, roi de Béryte, les écrits qui contiennent les faits principaux de l'histoire des Juifs jusqu'à cette époque. Ces mémoires sont approuvés par les criti ques que ce roi avait chargés de les examiner; et comme les Chananéens et les Juifs avaient été con tinuellement en hostilité depuis la sortie d'Egypte, ils devaient connaître réciproquement leur histoire. Du temps du siége de Troie, époque contempo raine d'une des reines d'Assyrie du nom de Sémira mis, Sanchoniathon a reçu ces mémoires, et en a pro fité pour rédiger l'histoire de la Phénicie, sa patrie. Sous Adrien, Philon de Byblos a exhumé ce document pour le traduire en grec; il a de plus écrit sur les Juifs un ouvrage ex professo, où Ton pense que, partageant les préjugés nationaux de ses ancêtres, il les traitait assez mal; il a cepen dant profité des renseignements que contenait le livre de Sanchoniathen sur ce peuple, qui, d'après ce qu'on vient d'en dire, méritaient toute confiance. Quant à la différence de huit ou de neuf livres attribués à l'ouvrage de Philon, Dodwell a dé fendu Eusèbe à cet égard, et prouvé par des exem ples semblables que cette variante n'avait rien d'extraordinaire. Ainsi l'évangile de saint Luc a été appelé puto, λóyoç, à cause des Actes du même écrivain; l'Histoire de la vie de Josèphe a été citée comme un livre de ses Antiquités; Cassiodore même y comprend les deux livres contre Appion lors qu'au lieu de vingt livres il en attribue vingt-deux à son ouvrage; l' Octavius de Minutius-Felix passait déjà du temps de saint Jérôme pour le vin d'Arnobe, contre les nations. En effet, la première édition de cet auteur donnée à Rome le présente ainsi. Voici ce qu'en dit saint Jérôme Le livre fausse ment intitulé viu d'Arnobe est de Minutius-Felix; il est prouvé qu'Arnoben'a composé que sept livres, et ce vin est un dialogue entre un Chrétien et unpaïen, dont le titre Octavius résulte évidemment aux yeux L. 11, p. 123 d'Alde. c. c. du lecteur de ce que l'interlocuteur chrétien porte ce nom. ) Nous lisons dans l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe que Philon le Juif a écrit en cinq livres le récit de ce qui est arrivé aux Juifs d'Alexandrie, sous Caius César. Il n'existe à cet égard que deux livres; l'un intitulé contre Flaccus, l'autre Ambassade à Caïus; et Henri de Vallois prouve dans sa note qu'il n'a pas pu exister un seul livre de plus sur ce sujet. Le livre de Théophile, Ad Autolycum, a joui d'un titre à part, celui de Liber de temporibus. Le Protreptique, le Pédagogue et les Stromates de saint Clément sont les parties séparées d'un mème ouvrage. Le livre De martyribus Palæstinæ d'Eusèbe a été souvent considéré comme le 8° de son Histoire ecclésiastique; les trois contre Marcel d'Ancyre et les deux de Théologie ecclésiastique forment un ensemble; les sept livres de l'Institution divine de Lactance ont chacun un titre distinct; les livres de Lucifer de Cagliari font suite l'un à l'autre, sans titre ni nombre qui l'indique. Aux preuves de Dod well, j'ajouterai ce qui suit: Suidas, à l'article Théopompe, énumérant ses ouvrages, dit qu'il écrivit un Abrégé des Histoires d'Hérodote en deux livres; et le scholiaste d'Apollonius de Rhodes, sur le vers 272 du ive livre des Argonautiq.,comparant Hérodote à Théopompe sur le véritable nom d'un roi d'Egy pte, dit que ce dernier le nomme Sésostris dans son livre. Céphalion, cité par Photius comme auteur d'une Histoire universelle depuis Ninus jusqu'à Ale xandre en neuf livres, auxquels il donnait le nom des neuf muses, dit qu'Uranie contenait les faits d'Alexandre. Le même Photius, parlant des extraits que Sopatre a fait de ce livre, dit qu'Erato contenait la Relation du règne d'Alexandre Ces raisons ne convainquent pas M. Lōbeck; il dit: Porphyre n'est pas en dissentiment de peu d'importance avec Eusèbe; l'un compte neuf livres et l'autre huit. On cherche à excuser cela en disant que Porphyre a omis le livre des Juifs, ou a séparé la théologie de l'histoire ces deux excuses n'ont aucune apparence de raison. REP. Ce ton tranchant ne prouve pas. J'espère donner une preuve qui justifiera la présomption de Bochart; je rassemblerai les textes. Eusèbe dit Ce Philon qui a partagé en neuf livres tout l'ou vrage de Sanchoniathon, etc. Le même, p. 156, citant Porphyre sur Sanchoniathon, d'après le Traité de l'abstinence, dit: ‹ Philon de Byblos a traduit en langue grecque et en huit livres l'histoire que San choniathon avait écrite. › Voici donc le même Eusèbe qui donne huit et neuf livres au mème ouvrage, ce qui prouve le peu d'importance qu'il accordail à cette division. Mais poursuivons Dans la même citation Porphyre dit (ce qui se retrouve dans le texte original): Je vais citer du premier livre de l'histoire phénicienne de Philon 'ce qui suit: ‹ Cronos, que les Phéniciens nomment IL, régnant dans cette contrée, etc. Nous voyons que pour Porphyre ce qui a rapport à la vie de Cronos est tiré du premier livre de l'histoire phé nicienne. Voici un écrivain très-postérieur, dont la première publication est due aux soins de notre confrère, M. Ilase, Lydus, qui, dans un Fragment P. 80 et 81. Divin. Lect., c. 17 a. De scriptoribus ecclesiasticis. LXVIII, p. 50. p. Voir Bochart, Chanaan. P. 11, c. 17.Ασσυρίων ἀρχόντων τῆς ἄνω Ασύης ἐπ᾽ ἔτεα εἴκοσι καὶ πεντακόσια, πρῶτοι ἀπ' αὐτῶν Μῆδοι ήρω ξαντο ἀπίστασθαι, 1. 1. 95. Καὶ τὰ ἀλλα ἔθνεα ἐποίες τουτὸ τοῖσι Μήδοισι. τοῖς βασιλεῦσι τῶν Ἀσσυρίων ἦσαν καὶ χναῖνες δύο, ἡ μὲν πρότερον ἄρξασα τῆς ὕστερον γε νεῆσι πέντε πρότερον γενομένη, τῇ οὔνομα ἦν Σεμίραμις.... ἡ δὲ δὴ δεύτερον γενομένη ταύτης βασιλέα τῇ οὔνομα ἦν Νίτωκρις, 1. 1, 184. Ερατούς διαλαμβανούσης τὰ κατ' Ἀλέξανδρον, είαι, 177.Ασσυρίων ἀρχόντων τῆς ἄνω Ασύης ἐπ᾽ ἔτεα
εἴκοσι καὶ πεντακόσια, πρῶτοι ἀπ' αὐτῶν Μῆδοι ήρω
ξαντο ἀπίστασθαι, 1. 1. 95.
Καὶ τὰ ἀλλα ἔθνεα ἐποίες τουτὸ τοῖσι Μήδοισι.
τοῖς βασιλεῦσι τῶν Ἀσσυρίων ἦσαν καὶ
χναῖνες δύο, ἡ μὲν πρότερον ἄρξασα τῆς ὕστερον γε
νεῆσι πέντε πρότερον γενομένη, τῇ οὔνομα ἦν Σεμί
ραμις.... ἡ δὲ δὴ δεύτερον γενομένη ταύτης βασιλέα
τῇ οὔνομα ἦν Νίτωκρις, 1. 1, 184.
Ερατούς διαλαμβανούσης τὰ κατ' Αλέξαν
δρον, είαι, 177.
lone à Aristote, ainsi que nous apprend Simpli
cius dans son Traité du ciel et cela d'après
Porphyre. On voit donc que ce philosophe était
d'accord avec Philon et avec lui-mêine, et dans un
désaccord total avec Eusèbe, et qu'il trouvait un
appui dans les calculs fournis par Callisthène. Cette
chronologie, de plus, concorde entièrement avec
les données d'Hérodote, qui, parlant de la durée de
Tempire des Assyriens, dit: Les Assyriens ayant
dominé dans l'Asie supérieure pendant cinq cent
vingt ans, les Mèdes furent les premiers qui firent
défection et les autres nations les imitè –
rent Le même Hérodote place Sémiramis
cinq générations seulement avant Nitocris
Je ne veux pas entreprendre la comparaison de
cette chronologie avec celle de Ctésias, qui donne
1360 ans d'existence à l'empire Assyrien. Elle a ex
cité assez de débats; mais je me bornerai à con
clure qu'il n'y a rien d'absurde dans une computa
tion de temps qui a pour chef Hérodote, pour sou
tien dans l'antiquité, Callisthène, Philon et Por
phyre, et qui dans les temps modernes a été ap
puyée par Ussérius et Marsham. sans citer une
foule de noms moins célèbres. C'est après tout celle
de Philon, répétée par Eusthate sur Denys, vers
Je vais résumer le synchronisme de Porphyre.
Peu de temps après Moise, Hierombal présente à
Abibat, roi de Béryte, les écrits qui contiennent les
faits principaux de l'histoire des Juifs jusqu'à cette
époque. Ces mémoires sont approuvés par les criti
ques que ce roi avait chargés de les examiner; et
comme les Chananéens et les Juifs avaient été con
tinuellement en hostilité depuis la sortie d'Egypte,
ils devaient connaître réciproquement leur histoire.
Du temps du siége de Troie, époque contempo
raine d'une des reines d'Assyrie du nom de Sémira
mis, Sanchoniathon a reçu ces mémoires, et en a pro
fité pour rédiger l'histoire de la Phénicie, sa patrie.
Sous Adrien, Philon de Byblos a exhumé ce
document pour le traduire en grec; il a de plus
écrit sur les Juifs un ouvrage ex professo, où Ton
pense que, partageant les préjugés nationaux de
ses ancêtres, il les traitait assez mal; il a cepen
dant profité des renseignements que contenait le
livre de Sanchoniathen sur ce peuple, qui, d'après
ce qu'on vient d'en dire, méritaient toute confiance.
Quant à la différence de huit ou de neuf livres
attribués à l'ouvrage de Philon, Dodwell a dé
fendu Eusèbe à cet égard, et prouvé par des exem
ples semblables que cette variante n'avait rien
d'extraordinaire. Ainsi l'évangile de saint Luc a été
appelé puto, λóyoç, à cause des Actes du même
écrivain; l'Histoire de la vie de Josèphe a été citée
comme un livre de ses Antiquités; Cassiodore même
y comprend les deux livres contre Appion lors
qu'au lieu de vingt livres il en attribue vingt-deux
à son ouvrage; l' Octavius de Minutius-Felix passait
déjà du temps de saint Jérôme pour le vin d'Arnobe,
contre les nations. En effet, la première édition de
cet auteur donnée à Rome le présente ainsi. Voici
ce qu'en dit saint Jérôme Le livre fausse
ment intitulé viu d'Arnobe est de Minutius-Felix; il
est prouvé qu'Arnoben'a composé que sept livres, et
ce vin est un dialogue entre un Chrétien et unpaïen,
dont le titre Octavius résulte évidemment aux yeux
L. 11, p. 123 d'Alde.
c.
c.
du lecteur de ce que l'interlocuteur chrétien porte
ce nom. )
Nous lisons dans l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe
que Philon le Juif a écrit en cinq livres le récit de
ce qui est arrivé aux Juifs d'Alexandrie, sous Caius
César. Il n'existe à cet égard que deux livres; l'un
intitulé contre Flaccus, l'autre Ambassade à Caïus;
et Henri de Vallois prouve dans sa note qu'il n'a
pas pu exister un seul livre de plus sur ce sujet.
Le livre de Théophile, Ad Autolycum, a joui
d'un titre à part, celui de Liber de temporibus.
Le Protreptique, le Pédagogue et les Stromates
de saint Clément sont les parties séparées d'un
mème ouvrage. Le livre De martyribus Palæstinæ
d'Eusèbe a été souvent considéré comme le 8° de
son Histoire ecclésiastique; les trois contre Marcel
d'Ancyre et les deux de Théologie ecclésiastique forment
un ensemble; les sept livres de l'Institution divine
de Lactance ont chacun un titre distinct; les livres
de Lucifer de Cagliari font suite l'un à l'autre, sans
titre ni nombre qui l'indique. Aux preuves de Dod
well, j'ajouterai ce qui suit: Suidas, à l'article
Théopompe, énumérant ses ouvrages, dit qu'il écrivit
un Abrégé des Histoires d'Hérodote en deux livres;
et le scholiaste d'Apollonius de Rhodes, sur le vers
272 du ive livre des Argonautiq.,comparant Hérodote
à Théopompe sur le véritable nom d'un roi d'Egy
pte, dit que ce dernier le nomme Sésostris dans son
livre.
Céphalion, cité par Photius comme auteur
d'une Histoire universelle depuis Ninus jusqu'à Ale
xandre en neuf livres, auxquels il donnait le nom
des neuf muses, dit qu'Uranie contenait les faits
d'Alexandre. Le même Photius, parlant des extraits
que Sopatre a fait de ce livre, dit qu'Erato contenait
la Relation du règne d'Alexandre
Ces raisons ne convainquent pas M. Lōbeck;
il dit: Porphyre n'est pas en dissentiment de peu
d'importance avec Eusèbe; l'un compte neuf livres
et l'autre huit. On cherche à excuser cela en disant
que Porphyre a omis le livre des Juifs, ou a séparé
la théologie de l'histoire ces deux excuses n'ont
aucune apparence de raison.
REP. Ce ton tranchant ne prouve pas. J'espère
donner une preuve qui justifiera la présomption de
Bochart; je rassemblerai les textes. Eusèbe dit
Ce Philon qui a partagé en neuf livres tout l'ou
vrage de Sanchoniathon, etc. Le même, p. 156,
citant Porphyre sur Sanchoniathon, d'après le Traité
de l'abstinence, dit: ‹ Philon de Byblos a traduit en
langue grecque et en huit livres l'histoire que San
choniathon avait écrite. ›
Voici donc le même Eusèbe qui donne huit et
neuf livres au mème ouvrage, ce qui prouve le peu
d'importance qu'il accordail à cette division. Mais
poursuivons
Dans la même citation Porphyre dit (ce qui se
retrouve dans le texte original): Je vais citer du
premier livre de l'histoire phénicienne de Philon
'ce qui suit: ‹ Cronos, que les Phéniciens nomment
IL, régnant dans cette contrée, etc. Nous voyons
que pour Porphyre ce qui a rapport à la vie de
Cronos est tiré du premier livre de l'histoire phé
nicienne. Voici un écrivain très-postérieur, dont la
première publication est due aux soins de notre
confrère, M. Ilase, Lydus, qui, dans un Fragment
P. 80 et 81.
Divin. Lect., c. 17 a.
De scriptoribus ecclesiasticis.
LXVIII, p. 50.
p.
Voir Bochart, Chanaan. P. 11, c. 17.
col. 1689–1690page 9 of 21
PG 21:1689sur les mois, à la suite du traité De ostentis, p. 274. range dans le second livre de Philon les mêmes faits relatifs à Cronos. Je vais le citer avec quel ques changements que l'état du manuscrit autorise. Les Phéniciens, soit par la confusion résultant de l'homonymie, soit pour toute autre cause, ren dent tout autrement l'histoire de Cronos; comme il est facile de s'en convaincre par le second livre des Histoires phéniciennes d'Hérennius Philon › cette occasion, qu'il me soit permis de faire cette digression relative à la publication du San choniation de M. Wagenfeld; c'est qu'il est en contradiction avec Porphyre et avec Lydus. Comme le premier, il range dans le premier livre les actes de Cronos; et comme le second vraisemblablement et Eusèbe, il reconnait neuf livres à l'ouvrage, ce qui, très-indirectement il est vrai, semble cepen dant infiriner l'authenticité de cette production Pour rentrer dans la discussion avec M. Lobeck, je dirai qu'il ne va pas jusqu'à attribuer à Eusèbe le passage de Porphyre tiré d'un livre qui a échappé à la destruction qui à atteint presque tous les écrits de ce philosophe, savoir le livre de l'Abstinence. Pour celui-là, il n'y a pas de moyen. Ce dont il le déclare l'auteur pseudonyme, ce sont les préfaces de Philon et les citations de Sanchoniathon. Eusèbe a-t-il inventé les préfaces de Philon et les frag ments de Sanchoniathon? Sur Orphée. Ses poëmes sont d'Onomacrite. Sur les Sibylles. Leurs vers interpolés par les Juifs et les Chrétiens. Euhémère est-il seul à soutenir que les dieux avaient été des hommes? Les Grecs n'ont pas reçu toute leur religion des Egyptiens. Du sym bolisme de Porphyre. Pourquoi les apologistes chrétiens n'ont pas parlé de Sanchoniathon. M. Lobeck déduit les motifs qui lui font croire qu'Eusèbe a fabriqué la préface de Philon et les frag ments de sa traduction de Sanchoniathon: ce n'est pas seulement, selon lui, parce que beaucoup de livres anciens sont supposés, mais par l'intérêt qu'il avait à cette supercherie dans un ouvrage destiné à démontrer la folie des religions du paganisme. Or, rien n'atteignait plus certainement ce but qu'en faisant voir que les objets du culte ancien n'é taient que des hommes déguisés en dieux. Tous les apologistes insistent sur cette preuve qui leur donne tant d'avantage. ‹Croyez-moi, ô Grecs,› dit Tatien, ne souffrez pas d'allégories dans votre mythologie ni parmi vos dieux Clément, Arnobe, tous enfin rassemblent sur ce point la force de leur dia lectique. C'était donc pour Eusèbe un avantage immense que de faire parler Philon de Byblos, un païen, dans les mêmes termes. Il ne saurait en conséquence échapper au reproche de s'être permis une fraude pieuse. RE.. Lorsque Dodwell accusait Porphyre de la Voir pour plus de détails l'article de M. Sé guier, sur la publication de Wagenfeld, insérée dans le tone XIV, p. 397. Tatiani opera, p. 160. De l'ame du monde, ch. xvII, p. 74, éd. de Lebatteux. Dans le 3 livre de la République, t. II, p. 413 et 414. supposition qu'on fait maintenaut peser sur Eu sebe, il se faisait cette question: pourquoi accu sai-je Porphyre d'avoir forgé cet écrit, ou au moins d'avoir concouru à la publication d'un écrit forgé, inconnu et suspect? C'est parce que les principes des Pythagoriciens et des Platoniciens permettent les supercheries, et que Porphyre étail agrégé à ces deux sectes. En effet, nous lisons dans Timée De même que dans les maladies nous gué rissons les corps par des remèdes, causes eux mémes des maladies, lorsque nous ne le pouvons pas par des remèdes benins; ainsi nous dirigeons les âmes par des discours fallacieux, quand nous ne pouvons le faire par la vérité. Platon pro fesse des doctrines absolument pareilles, et en faisait usage dans les fables mythologiques qui ornent ses dialogues. Aussi l'historien Socrate, parlant des ouvrages de Porphyre et de Julien contre les Chrétiens, les accuse d'altérations et de faussetés dans l'em ploi des textes sacrés; mettant tout en œuvre, dit-il, dans leurs écrits contre les Chrétiens; ils ont essayé de faire violence à la vérité, soit en al térant certains textes sacrés, soit en y insérant des parties supposées, de manière à atteindre leur but › et Ce passage inaperçu de Dodwell allait plus à son but, parce qu'il accusait Porphyre lui-même de mauvaise foi dans la controverse. Qu'en conclure? qu'il y en a eu de part et d'autre, parce qu'on se passionne rarement pour la vérité contre l'in térêt de sa cause. Huet, dont la crédulité est no toire, et que M. Lobeck traite avec assez de mépris pour dire:: quæ Huetianis sæculis credere decorum fuit, comme s'il s'agissait du moyen åge, et non du xvn® siècle, le plus illustre des temps modernes, qu'Huet qualifiât et dominât le siècle où il a vécu; Huet, dis-je, si crédule en général, a cependant re poussé le témoignage d'Orphée et des Sibylles dont les premiers apologistes font grand usage. Voici ce qu'il dit du premier: Ce qu'Aristobule le péripa téticien dans Eusèbe, ce que Justin, Clément d'A lexandrie, Cyrille et autres rapportent d'Orphée, paraît avoir été forgé par d'anciens Chrétiens de lambeaux pris dans les livres sacrés Walcke naer a relevé les Chrétiens de cette sentence dans son Traité sur Aristobule, en reportant le blame sur les Juifs, comme j'aurai occasion de le faire voir. Huet parle des vers sibyllins dans les mêmes ter mes On doit penser la même chose des vers sibyllins, savoir qu'ils sont l'œuvre d'auteurs ré cents et convaincus de supposition. Il renvoie en conséquence à l'ouvrage de Blondel. Voilà des écrits incontestablement pseudonymes, que personne ne prendra sous son patronage. Cette fraude était si visible, que Celse, dans un passage rapporté par Origène en a abusé pour le blasphème qui suit Hist eccl., 1. 111, p. 202, éd. de Reading. At quæ ex Orpheo attulerunt Aristobulus Peripateticus apud Eusebium, Justinus, Clemens Alexandrinus, Cyrilluş et alii, ea prorsus videntur a veteribus Christianis conficta, et ex sacrorum codi cum consuta segminibus, Demonstr. evang., prop. iv, n. 19, t. I, p. 187, in-8°. Idem omnino de sibyllinis carminibus putan dum est; non recentioribus illis quæ circumferun tur et x16ônɛia vulgo damnata sunt, prop., etc., Ix, n. 10, p. 1090. L. vu, p. 368 de l'édit. de Cambridge.Οἱ δὲ Φοίνικες κατὰ τὴν τῆς ὁμωνυμίας σύγχυσιν ἢ κατ' ἄλλην τινὰ αἰτίαν ἄλλως πως περὶ Κρόνου ἔχουσιν, ὡς ἐκ τῆς δευτέρας τῶν Φοινικικῶν τοῦ Ερεννίου Φίλωνος ἔστι λαβεῖν. Ὡς τὰ σώματα νοσώδει πόκα υγιάζομες εἴκαμη εἴκῃ τοῖς ὑγιεινοτάτοις, οὕτω τὰς ψυχὰς ψευδέσι λόγοισι ἀπείργομες, εἴκαμη ἄγωνται ἀλαθέσι Κατά Χριστιανῶν λόγους ἀναλώσαντες τὴν ἀλήθειαν ἐπεχείρησαν βιάσασθαι, τινὰ μὲν τῶν ἱερῶν γραμμάτων παρατρέψαντες, τὰ δὲ ἐγκαταλέξαντες, πάντα δὲ πρὸς τὸν οἰκεῖον ἀ αλαβόντες σκοπόν. Ὑμεῖς δὲ κἂν Σιβύλλαν ᾗ χρῶνταί τινες ὑμῶν εἰκότως οὖν μᾶλλον προεθήσασθε ὡς τοῦ θεοῦ παῖδα νῦν δὲ παρεγράφετε μὲν εἰς τὰ ἐκείνης πολλὰ καὶ βλάσφημα εἰκῆ... τὸν δὲ βίῳ μὲν ἐπιβοητοτάτῳ, κα νάτῳ δὲ οἰκτίστῳ χρησάμενον Θεὸν τίθεσθε.Οἱ δὲ Φοίνικες κατὰ τὴν τῆς ὁμωνυμίας σύγχυ
σιν ἢ κατ' ἄλλην τινὰ αἰτίαν ἄλλως πως περὶ Κρόνου
ἔχουσιν, ὡς ἐκ τῆς δευτέρας τῶν Φοινικικῶν τοῦ
Ερεννίου Φίλωνος ἔστι λαβεῖν.
Ὡς τὰ σώματα νοσώδει πόκα υγιάζομες εἴκαμη
εἴκῃ τοῖς ὑγιεινοτάτοις, οὕτω τὰς ψυχὰς ψευδέσι λό
γοισι ἀπείργομες, εἴκαμη ἄγωνται ἀλαθέσι
Κατά Χριστιανῶν λόγους ἀναλώσαντες τὴν
ἀλήθειαν ἐπεχείρησαν βιάσασθαι, τινὰ μὲν τῶν ἱερῶν
γραμμάτων παρατρέψαντες, τὰ δὲ ἐγκαταλέξαντες,
πάντα δὲ πρὸς τὸν οἰκεῖον ἀ αλαβόντες σκοπόν.
Ὑμεῖς δὲ κἂν Σιβύλλαν ᾗ χρῶνταί τινες ὑμῶν
εἰκότως οὖν μᾶλλον προεθήσασθε ὡς τοῦ θεοῦ παῖδα
νῦν δὲ παρεγράφετε μὲν εἰς τὰ ἐκείνης πολλὰ καὶ
βλάσφημα εἰκῆ... τὸν δὲ βίῳ μὲν ἐπιβοητοτάτῳ, κα
νάτῳ δὲ οἰκτίστῳ χρησάμενον Θεὸν τίθεσθε.
sur les mois, à la suite du traité De ostentis, p. 274.
range dans le second livre de Philon les mêmes
faits relatifs à Cronos. Je vais le citer avec quel
ques changements que l'état du manuscrit autorise.
Les Phéniciens, soit par la confusion résultant
de l'homonymie, soit pour toute autre cause, ren
dent tout autrement l'histoire de Cronos; comme il
est facile de s'en convaincre par le second livre des
Histoires phéniciennes d'Hérennius Philon ›
cette occasion, qu'il me soit permis de faire
cette digression relative à la publication du San
choniation de M. Wagenfeld; c'est qu'il est en
contradiction avec Porphyre et avec Lydus. Comme
le premier, il range dans le premier livre les actes
de Cronos; et comme le second vraisemblablement
et Eusèbe, il reconnait neuf livres à l'ouvrage, ce
qui, très-indirectement il est vrai, semble cepen
dant infiriner l'authenticité de cette production
Pour rentrer dans la discussion avec M. Lobeck,
je dirai qu'il ne va pas jusqu'à attribuer à Eusèbe
le passage de Porphyre tiré d'un livre qui a échappé
à la destruction qui à atteint presque tous les écrits
de ce philosophe, savoir le livre de l'Abstinence.
Pour celui-là, il n'y a pas de moyen. Ce dont il le
déclare l'auteur pseudonyme, ce sont les préfaces
de Philon et les citations de Sanchoniathon.
Eusèbe a-t-il inventé les préfaces de Philon et les frag
ments de Sanchoniathon? Sur Orphée.
Ses
poëmes sont d'Onomacrite. Sur les Sibylles.
Leurs vers interpolés par les Juifs et les Chrétiens.
Euhémère est-il seul à soutenir que les dieux
avaient été des hommes? Les Grecs n'ont pas
reçu toute leur religion des Egyptiens.
Du sym
bolisme de Porphyre. Pourquoi les apologistes
chrétiens n'ont pas parlé de Sanchoniathon.
M. Lobeck déduit les motifs qui lui font croire
qu'Eusèbe a fabriqué la préface de Philon et les frag
ments de sa traduction de Sanchoniathon: ce n'est
pas seulement, selon lui, parce que beaucoup de
livres anciens sont supposés, mais par l'intérêt qu'il
avait à cette supercherie dans un ouvrage destiné
à démontrer la folie des religions du paganisme.
Or, rien n'atteignait plus certainement ce but qu'en
faisant voir que les objets du culte ancien n'é
taient que des hommes déguisés en dieux. Tous les
apologistes insistent sur cette preuve qui leur donne
tant d'avantage. ‹Croyez-moi, ô Grecs,› dit Tatien,
ne souffrez pas d'allégories dans votre mythologie
ni parmi vos dieux Clément, Arnobe, tous
enfin rassemblent sur ce point la force de leur dia
lectique. C'était donc pour Eusèbe un avantage
immense que de faire parler Philon de Byblos, un
païen, dans les mêmes termes. Il ne saurait en
conséquence échapper au reproche de s'être permis
une fraude pieuse.
RE.. Lorsque Dodwell accusait Porphyre de la
Voir pour plus de détails l'article de M. Sé
guier, sur la publication de Wagenfeld, insérée dans
le tone XIV, p. 397.
Tatiani opera, p. 160.
De l'ame
du monde, ch. xvII, p. 74, éd. de Lebatteux.
Dans le 3 livre de la République, t. II, p. 413
et 414.
supposition qu'on fait maintenaut peser sur Eu
sebe, il se faisait cette question: pourquoi accu
sai-je Porphyre d'avoir forgé cet écrit, ou au moins
d'avoir concouru à la publication d'un écrit forgé,
inconnu et suspect? C'est parce que les principes
des Pythagoriciens et des Platoniciens permettent
les supercheries, et que Porphyre étail agrégé à
ces deux sectes. En effet, nous lisons dans Timée
De même que dans les maladies nous gué
rissons les corps par des remèdes, causes eux
mémes des maladies, lorsque nous ne le pouvons
pas par des remèdes benins; ainsi nous dirigeons
les âmes par des discours fallacieux, quand nous
ne pouvons le faire par la vérité. Platon pro
fesse des doctrines absolument pareilles, et en faisait
usage dans les fables mythologiques qui ornent ses
dialogues.
Aussi l'historien Socrate, parlant des ouvrages
de Porphyre et de Julien contre les Chrétiens,
les accuse d'altérations et de faussetés dans l'em
ploi des textes sacrés; mettant tout en œuvre,
dit-il, dans leurs écrits contre les Chrétiens; ils
ont essayé de faire violence à la vérité, soit en al
térant certains textes sacrés, soit en y insérant des
parties supposées, de manière à atteindre leur
but ›
et
Ce passage inaperçu de Dodwell allait plus à son
but, parce qu'il accusait Porphyre lui-même de
mauvaise foi dans la controverse. Qu'en conclure?
qu'il y en a eu de part et d'autre, parce qu'on
se passionne rarement pour la vérité contre l'in
térêt de sa cause. Huet, dont la crédulité est no
toire, et que M. Lobeck traite avec assez de mépris
pour dire:: quæ Huetianis sæculis credere decorum fuit,
comme s'il s'agissait du moyen åge, et non du xvn®
siècle, le plus illustre des temps modernes,
qu'Huet qualifiât et dominât le siècle où il a vécu;
Huet, dis-je, si crédule en général, a cependant re
poussé le témoignage d'Orphée et des Sibylles dont
les premiers apologistes font grand usage. Voici ce
qu'il dit du premier: Ce qu'Aristobule le péripa
téticien dans Eusèbe, ce que Justin, Clément d'A
lexandrie, Cyrille et autres rapportent d'Orphée,
paraît avoir été forgé par d'anciens Chrétiens de
lambeaux pris dans les livres sacrés Walcke
naer a relevé les Chrétiens de cette sentence dans
son Traité sur Aristobule, en reportant le blame
sur les Juifs, comme j'aurai occasion de le faire
voir.
Huet parle des vers sibyllins dans les mêmes ter
mes On doit penser la même chose des vers
sibyllins, savoir qu'ils sont l'œuvre d'auteurs ré
cents et convaincus de supposition. Il renvoie en
conséquence à l'ouvrage de Blondel. Voilà des écrits
incontestablement pseudonymes, que personne ne
prendra sous son patronage. Cette fraude était si
visible, que Celse, dans un passage rapporté par
Origène en a abusé pour le blasphème qui suit
Hist eccl., 1. 111, p. 202, éd. de Reading.
At quæ ex Orpheo attulerunt Aristobulus
Peripateticus apud Eusebium, Justinus, Clemens
Alexandrinus, Cyrilluş et alii, ea prorsus videntur a
veteribus Christianis conficta, et ex sacrorum codi
cum consuta segminibus, Demonstr. evang., prop. iv,
n. 19, t. I, p. 187, in-8°.
Idem omnino de sibyllinis carminibus putan
dum est; non recentioribus illis quæ circumferun
tur et x16ônɛia vulgo damnata sunt, prop., etc.,
Ix, n. 10, p. 1090.
L. vu,
p. 368 de l'édit. de Cambridge.
col. 1691–1692page 10 of 21
PG 21:1691Vous auriez beaucoup mieux fait de mettre à la tête de votre religion la sibylle, en la déclarant fille de Dieu, puisque vous vous servez d'elle, en insé rant dans ses vers beaucoup d'impiétés; au lieu de cela vous allez prendre pour votre Dieu celui dont la vie est décriée, et dont la mort est la plus honteuse qui se puisse. Mais Celse ne savait pas que c'est la bassesse même du Christ qui fait la gloire de sa religion. Ainsi il a existé des livres attribués faussement à certains auteurs. Voyons maintenant si l'analogie est parfaite entre les vers orphiques et sibyllins d'une part, et la pré face de Philon jointe aux extraits de Sanchoniathon. Orphée a été reconnu comme un personnage fa buleux dans l'antiquité même. Hérodote déclare qu'Homère et Hésiode sont les deux premiers poëtes qui ont répandu la théogonie parmi les Grecs, qui ont donné des noms aux dieux, et leur ont assigné les honneurs qui leur sont rendus; qui enfin les ont rangés dans l'ordre généralement admis. Il ne connaissait donc pas les poëmes attribués à Orphée; ou plutôt lorsqu'il parle des Orphiques, il les ren voie parini les productions égytiennes ou pythago riciennes Le même Hérodote attribue à Onomacrite. contemporain et ami des Pisistratides, les poëmes qui passaient sous le nom de Musée; on peut croire qu'il a fait aussi parler Orphée. Sextus Em piricus cite Onomacrite dans les Orphiques. Le scholiaste d'Aristide, sur le discours en défense de Miltiade contre Platon, dit: Orphée a précédé Ho nère, mais ses doctrines ont été mises en vers par Onomacrite › Aristote, dans le Traité de l'âme, dit: Le raison nement contenu dans les poèmes appelés Orphiques est dans le même cas Philoponus, dans son commentaire sur ce passage, se demande pourquo Aristote appelle ces poëmes orphiques: c'est, répond il, parce que ces poëmes ne semblent pas être d'Orphée, comme Aristote le déclare lui-même dans les livres de la philosophie. On dit bien, continue-t-il, que les doctrines sont de lui, et qu'Onomacrite les a mises en vers. C'est d'après ce passage invoqué d'Aristote dans les livres perdus de la philosophie, que Cicéron a été autorisé à dire, que d'après Aris tote, Orphée le poëte n'a jamais existé Denys le Thrace, au rapport de Suidas, exprimait la même opinion qu'Aristote Son scholiaste, en effet dit: Si quelques personnes reconnais sent des poëtes antérieurs à Homère, tels que Mu sée, Orphée, Linus, c'est à tort; il n'existe aucun poëme plus ancien que l'Iliade et l'Odyssée. Mais, dira-t-on, comment cela peut-il être, puisque nous possédons des écrits plus anciens? nous répondrons que les uns ne sont pas de ceux auxquels on sup pose qu'ils appartiennent, les autres portent des ti tres d'auteurs récents homonymes d'anciens per sonnages. Suidas, à l'article d'Orphée, énumère les auteurs de ses différents poëmes, parmi lesquels figure Onomacrite. Tatien, dans son Discours aux Grecs, cité par Hayopsiaust. L. 11, c. 53 et 81.- Dans ce passage il faut corriger, comme je l'ai fait, tauta, et lire d'abord ne peut pas être le sujet ; ce serait un solécisme dans la langue d'Hérodote. Ensuite Plutarque nous offre une cons truction absolument pareille De Isid., c. Liv. vu, ch. 6. Dans le livre contre les mathématiciens, §361. Eusèbe dit qu'Orphée fut contemporain d'Her cule, mais que les poèmes qui portent son nom fu rent composés et mis en ordre par Onomacrite vers la 50 olympiade. Josèphe, dans son premier livre contre Apion, affi.me que chez les Grecs il n'est pas d'ouvrage avoué antérieur à Homère. Parmi les modernes, je citerai le seul Gérard Jean Vossius; ce n'est pas un auteur d'une foi difli cile à convaincre; il dit cependant: Ce triumvi rat de poésie, Orphée, Musée, Linus, n'a point existé; ce sont des noms de l'ancienne langue phénicienne que parlaient Cadmus et ses descendants › Pour les sibylles, la supposition est encore plus évidente, parce qu'elle est plus récente et toute dans les idées chrétiennes. L'écrit de Blondel, in titulé: Créance des Pères sur l'état de l'âme après cette vie, en fournira d'abondantes preuves. Or, comment s'y sont pris ces faussaires? ils ont tout simplement insinué leurs dogmes dans des vers prétendus orphiques ou sibyllins. Orphée doit à Ono acrite, puis aux Pythagoriciens, enfin aux Juifs ou aux Chrétiens, les vers répandus sous son nom; la sibylle les doit à peu près tous à ces derniers. Est-ce ainsi que Eusèbc s'y est pris dans la sup position admise par M. Lobeck des extraits de San choniathon? Sa marche a été diamétralement con traire. C'est en s'éloignant le plus possible des doctrines qu'il veut mettre en honneur, qu'il se montre faussaire. Qu'on tente d'amener les lecteurs à son opinion, en la présentant sous un nom révéré, je le conçois; mais là marche tortueuse que M. Lo beck prête à Eusèbe me semble aussi peu compré hensible que celle que Dodwell avait attribuée à Porphyre ou à Philon. Indépendamment des Phé niciens, Eusèbe n'avait-il pas les Egyptiens, les Atlantiens, les Grecs et les Romains pour déilier les hommes? Cette doctrine n'est-elle pas placée au dessus de toute atteinte par des auteurs irrécusa bles, Homère. Hésiode, Diodore, Plutarque, De nys d'Halicarnasse? quelle force pouvait donner à sa démonstration la faible adjonction de la théologie phénicienne? Et puis cette théologie exis tait quelque part; plus ou moins connue, elle l'é tait cependant. Tout le monde civilisé était instruit que c'était par des victimes humaines qu'on se ren dait propice le Saturne phénicien, qu'Astarté et Baal ou Belh étaient adorés à Sidon. L'Hercule ty rien avait un temple anciennement vénéré, vénéra tion dont Alexandre voulut se faire un prétexte pour pénétrer dans Tyr. Que pouvait donc faire Eusèbe dans la fourberie dont on l'accuse? répéter ce que tout le monde savait, ou se taire. S'il admettait dans la théologie phénicienne des fables de sa com position, à quoi lui servaient-elles? et comment pouvons-nous aujourd'hui les discerner? Mais par l'absurdité, dira-t-on, il a jeté du ridicule et de l'odieux sur cette fraction du paganisme; mais il ne nous la montre pas plus ridicule ni plus odieuse que les autres théogonies. D'ailleurs si Eusèbe s'était contenté de combat tre les fables telles que les poëtes nous les donnent, L. e. Orpheum poetam, docet Aristoteles nunquam fuisse. De nat. deor., lib. 1, 38. T. II, p. 785 des Anecdota de Bekker. Prépar. évang., 1. x, p. 495. Triumviros istos poeseos Orphea, Musæum, Linum non fuisse, sed esse nomina ab antiqua Phoe nicum lingua qua usi Cadmus aliique posteri. De arte poetica, c. 15. Paris, 1659, in-4°; il porte encore le titre suivant: Des sibylles célèbres tant par l'antiquité païenne que par les SS. Pères. Charenton, 1649.Ὁμολογέουσι δὲ ταυτὰ τοῖσι ὀρφικοῖσι καλεο μένοισι, καὶ Βακχικοῖσιν, ἐοῦσι δὲ Αἰγυπτίοισι καὶ ταυτά; ταῦτα Τὁμολογέουσι Ομολογεῖ δὲ τὰ τι τανικὰ καὶ νυκτέλια ταυτὰ τοῖς λεγομένοις Οσίριδος διασπασμοίς. 55. Τα δόγματα Ορφέως Ονομάκριτος μετέβαλε δι' ἐπῶν. Τοῦτο δὲ πέπονθε καὶ ὁ ἐν τοῖς Ὀρφικοίς και λουμένοις ἔπεσι λόγος. 1, 7. Διονύσιος τὸν Ὀρφέα οὐδὲ γεγονέναι φησί.Ὁμολογέουσι δὲ ταυτὰ τοῖσι ὀρφικοῖσι καλεο
μένοισι, καὶ Βακχικοῖσιν, ἐοῦσι δὲ Αἰγυπτίοισι καὶ
ταυτά; ταῦτα
Τὁμολογέουσι
Ομολογεῖ δὲ τὰ τι
τανικὰ καὶ νυκτέλια ταυτὰ τοῖς λεγομένοις Οσίριδος
διασπασμοίς. 55.
Τα δόγματα Ορφέως Ονομάκριτος μετέβαλε
δι' ἐπῶν.
Τοῦτο δὲ πέπονθε καὶ ὁ ἐν τοῖς Ὀρφικοίς και
λουμένοις ἔπεσι λόγος. 1, 7.
Διονύσιος τὸν Ὀρφέα οὐδὲ γεγονέναι φησί.
Vous auriez beaucoup mieux fait de mettre à la
tête de votre religion la sibylle, en la déclarant fille
de Dieu, puisque vous vous servez d'elle, en insé
rant dans ses vers beaucoup d'impiétés; au lieu
de cela vous allez prendre pour votre Dieu celui
dont la vie est décriée, et dont la mort est la plus
honteuse qui se puisse. Mais Celse ne savait pas
que c'est la bassesse même du Christ qui fait la gloire
de sa religion.
Ainsi il a existé des livres attribués faussement
à certains auteurs.
Voyons maintenant si l'analogie est parfaite entre
les vers orphiques et sibyllins d'une part, et la pré
face de Philon jointe aux extraits de Sanchoniathon.
Orphée a été reconnu comme un personnage fa
buleux dans l'antiquité même. Hérodote déclare
qu'Homère et Hésiode sont les deux premiers poëtes
qui ont répandu la théogonie parmi les Grecs, qui
ont donné des noms aux dieux, et leur ont assigné
les honneurs qui leur sont rendus; qui enfin les
ont rangés dans l'ordre généralement admis. Il ne
connaissait donc pas les poëmes attribués à Orphée;
ou plutôt lorsqu'il parle des Orphiques, il les ren
voie parini les productions égytiennes ou pythago
riciennes
Le même Hérodote attribue à Onomacrite.
contemporain et ami des Pisistratides, les poëmes
qui passaient sous le nom de Musée; on peut
croire qu'il a fait aussi parler Orphée. Sextus Em
piricus cite Onomacrite dans les Orphiques. Le
scholiaste d'Aristide, sur le discours en défense de
Miltiade contre Platon, dit: Orphée a précédé Ho
nère, mais ses doctrines ont été mises en vers par
Onomacrite ›
Aristote, dans le Traité de l'âme, dit: Le raison
nement contenu dans les poèmes appelés Orphiques
est dans le même cas Philoponus, dans son
commentaire sur ce passage, se demande pourquo
Aristote appelle ces poëmes orphiques: c'est, répond
il, parce que ces poëmes ne semblent pas être
d'Orphée, comme Aristote le déclare lui-même dans
les livres de la philosophie. On dit bien, continue-t-il,
que les doctrines sont de lui, et qu'Onomacrite les
a mises en vers. C'est d'après ce passage invoqué
d'Aristote dans les livres perdus de la philosophie,
que Cicéron a été autorisé à dire, que d'après Aris
tote, Orphée le poëte n'a jamais existé
Denys le Thrace, au rapport de Suidas, exprimait
la même opinion qu'Aristote Son scholiaste, en
effet dit: Si quelques personnes reconnais
sent des poëtes antérieurs à Homère, tels que Mu
sée, Orphée, Linus, c'est à tort; il n'existe aucun
poëme plus ancien que l'Iliade et l'Odyssée. Mais,
dira-t-on, comment cela peut-il être, puisque nous
possédons des écrits plus anciens? nous répondrons
que les uns ne sont pas de ceux auxquels on sup
pose qu'ils appartiennent, les autres portent des ti
tres d'auteurs récents homonymes d'anciens per
sonnages. Suidas, à l'article d'Orphée, énumère
les auteurs de ses différents poëmes, parmi lesquels
figure Onomacrite.
Tatien, dans son Discours aux Grecs, cité
par
Hayopsiaust. L. 11, c. 53 et 81.- Dans ce passage
il faut corriger, comme je l'ai fait, tauta, et lire
d'abord ne peut pas être le sujet
; ce serait un solécisme dans la langue
d'Hérodote. Ensuite Plutarque nous offre une cons
truction absolument pareille
De Isid., c.
Liv. vu, ch. 6.
Dans le livre contre les mathématiciens, §361.
Eusèbe dit qu'Orphée fut contemporain d'Her
cule, mais que les poèmes qui portent son nom fu
rent composés et mis en ordre par Onomacrite vers
la 50 olympiade.
Josèphe, dans son premier livre contre Apion,
affi.me que chez les Grecs il n'est pas d'ouvrage
avoué antérieur à Homère.
Parmi les modernes, je citerai le seul Gérard Jean
Vossius; ce n'est pas un auteur d'une foi difli
cile à convaincre; il dit cependant: Ce triumvi
rat de poésie, Orphée, Musée, Linus, n'a point existé;
ce sont des noms de l'ancienne langue phénicienne
que parlaient Cadmus et ses descendants ›
Pour les sibylles, la supposition est encore plus
évidente, parce qu'elle est plus récente et toute
dans les idées chrétiennes. L'écrit de Blondel, in
titulé: Créance des Pères sur l'état de l'âme après
cette vie, en fournira d'abondantes preuves. Or,
comment s'y sont pris ces faussaires? ils ont tout
simplement insinué leurs dogmes dans des vers
prétendus orphiques ou sibyllins. Orphée doit à Ono
acrite, puis aux Pythagoriciens, enfin aux Juifs ou
aux Chrétiens, les vers répandus sous son nom;
la sibylle les doit à peu près tous à ces derniers.
Est-ce ainsi que Eusèbc s'y est pris dans la sup
position admise par M. Lobeck des extraits de San
choniathon? Sa marche a été diamétralement con
traire. C'est en s'éloignant le plus possible des
doctrines qu'il veut mettre en honneur, qu'il se
montre faussaire. Qu'on tente d'amener les lecteurs
à son opinion, en la présentant sous un nom révéré,
je le conçois; mais là marche tortueuse que M. Lo
beck prête à Eusèbe me semble aussi peu compré
hensible que celle que Dodwell avait attribuée à
Porphyre ou à Philon. Indépendamment des Phé
niciens, Eusèbe n'avait-il pas les Egyptiens, les
Atlantiens, les Grecs et les Romains pour déilier les
hommes? Cette doctrine n'est-elle pas placée au
dessus de toute atteinte par des auteurs irrécusa
bles, Homère. Hésiode, Diodore, Plutarque, De
nys d'Halicarnasse? quelle force pouvait donner
à sa démonstration la faible adjonction de la
théologie phénicienne? Et puis cette théologie exis
tait quelque part; plus ou moins connue, elle l'é
tait cependant. Tout le monde civilisé était instruit
que c'était par des victimes humaines qu'on se ren
dait propice le Saturne phénicien, qu'Astarté et
Baal ou Belh étaient adorés à Sidon. L'Hercule ty
rien avait un temple anciennement vénéré, vénéra
tion dont Alexandre voulut se faire un prétexte pour
pénétrer dans Tyr. Que pouvait donc faire Eusèbe
dans la fourberie dont on l'accuse? répéter ce que
tout le monde savait, ou se taire. S'il admettait
dans la théologie phénicienne des fables de sa com
position, à quoi lui servaient-elles? et comment
pouvons-nous aujourd'hui les discerner? Mais par
l'absurdité, dira-t-on, il a jeté du ridicule et de
l'odieux sur cette fraction du paganisme; mais il
ne nous la montre pas plus ridicule ni plus odieuse
que les autres théogonies.
D'ailleurs si Eusèbe s'était contenté de combat
tre les fables telles que les poëtes nous les donnent,
L. e.
Orpheum poetam, docet Aristoteles nunquam
fuisse. De nat. deor., lib. 1, 38.
T. II, p. 785 des Anecdota de Bekker.
Prépar. évang., 1. x, p. 495.
Triumviros istos poeseos Orphea, Musæum,
Linum non fuisse, sed esse nomina ab antiqua Phoe
nicum lingua qua usi Cadmus aliique posteri. De
arte poetica, c. 15.
Paris, 1659, in-4°; il porte encore le titre
suivant: Des sibylles célèbres tant par l'antiquité
païenne que par les SS. Pères. Charenton, 1649.
col. 1693–1694page 11 of 21
PG 21:1693il n'aurait pas encore rempli son objet; il reconnaît la triple théologie de Varron, poétique, philosophi que et politique; il les attaque également dans son livre il ne gagnait donc pas une grande victoire en déplaçant la difficulté. OB. Après tout, ce ne sont pas tant les fables ab surdes qui rendent ce recueil suspect, dit notre adversaire, que la prétention de Philon qu'on ne doit pas l'interpréter symboliquement. REP. quoi je réponds qu'on doit distinguer Phi lon de Sanchoniation. Philon ne veut pas d'allé gories, mais Sanchoniathon n'y a pas pensé. Après ce dernier, mais avant Philon, Thabionides avait tentó d'introduire dans la religion phénicienne ce genre d'interprétation, con re lequel s'élève Philon. Ne voit-on pas la même dissension parmi les Grecs? les stoiciens détournaient toute la réligion à n'être qu'un emblème de la nature. Mais Celse dans son livre contre les Chrétiens, et Velléius l'épicurien, mais Cotta l'académicien dans les livres De la na. ture des dieux de Cicéron, combattent de toute leur force cet échafaudage; ils sont pourtant les organes de deux sectes puissantes de la philosophie grecque. Ces doctrines, quoique professées en partie par Var ron, lui semblaient de nature à s'avouer plus faci lement dans le réduit de l'école, qu'au plein jour de la place publique Or, qu'est-ce qu'une expli cation réservée à un petit nombre de la religion commune à tous? Euhémère avant Philon avait traité la mytholo gie grecque comme celui-ci a fait la phénicienne; il est vrai qu'il a excité contre lui une forte tem pête, on la qualifié d'athée; mais à qui n'a-t-on pas prodigué cette injure? Les Juifs et les Chré tiens étaient des athées pour les païens; Anaxagore et Socrate pour Aristophane et le peuple d'Athènes; il n'est pas jusqu'aux différentes sectes du chris tianisme qui ne se soient donné cette dénomination; saint Justin dit lui-même: «Vous nous parlez de ceux qui se disent Chrétiens, et qui dans le fond ne sont que des athées et des hérétiques › Les véritables athées sont ceux qui, comme Théo dore de Cyrène et Diagore de Mèle, nient l'existence de la Divinité. Ceux qui adorent le soleil, l'homme, Hæc facilius intra parietes in schola, quam extra in loro ferre possunt aures. Varro, apud Au rel. August. De civitate Dei, vi, 5. Contre Tryph., p. Voir Warburton, v* dissertation, tom. I•*, p. 202 de la traduction française. Basiné za papaxiwy tais loais quals masiv Justifications des restitutions tentées dans le texte qui précède. - Charar avait écrit un ouvrage sur l'Italie (ra Irulná) cité par Eustathe Ilias 1x, . 734 ed. Rom.—Isigonus est cité plusieurs fois par Pline, entre autres au commencement du vilivre où il le nomme Nicaensis. Aulu-Gelle en parle au boline, le boeuf, se trompent sur son essence, mais ne sont pas athées Ennius ne croyait certainement pas faire une profession publique d'athéisme, en traduisant en la tin l'Histoire sacrée d'Euhémère. Cicéron et Varron qui l'on cité, et Diodore de Sicile qui, dans son sixième livre, dont Eusèbe nous a conservé un fragment, parait l'avoir pris pour guide dans cette partie de son Histoire universelle, ne sont pas athées. En publiant le livre des Mois (p. 274) de Lydus, M. ilase, de l'Académie des Inscriptions, nous a fait connaître un passage très-curieux sur cet Euhé mère. Malheureusement l'état de dépravation du texte laisse beaucoup à deviner; je l'ai suppléé de mon mieux, je rendrai compte de mes restitutions. Le voici Les Phéniciens, soit par la confusion qui ré sulte de l'homonymie, soit par toute autre cause, parlent d'une manière bien différente de Saturne, comme on peut le voir par le deuxième livre de l'Histoire phénicienne de Philon Hérennius. L'his toire ancienne nous fait aussi connaître, comme nous l'avons déjà rapporté, que Saturne a régné en Afrique, en Sicile et dans certaines contrées de l'Italie; qu'ensuite il a fondé une ville appelée de son non Saturnia, comme le rapporte Charax, laquelle porte maintenant celui de Hierapolis, d'après le témoignage d'Isigone dans son Traité des dieux d'A frique, celui de Palémon, et celui d'Eschyle dans 'Etna. L'Histoire sacrée d'Euhémère a également consigné des récits très-divers sur ceux qu'on nom me dieux, qui, suivant lui, ont d'abord été terres tres, et que les races postérieures ont nommés célestes. Palephatus, le péripatéticien, dans son Traité sur Bacchus, dit que ceux des rois et des magiciens qui se sont signalés par leurs bienfaits jouissent des mêmes honneurs que les dieux, et sont vénérés sous des dénominations pareilles; que si l'on a pu se livrer à des jeux d'imagination dans la fable, c'est en altérant la vérité de l'histoire › Pourquoi Philon, plus choqué du symbolisme que de l'anthropothéisme, n'aurait-il pas partagé ces opinions? OBJEC. Mais Eusèbe, dit M. Lobeck, a fait usage 1x livre, c. 4, des Nuits attiques, comme ayant re cueilli des fables. Polémon est indiqué par Ma crobe au ve livre des Saturnales, c. 19, comme au teur d'un traité rwr лorajŵr. Le même Macrobe (ibidem) a con servé quatre vers de la tragédie d'Eschyle qui porte le titre d'Etna.-Palaphatus est assez connu comme ayant interprété historiquement la fable, par le fragment qui nous reste de son livre et par les citations de ses autres ouvrages recueillis par Fischer p. 64 de son édition de cet écrit. Jean Tzetzès dans son Exégèse de l'Iliade publiée par M. le prof. Hermann, à la suite du Draco Stratoni censis, p. et dit (lege Ce plalion, Palaephatus, Domnninus et autres ont en ployé plus généralement Fallégorie historique, au lieu de la physique ou mathématique.—La ville de Saturnia est nommée par Tertullien (c. 10 Apolog.) comme portant encore ce nom: Civitas quam depa laverat, Saturnia usque nunc cst. Voyez le ch. 22 de l'Octavius de Minutius Félix. J'ai appelé les dieux misto d'après Diodore de Sicile, I. ut, p. Le menre Diodore dit que Saturne fonda le gouvernement monar chique dans toutes les contrées de l'Occident: AuvaΛεγομένους μὲν Χριστιανούς, ὄντας δὲ ἀθέους καὶ ἀσεβεῖς αἱρεσιώτας. 77. Οἱ δὲ Φοίνικες κατὰ τὴν τῆς ὁμωνυμίας σύγ χυσιν, ἢ κατά τινα ἄλλην αἰτίαν, ἄλλως πῶς περὶ Κρόνου ἔχουσιν, ὡς ἐκ τῆς δευτέρας τῶν Φοινικών τοῦ Ἐρεννίου Φίλωνος ἔστι λαβεῖν· καὶ βασιλεῦσαι δὲ αὐτὸν ἡ ἱστορία παλαιὰ δίδωσιν, ὡς ἔμπροσθεν ἀφηγησάμην, κατά τε τὴν Λιβύην καὶ Σικελίαν καὶ τὰς Ἰταλίας χώρας· καὶ πόλιν κτίσαι, ὡς ὁ Χάραξ φησί, τὴν ἀπ' αὐτοῦ λεγομένην Κρονίαν, νῦν δὲ Ἱερὰν πό λιν ὡς Ἰσίγονος περὶ τῶν Λυβικῶν θεῶν, καὶ Πολέ μων, καὶ Αἰσχύλος ἐν τῇ Αίτνῃ περάγνασιν. Ωσαύτως Ἱερὰ ἡ ἱστορία κατὰ τὸν Εὐήμερον ποικίλους λόγους περὶ τῶν λεγομένων θεῶν ἀπογράφουσα, θεοὺς ἐπισ γείους γενέσθαι ἀποκαλύπτει, οὓς τὸ ὕστερον γένος ἀνεκάλεσεν οὐρανίους. Παλαίφατος δὲ ὁ Περιπατητικὸς ἐν τῷ περὶ Διονύσου φησὶν τοὺς εὐεργέτας τῶν (ἀπολαύειν) τῶν θεῶν, καὶ προσηγορίαις τιμηθῆναι κἂν ταύτῃ χαριεντισθῆναι μὲν μυθικῶς, τὴν δὲ ἱστο ρίαν πεπλανημένως παραδεδόσθαι. Περὶ τῶν ἐν Σικελίᾳ θαυμαζομέ Περὶ ἀπίστων, 5 4,: Κεφαλίων δὲ καὶ Παλαίφατος καὶ Δομενίκος καὶ ἕτεροι περὶ τῶν Ἡώων καὶ τερα στίων ῥητορικῶς ἱστορικῶς) ὡς ἐπιτοπλείστον καὶ οὐ φυσικῶς ἢ μαθηματικῶς Αλληγόρησαν. ο 250, περὶ τῶν ἐπιγείων θεῶν, πολλοὶ καὶ ποικίλοι παραδέδονται λόγοι. στοῦσαι δέ φασι τὸν Κρόνον κατὰ Σικελίαν καὶ Λι Εύην, ἔτι δὲ τὴν Ἰταλίαν, καὶ τὸ σύνολον ἐν τοῖς πρὸς Εσπερον τόποις συστήσασθαι τὴν βασιλείαν.Λεγομένους μὲν Χριστιανούς, ὄντας δὲ ἀθέους
καὶ ἀσεβεῖς αἱρεσιώτας. 77.
Οἱ δὲ Φοίνικες κατὰ τὴν τῆς ὁμωνυμίας σύγ
χυσιν, ἢ κατά τινα ἄλλην αἰτίαν, ἄλλως πῶς περὶ
Κρόνου ἔχουσιν, ὡς ἐκ τῆς δευτέρας τῶν Φοινικών
τοῦ Ἐρεννίου Φίλωνος ἔστι λαβεῖν· καὶ βασιλεῦσαι δὲ
αὐτὸν ἡ ἱστορία παλαιὰ δίδωσιν, ὡς ἔμπροσθεν ἀφη
γησάμην, κατά τε τὴν Λιβύην καὶ Σικελίαν καὶ τὰς
Ἰταλίας χώρας· καὶ πόλιν κτίσαι, ὡς ὁ Χάραξ φησί,
τὴν ἀπ' αὐτοῦ λεγομένην Κρονίαν, νῦν δὲ Ἱερὰν πό
λιν ὡς Ἰσίγονος περὶ τῶν Λυβικῶν θεῶν, καὶ Πολέ
μων, καὶ Αἰσχύλος ἐν τῇ Αίτνῃ περάγνασιν. Ωσαύτως
Ἱερὰ ἡ ἱστορία κατὰ τὸν Εὐήμερον ποικίλους λόγους
περὶ τῶν λεγομένων θεῶν ἀπογράφουσα, θεοὺς ἐπισ
γείους γενέσθαι ἀποκαλύπτει, οὓς τὸ ὕστερον γένος
ἀνεκάλεσεν οὐρανίους. Παλαίφατος δὲ ὁ περιπατητι
κὸς ἐν τῷ περὶ Διονύσου φησὶν τοὺς εὐεργέτας τῶν
(ἀπολαύειν) τῶν θεῶν, καὶ προσηγορίαις τιμηθῆναι
κἂν ταύτῃ χαριεντισθῆναι μὲν μυθικῶς, τὴν δὲ ἱστο
ρίαν πεπλανημένως παραδεδόσθαι.
Περὶ τῶν ἐν Σικελίᾳ θαυμαζομέ
Περὶ ἀπίστων,
5 4,: Κεφαλίων δὲ καὶ Παλαίφατος
καὶ Δομενίκος καὶ ἕτεροι περὶ τῶν Ἡώων καὶ τερα
στίων ῥητορικῶς ἱστορικῶς) ὡς ἐπιτοπλείστον
καὶ οὐ φυσικῶς ἢ μαθηματικῶς Αλληγόρησαν. ο
250, περὶ τῶν ἐπιγείων θεῶν, πολλοὶ
καὶ ποικίλοι παραδέδονται λόγοι.
στοῦσαι δέ φασι τὸν Κρόνον κατὰ Σικελίαν καὶ Λι
Εύην, ἔτι δὲ τὴν Ἰταλίαν, καὶ τὸ σύνολον ἐν τοῖς πρὸς
Εσπερον τόποις συστήσασθαι τὴν βασιλείαν.
il n'aurait pas encore rempli son objet; il reconnaît
la triple théologie de Varron, poétique, philosophi
que et politique; il les attaque également dans son
livre il ne gagnait donc pas une grande victoire
en déplaçant la difficulté.
OB. Après tout, ce ne sont pas tant les fables ab
surdes qui rendent ce recueil suspect, dit notre
adversaire, que la prétention de Philon qu'on ne
doit pas l'interpréter symboliquement.
REP. quoi je réponds qu'on doit distinguer Phi
lon de Sanchoniation. Philon ne veut pas d'allé
gories, mais Sanchoniathon n'y a pas pensé. Après
ce dernier, mais avant Philon, Thabionides avait tentó
d'introduire dans la religion phénicienne ce genre
d'interprétation, con re lequel s'élève Philon. Ne
voit-on pas la même dissension parmi les Grecs?
les stoiciens détournaient toute la réligion à n'être
qu'un emblème de la nature. Mais Celse dans son
livre contre les Chrétiens, et Velléius l'épicurien,
mais Cotta l'académicien dans les livres De la na.
ture des dieux de Cicéron, combattent de toute leur
force cet échafaudage; ils sont pourtant les organes
de deux sectes puissantes de la philosophie grecque.
Ces doctrines, quoique professées en partie par Var
ron, lui semblaient de nature à s'avouer plus faci
lement dans le réduit de l'école, qu'au plein jour de
la place publique Or, qu'est-ce qu'une expli
cation réservée à un petit nombre de la religion
commune à tous?
Euhémère avant Philon avait traité la mytholo
gie grecque comme celui-ci a fait la phénicienne;
il est vrai qu'il a excité contre lui une forte tem
pête, on la qualifié d'athée; mais à qui n'a-t-on
pas prodigué cette injure? Les Juifs et les Chré
tiens étaient des athées pour les païens; Anaxagore
et Socrate pour Aristophane et le peuple d'Athènes;
il n'est pas jusqu'aux différentes sectes du chris
tianisme qui ne se soient donné cette dénomination;
saint Justin dit lui-même: «Vous nous parlez de
ceux qui se disent Chrétiens, et qui dans le fond
ne sont que des athées et des hérétiques ›
Les véritables athées sont ceux qui, comme Théo
dore de Cyrène et Diagore de Mèle, nient l'existence
de la Divinité. Ceux qui adorent le soleil, l'homme,
Hæc facilius intra parietes in schola, quam
extra in loro ferre possunt aures. Varro, apud Au
rel. August. De civitate Dei, vi, 5.
Contre Tryph., p.
Voir Warburton, v* dissertation, tom. I•*, p. 202
de la traduction française.
Basiné za papaxiwy tais loais quals masiv
Justifications des restitutions tentées dans le
texte qui précède. - Charar avait écrit un ouvrage
sur l'Italie (ra Irulná) cité par Eustathe Ilias 1x,
. 734 ed. Rom.—Isigonus est cité plusieurs fois par
Pline, entre autres au commencement du vilivre où
il le nomme Nicaensis. Aulu-Gelle en parle au
boline,
le boeuf, se trompent sur son essence, mais ne sont
pas athées
Ennius ne croyait certainement pas faire une
profession publique d'athéisme, en traduisant en la
tin l'Histoire sacrée d'Euhémère. Cicéron et Varron
qui l'on cité, et Diodore de Sicile qui, dans son sixième
livre, dont Eusèbe nous a conservé un fragment,
parait l'avoir pris pour guide dans cette partie de
son Histoire universelle, ne sont pas athées. En
publiant le livre des Mois (p. 274) de Lydus, M.
ilase, de l'Académie des Inscriptions, nous a fait
connaître un passage très-curieux sur cet Euhé
mère. Malheureusement l'état de dépravation du
texte laisse beaucoup à deviner; je l'ai suppléé de
mon mieux, je rendrai compte de mes restitutions.
Le voici
Les Phéniciens, soit par la confusion qui ré
sulte de l'homonymie, soit par toute autre cause,
parlent d'une manière bien différente de Saturne,
comme on peut le voir par le deuxième livre de
l'Histoire phénicienne de Philon Hérennius. L'his
toire ancienne nous fait aussi connaître, comme
nous l'avons déjà rapporté, que Saturne a régné en
Afrique, en Sicile et dans certaines contrées de
l'Italie; qu'ensuite il a fondé une ville appelée de son
non Saturnia, comme le rapporte Charax, laquelle
porte maintenant celui de Hierapolis, d'après le
témoignage d'Isigone dans son Traité des dieux d'A
frique, celui de Palémon, et celui d'Eschyle dans
'Etna. L'Histoire sacrée d'Euhémère a également
consigné des récits très-divers sur ceux qu'on nom
me dieux, qui, suivant lui, ont d'abord été terres
tres, et que les races postérieures ont nommés
célestes. Palephatus, le péripatéticien, dans son
Traité sur Bacchus, dit que ceux des rois et des
magiciens qui se sont signalés par leurs bienfaits
jouissent des mêmes honneurs que les dieux, et
sont vénérés sous des dénominations pareilles; que
si l'on a pu se livrer à des jeux d'imagination dans
la fable, c'est en altérant la vérité de l'histoire ›
Pourquoi Philon, plus choqué du symbolisme que
de l'anthropothéisme, n'aurait-il pas partagé ces
opinions?
OBJEC. Mais Eusèbe, dit M. Lobeck, a fait usage
1x livre, c. 4, des Nuits attiques, comme ayant re
cueilli des fables. Polémon est indiqué par Ma
crobe au ve livre des Saturnales, c. 19, comme au
teur d'un traité
rwr лorajŵr. Le même Macrobe (ibidem) a con
servé quatre vers de la tragédie d'Eschyle qui porte
le titre d'Etna.-Palaphatus est assez connu comme
ayant interprété historiquement la fable, par le
fragment qui nous reste de son livre
et par les citations de ses autres ouvrages recueillis
par Fischer p. 64 de son édition de cet écrit. Jean
Tzetzès dans son Exégèse de l'Iliade publiée par
M. le prof. Hermann, à la suite du Draco Stratoni
censis, p. et dit
(lege
Ce
plalion, Palaephatus, Domnninus et autres ont en
ployé plus généralement Fallégorie historique, au
lieu de la physique ou mathématique.—La ville de
Saturnia est nommée par Tertullien (c. 10 Apolog.)
comme portant encore ce nom: Civitas quam depa
laverat, Saturnia usque nunc cst. Voyez le ch. 22 de
l'Octavius de Minutius Félix.
J'ai appelé les dieux misto d'après Diodore de
Sicile, I. ut, p.
Le menre Diodore
dit que Saturne fonda le gouvernement monar
chique dans toutes les contrées de l'Occident: Auva
col. 1695–1696page 12 of 21
PG 21:1695d'un auteur inconnu aux premiers apologistes. REP. Le plan d'Eusèbe diffère de celui des au tres apologistes. Ceux-ci ne s'étaient proposé que de défendre les Chrétiens des imputations répan dnes sur leur compte, et de les délivrer des persécutions cruelles auxquelles ils étaient en butte. Les auteurs communs et les écrits contemporains suffisaient à leurs besoins. Au lieu de cela, Eu sèbe veut démontrer l'économie de Dieu dans la vocation des gentils, et remonte aux sources. Se rait-on plus satisfait de voir figurer les sibylles dans vingt pages de son recueil, comme elles re paraissent sans cesse dans Lactance et dans Clé ment d'Alexandrie (1)? Non que je les accuse d'en être les auteurs, mais d'en avoir fait un usage qui ne pouvait être de bonne foi. Quant à la citation commune à tous, d'Orphée. elle ne roule pas sur l'authenticité du passage, mais sur la sincérité ou la mauvaise fois d'Eusèbe en copiant Aristobule, ce que nous attaquerons incessamment. OBJEC. Si Sanchoniathon, continue M. Lobeck, contemporain de Sémiramis, a trouvé dans les an ciens monuments de sa patrie les preuves de ce qu'il avance, son autorité est irrefragable. REP. Non, pas plus que celle de Manéthon et de Bérose avec leurs piliers sacrés, bien moins su jets à l'altération, par conséquent à induire en erreur; et puis je crois qu'il y a ici équivoque. M. Lobeck parle de Sémiramis, la conteinporaine d'Abraham, suivant la chronique d'Eusèbe, et il faut la rapporter 800 ans plus tard, d'après le cal cul de Philon, c'est-à-dire, vers la ville de Troie. Comment concevrait-on que du temps de Sémiramis Ir il y eût déjà de vieux monuments écrits? c'est impossible à penser; quelque haut que l'on veuille faire remonter l'écriture, elle ne peut aller jusque là. Sanchoniathon, contemporain de Priam, n'a précédé Homère et Hésiode que d'un siècle en viron. OBJEC. Après avoir brièvement repassé ce que Sanchoniathon dit des générations divines, M. Lo beck ajoute Si quelqu'un peut croire que les plus anciens théologiens phéniciens nous aient ra conté les hauts faits de Coelus, de Saturne, de Ju piter, à la manière d'Hésiode et d'Apollodore, toute fois en écartant l'idée de divinité; qu'ils les aient consignés dans leurs écrits; je ne disputerai et je mne contenterai d'adınirer comment il y a encore quelque Epimenide, qui, ayant dormi pendant deux cents ans, se réveille tout à coup pour croire ce pouvait être honorable à croire dans le siècle d'Huet. REP. Après ce brevet d'imbécillité donné à Huet et au xvi siècle, qui osera se porter comme dé fenseur de pareilles absurdités? ce sera M. Münter, évèque de Seeland, qui, dans son Traité de la re ligion des Carthaginois, ne laisse échapper aucune occasion de citer Sanchoniathon; je ne parlerai pas de Bochart, homme d'un siècle éminemment igno rant; mais Lacroze, Jablonski, qui tout en niant l'existence de Sanchoniathon ont reconnu dans ses fragments la vraie théologie phénicienne, puis les orientalistes, meilleurs juges dans cette question, qui ont tous adinis, sans résistance, l'exactitude de ces récits. Mais ne peut-on pas dire à M. Lobeck: Vous, Ce vaste esprit, dit Blondel dans l'ouvrage indiqué, p. 18, à qui rien n'échappait, qui pensait faire profit de tout, après avoir étalé avec une pompe admirable les dépositions de 250 auteurs païens tant philosophes qu'historiens e: poëtes, donné quartier aux plus exécrables hérétiques, ouvert son sein aux apocryphes, a aussi laissé prendre place à la fausse sibylle de laquelle le discours lui a semblé d'autant plus véritable qu'il servait directement son dessein. monsieur, qui maniez si agréablement la plaisante rie, n'y donnez-vous pas prise, lorsque vous conve nez que les mêmes choses qui sont si déraisonnables dans le phénicien, se retrouvent dans Hésiode et Apollodore? Pourquoi vouloir que j'admire en Alexandre ce que j'abhorre en Attila? Parce que ces auteurs jouissent d'une authenticité que San choniathon ne possède pas. Quoi! parce que des Jittératures entières ont disparu, on ne doit croire à aucun des débris échappés au naufrage? à qui les Grecs doivent-ils leur première civilisation et les premières notions de religion? n'est-ce pas aux émigrants venus du littoral occidental de l'Asie? On veut en attribuer l'honneur à l'Egypte; mais c'est à tort. Si l'Egypte y a contribué, c'est pour une faible part les Egyptiens, de l'aveu même d'Hé rodote, n'étaient pas navigateurs; c'étaient des es pèces de Chinois attachés à la glèbe, qui ne sortaient pas de chez eux. Que dans les siècles de civilisation quelques Grecs y aient été étudier leurs institu tions, je l'accorde; mais ce sont les premiers na vigateurs qui ont porté le feu sacré parmi les peu plades de la Grèce. Avant de visiter l'Italie, l'Es pagne et l'Afrique, les Phéniciens ont dù aborder ces plages plus voisines de leur patrie. C'est la Phé nicie qui la première confia à la puissance des vents l'admirable machine qu'on nomme vaisseau C'est donc à elle qu'on doit attribuer les premiers pas des Grecs dans la carrière de la civilisation; rien par conséquent n'est plus naturel que les emprunts qui leur ont été faits par ces derniers: quant à ceux qu'on veut qu'ils aient faits aux Grecs, cil faudrait, comme dit le proverbe, faire remonter les fleuves vers leur source et confondre tout › Pourquoi ajoutez-vous, en écartant l'idée de la divinité? Eusèbe en impose en soutenant, d'après le passage suivant de Porphyre, que les dieux avaient été hommes? Voici çe Porphyre qui, en continuant, déific, non plus le Dieu suprême ni ceux du ciel (les astres), mais des hommes nortels, et qui rend ce témoignage que tels sont les dieux auxquels l'univers rend hommage › Eusèbe, dis-je, en impose. Porphyre non plus qu'Hésiode, Sanchoniathon non plus qu'Apollodore, ne se rendaient pas ce témoignage: ils admettaient des générations divines dont ils ne s'expliquaient pas bien la nature, mais qu'ils séparaient de l'humanité. Porphyre est plus communément un symboliste: qu'on lise le Traité de l'antre des nym phes, et toutes ses observations répandues dans le Scholiaste homérique de Venise; qu'on lise les Fray ments du Traité des statuts au troisième livre de la Préparation évangélique, on restera convaincu de cette vérité. Or, il est présumable qu'Eusèbe, par cette remarque, a voulu le mettre en opposition avec lui-même, puisqu'il appuie de son autorité une doctrine toute contraire. Dans une autre cir constance i oppose son recueil de la Philosophie par les oracles qui prescrit les sacrifices d'animaux, à son traité de l'Abstinence qui les repousse. Je ne trouve nulle part que Sanchoniathon ait déclaré, plus qu'Hesiode, que les dieux étaient des bom mes. OBJEC. M. Lobeck revient au silence des pre miers apologistes, et de Josèphe qui prétendait avoir fouillé les archives de Tyr. Prima ratem ventis credere docta Tyros. (Ti bull. Eleg. lib. 1, eleg. 7, vers. 20. (Eurip. Médée, 410.)'Ανω ποταμῶν ἱερῶν χωροῦσι παγαὶ Καὶ δίκα καὶ πάντα πάλιν στρέφεται. Ὁ δὲ προϊὼν οὐ τὸν ἐπὶ πάντων Θεὸν, οὐδὲ μὲν τοὺς κατ' οὐρανοὺς, θνητούς δ' ἄνδρας θεολογεῖ, καὶ μαρτυρεί τούτους εκείνους εἶναι τοὺς εἰσέτε θεοὺς παρὰ τοῖς πᾶσι νενομισμένους.'Ανω ποταμῶν ἱερῶν χωροῦσι παγαὶ
Καὶ δίκα καὶ πάντα πάλιν στρέφεται.
Ὁ δὲ προϊὼν οὐ τὸν ἐπὶ πάντων Θεὸν, οὐδὲ μὲν
τοὺς κατ' οὐρανοὺς, θνητούς δ' ἄνδρας θεολογεῖ, καὶ
μαρτυρεί τούτους εκείνους εἶναι τοὺς εἰσέτε θεοὺς
παρὰ τοῖς πᾶσι νενομισμένους.
d'un auteur inconnu aux premiers apologistes.
REP. Le plan d'Eusèbe diffère de celui des au
tres apologistes. Ceux-ci ne s'étaient proposé que
de défendre les Chrétiens des imputations répan
dnes
sur leur compte, et de les délivrer des
persécutions cruelles auxquelles ils étaient en butte.
Les auteurs communs et les écrits contemporains
suffisaient à leurs besoins. Au lieu de cela, Eu
sèbe veut démontrer l'économie de Dieu dans la
vocation des gentils, et remonte aux sources. Se
rait-on plus satisfait de voir figurer les sibylles
dans vingt pages de son recueil, comme elles re
paraissent sans cesse dans Lactance et dans Clé
ment d'Alexandrie (1)? Non que je les accuse d'en
être les auteurs, mais d'en avoir fait un usage qui
ne pouvait être de bonne foi. Quant à la citation
commune à tous, d'Orphée. elle ne roule pas sur
l'authenticité du passage, mais sur la sincérité ou
la mauvaise fois d'Eusèbe en copiant Aristobule,
ce que nous attaquerons incessamment.
OBJEC. Si Sanchoniathon, continue M. Lobeck,
contemporain de Sémiramis, a trouvé dans les an
ciens monuments de sa patrie les preuves de ce
qu'il avance, son autorité est irrefragable.
REP. Non, pas plus que celle de Manéthon et de
Bérose avec leurs piliers sacrés, bien moins su
jets à l'altération, par conséquent à induire en
erreur; et puis je crois qu'il y a ici équivoque.
M. Lobeck parle de Sémiramis, la conteinporaine
d'Abraham, suivant la chronique d'Eusèbe, et il
faut la rapporter 800 ans plus tard, d'après le cal
cul de Philon, c'est-à-dire, vers la ville de Troie.
Comment concevrait-on que du temps de Sémiramis
Ir il y eût déjà de vieux monuments écrits? c'est
impossible à penser; quelque haut que l'on veuille
faire remonter l'écriture, elle ne peut aller jusque
là. Sanchoniathon, contemporain de Priam, n'a
précédé Homère et Hésiode que d'un siècle en
viron.
OBJEC. Après avoir brièvement repassé ce que
Sanchoniathon dit des générations divines, M. Lo
beck ajoute Si quelqu'un peut croire que les
plus anciens théologiens phéniciens nous aient ra
conté les hauts faits de Coelus, de Saturne, de Ju
piter, à la manière d'Hésiode et d'Apollodore, toute
fois en écartant l'idée de divinité; qu'ils les aient
consignés dans leurs écrits; je ne disputerai et je
mne contenterai d'adınirer comment il y a encore
quelque Epimenide, qui, ayant dormi pendant deux
cents ans, se réveille tout à coup pour croire ce
pouvait être honorable à croire dans le siècle
d'Huet.
REP. Après ce brevet d'imbécillité donné à Huet
et au xvi siècle, qui osera se porter comme dé
fenseur de pareilles absurdités? ce sera M. Münter,
évèque de Seeland, qui, dans son Traité de la re
ligion des Carthaginois, ne laisse échapper aucune
occasion de citer Sanchoniathon; je ne parlerai pas
de Bochart, homme d'un siècle éminemment igno
rant; mais Lacroze, Jablonski, qui tout en niant
l'existence de Sanchoniathon ont reconnu dans ses
fragments la vraie théologie phénicienne, puis les
orientalistes, meilleurs juges dans cette question,
qui ont tous adinis, sans résistance, l'exactitude de
ces récits.
Mais ne peut-on pas dire à M. Lobeck: Vous,
Ce vaste esprit, dit Blondel dans l'ouvrage
indiqué, p. 18, à qui rien n'échappait, qui pensait
faire profit de tout, après avoir étalé avec une pompe
admirable les dépositions de 250 auteurs païens
tant philosophes qu'historiens e: poëtes, donné
quartier aux plus exécrables hérétiques, ouvert son
sein aux apocryphes, a aussi laissé prendre place à
la fausse sibylle de laquelle le discours lui a semblé
d'autant plus véritable qu'il servait directement son
dessein.
monsieur, qui maniez si agréablement la plaisante
rie, n'y donnez-vous pas prise, lorsque vous conve
nez que les mêmes choses qui sont si déraisonnables
dans le phénicien, se retrouvent dans Hésiode et
Apollodore? Pourquoi vouloir que j'admire en
Alexandre ce que j'abhorre en Attila? Parce que
ces auteurs jouissent d'une authenticité que San
choniathon ne possède pas. Quoi! parce que des
Jittératures entières ont disparu, on ne doit croire
à aucun des débris échappés au naufrage? à qui les
Grecs doivent-ils leur première civilisation et les
premières notions de religion? n'est-ce pas aux
émigrants venus du littoral occidental de l'Asie? On
veut en attribuer l'honneur à l'Egypte; mais c'est
à tort. Si l'Egypte y a contribué, c'est pour une
faible part les Egyptiens, de l'aveu même d'Hé
rodote, n'étaient pas navigateurs; c'étaient des es
pèces de Chinois attachés à la glèbe, qui ne sortaient
pas de chez eux. Que dans les siècles de civilisation
quelques Grecs y aient été étudier leurs institu
tions, je l'accorde; mais ce sont les premiers na
vigateurs qui ont porté le feu sacré parmi les peu
plades de la Grèce. Avant de visiter l'Italie, l'Es
pagne et l'Afrique, les Phéniciens ont dù aborder
ces plages plus voisines de leur patrie. C'est la Phé
nicie qui la première confia à la puissance des vents
l'admirable machine qu'on nomme vaisseau C'est
donc à elle qu'on doit attribuer les premiers pas
des Grecs dans la carrière de la civilisation; rien
par conséquent n'est plus naturel que les emprunts
qui leur ont été faits par ces derniers: quant à
ceux qu'on veut qu'ils aient faits aux Grecs, cil
faudrait, comme dit le proverbe, faire remonter les
fleuves vers leur source et confondre tout ›
Pourquoi ajoutez-vous, en écartant l'idée de la
divinité? Eusèbe en impose en soutenant, d'après
le passage suivant de Porphyre, que les dieux
avaient été hommes? Voici çe Porphyre qui, en
continuant, déific, non plus le Dieu suprême ni
ceux du ciel (les astres), mais des hommes nortels,
et qui rend ce témoignage que tels sont les dieux
auxquels l'univers rend hommage ›
Eusèbe, dis-je, en impose. Porphyre non plus
qu'Hésiode, Sanchoniathon non plus qu'Apollodore,
ne se rendaient pas ce témoignage: ils admettaient
des générations divines dont ils ne s'expliquaient
pas bien la nature, mais qu'ils séparaient de
l'humanité. Porphyre est plus communément un
symboliste: qu'on lise le Traité de l'antre des nym
phes, et toutes ses observations répandues dans le
Scholiaste homérique de Venise; qu'on lise les Fray
ments du Traité des statuts au troisième livre de la
Préparation évangélique, on restera convaincu de
cette vérité. Or, il est présumable qu'Eusèbe, par
cette remarque, a voulu le mettre en opposition
avec lui-même, puisqu'il appuie de son autorité
une doctrine toute contraire. Dans une autre cir
constance i oppose son recueil de la Philosophie
par les oracles qui prescrit les sacrifices d'animaux,
à son traité de l'Abstinence qui les repousse. Je ne
trouve nulle part que Sanchoniathon ait déclaré,
plus qu'Hesiode, que les dieux étaient des bom
mes.
OBJEC. M. Lobeck revient au silence des pre
miers apologistes, et de Josèphe qui prétendait avoir
fouillé les archives de Tyr.
Prima ratem ventis credere docta Tyros. (Ti
bull. Eleg. lib. 1, eleg. 7, vers. 20.
(Eurip. Médée, 410.)
col. 1697–1698page 13 of 21
PG 21:1697REP. Mais je doute qu'il y eût des archives à Tyr depuis la ruine de cette ville par Alexandre; toutes les autorités de Josèphe sont récentes, ex cepté Mochus, qu'il ne connaît que par la traduc tion de Lætus; ce sont Hypsicrate, Théodote, Dius, Ménandre, Hiéronyme d'Ephèse. Et puis, qu'aurait cherché Josèphe dans Sanchoniathon qui put lui être utile? le déluge et la confirmation des écrits mosaïques? c'est justement ce qu'il passe sous si lence. Il lui fallait Bérose qui déclare que, de son temps, c'est-à-dire après Alexandre le Grand, il subsistait encore des parties de l'arche, malgré l'em pressement des habitants à enlever le bitume qui servait à des maléfices Certes, Sanchonía thon est surpassé en exagération par Bérose dans ce récit, s'il est bien authentique. Nicolas de Da mas, également cité par Josèphe, dit aussi que ces débris subsistaient de son temps, c'est-à-dire sous Auguste; voilà ce que Sanchoniathon ne pouvait offrir à Josèphe Pour répondre à la question du silence des apo logistes, on doit observer que les autres apologis tes trouvaient dans les auteurs contemporains ou les plus répandus tout ce qu'ils voulaient prouver. Leur plan différait de celui d'Eusèbe. Et puis quand ils auraient cité Sanchoniathon, M. Lobeck aurait-il déféré aveuglément à leur témoignage? je n'en crois rien, et j'appuie mon opinion sur ce qu'il dit Il est constant que dans ces temps où les re ligions anciennes et nouvelles, étrangères et do mestiques, luttaient entre elles, on a interpolé avec la plus grande imprudence les livres sacrés et pro fanes, on a été jusqu'à ce point d'attribuer à Ho mère des vers qui lui sont purement étrangers ▸ Puisqu'il enveloppe tous les écrivains chrétiens dans une condamnation générale d'interpolation, Eusèbe n'aurait eu que des complices, si d'autres que lui avaient cité les mêmes fragments; au fait, les nombreuses citations des sibylles ne leur don nent pas plus d'authenticité. En général les apologistes étaient peu délicats sur le choix des autorités; les vers sibyllins, surtout après ce qu'en avait dit Celse, ne devaient plus reparaître, et plusieurs les citent, parmi lesquels Eusèbe fait exception. Néanmoins ayant à accuser Clément d'Alexandrie à cet égard, je vois que M. Lobeck est son défenseur, et que dans la citation d'Orphée commune à tous deux, mais accrue de quelques vers dans Eusèbe, il ne voit de falsifié que cette augmentation. On voit, dit-il, la stupidité d'Eusèbe dans l'in vention de semblables fables, par les vers pris du Testament d'Orphée; je ne parle pas de ceux qui lui sont communs avec Clément d'Alexandrie, mais de ceux dont lui seul fait usage, et qui sont com plétement judaïques. ▸ En prenant sous sa protection Clément d'Alexan drie, voilà un certificat bien explicite d'imbécillité, joint à celui de mauvaise foi, dont Eusèbe n'avait pas encore été gratifié. L'accusation est trop grave Ant. Jud. \. 1, c. 3, n. 6. Walckenaer in Aristobulo, p. 18, l'appelle in historia fabulator. Aglaophamus, p. 1275. Prép. évang. 1. xi, c. 12, p. 663. C'est ce que nous croyons aussi. En consé quence, nous ne croyons pas qu'Aristobule ou mêine Onomacrite aient inventé les vers orphiques. Ono macrite les a peut-être mis par écrit, ou traduits en un langage plus moderne, où mis en ordre et édités, comme les Pisistrates l'ont fait des poèmes d'Hoinė re; mais ces doctrines sont des traditions antiques; et il y a des choses que l'on n'invente pas. Aussi pour ne pas excuser quelque développement dans la réponse, c'est ce que nous ferons dans l'article suivant. Examen des vers tirés d'Orphée, cités par saint Jus tin, Clément d'Alexandrie et Eusèbe. Eusèbe ne les a pas inventés, mais il les a empruntés à Aristobule. Preuves de l'existence d'Aristo bule. Comme nous l'avons promis à la fin de l'article précédent, nous allons défendre Eusèbe contre l'ac cusation portée par M. Lobeck d'avoir inventé les vers d'Orphée qui se trouvent dans la Préparation évangélique. Parmi les auteurs cités par Eusèbe, on remarque Aristobule, Juif savant et philosophe péripatéticien, qui vivait à la cour de Ptolémée Philométor, auquel il a dédié des interprétations des Livres saints. Pour faire valoir auprès de ce prince la doctrine qui y était contenue, il n'a pas craint d'interpoler les an ciens poetes grecs, dont il alléguait le témoignage comme appuyant ces mêmes doctrines. Eusèbe, dans un fragment de cet auteur rapporte des vers or phiques, qui en font partie, évidemment supposés, où sont professés non-seulement l'unité de Dieu et sa puissance infinie, ainsi que toutes les doctrines judaïques, mais même Abraham y est indiqué claire ment, aussi bien que Moïse. qui appartient cette supposition? Walckenaer, qui a laissé une Dissertation posthume sur Aristobu le, la lui impute complétement; tandis que M. Lo beck en accuse Eusèbe, mais seulement pour les deux vers qui désignent Moïse. Est-ce par indul gence pour Eusèbe qu'il borne ainsi son accusation? Non; c'est par la force des choses. Expliquons nous Il ne se peut que ces vers aient été totalement fa briqués par Aristobule. Il a travaillé sur un premier canevas dû aux pythagoriciens, qui ont beaucoup fait parler Orphée. Il a donc ajouté suivant les vrai semblances ce qui est étranger à leurs idées et hors de leurs connaissances Le vers orphique cité par Eusèbe remonte à une haute antiquité; on y a fait de nombreuses allu sions, et il paraît avoir été une formule sacramen telle dans les mystères Le voici Callimaque l'a parodié dans l'Hymne à Apollon Platon y fait une allusion évidente dans le Bi.n quet Le passage suivant de Denys d'Halicarnasse faisons-nous quelques réserves sur plusieurs des opinions émises dans cet article. Le directeur, A. BONNETTY. C'est l'opinion de M. de Sacy sur Sainte-Croir, t. 1, pag. 349, quoique Lobeck le conteste. Aglaopha mus, l. 11, p. 451. Je parle à ceux qui ont droit de m'entendre; termez les portes aux profanes. Combien ce laurier d'Apollon est agité! Com bien cet antre (est terrible) I arrière, arrière, tout profane (Vers 1.). Vous tous, esclaves, et s'il est quelque autre profane et doué de sentiments grossiers, bouchez vos oreilles en y appliquant de grandes clôtures. (Banquet, OEuvres in-fol. p. 218.)Ἔτι μέρος τι εἶναι, καὶ κομίζειν τινὰς τῆς ἀσφάλτου ἀφαιροῦντας, χρώνται δὲ μάλιστα οἱ ἄν θρωποι τῷ κομιζομένῳ πρὸς τοὺς ἀποτροπιασμούς. Φθέγξομαι οἷς θέμις ἐστὶ, θύρας δ᾽ ἐπίθεσθε [βεβήλοις Οἷον ὁ τῶ πόλλωνος ἐσείσατο δάφνινος ἔρπηξ, Οἷα δ' ὅλον τὸ μέλαθρον, ἑκὰς ἑκὼς ὅστις ἀλι [τρός Οἱ δὲ οἰκέται καὶ εἴ τις ἄλλος ἐστὶ βέβηλος τε, καὶ ἄγροικος πύλας πάνυ μεγάλας τοῖς ὠσὶν ἐπί θεσθεἜτι μέρος τι εἶναι, καὶ κομίζειν τινὰς τῆς
ἀσφάλτου ἀφαιροῦντας, χρώνται δὲ μάλιστα οἱ ἄν
θρωποι τῷ κομιζομένῳ πρὸς τοὺς ἀποτροπιασμούς.
Φθέγξομαι οἷς θέμις ἐστὶ, θύρας δ᾽ ἐπίθεσθε
[βεβήλοις
Οἷον ὁ τῶ πόλλωνος ἐσείσατο δάφνινος ἔρπηξ,
Οἷα δ' ὅλον τὸ μέλαθρον, ἑκὰς ἑκὼς ὅστις ἀλι
[τρός
Οἱ δὲ οἰκέται καὶ εἴ τις ἄλλος ἐστὶ βέβηλος
τε, καὶ ἄγροικος πύλας πάνυ μεγάλας τοῖς ὠσὶν ἐπί
θεσθε
REP. Mais je doute qu'il y eût des archives à
Tyr depuis la ruine de cette ville par Alexandre;
toutes les autorités de Josèphe sont récentes, ex
cepté Mochus, qu'il ne connaît que par la traduc
tion de Lætus; ce sont Hypsicrate, Théodote, Dius,
Ménandre, Hiéronyme d'Ephèse. Et puis, qu'aurait
cherché Josèphe dans Sanchoniathon qui put lui
être utile? le déluge et la confirmation des écrits
mosaïques? c'est justement ce qu'il passe sous si
lence. Il lui fallait Bérose qui déclare que, de son
temps, c'est-à-dire après Alexandre le Grand, il
subsistait encore des parties de l'arche, malgré l'em
pressement des habitants à enlever le bitume qui
servait à des maléfices Certes, Sanchonía
thon est surpassé en exagération par Bérose dans
ce récit, s'il est bien authentique. Nicolas de Da
mas, également cité par Josèphe, dit aussi que ces
débris subsistaient de son temps, c'est-à-dire sous
Auguste; voilà ce que Sanchoniathon ne pouvait
offrir à Josèphe
Pour répondre à la question du silence des apo
logistes, on doit observer que les autres apologis
tes trouvaient dans les auteurs contemporains ou
les plus répandus tout ce qu'ils voulaient prouver.
Leur plan différait de celui d'Eusèbe. Et puis quand
ils auraient cité Sanchoniathon, M. Lobeck aurait-il
déféré aveuglément à leur témoignage? je n'en crois
rien, et j'appuie mon opinion sur ce qu'il dit
Il est constant que dans ces temps où les re
ligions anciennes et nouvelles, étrangères et do
mestiques, luttaient entre elles, on a interpolé avec
la plus grande imprudence les livres sacrés et pro
fanes, on a été jusqu'à ce point d'attribuer à Ho
mère des vers qui lui sont purement étrangers ▸
Puisqu'il enveloppe tous les écrivains chrétiens
dans une condamnation générale d'interpolation,
Eusèbe n'aurait eu que des complices, si d'autres
que lui avaient cité les mêmes fragments; au fait,
les nombreuses citations des sibylles ne leur don
nent pas plus d'authenticité.
En général les apologistes étaient peu délicats
sur le choix des autorités; les vers sibyllins, surtout
après ce qu'en avait dit Celse, ne devaient plus
reparaître, et plusieurs les citent, parmi lesquels
Eusèbe fait exception. Néanmoins ayant à accuser
Clément d'Alexandrie à cet égard, je vois que
M. Lobeck est son défenseur, et que dans la citation
d'Orphée commune à tous deux, mais accrue de
quelques vers dans Eusèbe, il ne voit de falsifié
que cette augmentation.
On voit, dit-il, la stupidité d'Eusèbe dans l'in
vention de semblables fables, par les vers pris du
Testament d'Orphée; je ne parle pas de ceux qui
lui sont communs avec Clément d'Alexandrie, mais
de ceux dont lui seul fait usage, et qui sont com
plétement judaïques. ▸
En prenant sous sa protection Clément d'Alexan
drie, voilà un certificat bien explicite d'imbécillité,
joint à celui de mauvaise foi, dont Eusèbe n'avait
pas encore été gratifié. L'accusation est trop grave
Ant. Jud. \. 1, c. 3, n. 6.
Walckenaer in Aristobulo, p. 18, l'appelle in
historia fabulator.
Aglaophamus, p. 1275.
Prép. évang. 1. xi, c. 12, p. 663.
C'est ce que nous croyons aussi. En consé
quence, nous ne croyons pas qu'Aristobule ou mêine
Onomacrite aient inventé les vers orphiques. Ono
macrite les a peut-être mis par écrit, ou traduits en
un langage plus moderne, où mis en ordre et édités,
comme les Pisistrates l'ont fait des poèmes d'Hoinė
re; mais ces doctrines sont des traditions antiques;
et il y a des choses que l'on n'invente pas. Aussi
pour ne pas excuser quelque développement dans
la réponse, c'est ce que nous ferons dans l'article
suivant.
Examen des vers tirés d'Orphée, cités par saint Jus
tin, Clément d'Alexandrie et Eusèbe.
Eusèbe ne
les a pas inventés, mais il les a empruntés à
Aristobule. Preuves de l'existence d'Aristo
bule.
Comme nous l'avons promis à la fin de l'article
précédent, nous allons défendre Eusèbe contre l'ac
cusation portée par M. Lobeck d'avoir inventé les
vers d'Orphée qui se trouvent dans la Préparation
évangélique.
Parmi les auteurs cités par Eusèbe, on remarque
Aristobule, Juif savant et philosophe péripatéticien,
qui vivait à la cour de Ptolémée Philométor, auquel
il a dédié des interprétations des Livres saints. Pour
faire valoir auprès de ce prince la doctrine qui y
était contenue, il n'a pas craint d'interpoler les an
ciens poetes grecs, dont il alléguait le témoignage
comme appuyant ces mêmes doctrines. Eusèbe, dans
un fragment de cet auteur rapporte des vers or
phiques, qui en font partie, évidemment supposés,
où sont professés non-seulement l'unité de Dieu et
sa puissance infinie, ainsi que toutes les doctrines
judaïques, mais même Abraham y est indiqué claire
ment, aussi bien que Moïse.
qui appartient cette supposition? Walckenaer,
qui a laissé une Dissertation posthume sur Aristobu
le, la lui impute complétement; tandis que M. Lo
beck en accuse Eusèbe, mais seulement pour les
deux vers qui désignent Moïse. Est-ce par indul
gence pour Eusèbe qu'il borne ainsi son accusation?
Non; c'est par la force des choses. Expliquons
nous
Il ne se peut que ces vers aient été totalement fa
briqués par Aristobule. Il a travaillé sur un premier
canevas dû aux pythagoriciens, qui ont beaucoup
fait parler Orphée. Il a donc ajouté suivant les vrai
semblances ce qui est étranger à leurs idées et hors
de leurs connaissances
Le vers orphique cité par Eusèbe remonte à
une haute antiquité; on y a fait de nombreuses allu
sions, et il paraît avoir été une formule sacramen
telle dans les mystères Le voici
Callimaque l'a parodié dans l'Hymne à Apollon
Platon y fait une allusion évidente dans le Bi.n
quet
Le passage suivant de Denys d'Halicarnasse
faisons-nous quelques réserves sur plusieurs des
opinions émises dans cet article.
Le directeur, A. BONNETTY.
C'est l'opinion de M. de Sacy sur Sainte-Croir,
t. 1, pag. 349, quoique Lobeck le conteste. Aglaopha
mus, l. 11, p. 451.
Je parle à ceux qui ont droit de m'entendre;
termez les portes aux profanes.
Combien ce laurier d'Apollon est agité! Com
bien cet antre (est terrible) I arrière, arrière, tout
profane (Vers 1.).
Vous tous, esclaves, et s'il est quelque autre
profane et doué de sentiments grossiers, bouchez
vos oreilles en y appliquant de grandes clôtures.
(Banquet, OEuvres in-fol. p. 218.)
col. 1699–1700page 14 of 21
PG 21:1699semble encore se rapporter à ces mystères: Mustη D'ailleurs, l'expression de 35λos, profane, n'avait d'acception que sous le rapport des mystères, et les allusions à ce vers se conservèrent même dans les mystères chrétiens. On employait cette formule à cet endroit du sacrifice où l'on faisait sortir ceux qui n'étaient pas entièrement initiés Mais, sans parcourir l'histoire de chacun de ces vers, je me bornerai à dire qu'ils ont été cités avec plus ou moins d'étendue par Justin le Martyr, Clé ment d'Alexandrie et Eusèbe. Justin les rappelle dans deux ouvrages: l'Exhor tation et le Livre de la monarchie, au nombre de 21. Dans l'un comme dans l'autre, il reconnaît le Dieu suprême mais il lui donne le nom de Jupiter Il annonce ces vers comme tirés du poëme adres sé à Musée, production pythagoricienne. On doit donc en conclure que ce Père n'a point connu l'édition d'Aristobule ou a négligé d'en user. Il n'en est pas de même de Clément d'Alexandrie; non-seulement il l'a connu, puisqu'il le nomine, mais dans la citation qu'il fait de 7 vers, dans l'Ex hortation aux gentils, ils sont semblables aux 7 pre miers de Justin. Puis il ajoute le premier mot du 8 suivant l'édition d'Aristobule: &ávatov; el, écartant la fin de ce vers qui sent le judaïsme, il continue: Elta Soбàę diap 8 vers de Justin, et qui serait ainsi le 9 de Clé ment. Déjà il avait écarté un 3ª vers qui trahissait le Juif Si, cependant, Clément n'avait cité que ce lambeau, on pourrait méconnaître l'usage qu'il a fait d'Aris tobule; mais au ve des Stromates, p. 723, il rappelle les derniers finissant par ¿ðávatov, et ajoute: ‹ Or Ces choses semblent ne convenir qu'aux mys tères et ne pouvoir être divulguées; en sorte que je ne serais pas répréhensible si j'invitais ceux qui y ont droit à s'approcher, à prendre part aux mystères de l'éloquence, et si je prescrivais de fermer la por te aux profanes. (De la composition des noms, n° 25.) Voir Casaubon, Exercit. xvI, adversus Baro nium. Brisson, en tête de son traité De formulis, donne les nombreuses imitations qu'en ont faites les poëtes latins. Il réprouve la leçon Brot, et y subtitue qui est la moins générale. On trouve cependant Bois dans le scholiaste de Sophocle (OEdipe à Colone), cité par Suidas au mot Sonhos. Wesseling, au contraire, défend le nomina tif, dans une Dissertation sur Aristobule, qui est imprimée à la suite de l'ouvrage de Walckenaër sur cet auteur. Il est un, né de lui-même, tout tire de lui phée a dit ces choses sur Dieu, qu'il représente comme invisible, et qui n'a été connu que d'un seul Chaldéen, soit Abraham ou son fils, qu'il veut indiquer par ces vers Certainement, Clément montre qu'il a puisé sa citation dans Aristobule; mais il évite de le nommer, passe sous silence le nom de Jupiter, et attribue au prétendu Orphée la connaissance d'Abraham or, il est douteux qu'il pût croire ce qu'il écri vait. Voyons ce qu'a fait Eusèbe. Dans un long frag ment qu'il cite d'Aristobule le Juif, se trouvent les mêmes vers, mais accrus de plusieurs autres avec toutes les marques de l'interpolation: ainsi le 2 et le 8 vers supprimés par Clément, ceux concernant Abraham, enfin deux autres, désignant évidemment Moïse et la loi inscrite sur les tables, se retrouvent ici Comme la loi l'a prescrit, comme l'a enseigné celui qui est né des eaux, ayant reçu de Dieu même le code gravé sur les tables. (Vers 36, 37.) Or, ce sont là les vers qui ont valu le titre d'idiot à Eusèbe, de la part de M. Lobeck. Poursuivons, et voyons si c'est le résultat d'une critique sage et approfondie. Qu'Eusèbe ait cru à l'authenticité de ces vers, je ne dirai pas comine venant d'Orphée, personne ne l'en croyait l'auteur; mais comme d'Onomacrite, de Cercops ou d'un pythagoricien quelconque, je ne le suppose pas il ne cherche pas à le faire croire. Mais citant Aristobule qui les à publiés, il les donne comme i les trouve dans cet auteur, qui devient son garant. Pour qu'il fut prévaricateur, il faudrait qu'il eût forgé toute la citation ou seulement une partie. Pour qu'il fût l'auteur du tout, il faudrait faire d'Aristobule un être de raison. C'est ce que Richard Simon, qui n'hésite pas quand il s'agit de créer des pseudonymes, ne se gêne pas de déclarer; les livres d'Aristobule et de quelques autres anciens auteurs qui ont écrit si favorablement des Juifs ont été supposés il laisse à d'autres le soin de démon trer qu'un Juif ne pouvait pas écrire favorablement de sa nation. Van Dale et Hody, en réfutant le récit d'Aristée, importunés de ce qu'Aristobule dit de la traduc tion de la Bible sous Philadelphe, cherchent aussi à J'anéantir. Leur grand argument est le silence de Josèphe et de Philon. Mais Isaac Vossius dit avec raison, en parlant du premier: «Quelle cause aurait son origine. (Vers 8.) Les yeux mortels de tous les mortels sont impuissants à voir Jupiter, le souverain universo. (Vers 15.) Ensuite ayant ajouté autre chose, Orphée dit Il est un, il est né de lui-même, tout tire de lui son origine. (P. 48.) Fuyant les lois de la justice posées par Dieu même dans la loi adressée à tous. Un seul, né du sang chaldéen, a pu connaître celui qui dirige le sort des mortels. Hist. crit. de l'Ancien Testament, l. 111, c. 23, p. 560. Append. observ. ad Melam, p. 67.ρίοις ἔοικεν ἤδη ταῦτα, καὶ οὐκ εἰς πολλοὺς οἷά τε ἐστὶν ἐκφέρεσθαι· ὥστ᾽ οὐκ ἂν εἴην φορτικός, εἰ παρ ρακαλοίην, οἷς θέμις ἐστὶν ἥκειν ἐπὶ τὰς τελετὰς τοῦ λόγου, θύρας δ' ἐπιθέσθαι λέγοιμι ταῖς ἀκοαῖς τοὺς βεβήλους Εἰς ἔστ', αὐτογενὴς, ἑνὸς ἔκγονα πάντα τέτυ [κται Πᾶσιν γὰρ θνητοῖς, θνηταὶ κόραι εἰσὶν ἐν ὅσο [σοις Ασθενέες δ' ιδέειν Διὰ τὸν πάντων μεδέοντα Παλαιὸς δὲ λόγος περὶ τοῦδε φαείνει, ῥήδην ἐπιφέρει Εἰς ἔστ', αὐτογενής, ἑνὸς ἔγκονα πάντα τέτυ [κται Φεύγοντες δικαίων θεσμοὺς θείοιο τεθέντος Πᾶσι νόμου.... βεβήλοις, Οὐ γὰρ κέν τις ἴδοι θνητῶν μερόπων κραίνοντα, Εἰ μὴ μουνογενής τις ἀποῤῥὼς φύλου ἄνωθεν, Χαλδαίων Ὡς λόγος ἀρχαίων, ὡς ὑδογενής διέταξεν, Ἐκ θεόθεν γνώμαισι λαβών κατὰ δίπλακα θε [σμέν Ὀρφεὺς καὶ ταῦτα λέγει. περὶ Θεοῦ· ἀό ρατον αὐτὸν, μόνῳ γνωσθῆναι ἑνί τινί φησι, τὸ γένος Χαλδαίῳ, εἴτε τὸν ᾿Αβραὰμ λέγων τοῦτον υἱὸν τὸν αὐτοῦ, διὰ τούτων.ρίοις ἔοικεν ἤδη ταῦτα, καὶ οὐκ εἰς πολλοὺς οἷά τε
ἐστὶν ἐκφέρεσθαι· ὥστ᾽ οὐκ ἂν εἴην φορτικός, εἰ παρ
ρακαλοίην, οἷς θέμις ἐστὶν ἥκειν ἐπὶ τὰς τελετὰς τοῦ
λόγου, θύρας δ' ἐπιθέσθαι λέγοιμι ταῖς ἀκοαῖς τοὺς
βεβήλους
Εἰς ἔστ', αὐτογενὴς, ἑνὸς ἔκγονα πάντα τέτυ
[κται
Πᾶσιν γὰρ θνητοῖς, θνηταὶ κόραι εἰσὶν ἐν ὅσο
[σοις
Ασθενέες δ' ιδέειν Διὰ τὸν πάντων μεδέοντα
Παλαιὸς δὲ λόγος περὶ τοῦδε φαείνει,
ῥήδην ἐπιφέρει
Εἰς ἔστ', αὐτογενής, ἑνὸς ἔγκονα πάντα τέτυ
[κται
Φεύγοντες δικαίων θεσμοὺς θείοιο τεθέντος
Πᾶσι νόμου....
βεβήλοις,
Οὐ γὰρ κέν τις ἴδοι θνητῶν μερόπων κραίνοντα,
Εἰ μὴ μουνογενής τις ἀποῤῥὼς φύλου ἄνωθεν,
Χαλδαίων
Ὡς λόγος ἀρχαίων, ὡς ὑδογενής διέταξεν,
Ἐκ θεόθεν γνώμαισι λαβών κατὰ δίπλακα θε
[σμέν
Ὀρφεὺς καὶ ταῦτα λέγει.
περὶ Θεοῦ· ἀό
ρατον αὐτὸν, μόνῳ γνωσθῆναι ἑνί τινί φησι, τὸ γένος
Χαλδαίῳ, εἴτε τὸν ᾿Αβραὰμ λέγων τοῦτον υἱὸν τὸν
αὐτοῦ, διὰ τούτων.
semble encore se rapporter à ces mystères: Mustη
D'ailleurs, l'expression de 35λos, profane,
n'avait d'acception que sous le rapport des mystères,
et les allusions à ce vers se conservèrent même
dans les mystères chrétiens. On employait cette
formule à cet endroit du sacrifice où l'on faisait
sortir ceux qui n'étaient pas entièrement initiés
Mais, sans parcourir l'histoire de chacun de ces
vers, je me bornerai à dire qu'ils ont été cités avec
plus ou moins d'étendue par Justin le Martyr, Clé
ment d'Alexandrie et Eusèbe.
Justin les rappelle dans deux ouvrages: l'Exhor
tation et le Livre de la monarchie, au nombre de 21.
Dans l'un comme dans l'autre, il reconnaît le Dieu
suprême
mais il lui donne le nom de Jupiter
Il annonce ces vers comme tirés du poëme adres
sé à Musée, production pythagoricienne. On doit donc
en conclure que ce Père n'a point connu l'édition
d'Aristobule ou a négligé d'en user.
Il n'en est pas de même de Clément d'Alexandrie;
non-seulement il l'a connu, puisqu'il le nomine,
mais dans la citation qu'il fait de 7 vers, dans l'Ex
hortation aux gentils, ils sont semblables aux 7 pre
miers de Justin. Puis il ajoute le premier mot du
8 suivant l'édition d'Aristobule: &ávatov; el,
écartant la fin de ce vers
qui sent le judaïsme, il continue: Elta Soбàę diap
8 vers de Justin, et qui serait ainsi le 9 de Clé
ment. Déjà il avait écarté un 3ª vers qui trahissait le
Juif
Si, cependant, Clément n'avait cité que ce lambeau,
on pourrait méconnaître l'usage qu'il a fait d'Aris
tobule; mais au ve des Stromates, p. 723, il rappelle
les derniers finissant par ¿ðávatov, et ajoute: ‹ Or
Ces choses semblent ne convenir qu'aux mys
tères et ne pouvoir être divulguées; en sorte que je
ne serais pas répréhensible si j'invitais ceux qui y
ont droit à s'approcher, à prendre part aux mystères
de l'éloquence, et si je prescrivais de fermer la por
te aux profanes. (De la composition des noms,
n° 25.)
Voir Casaubon, Exercit. xvI, adversus Baro
nium. Brisson, en tête de son traité De formulis,
donne les nombreuses imitations qu'en ont faites les
poëtes latins. Il réprouve la leçon Brot, et y
subtitue qui est la moins générale. On
trouve cependant Bois dans le scholiaste de
Sophocle (OEdipe à Colone), cité par Suidas au mot
Sonhos. Wesseling, au contraire, défend le nomina
tif, dans une Dissertation sur Aristobule, qui est
imprimée à la suite de l'ouvrage de Walckenaër sur
cet auteur.
Il est un, né de lui-même, tout tire de lui
phée a dit ces choses sur Dieu, qu'il représente
comme invisible, et qui n'a été connu que d'un
seul Chaldéen, soit Abraham ou son fils, qu'il veut
indiquer par ces vers
Certainement, Clément montre qu'il a puisé sa
citation dans Aristobule; mais il évite de le nommer,
passe sous silence le nom de Jupiter, et attribue au
prétendu Orphée la connaissance d'Abraham
or, il est douteux qu'il pût croire ce qu'il écri
vait.
Voyons ce qu'a fait Eusèbe. Dans un long frag
ment qu'il cite d'Aristobule le Juif, se trouvent les
mêmes vers, mais accrus de plusieurs autres avec
toutes les marques de l'interpolation: ainsi le 2 et
le 8 vers supprimés par Clément, ceux concernant
Abraham, enfin deux autres, désignant évidemment
Moïse et la loi inscrite sur les tables, se retrouvent
ici
Comme la loi l'a prescrit, comme l'a enseigné
celui qui est né des eaux, ayant reçu de Dieu même
le code gravé sur les tables. (Vers 36, 37.)
Or, ce sont là les vers qui ont valu le titre d'idiot
à Eusèbe, de la part de M. Lobeck. Poursuivons,
et voyons si c'est le résultat d'une critique sage et
approfondie.
Qu'Eusèbe ait cru à l'authenticité de ces vers, je
ne dirai pas comine venant d'Orphée, personne ne
l'en croyait l'auteur; mais comme d'Onomacrite, de
Cercops ou d'un pythagoricien quelconque, je ne le
suppose pas il ne cherche pas à le faire croire.
Mais citant Aristobule qui les à publiés, il les donne
comme i les trouve dans cet auteur, qui devient
son garant. Pour qu'il fut prévaricateur, il faudrait
qu'il eût forgé toute la citation ou seulement une
partie. Pour qu'il fût l'auteur du tout, il faudrait faire
d'Aristobule un être de raison. C'est ce que Richard
Simon, qui n'hésite pas quand il s'agit de créer des
pseudonymes, ne se gêne pas de déclarer; les
livres d'Aristobule et de quelques autres anciens
auteurs qui ont écrit si favorablement des Juifs ont
été supposés il laisse à d'autres le soin de démon
trer qu'un Juif ne pouvait pas écrire favorablement
de sa nation.
Van Dale et Hody, en réfutant le récit d'Aristée,
importunés de ce qu'Aristobule dit de la traduc
tion de la Bible sous Philadelphe, cherchent aussi à
J'anéantir. Leur grand argument est le silence de
Josèphe et de Philon. Mais Isaac Vossius dit avec
raison, en parlant du premier: «Quelle cause aurait
son origine. (Vers 8.)
Les yeux mortels de tous les mortels sont
impuissants à voir Jupiter, le souverain universo.
(Vers 15.)
Ensuite ayant ajouté autre chose, Orphée dit
Il est un, il est né de lui-même, tout tire de lui son
origine. (P. 48.)
Fuyant les lois de la justice posées par Dieu
même dans la loi adressée à tous.
Un seul, né du sang chaldéen, a pu connaître
celui qui dirige le sort des mortels.
Hist. crit. de l'Ancien Testament, l. 111, c. 23,
p. 560.
Append. observ. ad Melam, p. 67.
col. 1701–1702page 15 of 21
pu porter Josèphe à parler dans son histoire d'Aris
tobule? on peut dire la même chose de Philon. Il
y a trop de garants de l'existence d'Aristobule, pour
qu'on puisse la révoquer en doute
Or, si Aristobule a vécu, s'il a composé des com
mentaires sur les livres de la loi, avons-nous une
raison suffisante de croire qu'il n'ait pas altéré les
vers qu'il empruntait à la littérature hellénique?
Serait-ce à cause de son caractère? nous ne le
connaissons pas; ou parce que les vers qu'on lui
attribue n'auraient pu sortir de sa plume? telle serait
une allusion à Jésus-Christ et à la loi nouvelle coin
me les vers sibyllins en sont remplis. Mais Abraham,
Moïse, les tables de la loi, sont mieux placés dans
la bouche d'un Juif que dans celle d'un Chrétien.
Comment, quand la loi nouvelle qui était venue dé
truire l'ancienne, brillait de tout son éclat aux yeux
de ses adeptes, Eusèbe n'aurait eu de talent poéti
que que pour célébrer le culte qu'il désertait? Ce
serait bien alors qu'il mériterait l'épithète que lui a
accordée M. Lobeck.
La candeur des Juifs était-elle si grande qu'on ne
puisse leur attribuer aucune fraude pieuse? Les li
vres apocryphes de l'Ancien Testament, les fables
comprises dans la relation d'Aristée sur la version
des Septante, ces historiens auxquels Josèphe nous
renvoie comme des autorités étrangères à sa
nation, sont-ce des écrits exempts de suspicion?
Si enfin, on ne voyait des coupables que parmi
les Chrétiens, Clément partagerait le blame d'Eusèbe,
car il a ouvert la voie en indiquant Abraham, comme
celui-ci a fait pour Moïse, avec cette différence que
Clément assigne à Orphée lui-même ce qu'Eusèbe
ne fait remonter qu'à Aristobule; ou bien il faudrait
croire qu'Aristobule est coupable de la première
interpolation, et qu'ayant assez falsifié le texte pour
y introduire le père des croyants, il n'aura pas été
assez audacieux pour indiquer Moïse. On sent com
bien cette supposition est improbable.
ces arguments, Walckenaër en a ajouté un qui
me parait péremptoire.
Si Eusèbe avait supposé des vers d'Orphée qui lui
donneraient la connaissance du vrai Dieu telle que
les Juifs la possédaient, et qu'il eût fait apparaître
Abraham et Moïse dans ses écrits, il se serait bien
gardé de renverser cette combinaison en le faisant
parler dans un sens tout à fait contraire au langage
qu'il aurait prêté. C'est cependant ce qu'il a fait
dans un autre passage où nous lisons une cita
tion de Porphyre, dans laquelle ce philosophe, vou
lant fonder le symbolisme, cite un long passage
orphique où Jupiter n'est pas l'ame du monde, mais
est le monde tout entier
Le ciel est sa tête, les astres sa chevelure, le soleil
et la lune ses yeux, l'éther son esprit, la terre son
ventre, la mer sa ceinture, etc. Voici sur ce mor
ceau la réflexion d'Eusèbe: Telle est donc, ô
Voir sur Aristobule le 11 livre des Machabées,
ch. Origène, Contre Celse, IV, 543; Anatolius cité
par Eusèbe, Hist. eccl. vi, 32, 287; Cyrille, Contre
Julien, 1v, 134; Clément, Eusèbe, et saint Jérôme,
De viris illustribus, c. 36. On peut consulter
Walckenaër, ch. VII, De Aristobulo: il administre,
ch. xx, une preuve curieuse: ce sont des plagiats
de Clément, qui a copié plusieurs fois mot pour mot
Aristobule sans le nominer. Ce n'est pas le seul
exemple d'un pareil larcin de la part de Clément
d'Alexandrie. Musonius, cité par Stobée, p. 49,
tome 1er de l'éd. de Gaisford, avait dit ce que celui
ci répète dans son Pédagogue: La chaussure
est presque une prison,
Eyyús ott. Aussi Ruhnkenius, dans le Dictionnaire
platonique de Timée, dit-il: Je m'étonne que ce
larcin, ainsi que plusieurs autres dont Clément s'est
Porphyre la peinture que les vers cités par vous
nous font de Jupiter. Mais je n'aperçois dans tout
cela que l'univers visible: l'éther, forme son en
tendement, et les autres parties du monde, son
corps. Comment donc Orphée le Thrace, ou tout
autre a-t-il pu concevoir une semblable divinité
sans y rien reconnaître d'intellectuel, rien qui
appartînt à une essence invisible et incorpo
relle?▸
Je crois en avoir dit assez, peut-être trop, pour
décharger Eusèbe de l'imputation d'avoir inséré
deux vers de sa composition dans une citation or
phique. M. Lobeck l'accuse encore (car de quoi ne
l'accuse-t-il pas?) d'avoir ajouté dans Josèphe le
célèbre passage sur Jésus-Christ; mais comme ceci
n'est pas renfermé dans les 15 livres de la Prépa
ration évangélique, j'en écarte la discussion, et je
passerai dans l'article suivant à l'examen des écri
vains modernes qui se sont faits les soutiens de l'au
thenticité du fragment de Sanchoniathon.
Ecrivains modernes qui ont soutenu l'authenticité des
fragments de Sanchoniathon. Vossius. Bo
chart. John Jackson.
Van Dale.
Fourmont.
Huet.
Cumberland. Goguet.
Parmi les auteurs qui ont admis l'authenticité des
fragments de Sanchoniathon, et qui ont fondé une théo
rie quelconque sur les traditions qu'ils contiennent,
il n'en est point qui aient entrepris une justification de
son ouvrage proprement dite, sans y mêler leurs idées
systématiques sur ce livre. S'ils ont répondu à
quelques critiques, ce n'est que transitoirement
ils ont plutôt considéré ces extraits comme un fon
dement solide sur lequel ils ont bâti les systèmes
que leur imagination enfantait. Ainsi, les uns s'en
sont servis pour confirmer les récits de Moïse, com
me Huet et Fourmont; d'autres, pour débrouiller
la chronologie des anciens peuples, comme Cuni
berland; el par les essais infructueux d'une imagi
nation vagabonde, ont autant décrié ces fragments
qu'ont pu le faire ceux qui les ont argués de faux
ainsi que
Rien n'est plus dangereux qu'un imprudent ami.
Gérard Jean Vossius, dans son Traité des histo
riens grecs, donne la première place à notre histo
rien, et rend simplement compte de ce qu'Eusèbe
et Porphyre en ont rapporté. Il est arrêté comme
tous ceux qui ont parlé de cet auteur, par la diffi
culté chronologique résultant du passage de Por
phyre. Du reste, il n'élève aucun doute sur la sincé
rité de ce récit, et soutient avec Ephore contre Dio
dore de Sicile que les Barbares ont eu des
historiens avant les Grecs.
Bochart, dans le 2° chapitre du livre du Cha
naan, passe en revue tout ce qui reste du récit de
notre historien; il explique par la langue phéni
cienne les noms propres qui y sont contenus; mais
ce n'est que dans le 17° chapitre du même livre
rendu coupable, n'ait pas encore été signalé. ›
Potter rapproche ces deux passages semblables dans
ses notes.
Eupolème, Hécatée, Démétrius, etc.
L. 1, p. 100.
les
Malgré tout mon désir de réunir le plus grand
nombre des ouvrages qui traitent de Sanchoniathon,
il m'en a manqué plusieurs que je regrette de n'a
voir pu lire; d'autres que je n'ai pas même cherché
à me procurer. Les premiers sont l'Origine des cul
tes de Dupuyla Symbolique de Creuzer
Entretiens de Lacroze et son Thesaurus Epistolicus;
Court de Gébelin, Allégories orientales;· Delisle
de Salles, Histoire des hommes; non plus que les
feuilles fugitives, journaux et dissertations acadé
miques dont la Bibliothèque de Fabricius donne le
recensement, et que je n'ai pu parcourir.
col. 1703–1704page 16 of 21
qu'il fait un examen critique de l'historien et de son
ouvrage.
Il justifie d'abord la traduction de son nom don
née par Théodoret où Sanchoniathon est tra
duit par dans le passage de la
Oxu de Porphyre, tandis qu'Eusèbe donne pour
leçon laws; il distingue l'Abibal, roi de Bé
ryte, du père d'Iram, contemporain de Salomon. Il
reconnaît Abraham dans Koóvos, et Sara dans Ano
bret. Il est convaincu que Jérombal, prêtre de Jevo,
est Gédéon, et explique longuement comment il a
pu être qualifié de prêtre hébreu n'étant pas Lé
vite, et comment, avant donné dans l'idolatrie de
Baalbéryte, ainsi que ses successeurs, il a pu faire
alliance avec un roi de Béryte. Il s'efforce pénible
ment de rapprocher Gédéon de Sanchoniathon. La
difficulté, résultant de la fondation de Tyr, qui ne
précède la prise de Troie que d'un petit nombre
d'années, l'arrête. Il ne s'en rend compte qu'en
prouvant que le nom de Tyr était commun à ´plu
sieurs localités, et déclare que ce mot veut dire en
phénicien Rocher. Lorsque Astarbé immole un aster,
sorte d'aigle, èv Túpy tỷ ȧyia výow, dans Tyr, l'ile
sainte, ce n'était pas une ville, selon Bochart.
L'ouvrage du docteur John Jackson, qui est une
Revue chronologique des anciens peuples contient
dans le troisième volume la chronologie phénicien
ne, puisée entièrement dans Sanchoniathon. Dans
les notes, il discute les difficultés chronologiques du
texte, telles que la coïncidence des temps de Sémi
ramis, et de la guerre de Troie, Abibal, Sanchonia
thon, et Jérombal.
Il croit d'abord que Porphyre a dit que Jérombal
et Sanchoniathon avaient vécu en même temps,
savoir, sous Abibal. J'ai montré qu'il dit expressé
ment le contraire; il remonte Sémiramis à l'époque
où Eusèbe, dans sa Chronologie, l'a placée, 800 ans
avant la guerre de Troie. C'est une question indiffé
rente pour comprendre l'époque où vécut Sancho
niathon; il suffit de reconnaître qu'à tort ou non,
on l'a faite contemporaine de la prise de Troie. Si
l'on n'admet ce point, il n'existe plus que trouble
et confusion dans les dires de Philon et de Porphyre.
Ussérius a adopté cette chronologie; il l'a donc crue
rationnelle Mais encore une fois cela ne nous
concerne pas; il nous suffit de connaître la pensée
de nos guides. Jackson cherche, après Bochart, quels
sont les écrits en caractère ammonéens, dont Philon
dit que Sanchoniathon a fait usage pour la rédaction
de son histoire: c'est ce que nous rechercherons plus
tard. Puis, il traduit tout ce morceau; après quoi
il examine les titres de l'auteur à la crédibilité.
Après avoir dit que l'écrit de Dodwell ne méritait
pas une réfutation sérieuse, il cherche à donner
des dates aux événements contenus dans les récits,
et déclare que Bochart, Cumberland, et surtout
Huet, n'y ont rien compris. Je ne sais si d'autres
chronologistes ne lui feront pas le même reproche;
car il mêle le récit de Moïse, le déluge et la disper
sion dans une relation qui y est tout à fait étran
gère. Je crois que c'est une mauvaise marche; au
surplus, son ouvrage ne supposant aucun doute sur
la véracité du récit de Sanchoniathon, il ne cher
che pas même à la prouver.
Iluet, cet apologiste moderne, a beaucoup imité
les anciens par le feu de critique avec lequel il
adopte les témoignages favorables à la Démonstra
tion évangélique. Nous avons vu cependant qu'il re
P. 18 de la Thérapeutique.
Londres, 1752, 3 vol. in‑4º.
Annal. Vet. Test., p. 44.
Voici les divinités ou les héros sous les noms
desquels Moïse se trouve caché, d'après Huet
Eaque, Esculape, Amphion, Anubis, Apis, Apol
pousse Orphée et les sibylles. On ne doit donc pas
l'accuser tout à fait de mauvaise foi. Mais suivant
son plan favori qui place Moïse comme une divinité
commune dans toutes les mythologies, il s'est em
paré de la cosinogonie de Sanchoniathon comme
étant copiée sur celle de Moïse, et fait des rappro
chements qui sont loin d'être admissibles.
Taautos, dont Sanchoniathon a compulsé les écrits,
n'est que Moise. La preuve en est sensible. Taau
tos a décrit l'origine des choses: Moïse également.
Il est vrai que l'un est un peu matérialiste, qu':1
ne connait de cause première que la matière, tan
dis que l'autre fait tout dépendre de la volonté di
vine; mais il ne tient pas compte de cette différen
ce. Taautos a trouvé les lettres; Eupolémus, cité
par Clément d'Alexandrie, attribue la même décou
verte à Moise, et tous les raisonnements qui suivent
sont de la même force. Jérombal, qui est Gédéon,
lui a donné ses commentaires. Qu'est-ce autre
chose que les livres de Moïse? Mais alors comment
en a-t-il aussi peu profité? Par des arguments aussi
concluants, il cherche à prouver que l'Hercule ty
rien, Mélicharte, n'est autre que Josué. N'est-il pas
déplorable qu'avec une grande érudition, et je le
suppose, l'amour de la vérité, luet ait cru porter
la conviction dans les esprits par un semblable abus
de la science; et que, voulant élever un monument
à la défense de la religion, il l'ait déparé en l'ap
puyant sur des bases aussi frêles? Si les choses étaient
ce qu'il dit, évidemment on devrait attribuer à une
fraude pieuse la rédaction des fragments de Sancho
niathon; mais on devrait aussi s'inscrire en faux
contre toutes les mythologies dont il a fait le mėne
usage
Van Dale a dirigé contre cette personnification
de Moïse et de Gédéon une réponse qui était facile
la sienne ne se distingue ni par la pénétration ni
par l'érudition. L'anachronisme, dont il croit Por
phyre coupable relativement à Gédéon-Jérombal, qu'il
suppose contemporain de Sanchoniathon, ne tient
qu'à la fausse interprétation du texte grec. En ré
tablissant le vrai sens, on repoussera le moyen
d'attaque de Van Dale, et on laissera à Sanchonia
thon la possibilité d'avoir profité de mémoires four
nis par Gédéon à un roi Abibal, son contemporain.
Ce que Huet avait entrepris sommairement dans
sa Démonstration évangélique, ce que Bochart a
plus développé dans son Chanaan, Fourmont l'a
bien amplifié dans ses Réflexions critiques sur l'his
toire des anciens peuples, dans lesquelles un volume
presque entier est consacré à comparer chaque gé
nération de Sanchoniathon, et chaque membre de
cette génération avec les races bibliques qu'il croit
représentées par les divinités du théologien phénicien,
tantôt se rapprochant, tantôt s'éloignant des expo
sitions données par ses devanciers. Il est tellement
confiant dans ses propres découvertes, qu'il les
propose avec une confiance qui ne lui permet pas
de croire qu'on puisse ne pas applaudir à son sys
tème. En effet, il ne fallait pas moins que l'aveugle
ment qui caractérise tous les faiseurs de systèmes
pour ne pas se rendre le témoignage de l'incerti
tude d'un travail semblable au sien; et l'impossibi
lité de faire passer dans l'esprit de ses lecteurs la
conviction dont il est pénétré. Sera-ce au moyen
de quelques ressemblances de noms, de quelques coin
dences d'une espèce quelconque, qu'on justifiera ce
parallèle qui deviendrait précisément suspect par
une contormité qui, au reste, n'existe nullement en
lon, Aristée, Bacchus, Cecrops, Evandre, Eumol
pe, Faune, Janus, Linus, Marnas, Mercure, Mi
nos, Mnevis, Orphée, Osiris, Pan, Persée, Priape,
Prométhée, Rhadamante, Sérapis, Sylvain, Tirésias,
Typhon, Vertumne, Vulcain, etc.
col. 1705–1706page 17 of 21
tre ces récits? Comment supposer qu'un livre, où
l'origine des choses est exposée sans que le grand
bouleversement du déluge y soit mentionné, puisse
avoir de l'analogie avec le récit de Moise? Comment
confondre dans un même individu (et c'est l'idée
favorite de Fourmont) le Cronos de Sanchoniathon,
si inhumain envers tous les siens, avec l'Abraham
de Moïse qui se fait remarquer parmi les descen
dants de Noé, par le sentiment religieux, et par les
devoirs domestiques et sociaux, et est justement
appelé le père des croyants? Au reste, le livre de
Fourmont a rencontré, dès son apparition, une dé
faveur à peu près universelle. Sa présomption lui
a fait même commettre une erreur de précipitation,
en faisant de Thabion le père de Sanchoniathon,
lorsque Philon déclare positivement que Thabionidès
avait altéré par des allégories les traditions de Taau
tos que Sanchoniathon avait fidèlement représen
tées. On serait tenté de croire que Fourmont n'a pas
complétement étudié l'écrit qui lui servait de thème.
Quoi qu'il en soit, cette manière de vouloir rap
procher des mythologies différentes et absolument
étrangères l'une à l'autre date de loin. Hérodote
s'est épuisé en vains efforts pour retrouver chez les
Grecs les représentants des dieux de l'Egypte. Var
ron et Cicéron ont comparé dans le même esprit
les divinités de la Grèce et de l'Italie. Les moder
nes ont rapporté à l'Ecriture sainte les traditions re
ligieuses des diverses nations de l'antiquité, sans
que les efforts également infructueux des devan
ciers aient détourné de nouveaux venus de se lancer
dans la même carrière avec un résultat pareil. II
semble que le simple bon sens devait en dissuader.
Par quelle communication secrète des peuplades
devenues sauvages après la dispersion, et toutes ab
sorbées par les soins de la vie animale et les em
barras d'une société naissante, se seraient-elles ac
cordées pour rendre un culte unanime à des dieux iden
tiques, bien que diversement nommés, et qui n'ont
rien de commun dans leurs actes? Voilà, certes, ce
que je ne saurais m'expliquer
Cumberland, évêque de Peterborough, a laissé en
mourant un gros volume in-8°, intitulé: Sanchonia
tho's Phænician history, où, par une marche contraire
à Huet, loin de voir dans ce récit une sorte de parodie
de la Genèse, il l'y croit entièrement opposé Il re
pousse toute interprétation spiritualiste de son en
semble, et combat Bochart qui, par les Zophasemim,
veut entendre les anges,
résidant dans les astres, Zwa voɛpá. Il y reconnaît
les astres eux-mêmes. Voici d'ailleurs son système
Moïse a transmis la filiation de Seth jusqu'à Noé,
parmi lesquels s'est conservée, non sans altération,
la connaissance du vrai Dieu. Sanchoniathon a trou
vé, dans les récits dictés par Taautos, et rédigés par
les Cabires, l'histoire de la descendance de Cain, qui
embrassa bientôt l'uranothéisme et l'anthropothéisme.
Un nombre de générations, à peu près égales, selon
lui, de part et d'autre, a donné lieu à des rappro
Nous laissons subsister ces paroles de M. Sé
guier; mais nous ne sommes pas de la même opi
nion. La cause de notre dissentiment avec le savant
académicien provient de ce que nous partons de
deux points de vue diamétralement opposés. Nous
soutenons que les premiers peuples n'ont pas été
sauvages et sans relations entre eux. Au contraire,
ils ont commencé par être tous réunis, et réunis en
société civilisée; l'état sauvage, horné à un petit
nombre de peuplades, n'est venu que longtemps
après. Les communications des peuples n'ont donc
pas été secrètes, et ils ont pu adorer des dieux iden
tiques sous des dénominations diverses. Cette doc
trine est fondée sur la Bible d'abord, et sur toutes
les recherches ensuite. Nous ne doutons pas que
M. Sé guier, Chrétien et érudit comme il l'est, n'a
chements qui vont assez bien jusqu'à la dixième
génération: celle de Noé.
Mai ici se présente une difficulté presque insur
montable. Le déluge universel dans Moïse a détruit
toute la race de Cain. Un seul descendant de Seth a
survécu à ce désastre. Sanchoniathon n'en dit pas
un mot, non plus qu'aucun des écrivains antérieurs à
Bérose (129 olympiade), non plus que Diodore de
Sicile, bien postérieur à Bérose. C'est donc par une
couture très-suspecte, que l'évêque de Peterbo
rough rattache à la ligne de Noé les généra
tions suivantes, que Sanchoniathon dérivait sans
interruption des Cainites. l'aide de change
ments ou de retranchements de lettres, pour les
quelles il semble que les langues orientales ont une
flexibilité toute particulière, il fait reparaftre les
premiers rois d'Egypte d'après le canon d'Eratos
thène, qu'il rattache ainsi aux générations de San
choniathon, en repoussant les dynasties de Manéthon
comme fabuleuses. Une digression sur les pasteurs
phéniciens, qu'il est loin de prendre pour les Juifs
avec Josèphe, présente de l'intérêt. Mais il est im
possible d'entrer dans un examen détaillé de cet ou
vrage, à moins de le reproduire. Il ne confond
point Cronos avec Abraham, comme le font Bochart
et Fourmont; il en fait Cham, et Uranus est Noé.
Chna est le premier Phénicien, fils de Cham, el
Misor, le même que le Misraim de Moïse, que le
Ménès et le Méon d'Eratosthène, qu'Osiris qui fut
depuis Bacchus et le Soleil, qu'Isis enfin, qui, sui
vant Sanchoniathon, découvrit trois lettres, et est
spécialement appelé frère de Chna, le premier Phéni
cien, c'est-à-dire le fondateur de la monarchie
égyptienne; que Thot est l'Athotes, deuxième roi,
suivant Eratosthène, et le dernier anneau de la
chaîne de Sanchoniathon. Par ce moyen, il établit une
suite non interrompue depuis Adam jusqu'à la pre
mière olympiade, par Sanchoniathon et Eratosthène.
Ces combinaisons ingénieuses et fruit de grandes
recherches flattaient tellement leur auteur, que
trente ans après la rédaction de son manuscrit, il
disait à l'éditeur que plus il pensait à ces choses,
plus il était convaincu de la vérité de sa décou
verte. Malheureusement le public savant n'a pas
confirmé cette sentence. Et parmi les chronologistes
et les historiens, je n'en vois pas qui aient ratifié
par une déclaration explicite les données de Cum
berland, dont cependant l'application, si elle était
justifiée, jetterait un grand jour sur les premiers âges
du monde.
J'ai déjà dit que le docteur Jackson n'en tient que
peu de compte, quoiqu'il n'ait pas été sans en pro
fiter. Sa table chronologique, qui présente une du
rée de 2256 ans avant le déluge, place Cronos deux
générations au-dessous de Nemrod. Voilà ce qui
fait, dit-il, que cette histoire n'a jamais été bien
comprise; que le savant évêque Cumberland, et
avant lui Bochart, et spécialement Huet, se sont
trompés quant aux personnes, et quant aux temps
rapportés par Sanchoniathon.,
dopte ces principes et ces conséquences, s'il veut
en faire l'objet de ses études.
Nous faisons à peu près les mêmes réserves pour
les questions des sibylles et d'Orphée; sans pré
tendre que leurs vers soient tous authentiques,
nous croyons que ce qui nous en reste a été fait
d'après d'anciennes traditions ayant cours parmi
les peuples; ce qui en explique l'adoption géné
rale. Pour Moïse aussi, nous ne croyons pas qu'il
faille le reconnaître dans tous les personnages ci
tés par Huet; mais nous croyons qu'il a été le type
de plusieurs personnages de la fable.
Le directeur A. BONNETTY.
P. 10. Whosoever, says he, distinctly unders
tands his cosmogony, will see that it is directly op
posite to Moses'scope.
col. 1707–1708page 18 of 21
PG 21:1707Semblable à tous les chronologistes, Jackson a son système qu'il préfère aux autres. Mais, comme ses prédécesseurs, il n'a pas trouvé le secret de réunir tous les suffrages, et l'on peut dire de lui ce qu'il a dit de ses devanciers. Quant à ce qu'il met sur la même ligne Huet, Bochart et Cumberland, je trouve qu'il n'a pas assez apprécié la distance du premier aux deux autres. Goguet a placé au dernier volume de l'Origine des lois, une dissertation expresse sur l'authenticité de l'ouvrage qui nous occupe, pour justifier les em prunts qu'il lui a faits. Il met hors de cause Eu sèbe et Porphyre, et ne défend que Philon de l'ac cusation d'avoir supposé ce qu'il donnait pour avoir traduit. Les Chrétiens étaient alors trop peu nom breux pour être un objet spécial d'attaque; ce se rait donc contre les Juifs qu'il aurait dirigé toute cette invention. Mais les Juifs évitaient la polémi que, et ne cherchaient point à faire de prosélytes. Cette assertion n'est pas juste; nous voyons par Josèphe lui-même, qui avait écrit contre Apion, qu'ils traitaient les questions de polémique religieu se. Aristobule et Philon le Juif, aussi bien que tous les prétendus historiens et philosophes, cités par eux et par Eusèbe Hécatée, Eupolémus, Arta panus, Aristée, sont évidemment des Juifs qui ont fait de la polémique. Eusèbe, dans son Hist. ecclé siast. le déclare sur la foi de Clément d'Alexan drie: Philon (le Juif bien entendu) et Aristobule, Josèphe et Démétrius, aussi bien qu'Eupolémus, sont des écrivains juifs. Philon de Byblos paraît auteur d'un ouvrage sur les Juifs, où ils ne sont pas bien traités à en juger par l'extrait qu'on lit dans Origène Goguet croit que Clément d'Alexandrie a pu par ler de Sanchoniathon, puisque saint Cyrille le décla re, et qu'une partie des Stromates de ce Père est perdue. Il est très-vraisemblable que ce Père n'en a pas arlé, et que saint Cyrille l'a nommé de mémoire, au lieu d'Eusèbe, comme il a désigné mal à propos Josèphe au lieu de Philon, comme l'ayant traduit, andis qu'il ne l'a pas même cité. On doit incontes ablement écarter le témoignage de saint Cyrille. Il est vraisemblable que Théodoret a puisé dans Eu sèbe ce qu'il en dit. Cependant une variante assez importante ferait croire le contraire. Théodoret dit que le nom du Phénicien doit se traduire par ɩ alons, ce que ne dit point du tout Eusèbe. Quant à Suidas, il est clair qu'il a suivi un autre guide que l'évêque de Césarée dans sa Biographie de San choniathon. Goguet croit que Philon avait en vue, en pu bliant ce livre, de rabaisser la vanité grecqque en lui montrant un écrivain barbare antérieur au temps de sa civilisation, qui avait expliqué l'origine du monde. Cette idée n'est guére présumable. Les Grecs savaient bien que les peuples asiatiques les avaient devancés dans la civilisation, et ils recon naissaient comme leurs premiers instituteurs en ce genre, les Phéniciens et les Egyptiens. Je ne vois cependant aucun motif pour Philon de supposer cet ouvrage. Il voulait seulement replacer sur la scène du monde sa patrie éclipsée par les conquêtes qu'en avaient faites les Babyloniens, les Perses, les Grecs et les Romains, les uns sur les autres. Quant à sa disposition de repousser les allégories du corps de la fable, il la partageait avec d'autres penseurs, et Prép. évang. péwv. 1. vi, c. 13. —Voir Jonsius De hist. philosoph., III, c. 10, § 4. Contre Celse, liv. 1ª³, p. 13, éd. de Cam bridge. Diodore de Sicile qui dit: «On trouve beaucoup de discours très-différents entre eux sur les dieux terres tres autres que les astres, tant dans les historiens que dans les mythographes. Mais les réflexions qui se mêlent au récit primitif décèlent par la na ture des idées et la variété du style que Sanchonia thon ne peut en être l'auteur. Et dans tout le res te, on reconnaît le cachet de l'original. Goguet fixe au temps des Juges l'existence de Sanchoniathon par l'effet de la vicieuse interpréta tion du passage de Porphyre, et contre sa décla ration positive qu'il a vécu à l'époque de la prise de Troie. J'ai déjà discuté ce point de chronologie. Suite de l'examen des auteurs qui ont cru à l'authen ticité des fragments de Sanchoniathon. — L'abbé Mignot. - Biographie de Philon. Liste complète et inédite de ses ouvrages. Quelles raisons au rait-il pu avoir de supposer l'écrit de Sanchonia thon? Conclusion. M. l'abbé Mignot, membre de l'Académie, y a lu une suite de Mémoires sur les Phéniciens et comme il a cru à l'authenticité de ces fragments, il a signalé les causes de sa conviction. Ses argu ments ne diffèrent pas de ceux de ses devanciers, seulement il a cru que indi quaient une écriture propre aux Ammonites. Jérom bal est à ses yeux Gédéon, et il a cru justifier le titre de prêtre du Dieu vivant qu'on lui donne par le droit que l'Ecriture lui reconnaît de porter l'E phod, habillement des prêtres hébreux. Il se donne beaucoup de mal pour faire disparaître l'anachro nisme qu'il trouve à rapprocher Sémiramis de la prise de Troie. M. l'abbé Mignot discute ensuite les objections diverses et souvent contradictoires des adversaires de Sanchoniathon et de Philon. Il admet trop faci lement, à mon avis, que saint Clément l'ait nommé, par ce qu'en dit saint Cyrille. Quant à Suidas, it pense qu'il a pris ailleurs que dans Eusèbe les ren seignements sur le philosophe tyrien; je le crois également. On ne peut guère penser autrement, car ils ne présentent aucune ressemblance entre eux. Venant aux preuves tirées de l'ouvrage même, il n'est point blesse des ressemblances avec Moïse et Ilésiode toutes les premières cosmogonies se res semblent dans les traits principaux: il ne trouve point étonnant que les Gnostiques aient pris des noms dans le phénicien, puisqu'une grande partie de leurs idées sont dues aux fables orientales. Thot, qu'on veut rendre exclusivement à l'Egypte, d'après Sanchoniathon, appartient aux deux pays j'en ai donné Varron pour garant. L'objection tirée de la fondation de Tyr, qu'on veut être postérieure à Sanchoniathon, est ainsi combattue par lui. Jo sèphe déclare qu'elle fut fondée 240 ans avant le temple de Salomon. C'est donc 68 avant la prise de Troie. D'ailleurs, il s'agit ici de Paleo-Tyr, dont Josué parle comme d'une ville déjà ancienne. Athena, qui prend possession de l'Attique, est la Minerve ou Vénus céleste, déjà honorée en Attique avant Cécrops, à qui Porphyrion, ancien roi du pays, avait élevé un temple. Il croit reconnaître dans ce nom le chef d'une colonie phénicienne Les Cabires présentent plus de difficulté. Nés d'une fille de Cronos et de Sydyc, il en est fait men Goypaços. L. vi, t. IV, p. 4 de l'édit. de Deux-Ponts; fragment conservé dans Eusébe, Prép. évany., l. 11, ch. 1, p. 59. On les trouve dans le tome XXXIV. Voir Josué, ch. xix, 26. Voir Pausanias dans ses Attiques, ch. 14, n. 6.Φίλωνος και Αριστοβούλου, Ἰωσήπου τε καὶ Δημητρίου καὶ Εὐπολέμου, Ἰουδαίων, συγγρα γράμματα Αμμουνέων παραδέδονται λόγοι παρὰ τοῖς ἱστορικοίς τε καὶ μυ Περὶ τῶν ἐπιγείων θεῶν πολλοὶ καὶ ποικίλοιΦίλωνος και Αριστοβούλου, Ἰωσήπου τε καὶ
Δημητρίου καὶ Εὐπολέμου, Ἰουδαίων, συγγρα
γράμματα Αμμουνέων
παραδέδονται λόγοι παρὰ τοῖς ἱστορικοίς τε καὶ μυ
Περὶ τῶν ἐπιγείων θεῶν πολλοὶ καὶ ποικίλοι
Semblable à tous les chronologistes, Jackson a
son système qu'il préfère aux autres. Mais, comme
ses prédécesseurs, il n'a pas trouvé le secret de
réunir tous les suffrages, et l'on peut dire de lui
ce qu'il a dit de ses devanciers. Quant à ce qu'il met
sur la même ligne Huet, Bochart et Cumberland,
je trouve qu'il n'a pas assez apprécié la distance
du premier aux deux autres.
Goguet a placé au dernier volume de l'Origine des
lois, une dissertation expresse sur l'authenticité de
l'ouvrage qui nous occupe, pour justifier les em
prunts qu'il lui a faits. Il met hors de cause Eu
sèbe et Porphyre, et ne défend que Philon de l'ac
cusation d'avoir supposé ce qu'il donnait pour avoir
traduit. Les Chrétiens étaient alors trop peu nom
breux pour être un objet spécial d'attaque; ce se
rait donc contre les Juifs qu'il aurait dirigé toute
cette invention. Mais les Juifs évitaient la polémi
que, et ne cherchaient point à faire de prosélytes.
Cette assertion n'est pas juste; nous voyons par
Josèphe lui-même, qui avait écrit contre Apion,
qu'ils traitaient les questions de polémique religieu
se. Aristobule et Philon le Juif, aussi bien que tous
les prétendus historiens et philosophes, cités par
eux et par Eusèbe Hécatée, Eupolémus, Arta
panus, Aristée, sont évidemment des Juifs qui ont
fait de la polémique. Eusèbe, dans son Hist. ecclé
siast. le déclare sur la foi de Clément d'Alexan
drie: Philon (le Juif bien entendu) et Aristobule,
Josèphe et Démétrius, aussi bien qu'Eupolémus,
sont des écrivains juifs. Philon de Byblos paraît
auteur d'un ouvrage sur les Juifs, où ils ne sont
pas bien traités à en juger par l'extrait qu'on lit
dans Origène
Goguet croit que Clément d'Alexandrie a pu par
ler de Sanchoniathon, puisque saint Cyrille le décla
re, et qu'une partie des Stromates de ce Père est
perdue.
Il est très-vraisemblable que ce Père n'en a pas
arlé, et que saint Cyrille l'a nommé de mémoire,
au lieu d'Eusèbe, comme il a désigné mal à propos
Josèphe au lieu de Philon, comme l'ayant traduit,
andis qu'il ne l'a pas même cité. On doit incontes
ablement écarter le témoignage de saint Cyrille. Il
est vraisemblable que Théodoret a puisé dans Eu
sèbe ce qu'il en dit. Cependant une variante assez
importante ferait croire le contraire. Théodoret dit
que le nom du Phénicien doit se traduire par ɩ
alons, ce que ne dit point du tout Eusèbe. Quant
à Suidas, il est clair qu'il a suivi un autre guide
que l'évêque de Césarée dans sa Biographie de San
choniathon.
Goguet croit que Philon avait en vue, en pu
bliant ce livre, de rabaisser la vanité grecqque en
lui montrant un écrivain barbare antérieur au temps
de sa civilisation, qui avait expliqué l'origine du
monde. Cette idée n'est guére présumable. Les
Grecs savaient bien que les peuples asiatiques les
avaient devancés dans la civilisation, et ils recon
naissaient comme leurs premiers instituteurs en ce
genre, les Phéniciens et les Egyptiens. Je ne vois
cependant aucun motif pour Philon de supposer cet
ouvrage. Il voulait seulement replacer sur la scène
du monde sa patrie éclipsée par les conquêtes qu'en
avaient faites les Babyloniens, les Perses, les Grecs
et les Romains, les uns sur les autres. Quant à sa
disposition de repousser les allégories du corps de
la fable, il la partageait avec d'autres penseurs, et
Prép. évang.
péwv. 1. vi, c. 13. —Voir Jonsius De hist. philosoph.,
III, c. 10, § 4.
Contre Celse, liv. 1ª³, p. 13, éd. de Cam
bridge.
Diodore de Sicile qui dit: «On trouve beaucoup de
discours très-différents entre eux sur les dieux terres
tres autres que les astres, tant dans les historiens
que dans les mythographes. Mais les réflexions
qui se mêlent au récit primitif décèlent par la na
ture des idées et la variété du style que Sanchonia
thon ne peut en être l'auteur. Et dans tout le res
te, on reconnaît le cachet de l'original.
Goguet fixe au temps des Juges l'existence de
Sanchoniathon par l'effet de la vicieuse interpréta
tion du passage de Porphyre, et contre sa décla
ration positive qu'il a vécu à l'époque de la prise
de Troie. J'ai déjà discuté ce point de chronologie.
Suite de l'examen des auteurs qui ont cru à l'authen
ticité des fragments de Sanchoniathon. — L'abbé
Mignot. - Biographie de Philon. Liste complète
et inédite de ses ouvrages.
Quelles raisons au
rait-il pu avoir de supposer l'écrit de Sanchonia
thon? Conclusion.
M. l'abbé Mignot, membre de l'Académie, y a lu
une suite de Mémoires sur les Phéniciens et
comme il a cru à l'authenticité de ces fragments,
il a signalé les causes de sa conviction. Ses argu
ments ne diffèrent pas de ceux de ses devanciers,
seulement il a cru que indi
quaient une écriture propre aux Ammonites. Jérom
bal est à ses yeux Gédéon, et il a cru justifier le
titre de prêtre du Dieu vivant qu'on lui donne par
le droit que l'Ecriture lui reconnaît de porter l'E
phod, habillement des prêtres hébreux. Il se donne
beaucoup de mal pour faire disparaître l'anachro
nisme qu'il trouve à rapprocher Sémiramis de la
prise de Troie.
M. l'abbé Mignot discute ensuite les objections
diverses et souvent contradictoires des adversaires
de Sanchoniathon et de Philon. Il admet trop faci
lement, à mon avis, que saint Clément l'ait nommé,
par ce qu'en dit saint Cyrille. Quant à Suidas, it
pense qu'il a pris ailleurs que dans Eusèbe les ren
seignements sur le philosophe tyrien; je le crois
également. On ne peut guère penser autrement, car
ils ne présentent aucune ressemblance entre eux.
Venant aux preuves tirées de l'ouvrage même, il
n'est point blesse des ressemblances avec Moïse et
Ilésiode toutes les premières cosmogonies se res
semblent dans les traits principaux: il ne trouve
point étonnant que les Gnostiques aient pris des
noms dans le phénicien, puisqu'une grande partie
de leurs idées sont dues aux fables orientales.
Thot, qu'on veut rendre exclusivement à l'Egypte,
d'après Sanchoniathon, appartient aux deux pays
j'en ai donné Varron pour garant. L'objection tirée
de la fondation de Tyr, qu'on veut être postérieure
à Sanchoniathon, est ainsi combattue par lui. Jo
sèphe déclare qu'elle fut fondée 240 ans avant le
temple de Salomon. C'est donc 68 avant la prise
de Troie. D'ailleurs, il s'agit ici de Paleo-Tyr, dont
Josué parle comme d'une ville déjà ancienne.
Athena, qui prend possession de l'Attique, est la
Minerve ou Vénus céleste, déjà honorée en Attique
avant Cécrops, à qui Porphyrion, ancien roi du
pays, avait élevé un temple. Il croit reconnaître
dans ce nom le chef d'une colonie phénicienne
Les Cabires présentent plus de difficulté. Nés
d'une fille de Cronos et de Sydyc, il en est fait men
Goypaços. L. vi, t. IV, p. 4 de l'édit. de Deux-Ponts;
fragment conservé dans Eusébe, Prép. évany., l. 11,
ch. 1,
p. 59.
On les trouve dans le tome XXXIV.
Voir Josué, ch. xix, 26.
Voir Pausanias dans ses Attiques, ch. 14,
n. 6.
col. 1709–1710page 19 of 21
tion avant le règne de ce prince, comme construc
teurs de navires. En outre, le troisième Cabire
seul est fils de la Titanide, et en faisant connaître
l'invention des vaisseaux, il n'en fixe pas la date;
ce n'est que plus tard qu'il le fait après la fondation
de Byblos.
Quant à la distribution que Cronos fait de la terre,
elle se borne à l'Attique et à l'Egypte, qui ont dû
être habitées postérieurement à la Phénicie. La pro
pagation graduelle des hommes sur le globe le dé
montre.
Quant aux noms significatifs donnés aux enfants
d'Ouranos, ils répondent à des noms phéniciens de
semblable valeur; car on voit par la Bible que les
noms orientaux ont tous une signification.
On a jugé que les apothéoses étaient autant de
preuves de la fraude de ces fragments. quoi
M. Mignot répond que les garants de cet usage sont
nombreux; il se borne à renvoyer à Cicéron et
à Proclus Enfin, dit-il, si ce n'avait été une
conviction générale que les hommes pouvaient par
venir à la divinité, comment serait-il venu à l'esprit
d'aucun prince de s'attribuer les honneurs divins et
un culte religieux? ›
Après avoir épuisé la liste des ouvrages favora
bles ou contraires à l'écrit de Sanchoniathon, qui
sont venus dans mes mains, je me propose d'exa
miner cette question a priori, et je diviserai ainsi
cet examen
1º Dans le cas de supposition du texte de San
choniathon, peut-on croire qu'Eusèbe en ait été
l'auteur?
2° Porphyre, à défaut d'Eusèbe, peut-il encourir
ce blame?
3° Philon de Byblos serait-il l'auteur du livre,
dont il s'est donné comme le traducteur?
D'abord, je suis convaincu qu'en général Eusèbe
n'a point supposé ou interpolé les citations d'au
teurs qu'il allègue, et que dans le cas spécial qui
nous occupe, il est loin d'être le véritable auteur.
des fragments d'un pseudonyme Sanchoniathon.
La première preuve que j'en donne est la scru
puleuse exactitude dans les citations d'auteurs con
servés, savoir: Diodore de Sicile, Plutarque, Denys
d'Halicarnasse, Xénophon, et surtout Platon, enfin
Porphyre dans le Traité de l'abstinence de la chair,
non compris Josèphe, Philon le Juif, Tatien, Clé
ment d'Alexandrie, dont il fait un usage fréquent.
Il ne lui était pas donné de prévoir quels seraient
ceux des auteurs dont il s'appuyait qui parvien
draient à la postérité, ou ceux que le temps devait
nous ravir. Nous ne pouvons donc raisonnablement
conclure qu'il a altéré les uns en respectant les au
tres; ce serait agir contre toutes les règles de la
critique.
Quel serait, en effet, l'instrument qui nous aide
rait à discerner dans les auteurs perdus les frag
ments suspects de ceux auxquels nous devons ajou
ter foi? Ce sera, dira-t-on, l'usage qu'il en faisait
pour combattre le paganisme et confirmer la vérité
de la Genèse et de l'Evangile. Mais tout dans son
livre tend à ce but, tout serait donc frappé de la
même réprobation.
Tous n'ont pas, dira-t-on, le même caractère de
fraude.
Tuscul. 1, 12.
Théologie platonique, lib. III.
Hist. eccl., lib. vi, ch. 15.
Nous approuvons cette dernière remarque de
M. Séguier; et cependant nous n'admettons pas le
principe, qu'il suffit qu'un auteur païen insinue tes
doctrines mosaïques ou chrétiennes pour qu'il soit sus
pect. Non-seulement tous les auteurs contiennent
plus ou moins des doctrines et des faits se rappor
tant à ceux de Moïse, mais encore cela a dû être, et
La plus grande marque de fraude serait l'insinua
tion des doctrines mosaïques ou chrétiennes. Ainsi
les passages d'Hécatée, d'Eupolémus, d'Artapan, de
Numénius, de Démétrius, d'Aristée ou d'Aristobule
sont avec raison suspects; mais cette suspicion
n'atteint pas Eusèbe. Elle atteint ces auteurs eux
mėmes nommés par Josèphe et Clément d'Alexan
drie, et dont l'origine juive, pour quelques-uns, na
nous a été dévoilée que par le même Eusèbe
Quant à Sanchoniathon, rien en lui ne trahit le
Juif ou le Chrétien: cette pierre de touche est sans
efficacité à son égard, et ses similitudes mythologi
ques, avec Apollodore, par exemple. ne peuvent
avoir la même valeur. Je les regarde, au contraire,
comme un argument qui confirme son authenti
cité
Si je ne trouve pas de raison suffisante de croire
à la duplicité d'Eusèbe dans l'état actuel de la ques
tion, combien plus dois-je la repousser sous le
point de vue des lecteurs contemporains? Le pa
ganisme avait encore de nombreux adhérents; à
peine Constantin venait-il de le déserter, et ces
écoles d'Athènes et d'Alexandrie qui ont produit
des hommes célèbres jusque sous les successeurs
de Théodose, n'étaient pas muettes et n'auraient
pas laissée impunie la témérité qui aurait déposé
dans un ouvrage de polémique des preuves d'une
mauvaise foi si évidente. Les contrefaçons alors se
portaient sur des ouvrages anciens ou réputés tels
les Sibylles, Orphée, Homère lui-même, et Hésiode,
dont les copies altérées par le temps donnaient ou
verture à un pareil stratagème Mais en publiant
un ouvrage d'une haute antiquité, le faire paraître
sous le nom d'un traducteur très-récent, puisque
Philon est de la fin du 1° siècle de l'ère chrétienne,
que ce Philon s'était fait connaître à Rome, où il
avait terminé une longue existence pendant laquelle
il avait composé de nombreux écrits, il me paraît
bien absurde de donner à Eusèbe l'intention de lui
supposer un ouvrage entier.
Il aurait fait plus, il aurait usurpé le nom de
Porphyre, ce formidable adversaire du Christianisme,.
dont les écrits étaient compulsés par ses amis
comme par ses ennemis: il en aurait tiré deux at
testations favorables à ce Phénicien né de son ima
gination; mais cela ne se peut, puisqu'une des ci
tations se trouve dans le Traité de l'abstinence, qui
a échappé au naufrage de tant d'écrits antiques.
Il faut donc reconnaître que Sanchoniathon a été
lu par Porphyre, ou plutôt son traducteur, Philon.
Ce qui seul suffit pour trancher la question.
Quant à Eusébe, avec quel grand avantage aurait
il composé les lignes incohérentes et détachées qui
forment l'ensemble des morceaux conservés de cet
auteur? Ce n'est certainement pas pour confirmer
la Cosmogonie de Moïse. La sieune en diffère à ce
point que Dodwell et Ursinus y ont vu un ouvrage
composé dans le dessein de la combattre, et que
lui-même s'écrie «Voici donc cette création
de l'univers sans le concours de la Divinité! Aurait
il inventé une fable pour se donner le droit à cette
exclamation? Toutes celles des philosophes avant
Anaxagore en donnaient le sujet, comme on le voit,
par le traité de Plutarque sur les opinions philoso
phiques.
prouve la véracité de ces auteurs. Le genre humain,
ayant eu la même origine, a dû avoir les mêmes
traditions.
Il est évident que cela prouve que les Pères,
en se servant de ces auteurs païens, ne les citaient
que parce qu'ils savaient qu'ils étaient reçus de tout
le monde. Ainsi ce n'était pas de leur temps qu'ils
avaient été interpolés.
Prepar., p.
col. 1711–1712page 20 of 21
PG 21:1711Ce qui distingue surtout la doctrine de Moïse de toutes les autres sur l'origine des choses, c'est que pour lui Dieu est avant tout. Dans les autres philo sophies et mythologies, au contraire, le ciel et la terre, séjour des divinités, ont précédé leur appa rition. Quant à toutes ces générations qui forment l'enchaînement des temps fabuleux de la Phéni cie, il est difficile de croire qu'Eusèbe eût consacré son temps à de semblables inventions, qui n'avaient ni le mérite de l'esprit, ni d'utilité pour son plan. De plus, dans les rapports chronologiques, il y a une différence marquée entre la citation de Por hyre tirée de son ouvrage contre le christianisme et la chronologie d'Eusèbe, quant à l'époque où vécut Sanchoniathon, contemporain, dit-il, de Sé miramis. Je crois avoir suffisamment démontré que notre Eusèbe n'a pu être le fabricateur de Sanchonia thon. 2° Peut-on en imputer le blâme à Porphyre? C'est ce qu'avait tenté Dodwell, et ce à quoi il a été forcé de renoncer lui-même. Porphyre, pour attaquer le christianisme, n'avait pas besoin de se masquer; il tenait mème à gloire de s'en montrer l'agresseur. Car quelle garantie de succès trouvait-il dans ce moyen détourné plus que dans sa dialectique? Cette cosmogonie, où l'inter vention divine est écartée, ne pouvait pas même plaire à un néo-platono-pythagoricien qui recon naissait au moins le vous comme ayant présidé au débrouillement de la matière et à l'organisation de l'univers. Rien ne justifie dans toute l'antiquité une pareille assertion, et le zèle pieux de Dodwell joint à sa vaste érudition n'ont pu l'armer de preuves con vaincantes. Il se rend lui-même au passage d'Athé née, antérieur à Porphyre, qui nomme ce Phénicien quoiqu'en altérant son nom. Puis, comment Porphyre ne se serait-il pas donné lui-même comme le traducteur de l'ouvrage primitif? Il était Tyrien aussi bien que Philon. La gloire de la Phénicie et la connaissance de son antique idiome étaient aussi bien placées chez lui que dans son compatriote. Etait-il raisonnable qu'il comptât sur la crédulité des lecteurs, au point de supposer un écrit de cette étendue à Erennius Philon, qui, ayant vécu sous Adrien, se rapprochait assez de l'époque où lui-même figura sur la scène du monde, puisqu'il mourut très-vieux sous Dioclétien? Il est superflu, je crois, de s'étendre sur une hypothèse abandon née par celui même qui l'a mise en avant. 3 Je viens à Philon de Byblos; mais il est né cessaire de faire précéder, par une courte biogra phie, la nomenclature de ses ouvrages et l'examen de l'accusation portée contre lui. Suidas, dont les biographies sont en général si restreintes, s'exprime ainsi sur son compte: ‹ Phi lon de Byblos, grammairien, naquit vers les temps de Néron, et prolongea beaucoup sa carrière. Il dé clare lui-même qu'il fut consul sous le nom de Sé vère Erennius, dans la 78° année de son âge, cor respondant à la 220° olympiade. Nous avons, écrits par lui, 12 livres de l'Acquisition et du Choix des Tome 1 des Anecdota Græca. Venise, in-4º, p. 424. livres; 30 des villes et des hommes célèbres que cha cune d'elles a produits; sur le règne d'Adrien, sous lequel il vécut encore, et autres ouvrages › Le même Suidas ajoute «On doit savoir que Philon, surnommé Erennius, fut consul, comme il le dit. Cette addition ne permet pas de donner un autre sens que je n'ai fait à la traduction précédente, sa voir que c'est bien Philon qui fut consul, quoique Kuster, dans sa note sur Suidas, le conteste. Eudocie, dans son Ionia, publiée par Villoison répète à peu près Suidas, en attribuant de plus à cet auteur des épigrammes, et termine en disant «Il fut aussi consul sous Adrien. › Il n'y a donc guère moyen de refuser la dignité consulaire à Philon, et Saumaise ne la met has en doute Néanmoins une nouvelle citation de Suidas sem ble jeter de l'incertitude sur ce point. En effet, Hermippe, dit encore Suidas, était de Béryte, du bourg situé au milieu des terres, disciple de Philon de Byblos, par lequel il fut recommandé à Erennius Sévérus, sous l'empereur Adrien; affranchi d'ori gine, il était cependant fort instruit et composa de nombreux ouvrages › Suivant cette version, Philon de Byblos n'est plus qu'un familier de la maison du consul (car je crois qu'on doit ajouter au texte ci-dessus après Zevipy), Erennius Severus, qui lui recommande son disciple et son compatriote Hermippe. Reinésius a supposé que Severus Erennius était le même personnage que Serennus ou Serenus Gra nus, ou Granianus, nommé dans l'Histoire ecclésias tique d'Eusèbe comme ayant écrit à Adrien qu'on ne devait pas condamner les Chrétiens sur la seule clameur publique. Ce qui donnerait quelque appui à cette supposi tion, c'est qu'un Serenus a abrégé le traité de Phi lon, Ilɛpl móɛwy, Des villes, en trois livres Nouvelle difficulté. Suidas nous entretient, en effet, de ce Serenus, auquel il donne le prénom Elius; mais c'est un grammairien athénien Que conclure de ces contradictions? Rien de posi if sur l'existence politique de Philon; mais la cer titude de l'époque où il vécut, et de sa qualité d'homme de lettres, auteur de nombreux écrits. Car il nous importe peu aujourd'hui de savoir si la di gnité consulaire est venue en surcroît à ses titres littéraires. Le surnom Erennius paraît lui étre échu du patronage du consul Severus Erennius. Ces deux noms Philon de Byblos ou Erennius Philon sont donc identiques; voilà qui semble incontestable. On cite de lui beaucoup d'écrits et sous des titres très-diffé rents. Outre ceux dont nous venons de parler, je puis encore citer les suivants Dans l'Etymologicum magnum, au mot åévteg, un écrit Sur les discours Aux mots, et un écrit Sur le dis cours (εis to pnuatixóv), qui pourrait bien être le même que le précédent. Voir dans ses Exercitationes Plinianæ, p. 1257, ed. Parisien. Dans ses Variæ lectiones, lib. 1, p. 347. Lib. 1v, c. 8 et 9. Voir le Grand étymologique aux mots 'Apoivon, y est nommé et non Voir Jonsius, Hist. philos., lib. iv, p. 347.Φίλων Βύβλος, γραμματικός. Οὗτος γέγονεν ἐπὶ τῶν χρόνων ἐγγὺς Νέρωνος, καὶ παρέτεινεν εἰς μακρόν. Υπατον γοῦν τὸν Σεβῆρον τὸν Ερέννιον χρηματίσαντα, αὐτὸς εἶναί φησιν, ὅταν ἦγεν ὄγδοον καὶ ἑβδομηκοστὸν ἔτος, ὀλυμπιάδι δὲ κ' καὶ διακο σιοστῇ. Γέγραπται δὲ αὐτῷ περὶ κτήσεως καὶ ἐκλο τῆς βιβλίων βιβλία ιβ'. Περὶ Πόλεων καὶ οὓς ἑκάστη αὐτῶν ἐνδόξους ήνεγκε βιβλία λ'. Περί βασιλείας Αδριανοῦ τῆς ἐφ' οὗ καὶ ἦν Φίλων, καὶ ἄλλα. Υπατος γέγονεν ὁ Φίλων, Ερέννιος χρηματία σας, ὡς αὐτός φησι. γέγονε δὲ καὶ ὕπατος παρ' Αδριανοῦ. ά (εἰς τὰ ῥηματικά). άϊστος άτμητος, Ερμιππος, Βηρύτιος, ἀπὸ κώμης μεσογαίου, μαθητής Φίλωνος του Βιβλίου, ὑφ' οὗ ώκειώθη Ερεν νίῳ Σευήρῳ, ἐπὶ ᾿Αδριανοῦ τοῦ βασιλέως, ἔκδουλος ὢν γένος, λόγιος σφόδρα, καὶ ἔγραψε πολλά. Βουκέρας. 11 Σερίνος Σέρηνος.Φίλων Βύβλος, γραμματικός. Οὗτος γέγονεν
ἐπὶ τῶν χρόνων ἐγγὺς Νέρωνος, καὶ παρέτεινεν εἰς
μακρόν. Υπατον γοῦν τὸν Σεβῆρον τὸν Ερέννιον
χρηματίσαντα, αὐτὸς εἶναί φησιν, ὅταν ἦγεν ὄγδοον
καὶ ἑβδομηκοστὸν ἔτος, ὀλυμπιάδι δὲ κ' καὶ διακο
σιοστῇ. Γέγραπται δὲ αὐτῷ περὶ κτήσεως καὶ ἐκλο
τῆς βιβλίων βιβλία ιβ'. Περὶ Πόλεων καὶ οὓς ἑκάστη
αὐτῶν ἐνδόξους ήνεγκε βιβλία λ'. Περί βασιλείας
Αδριανοῦ τῆς ἐφ' οὗ καὶ ἦν Φίλων, καὶ ἄλλα.
Υπατος γέγονεν ὁ Φίλων, Ερέννιος χρηματία
σας, ὡς αὐτός φησι.
γέγονε δὲ καὶ ὕπατος παρ' Αδριανοῦ.
ά
(εἰς τὰ ῥηματικά).
άϊστος άτμητος,
Ερμιππος, Βηρύτιος, ἀπὸ κώμης μεσογαίου,
μαθητής Φίλωνος του Βιβλίου, ὑφ' οὗ ώκειώθη Ερεν
νίῳ Σευήρῳ, ἐπὶ ᾿Αδριανοῦ τοῦ βασιλέως, ἔκδουλος
ὢν γένος, λόγιος σφόδρα, καὶ ἔγραψε πολλά.
Βουκέρας. 11 Σερίνος Σερή
νος.
Ce qui distingue surtout la doctrine de Moïse de
toutes les autres sur l'origine des choses, c'est que
pour lui Dieu est avant tout. Dans les autres philo
sophies et mythologies, au contraire, le ciel et la
terre, séjour des divinités, ont précédé leur appa
rition. Quant à toutes ces générations qui forment
l'enchaînement des temps fabuleux de la Phéni
cie, il est difficile de croire qu'Eusèbe eût consacré
son temps à de semblables inventions, qui n'avaient
ni le mérite de l'esprit, ni d'utilité pour son plan.
De plus, dans les rapports chronologiques, il y a
une différence marquée entre la citation de Por
hyre tirée de son ouvrage contre le christianisme
et la chronologie d'Eusèbe, quant à l'époque où
vécut Sanchoniathon, contemporain, dit-il, de Sé
miramis.
Je crois avoir suffisamment démontré que notre
Eusèbe n'a pu être le fabricateur de Sanchonia
thon.
2° Peut-on en imputer le blâme à Porphyre?
C'est ce qu'avait tenté Dodwell, et ce à quoi il a été
forcé de renoncer lui-même.
Porphyre, pour attaquer le christianisme, n'avait
pas besoin de se masquer; il tenait mème à gloire
de s'en montrer l'agresseur. Car quelle garantie de
succès trouvait-il dans ce moyen détourné plus que
dans sa dialectique? Cette cosmogonie, où l'inter
vention divine est écartée, ne pouvait pas même
plaire à un néo-platono-pythagoricien qui recon
naissait au moins le vous comme ayant présidé au
débrouillement de la matière et à l'organisation de
l'univers. Rien ne justifie dans toute l'antiquité une
pareille assertion, et le zèle pieux de Dodwell joint à
sa vaste érudition n'ont pu l'armer de preuves con
vaincantes. Il se rend lui-même au passage d'Athé
née, antérieur à Porphyre, qui nomme ce Phénicien
quoiqu'en altérant son nom.
Puis, comment Porphyre ne se serait-il pas donné
lui-même comme le traducteur de l'ouvrage primitif?
Il était Tyrien aussi bien que Philon. La gloire de la
Phénicie et la connaissance de son antique idiome
étaient aussi bien placées chez lui que dans son
compatriote. Etait-il raisonnable qu'il comptât sur
la crédulité des lecteurs, au point de supposer un
écrit de cette étendue à Erennius Philon, qui, ayant
vécu sous Adrien, se rapprochait assez de l'époque
où lui-même figura sur la scène du monde, puisqu'il
mourut très-vieux sous Dioclétien? Il est superflu,
je crois, de s'étendre sur une hypothèse abandon
née par celui même qui l'a mise en avant.
3 Je viens à Philon de Byblos; mais il est né
cessaire de faire précéder, par une courte biogra
phie, la nomenclature de ses ouvrages et l'examen
de l'accusation portée contre lui.
Suidas, dont les biographies sont en général si
restreintes, s'exprime ainsi sur son compte: ‹ Phi
lon de Byblos, grammairien, naquit vers les temps
de Néron, et prolongea beaucoup sa carrière. Il dé
clare lui-même qu'il fut consul sous le nom de Sé
vère Erennius, dans la 78° année de son âge, cor
respondant à la 220° olympiade. Nous avons, écrits
par lui, 12 livres de l'Acquisition et du Choix des
Tome 1 des Anecdota Græca. Venise, in-4º,
p. 424.
livres; 30 des villes et des hommes célèbres que cha
cune d'elles a produits; sur le règne d'Adrien, sous
lequel il vécut encore, et autres ouvrages ›
Le même Suidas ajoute «On doit savoir que
Philon, surnommé Erennius, fut consul, comme il
le dit.
Cette addition ne permet pas de donner un autre
sens que je n'ai fait à la traduction précédente, sa
voir que c'est bien Philon qui fut consul, quoique
Kuster, dans sa note sur Suidas, le conteste.
Eudocie, dans son Ionia, publiée par Villoison
répète à peu près Suidas, en attribuant de plus à
cet auteur des épigrammes, et termine en disant
«Il fut aussi
consul sous Adrien. ›
Il n'y a donc guère moyen de refuser la dignité
consulaire à Philon, et Saumaise ne la met has en
doute
Néanmoins une nouvelle citation de Suidas sem
ble jeter de l'incertitude sur ce point. En effet,
Hermippe, dit encore Suidas, était de Béryte, du
bourg situé au milieu des terres, disciple de Philon
de Byblos, par lequel il fut recommandé à Erennius
Sévérus, sous l'empereur Adrien; affranchi d'ori
gine, il était cependant fort instruit et composa de
nombreux ouvrages ›
Suivant cette version, Philon de Byblos n'est plus
qu'un familier de la maison du consul (car je crois
qu'on doit ajouter au texte ci-dessus après
Zevipy), Erennius Severus, qui lui recommande son
disciple et son compatriote Hermippe.
Reinésius a supposé que Severus Erennius était
le même personnage que Serennus ou Serenus Gra
nus, ou Granianus, nommé dans l'Histoire ecclésias
tique d'Eusèbe comme ayant écrit à Adrien
qu'on ne devait pas condamner les Chrétiens sur
la seule clameur publique.
Ce qui donnerait quelque appui à cette supposi
tion, c'est qu'un Serenus a abrégé le traité de Phi
lon, Ilɛpl móɛwy, Des villes, en trois livres
Nouvelle difficulté. Suidas nous entretient, en
effet, de ce Serenus, auquel il donne le prénom
Elius; mais c'est un grammairien athénien
Que conclure de ces contradictions? Rien de posi
if sur l'existence politique de Philon; mais la cer
titude de l'époque où il vécut, et de sa qualité
d'homme de lettres, auteur de nombreux écrits. Car
il nous importe peu aujourd'hui de savoir si la di
gnité consulaire est venue en surcroît à ses titres
littéraires. Le surnom Erennius paraît lui étre échu
du patronage du consul Severus Erennius. Ces deux
noms Philon de Byblos ou Erennius Philon sont donc
identiques; voilà qui semble incontestable. On cite
de lui beaucoup d'écrits et sous des titres très-diffé
rents.
Outre ceux dont nous venons de parler, je puis
encore citer les suivants
Dans l'Etymologicum magnum, au mot åévteg, un
écrit Sur les discours
Aux mots, et un écrit Sur le dis
cours (εis to pnuatixóv), qui pourrait bien être le
même que le précédent.
Voir dans ses Exercitationes Plinianæ, p. 1257,
ed. Parisien.
Dans ses Variæ lectiones, lib. 1, p. 347.
Lib. 1v, c. 8 et 9.
Voir le Grand étymologique aux mots 'Apoivon,
y est nommé et non
Voir Jonsius, Hist. philos., lib. iv, p. 347.
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écrire trois livres sous le titre d'Histoire merveil
leuse (1)? Il se pourrait que les Ethiopiques en fis
sent partie. Toutefois, je dois avouer que Stra
bon parle d'un Philon qui a écrit une navigation
en Ethiopie
Tov). Cet homonyme serait antérieur à Philon
Erennius.
La bibliothèque royale possède un commentaire
manuscrit n° 1885, intitulé: 'Epevvinu piloσóçou
οou Commentaire du
philosophe Herennius sur la métaphysique d'Aristote.
Cette œuvre paraît incontestablement appartenir à
notre auteur. En ajoutant à cette nomenclature les
épigrammes dont parle Eudocie, on avancera beau
coup la liste des ouvrages réels ou probables de
Philon de Byblos.
Il reste enfin les Potvixixá ou l'Histoire phéni
cienne de Sanchoniathon, attribuée comme traduction
à Philon, par Eusèbe, alléguée par Porphyre et
Etienne de Byzance dans l'article Nisibe.
Nous avons donné dans ce qui a précédé l'opi
nion de Lydus sur l'autorité de cet historien, d'a
près les restitutions de M. Hase, mon savant con
frère, et les miennes. Dans son traité des Mois,
différent de celui-ci et publié par Schow, le même
Lydus a fait plus que de s'en autoriser, il en a ex
trait deux fragments que nous retrouvons textuel
lement dans Eusèbe Il est question des serpents
dans le premier.
Le dragon est le plus vivace de tous les animaux
et tout de feu (Eusébe ajoute à ce que dit Taau
tos), ce qui fait qu'il a une vélocité inconcevable
par sa respiration (Eusèbe, par le poumon). Sans
pieds et sans mains, sans aucun des secours exté
rieurs à l'aide desquels les autres animaux exécu
tent leurs mouvements, il se meut et fournit les ty
pes de nombreuses transformations. Il est aussi
doué de la plus grande longévité; non-seulement
parce qu'en se dépouillant il revient de la vieillesse
à la jeunesse, mais parce qu'il lui est naturel
d'atteindre une longueur démesurée; puis, lorsqu'il
est parvenu au dernier temps, il se résout et s'a
néantit en lui-méme. ›
Le second passage est celui-ci
Le cercle est de toutes les figures la plus par
faite. C'est pourquoi les Egyptiens, traçant la figure
de l'univers, le représentent par un cercle ailé
d'une couleur de feu, et placent au milieu un ser
pent à tête d'épervier comme renfermant l'Agatho
démon. Lydus ajoute: L'ensemble de cette fi
gure est tel qu'est pour nous la lettre. ›
La discussion des variantes peu nombreuses des
deux textes serait déplacée ici: elle se retrouvera
dans la publication de la Préparation évangélique,
en grec, avec une traduction française, que nous
préparons.
Enfin, pour épuiser tous les écrits de Philon, au
tant qu'il nous a été possible de le faire, nous rap
pellerons ce que nous avons déjà mentionné, le
Ce récit de Clésias est répété par Diodore de
Sicile, liv. 11, c. 14. Voir, en outre, Pline, Hist. nat.,
liv. xxxi, ch. 1; Ovide. Métamorph., liv. xv, 139.
Geogr., lib. 11, p. 77.
Traité sur les Juifs, dont parle Celse cité par Ori
gène en réponse à ce philosophe où il montre
une grande animosité contre ce peuple.
Il me reste maintenant à discuter les causes qui
auraient pu engager Philon à supposer l'ouvrage
qu'il a donné sous le nom de Sanchoniathon; ce
que j'ai déjà essayé en réponse à Dodwell.
Je vois par ce qui précède que cet auteur avait
78 ans sous Adrien, pendant la 220 Olympiade.
Alors on distinguait à peine les Chrétiens des Juifs
dont ils passaient pour faire une secte. On ne doit
pas croire que ce soient eux qu'il aurait voulu atta
quer par cette fiction, et combien ne s'y serait-il
pas mal pris? La cosmogonie de Moïse, encore
qu'elle soit reconnue des Chrétiens, appartient
plus spécialement aux Juifs. Il ne les attaquait donc
pas directement en inventant celle qu'il aurait sup
posée sous le nom de Sanchoniathon. Quant à sa
théogonie, elle leur était aussi indifférente que
toutes les autres empruntées aux Egyptiens, aux
Chaldéens ou aux Grecs.
Sont-ce là seulement les Juifs qu'il a voulu atta
quer (car tel est le principal argument de Dodwell),
afin d'empêcher l'effet favorable que l'écrit récent de
Josèphe contre Apion pouvait produire? Voyons
comment il arrivait à son but. Sa cosmogonie était
différente de celle de Moise. Mais toutes celles des
divers peuples qui avoisinaient la Judée avaient le
même caractère: leur fable était aussi extravagante
que celle de Sanchoniathon, aussi dépourvue dans
l'exposition de l'origine des choses, de l'interven
tion divine. Tous, comme les Phéniciens, préten
daient tenir leur science d'une autorité ancienne et
irrefragable, soit de piliers sacrés, soit d'auteurs
approchant de la divinité. Ils n'avaient aucune in
fériorité aux récits phéniciens pour attaquer les
Juifs. Philon se serait donc donné une peine bien
inutile pour composer une fable qui n'avait aucune
chance de succès par-dessus les autres en opposi
tion à la Genèse. Je sais, par Celse, que Philon,
de race chananéenne, haïssait les Juifs. Mais de là
à la supposition d'une théologie tout entière don
née au public pour la première fois vers la 220*
Olympiade, il y a loin.
Je me perds donc dans la recherche des motifs
que l'on prête à chacun des trois écrivains qu'on
veut présenter comme auteurs pseudonymes des
fragments qui nous occupent et je ne vois dans
les règles de critique aucune raison de les leur at
tribuer. Que trouve-t-on d'étrange à ce qu'un vieil
historien phénicien, contemporain du siége de
Troie, ne soit pas plus raisonnable qu'lésiode,
qu'Ovide, que Diodore de Sicile, dans l'exposition
des origines du monde? Si la preuve qu'il n'est pas
plus absurde qu'eux, résultant du rapprochement
des textes, pouvait présenter quelque intérêt aux
lecteurs des Annales de Philosophie chrétienne, j'au
rais bientôt accompli ce travail comme suite du pré
sent mémoire.
Voir à la page 44 de Schow et 41 d'Eusèbe.
Voir Eusèbe, ibid., et Lydus, p. 53.
Liv. 1, ch. 13.
Imprimerie de L. MIGNE, au Petit-Montrouge.