PG 21Eusebius of Caesarea
Comprehensive Indexindex
Printed text · machine OCR
machine OCR · Migne scan
Diplomatic text · scholarios OCR (cleaned, language-split) — OCR floor from page-view (coverage fill) — PG column chips mark the printed columns.
col. 1669–1670page 1 of 21
PG 21:166914 aurait du en faire disparaître des erreurs signa Jées depuis longtemps. La plus remarquable est page 42, où il a donné sous le nom de Porphyre, un extrait qui appartient à Philon. On y dit: Kpó Il faut lire I avec les autres manuscrits, ou mieux encore H avec le manuscrit 451. En effet, Damas cius, dans la Vie d'Isidore, dit: Les Phéniciens et les Syriens appellent Saturne Hel et Bel et Bolath › Ce passage est cité par M. Orelli lui-mėme, p. 26. Mais s'il est excusable de n'avoir pas corrigé le texte d'après un manuscrit qu'il ne connaissait pas, il l'est moins d'avoir ignoré ou négligé les observa tions des savants qui ont soumis Eusèbe à leur cri tique. Voici ce que dit Walckenaer sur Aristobule, pag. 15 Grotius paraît avoir corrigé fort à propos la deuxième erreur de Scaliger, lorsqu'il dit: Je crois que le met 'lopand a été mis par erreur dans Eusèbe au lieu de "I, parce que les Grecs chré tiens se servaient de cette abréviation pour écrire "Iopata, c'est ce qu'établit Huet lui-même › Il fait remarquer que la p. 36 (26 de M. Orelli), porte "Ilov tov xat Kpóvov; pag. 37 (28 de M. Orelli), En voilà assez pour qu'il eut du faire disparaître 'lopanλ de son texte, en rétablissant "Iλ Cet exemple suffit pour prouver que cette édi tion n'a apporté aucune amélioration au texte d'Eusèbe. Il aurait dù de plus, pour rendre sa col lection aussi complète que possible, y joindre ce qu'on lit pages 456 et 484 du livre de la Prépara tion, où les même faits sont rapportés, mais avec des modifications qui répandent de véritables lu mières sur la première portion du texte. L'authenticité des fragments de Sanchoniathon, pendant longtemps, n'a fait aucun doute parmi les savants qui l'invoquaient comme une autorité irré cusable. Joseph Scaliger, à la fin de son traité De emendatione temporum, a cité le morceau de Pør phyre, où il atteste la sincérité de Sanchoniathon et la accompagné de notes qui ne mettent point en doute qu'il soit l'auteur de cet ouvrage. Le savant Bochart lui a consacré deux chapitres entiers de son Chanaan; le 2 du second livre et le 17° du même. Il applique ses profondes connais sances dans les langues de l'Orient à en expliquer les termes, à y corriger ce que les copistes grecs ont dû nécessairement interpoler dans une langue qui leur était inconnue. Grotius en a tiré grand parti dans son traité de la Vérité de la religion chrétienne: il en fait usage aussi dans ses Commentaires sur les Evangiles, où comme je l'ai dit, il a fort heureusement corrigé un passage mal apprécié par Scaliger. Huel y a cherché un appui de sa Démonstration évangélique. Mais il en a fait un usage tellement contraire à la saine critique, en lui prêtant des sup positions aussi gratuites qu'étrangères au texte, Bolahv novoμáčovo, Bibliothèque de Photius, cod. GCXLII, p. 1050. Alterum errorem Scaligeri recte videtur emen dasse Grotius ad Evangelium Matthæi, v. 31; ubi ego, ait, magis credo 'Topan errore apud Eusebium scri ptum pro "1; quia tali compendio Græcis christia nis lopan notabatur. Idipsum statuit Huetius, Dem. evang., prop. iv, p. 116. La leçon "Hλ trouve un appui dans une va riante de Servius; c'est sur le vers 729 du 1er livre de l'Enéide Belus, primus rex Assyriorum, quos constat Saturnum quem eumdem et Solem dicunt, Junonemque coluisse: quæ numina etiam apud Afros postea culta sunt unde et lingua Punica Bal dicitur Deus. Apud Assyrios autem Bel dicitur qua dam sacrorum ratione et Saturnus et Bal. › Burmann, dans les Variantes, indique Hel au lieu quot auteur, qu'il a plus décrié que tout ce qu'on u'on ne sait si on doit le ranger parmi les soutiens a écrit contre lui. Au reste, l'abus qu'il a fait de toutes les mythologies, pour son idée favorite d'y introduire Moise, suffit pour qu'on lui impute seul tout le blâme de cette interprétation qu'il n'a trou vée que dans sa tête. Gérard Jean Vossius, dans le début de son Traité des historiens grecs, consacre un long article à San choniathon et à son traducteur Philon, sans élever aucun doute sur l'authenticité de ses fragments, qu'il aurait sans cela relégués au rang des fables d'An mius de Viterbe. Il en développe de plus toute la doctrine religieuse dans le ch. 22 du livre premier. De origine idololatriæ. Ce fut vers le milieu du xvi* siècle qu'elle fut mise en doute pour la première fois. Le premier écrivain qui entra en lice fut J.-H. Ursinus, qui, en 1661, publia en Allemagne une Dissertation su' Zoroastre, Hermès et Sanchoniathon. Non-seulement il nie l'existence de ce dernier, mais il voit dans son nom une espèce d'anagramme: scopulus præparatus asina; et dans tout ce fragment une satire contre le christianisme, dont Philon de Byblos est l'auteur, sous le masque de traducteur. J'ai vainement cher ché l'attaque contre le christianisme dans ces pa ges; et quoique cette imputation ait été renouvelée par Dodwell, qui prétend que c'était pour opposer une cosmogonie à celle de Moïse, je n'ai pu être frappé de la force de cette accusation. Lorsque Phi lon vivait, les Chrétiens étaient en trop petit nombre et trop peu connus pour avoir attiré ses regards. II serait plus vraisemblable de croire que si Philon avait supposé cet écrit, c'était contre les Juifs qu'il était dirigé; nous verrons plus tard qu'il avait fait un ouvrage ex professo sur eux et dans des vues peu amicales. Quant à la portée de la critique de J.-H. Ursinus, j'en puis donner un échantillon, en ce que, dans ses Analecta sacra, lib. iv, p. 219 et suivantes, il découvre le roi David dans le célèbre Orphée des Grecs. Voilà certes ce qui est digne de Huet. Après Ursinus, Richard Simon attaqua aussi la vérité de ces extraits, mais son ton tranchant, sans discussion et sans preuve, n'apporta pas un grand poids dans la balance, et son pyrrhonisme, qui n'a pas respecté les livres de Moïse, réduit à bien peu de choses son agression. Richard Simon a consigné les raisons qui lui font reporter sur Porphyre la supposition de l'histoire de Sanchoniathon, dans la Bibliothèque critique, publiée sous le nom de saint Jore, à Båle, t. 1, ch. 10, p. 131 et suivantes. Il est du nombre de ceux qui croient que c'est la haine du christianisme qui a enfanté cet ouvrage. Mais au résumé il ne propose que comme des conjectures tout ce qu'il a dit à ce sujet. Ses arguments ont été puissamment réfutés par le P. Tournemine dans le Journal de Trévoux, du mois de janvier 1714. On de Bel, dans l'édition de Bâle. V. Isidore, Origin. vIII, A. 11. ‹ Saturnus origo deorum et eorum posteritatis a paganis designatur Saint Jérôme, Epist. ad Marcellam: Phœnicibus IL quæ Hebræis EL. Valckenaer propose de lire 'Hλ ou 'I) dans le passage suivant de Diodore de Sicile, 1. 11, c. 30, p. ubi nunc Walckenaer, De Aristobulo, p. 15. Theophil. ad Autolycum, l. 111, in fine: "Evo μèv para. Quelques-uns adorent Saturne et le nomment Bel et Bal; ce sont surtout les habitant des contrées orientales. >νος τοίνυν ἂν οἱ Φοίνικες Ισραήλ προσαγορεύουσι. οἱ σύμμαχοι Ἴλου του Κρόνου. Φοίνικες καὶ Σύροι τὸν Κρόνον Ελ καὶ Βὴλ καὶ 145: Τὸν ὑπὸ τῶν Ἑλλήνων Κρόνον ὀνομαζόμενον Χαλδαῖοι ἐπιφανέστατον δὲ καὶ πλεῖστα καὶ μέγιστα προσημαίνοντα καλοῦσιν Ιλ; "Ηλιον, σέβονται τὸν Κρόνον, καὶ τοῦτον αὐτὸν ὀναμάζουσι Βὴλ καὶ Βάλ, μάλιστα οἱ οἰκοῦντες τὰ ἀνατολικὰ κλί
col. 1673–1674page 2 of 21
PG 21:1673teur tyrien s'arroge, de trouver dans son pays tous les inventeurs des arts. REP. Il paraît prouvé qu'on doit aux Phéniciens deux découvertes immenses: les lettres alphabéti ques et la navigation. Mais quand il en serait autre ment, ce reproche qu'il leur fait serait valable contre tous les anciens peuples. une époque où les com munications de peuple à peuple étaient si rares, celui qui dotait un pays d'une invention quelcon que, en était l'inventeur. Il arriva en Grèce, dit M. Fréret, ce qui arrive dans toute contrée dont les naturels sont civilisés par les étrangers; tout ce qu'ils y apportent de lois, d'arts, d'usages, de cérémonies religieuses, paraîtra leur devoir son origine Dodwell s'indigne ensuite de voir nommer les Dioscures, bien postérieurs, dit-il, à Sanchonia thon. REP. Je ne doute pas qu'il ne soit postérieur aux Tyndarides, et je me flatte de pouvoir le démontrer. Mais si M. Dodwell entend ici par les Dioscures, les fils de Léda, il est dans une erreur complète; qui ne sait, pour peu qu'il soit initié dans l'ancienne mythologie, que les Cabires honorés en Samothrace portèrent le nom de Dioscures, bien avant que les deux frères Spartiates eussent usurpé leur nom et les honneurs qui y étaient attachés? On dit quẹ les Tyndarides, dit Sextus, usurpèrent les honneurs qui étaient rendus aux Dioscures, ce qui les fit ad mettre au nombre des dieux › S'il est un point où Sanchoniathon mérite d'être cru, c'est bien dans ce qui a rapport aux Dios cures. Il est certain que les Egyptiens ne les con naissaient pas, non plus que le culte des divinités qui ont rapport avec la navigation. Les Egyp tiens, dit Hérodote, assurent qu'ils n'ont jamais connu les noms de Neptune ni des Dioscures ▸ Si, dans le livre 111, 37, il parle des Cabires associés à Vulcain que Cambyse fit brûler, on voit (l. 11, c. 51) que c'étaient des divinités d'origine phéni cienne. Jablonski le déclare positivement: Quant à ce qui est du nom des Cabires, je conviens qu'il n'est pas d'origine égyptienne, mais qu'il est par venu des Phéniciens aux Grecs. Les Cabires, en effet sont, de l'avis de la plupart des philologues, les Cabirim, ou grands dieux Damascius, dans la Vie d'Isidore, confirme cette doctrine: ‹ Sadyc, dit-il, eut pour fils, ceux qu'on nomme Dioscures, qui est la traduction du mot Cabires › Enfin. Varron s'exprime ainsi: Ceux que les livres des augures désignent sous le nom de Divi po tes, sont les mêmes qu'en Samothrace on appelle C'est en lisant le nom de Tázutos parmi les Phé niciens que Dodwell paraît transporté de fureur. Tome XXIII, p. 40, des Mémoires de l'acadé mie. Sextus Empir. Adv. mathem., ix, 36. On trouvera de grands détails sur les premiers Dioscures dans Hen sterhuys sur Lucien (t. I, p. 282); Fréret, Histoire de l'acad., t. XXVII, p. 15; Sainte-Croix, Mystères du paganisme, t. I, p. 44. ¿vóμatá pası ɛiôśvat. Hérodote, Euterpe, 43. Prolegomen. ad Panthæum Ægypt., p. 60. Quod ad ipsum Cabirorum nomen attinet illud fa teor esse non Ægyptiaca, verum phoenicicæ originis, et a Phoenicibus ad Græcos pervenisse. Sunt enim Cabiri quemadmodum philologorum plerisque pla cet, Cabirim Dei magni. › Qui peut supporter de voir Abraham, de voir le fameux Hermès devenus originaires de Phénicie? REP. Quant à Abraham, c'est Dodwell qui l'a vu où il n'est pas dans Sanchoniathon. Quant à Her mès ou Táautos, voici une autorité bien recom mandable, bien antérieure à Philon et à Porphyre, qui le déclare phénicien. C'est encore Varron: Les premiers dieux, dit-il, le Ciel et la Terre, sont les mêmes que Serapis et Isis en Egypte, Taautès et Astarté chez les Phéniciens, Saturne et Ops dans le Latium Je m'étonne que ce témoignage si déci sif dans la question ait été passé sous silence par tout le monde. Il me paraît aujourd'hui incontes table que comme l'appelle Var ron, est acquis de droit à Sanchoniathon. Il en est de même de Jupiter Bélus, qui est, se lon Dodwell, Assyrien, de Typhon Egyptien, d'Ado dus Syrien, d'Esculape que Sanchoniathon fait fils de Sadyc, et que Dodwell présente comme contem porain de Minerve, laquelle disputa l'Attique à Nep tune sous Cécrops avant la guerre de Troie à la quelle les enfants d'Esculape prirent part. Quand, dit-il, les Phéniciens ont-ils eu sous leur domina tion l'Egypte, l'Assyrie et l'Attique? REP. Cet emportement contre le Bélus phénicien, est tout à fait déplacé. Son existence est établie par la Bible où il s'appelle Baal qui n'est qu'une pro nonciation différente du même nom. C'est à lui qu'Achab, gendre d'Ethbaal, roi de Sidon, éleva un temple dans Samarie C'est encore lui qu'Hésy chius designe sous le nom de (Jupiter maritime qui est adoré à Sidon). Virgile fait remonter jusqu'à lui l'origine de Didon Dorothée, ancien poēte sidonien, cité par Fir micus, le regarde comme fondateur de Babylone ancienne Babylone, fondation de Bélus le Tyrien, et l'Arabie, dernier pays, voisin de la terre d'E gypte. On trouvera de savants détails sur tous les Bélus, dans les Exercitationes Plinianæ de Saumaise, page 1227 et suivantes de l'édition de Paris; dans les Origines Babylonica de Périzonius, page 74 et suivantes; lesquels ne trouvent rien d'étrange à l'existence de ce Bélus phénicien. Mais pourquoi s'irriter contre lui, quand les Egyptiens en ont re vendiqué l'origine et ont prétendu que le père de Danaus et d'Egyptus, Bélus, a fondé Babylone (10)? Xiphilin nomme Jupiter Bélus adoré dans la ville d'Apamée en Syrie. En voilà assez sur ce person nage. Typhon est un personnage multiple qui appartenait à beaucoup de mythologies. En Egypte, il est cé lèbre comme l'adversaire d'Osiris il ne l'est pas De lingua Latina, c. 4. ‹ Hi quos augurum libri scriptos habent sic: Divi potes, sunt pro illis qui in Samothrace De lingua Latina, c. 4. Principes dei Colum et Terra; hi dei iidem qui in Ægypto Serapis et Isis, qui sunt Taautes et Astarte apud Phoenicos, ut ii dem principes in Latio, Saturnus et Ops. › V. III des Rois, c. xvi, v. 32 et passim. V. sur le Bélus phénicien, Flav. Josèphe, Orig. Judaic, VIII, c. 7 et 1x, c. 6. Hic regina gravem gemmis auroque poposcit Implevitque mero pateram, quam Belus et om [nes (Æneid. 1. 1, v. 728.) Ubi videndus Servins V. Apollodore, livre 11; Diodore, 1. xxvi. Son nom égyptien, suivant Plutarque, est Seth ride, n. 19, 26, 31. Bebon et Smy De Iside et Osi Bibliothèque de Photius, p. 1073.Θεοὶ δυνατοί» Τοὺς Τυνδαρίδας φασὶ τὴν τῶν Διοσκούρων δό ξαν ὑπελθεῖν, πάλιν νομιζομένων εἶναι θεῶν. Αἰγύπτιοι οὔτε Ποσειδῶνος οὔτε Διοσκούρων τὰ Τάαυτος οιι Τααύτης θαλάσσιος Ζεὺς ἐν Σιδώνι τιμᾶται Αρχαίη Βαβυλὼν Τυρίου Βήλοιο πόλισμα, "Υστατα δ' Αραβίη γείτων χθονός Αἰγύπτοιο. Θεοὶ δυνατοί. Σαδύκῳ γὰρ ἐγένοντο παίδες οὓς Διοσκούρους (της) (Βεδών), (Σμί). ἑρμηνεύουσι καὶ Καβείρους.
col. 1675–1676page 3 of 21
PG 21:1675moins en Grèce comme l'un des géants, fils de Ghé et du Tartare Ghé engendra pour dernier enfant Typhon, qu'elle avait eu de Tartare auquel elle s'était unie par l'entremise de Vénus Dorée. C'est en Cilicie qu'Homère place son tombeau ‹ Dans Arimée où l'on dit que se trouve le tom beau de Typhon.» C'est en Sicile, sous l'Etna, d'après Apollodore et Virgile C'est dans le lac Serbonide, aux confins de la Syrie et de l'Egy pte que le font périr Hérodote (in, 8), Apollonius de Rhodes (11, 1215). Apollodore, dans son premier livre, donne avec étenduela lutte souvent incertaine de Typhon, fils de la Terre et du Tartare, avec Jupiter, la fuite des dieux en Egypte devant sa poursuite, et leur mé tamorphose en animaux, la marche contraire des deux ennemis jusqu'à ce qu'après l'avoir écrasé par la foudre, Jupiter ne trouve d'autre moyen de le comprimer à jamais qu'en lui imposant l'Etna sur le corps. Il est le père de tous les êtres malfaisants: ainsi c'est de lui et d'Echidna (la vipère), que sont nés la Chimère que combattit Bellerophon le lion de Némée, pag. 87; le dragon qui gardait le jar din des Hesperides, pag. 102; le chien Orthros qui gardait les vaches de Géryon, pag. 100; l'aigle qui dévorait le foie de Prométhée sur le Caucase, page 105; enfin, le sphinx qui proposait des énig mes aux portes de Thèbes, qu'OEdipe fit périr après les avoir expliquées, page 148. Ce nom pu rement grec est évidemment une traduction plutôt qu'une altération du nom égyptien. Pour revenir au Typhon égyptien, nous voyons par Plutarque qu'il appartenait autant à la Syrie et à la Judée qu'à l'Egypte; voici ses paroles Ceux qui disent que Typhon s'enfuit du combat monté sur un àne, que sa fuite dura sept jours, qu'après s'être mis en lieu de sûreté il donna le jour à Jérusalem et Judée, me semblent ramener le récit à l'histoire des Juifs C'est ce qu'a fait Bochart en y réunissant beaucoup de circons tances De cet ensemble de faits, on peut conclure que Typhon a été un agresseur des Egyptiens plutôt qu'un Egyptien lui-même, et on peut sans invrai semblance lui donner une origine phénicienne ou sy rienne autant qu'égyptienne. L'Adodus syrien peut aussi bien appartenir à la Phénicie. Les limites de ces deux pays étaient trop mêlées, pour qu'il n'y ait pas entre eux beaucoup de réciprocité et de confusion; d'ailleurs rien ne prouve que cette théogonie du phénicien se ren ferme dans les limites très-resserrées de la Phéni cie, surtout depuis l'établissement des Hébreux, qui n'aurait consisté qu'en une langue de terre entre la mer et le Liban. Lors du premier éta La Théogonie d'Hésiode, vers 821. V. aussi l'Hymne d'Homère à Apollon. Enéide, 1. 1x, v. 716 Apollod. 1. x, p. 17, éd. de Comelin, p. 71. Gov. De Iside, n. 14. V. Hierozoicon, 1º part., l. 11, c. 34. Ant. Jud., 1x, 4. Codex cexLu, p. 1073. blissement des peuples, auquel remonte le récit de Sanchoniathon, ces divisions de géograpbie poli litique n'existaient pas telles que les conçoit Dodwell. La Syrie, l'Assyrie, la Mésopotamie, la Judée, sont nécessairement comprises dans l'ensemble du pays où nous place Sanchoniathon. La vie pasto rale, qui occupe une grande surface, jointe au pe tit nombre d'habitants de la terre, suppose une grande mobilité dans les occupations de terrains; cet Adod, sous le nom d'Adad ou Hadad, ou Ben hadad est fréquent parmi les noms des rois de Syrie; et Josèphe déclare positivement que le dieu et le roi Adad sont le même. J'en viens à Esculape; Dodwell paraît ne con naître que le dieu d'Epidaure; mais l'Esculape phénicien est beaucoup plus ancien que le fils d'Apollon. Damascius, dans la Vie d'Isidore, cité par Pho tius en fait la distinction: L'Esculape, dit-il, qu'on adore à Béryte, n'est pas le même que l'Es culape des Grecs, ni que celui des Egyptiens; c'est un indigène de la Phénicie. > Dodwell a mis en marge de son livre qu'on ne devait ajouter aucune foi à Damascius, qui n'a fait que copier Philon. Ce n'est plus là de la critique; ce sont des arguments con tre ceux qui accusent les Chrétiens de cette suppo sition; car Isidore et Damascius étaient de zélés païens, qui, s'ils ont cepié Philon, lui servent de garants. Mais contre Dodwell, qui accuse Philon d'imposture, il n'en est pas de même. Toutefois rien ne justifie cette exclusion donnée à Isidore, qui ti rait vanité, dit Damascius, de son explication d'une fable très-embrouillée qui fut reçue par Marinus, avec les plus grands applaudissements: Comme il avait apporté une grande lumière dans une épaisse ténèbre, Marinus accueillit avec beaucoup de bien veillance le discours de ce jeune homme et l'admira je ne puis dire jusqu'à quel point L'Esculape phénicien avait un temple à Car thage, dans la Byrsa le plus beau et le plus riche de tous, dit Appien; ce fut le refuge des derniers Carthaginois et des transfuges qui l'incendièrent, lors de la prise de cette ville par Scipion Emi lien Il paraît que cet Esculape phénicien avait de nombreux adorateurs sur toute la côte d'Afrique. Apulée dans son Apologie parle d'un discours sur Esculape, prononcé à Oea qui lui fit beaucoup d'honneur. Enfin le même Apulée, parlant des apo théoses, dit: Ils nomment dieux, ceux qui ayant déployé une grande prudence dans le cours de leur vie, ont été ensuite honorés par l'érection de tem ples et de cérémonies religieuses; ainsi en Béotie, Amphiaraus; en Afrique, Mopsus; en Egypte, Osi ris; d'autres en d'autres lieux, Esculape par tout Sa consécration était donc universelle Ιd. In Punicis, c. 81, p. 134. Voir le même Appien, Ibid.—Strabon, xx!!, Tite-Live, 1. XLI. Ea disputatio celebratissima est; vulgo legi tur, in omnibus manibus versatur: non tam facun dia mea, quam mentione Esculapii religiosis Oen sibus commendata. Apologie, p. 225. Deos appellant qui prudenter vitæ curriculo gubernato, pro numine postea ab hominibus prodi ti, fanis et cærimoniis vulgo advertuntur; ut in Bœ otia, Amphiaraus; in Africa, Mopsus: in Ægypto Osiris; alius aliubi gentium; Esculapius ubique. De deo Socratis, p. 337.Οπλότατον τέκε παῖδα Τυφωέα Γαία πελώρη Ταρτάρου ἐν φιλότητι διὰ χρυσῆν Αφροδίτην Είν 'Αρίμοις ὅθι φασὶ Τυφωέος ἔμμεναι ευνάς Οἱ λέγοντες ἐκ τῆς μάχης ἐπὶ ὄνου τῷ Τυφῶνι τὴν φυγὴν ἑπτὰ ἡμέραις γενέσθαι, καὶ σωθέντα γεν νῆσαι παῖδας Ἱεροσόλυμον καὶ Ἰουδαῖον, αὐτόθεν εἰσὶ κατάδηλοι τὰ Ἰουδαϊκὰ παρέλκοντες εἰς τὸν μῦ. Εν σκότῳ διωλυγίῳ πολὺ φῶς ἀνάψας, τοῦτον ἀπεδέξαντο τοῦ νεανίσκου τὸν λόγον καὶ ἠγάσθησαν "Οτι ὁ ἐν Βηρυτῷ Ἀσκληπιὸς οὐκ ἔστιν Ελλην, οὐδὲ Αἰγύπτιος, ἀλλά τις ἐπιχώριος Φοίνιξ. μάλιστα τῶν ἄλλων ἐμφα νές τε καὶ πλούσιον οἱ ἀμφὶ τὸν Μαρίνον πως οἴει σφόδρα. 1075.
col. 1677–1678page 4 of 21
PG 21:1677voici de quoi calmer l'irritation nerveuse de Dod well Dodwell, satisfait des preuves par lesquelles il croit avoir anéanti Sanchoniathon, se livre à une discussion sur la circoncision, et prétend que Phi lon l'attribue à tort aux Phéniciens, attendu que l'Ecriture parle sans cesse des Philistins comme incirconcis Il se peut que les Philistins déro geassent à une pratique assez générale de la race phénicienne, mais Hérodote le leur attribue incon testablement en déclarant qu'ils tenaient cet usage des Egyptiens, ce qui est relatif à l'usage de la cir concision Quant aux sacrifices humains, en l'honneur du Saturne phénicien, ils sont tellement avoués que Dodwell n'essaye pas de les contester; mais toute fois il chicane encore Philon à ce sujet. Comme c'est sans cause, je passerai à l'examen des écrivains auxquels il peut attribuer cet ouvrage. Ecrivains auxquels Dodwell a attribué les fragments de Sanchoniathon. Porphyre et Philon. Réfu tation de cette supposition.- Epoque où la mytho logie grecque a été expliquée par des allégories. Epoque où les écrivains païens ont parlé comme Moïse. Jackson admet et Van Dale ne rejette pas Sanchoniathon. Adversaires récents: De la Bar re. L'abbé Foucher. Stillingfleet. - Meiners. Leur réfutation. Comme je l'ai dit dans mon premier article, je vais examiner ici quels sont les écrivains auxquels Dod well attribue les fragments de Sanchoniathon. Le premier est Porphyre, mais la citation d'Athénée le réduit à considérer Philon comme le faussaire. Quel a pu être son but? Voici ce qu'a supposé Dodwell Philon de Byblos est le même qu'Hérennius Philon, nommé par Suidas et Origène. On voit par ce qu'en dit ce dernier, qu'il avait de l'aversion pour les Juifs et pour atténuer l'impression favorable qu'avait produite la réponse de Josèphe à Appion, il aurait imaginé cette fable du Sanchoniathon. José phe écrivait pendant la treizième année de Domi tien, et Philon a vécu jusque sous Adrien. RÉPONSE. Voilà une fable opposée à ce qu'il ap pelle une fable; car je voudrais voir en quoi Philon réfute les arguments de Josèphe contre Appion, et je n'y puis parvenir. Et pour faire voir qu'il a moins de critique que de passion, il nous donne sa mesure sous ce rapport; ainsi, il ne voit aucun impos teur parmi tous les auteurs qu'Eusèbe cite dans son neuvième livre comme ayant célébré la gloire des Juifs Hermès. Trismégiste n'est pas un chrétien pour Dodwell, comme l'a cru Casaubon qu'il réfuteļ; mais un paien, puisqu'il nomme le soleil le plus grand Dieu qui soit dans les cieux. Il croit à l'exis tence des piliers sacrés; il cite Orphée lorsqu'il parle d'Abraham, et les oracles en faveur des Juifs, comme si cela pouvait faire autorité. Après ces preuves de mauvaise critique, il nous donne l'exposé des motifs qui ont engagé Philon à composer une cosmogonie, et dans cette partie toute d'imagination, il divague avec un grand savoir, ac cumulant les choses les plus incohérentes quæ non pertinent ad rem. M. Dodwell fait (page 100) une observation judi cieuse sur l'espèce d'allégorie que Philon veut ex C'est de ce même Esculape que parle Arnobe, 1. vii, p. 201, de l'éd. de Rome, lorsqu'il dit: Escu lapii geritur celebraturque vindemia. Il n'est pas là question du dieu d'Epidaure, l'auteur et le dieu sont africains. On peut voir, sur cet Esculape, Davies, ad Cic. de natura deorum, l. 111, c. 23. Marsbam, ad sæcul., primum rer. Egypt., p. 39. Juges, XIV, 4. - I Rois, XVII, 26-36. clure. Ce n'est pas, dit-il, qu'il veuille bannir du corps de la fable toute imagination poétique, ni tou tes ces paraboles dont les anciens et les orientaux surtout étaient si avides. C'est le bouleversement complet de leur première histoire et sa transforma tion en un système de philosophie naturelle, qui fait de Jupiter, l'éther; de Junon, l'air; de Vesta, la terre, etc. C'est cette manie de traduire l'histoire de personnes vivantes et agissantes, en phénomènes de la nature, par une prosopopée continue qui dégé nère en roman voilà ce qu'il réprouve, mais non les allégories telles que celles des mystiques dans les saintes Ecritures. Cependant, continue-t-il, à la fin ces allégories fondues dans le corps de l'histoire en rendent l'intelligence difficile, lorsque les traditions primitives se sont effacées, et, jouissant d'une auto rité égale au reste, elles compromettent l'ensemble. Ce sont ces allégories qui se sont introduites dans les théogonies célèbres d'Hésiode et des poètes cy cliques fameux par les giganto machies, titanomachies qui ont obscurci la vérité. ▸ M. Dodwell trouve que Philon, avec son pré tendu Sanchoniathon, est tombé dans le même égarement qu'il reproche aux poëtes grecs. Suit une grande digression sur l'origine des rivières, notamment du Nil, que je passe parce qu'elle n'a point trait à la question. (Page 110) Il veut que le nom de Sanchoniathon soit une altération de Sonchis, prêtre égyptien qui fit connaître l'Atlantide à Solon; puis digression sur les Atlantiens qui ne sont selon lui que les Atlantes. Après cette minutieuse revue du livre de M. Dod well, qui n'est pas connu, que peu de gens ont lu, que moins de gens liront encore, mais dont on se prévaut comme ayant réduit en poudre le faux San choniathon, je finirai par traduire son dernier cha pitre, qui fera connaître exactement toute sa pensée dans cette attaque; elle ne sera pas, je crois, entiè rement conforme à celle du plus grand nombre des adversaires du Phénicien, qui réclament Dodwell comme leur partisan. Entendons-le Je ne puis voir que cette découverte de la fausseté du livre de Sanchoniathon porte le moin dre préjudice à la cause dans laquelle se trouvent engagées des personnes aussi pieuses que savantes, qui se sont servies de cet auteur pour expliquer ou confirmer des passages historiques ou philoso phiques de l'Ecriture. S'il existait parmi les anti quités païennes un seul ouvrage qui put rivaliser avec les saintes Ecritures, soit d'ancienneté, soit d'authenticité, il pourrait y avoir quelque apparence de raison à rapprocher ces écrits; on pourrait ten ter de confirmer par des antiquités égales, des pas sages des Livres saints pour l'usage de ceux qui ne leur accordent pas une préférence absolue, à cause de leur inspiration divine; mais nous n'avons ja mais ouï dans aucun récit païen antérieur à la tra duction des Septante rien qui se rapportât aux choses mentionnées dans les saintes Ecritures. Ce fut cette publication qui excita l'émulation: c'est alors que Bérose, Manéthon, Ménandre et Lotus publièrent leurs recherches. Nulle mention du chaldéen Xisu thrus, des Hycousis égyptiens, d'Abraham ou de Moise, du déluge universel dans Ctésias, Xéno phon, Hérodote, ou tel autre des plus anciens écri vains dont l'authenticité est incontestable. Lorsque Onxéval... леpiτéμvel à aldola, 11, 104. Aristo phane au vers 507 des Oiseaux appelle les Phéni ciens whoús, circoncis. Page 534, édition des Bénédictins, t. I. Pages 67 et 70. Voyez ce qu'en a dit Walckenaer, sur Aristo bule, p. 17.Φοίνικες... ὁμολογέουσι παρ' Αίγυπτίων μεμα (οι περιηχημένοι κυκλικοί ), θηκέναι περιτέμνειν τὰ αἰδοῖα, Αλληγορήσας, τοῖς τε φυσικοῖς καὶ κοσμικοῖς πάθεσιν ἀναμίξας.
col. 1681–1682page 5 of 21

partageait les idées du savant Anglais; mais quelle que fut sa façon de penser, son laconisme ne peut mieux réussir que les raisonnements de Dodwell. L'autorité de Philon de Byblos n'est pas d'un plus grand poids. › REP. Voilà encore une manière d'argumentation qu'exclut la critique. Montrez pourquoi? Un simple fragment nous conduit depuis le com mencement du monde jusqu'au règne de Chna, surnonimé Phænix: que contient donc le reste? > REP. M. l'abbé Foucher n'a pas bien étudié la citation. d'Eusèbe. Elle se compose d'une foule de petits passages morcelés, au milieu desquels s'in terposent des réflexions d'Eusède et de Philon. Il faut un peu d'attention pour en détacher ce qui est de l'auteur original. J'en ai compté onze, et Ly dus, De ostentis, dont nous devons la publication à M. Hase, cite, page 274, comme appartenant au deuxième livre des Poirinwr, de Sanchoniathon, tout ce qui a trait à Cronos, Saturne L'auteur expliquait-il dans le reste, dit M. Fou cher, l'invasion des Pasteurs en Egypte; leurs guerres contre les Egyptiens; l'établissement des Philistins dans la Palestine; la retraite d'une par tie des pasteurs en Phénicie; le long séjour qu'y firent Abraham, Isaac et Jacob; les conquètes de Josué, les guerres des Chananéens contre les Israé lites, la fondation des villes, › etc. REP. Voilà, certes, une étrange témérité, de vou loir dicter à un écrivain qu'on suppose contempo rain de la guerre de Troie, ce qu'il a dû écrire, d'en faire un commentaire des livres saints. Trou ve-t-il dans Hérodote, dans aucun des anciens qui ont écrit sur les premiers âges du monde, rien de semblabe à ce qu'il réclame du phénicien? le déluge universel n'est indiqué par aucun d'eux; c'est une observation très-judicieuse de Dodwell, ce n'est que depuis la publication des Septante, qu'on l'a vu figurer dans les historiens des temps primitifs. Dio dore de Sicile a-t-il rien connu de ce qu'il de mande à Sanchoniathon? il s'étend cependant assez sur la première histoire de l'Egypte. Il est évident, par la manière dont Eusèbe parle de ce livre, qu'il n'en connaissait que ce fragment, et qu'il l'avait tiré de Porphyre. > REP. On ne saisit pas le but de cet argument. Porphyre est-il le faussaire? mais non, puisqu'il a nonimé Philon. Pourquoi Eusèbe, dont l'érudition était immense (on n'en peut douter), n'aurait-il pas en recours à l'ouvrage même de Philon? ⚫ Le reste de l'histore méritait bien son attention dans une préparation évangélique, car il devait en résulter des preuves propres à confirmer puis samment le récit des livres de l'Ancien Testa ment. > Nous voici retombés dans le commentaire bibli que que M. l'abbé Foucher veut tenir de Porphyre et de Philon. Mais c'est l'illusion qui a égaré Huet. Il n'y a aucune suite dans sa manière d'envisager cet auteur; est-ce un fauteur ou un détracteur du christianisme qu'il attaque? et puis M. Foucher a peu saisi le plan d'Eusèbe. Le nom de préparation évangélique ne peut être le titre exact de son livre. C'est une préparation à la démonstration évangéli que. Ce n'est qu'un prolégomène à la démonstra tion d'abandonner la loi de Moise pour suivre l'évangile du devoir. Il établit d'abord la préférence de la premières sur toutes les opinions religieuses répandues dans l'univers, et pour cela, il puise des lambeaux d'ancienne théologie des Phéniciens dans Sanchoniathon, des Egyptiens dans Diodore de Sicile, ainsi que des Atlantiens, des Grecs dans le même et dans Plutarque. des Romains dans Denys d'Halicarnasse. Il court ensuite aux antres sujets qu'il s'est proposé de traiter. Si, d'après l'idée de T. II, p. 1265. M. Foucher, il avait dû discuter et épuiser cha cun des ouvrages qu'il citait, tout son plan était interverti. On ne sait pas même ce qu'il aurait pu être. On voit, par ce qu'ont dit ces messieurs, que le Sanchoniathon qu'ils ont attaqué, est un être ima ginaire, rempli d'allusions qui leur appartiennent et de suppositions qu'ils lui attribuent. On peut leur appliquer ce mot de l'éditeur de l'ouvrage de Cumberland, relativement à Dodwell: Ce que M. Dodwell a écrit sur ce sujet, est plutôt l'ex pression de son inclination à ne pas croire qu'une suite de preuves contre l'authenticité de l'ou vrage. › Stillingfleet, dans ses Origines sacræ, se propo sant d'établir la préférence du récit cosmogonique et historique de Moise sur les autres relations, combat Sanchoniathon aussi bien que Manéthon et Bérose, sans s'occuper de leur authenticité; il combat l'anachronisme dont Porphyre lui paraît convaincu, en faisant à la fois Sanchoniathou contemporain de Sémiramis et de la guerre de Troie ce point sera discuté. Examinant l'opinion que Jeroboal et Gédéon sont un même personnage, il reconnait que Sanchoniathon a pu puiser dans ses mémoires sans qu'ils fussent d'un contempo rain. Quant à l'auteur, en lui-même il l'accuse de beaucoup d'invraisemblance et mème d'absurdités, mais croit que c'est à tort que le premier antago niste Ursinus a dit que les gnostiques avaient fourni à Philon les noms de Protogonos et d'Eon qui sont significatifs; ce sont ces derniers qu'il accuse de Plagiat, et croit qu'ils doivent plus à Sanchonia thon qu'à Hésiode. C'est sans motif, selon lui, qu'on veut faire cet ouvrage moderne par cela seul qu'il prétend à une haute antiquité. S'il en eût été ainsi, les adversaires de Porphyre, Eusèbe à leur tête, auraient dévoilé cette frande. Stillingfleet n'a pas connu, à ce qu'il semble, l'ouvrage de Dodwell dont il ne dit rien. Le docteur Meiners, dans un ouvrage Sur la connaissance que les anciens ont eue du vrai Dieu, publié à Lemgow, s'est rangé au nombre des ad versaires de Sanchoniathon qui reconnaissent les païens comme falsificateurs. Aucun argument nou veau de sa part n'a été ajouté à la force de cenx que nous avons combattus, soit venant de Dodwell, soit des autres; il suffira d'avoir cité son nom. Après avoir épuisé ou à peu près la série des adversaires de Sanchoniathon, qui ont vu dans ses fragments une attaque contre la religion ou au moins une supposition émanée du paganisme, je viendrai dans le prochain article, à teux qui l'ont cru le produit d'une fraude pieuse. Ecrivains qui ont cru le livre de Sanchoniathon le Lobeck. Examen produit d'une fraude pieuse. des raisons qu'il en donne et des autorités qu'il cite. De quelle Semiramis Sanchoniathon était-il contemporain. — Résumé. Comme je l'ai annoncé dans mon dernier article, je vais examiner maintenant quels sont les écri vains qui ont cru que le livre de Sanchoniathon était le produit d'une fraude pieuse; ce qui les a induits dans cette pensée, c'est l'usage que certains anteurs modernes ont fait de ce document pour confirmer les traditions mosaïques. De là ils ont conclu qu'Eusèbe avait eu un même dessein en les publiant, ou plutôt en les supposant, et qu'il en était le véritable auteur. M. Lobeck, professeur à Königsberg, a résumé leur moyens d'attaque dans un ouvrage intitulé Aglaophamus Je vais donc le suivre pas à pas comme j'ai fait à l'égard de Dodwell. OBJECTION. M. Lobeck commence par combattre

col. 1683–1684page 6 of 21
PG 21:1683l'opinion de ceux qui, comme Heyne, Beck et M. Orelli, mitigent le verdict contre Sanchoniathon, et y ont vu un ouvrage ancien, mais interpolé dans certaines parties. Ce mezzo termine est inadmissible, dit-il; comment faire la part de la vérité et du men songe? la raison sur laquelle ils s'appuient, qu'il y a du vrai dans cette fable, prouverait seulement que le falsificateur a voulu lui donner quelque vraisem blance. Annius de Viterbe pourrait user de la même excuse. Et puis quel serait le falsificateur? Toute la question se réduit, dit M. Lobeck, à savoir si la théologie des anciens Phéniciens est bien telle que nous la donne Sanchoniathon. REP. Jablonski se charge de la réponse: Les traditions du livre de Sanchoniathon, soit qu'on le considère comme un écrivain authentique ou non, sont telles qu'on ne peut pas mettre en doute que tout ce qu'il a dit est puisé dans l'ancienne et véri table théologie des Pheniciens Cette autorité me paraît au-dessus de tout coque je pourrais dire, car personne n'était plus versé que Jablonski dans les profondeurs théologiques des anciennes religions. La Croze qui peut lui être com paré, était partisan avoué de Sanchoniathon, mais comme ce n'est pas par des autorités, mais bien par des raisonnements que la question doit se ré soudre, suivons ceux de M. Lobeck. OBJ. On ne pourra juger, dit-il, si cet ouvrage est une expression fidèle de la théologie phéni cienne, que si l'on a en sa faveur le témoignage des anciens et d'après des caractères de vérité dans son contexte. Le plus fort argument pour rejeter cet écrit est le silence avant Philon de tous les au teurs grecs et romains. KEP. Si le silence des auteurs était une cause suffisante pour répudier les ouvrages anciens; chez les Latins, Phèdre et Velleius Paterculus seraient des ouvrages apocryphes. Athénagore, chez les Chrétiens, est passé sous silence. Polyen n'est nommé que par Suidas, et son ouvrage des Stratagèmes n'est pas cité, en sorte qu'on peut douter s'il a été connu de Suidas, et si ceux qu'il nomme ne sont pas des homonyines. Le seul qui en parle est l'anonyme de Gale, lepi aniowy, De pane, c. 11. Pour ne pas sortir des Phéniciens, Hypsicrate, que Loetus avait traduit au dire de Tatien, quoique son nom soit cer tainement altéré, n'est nommé que par cet écrivain. Si Eusèbe le citait, on devrait donc nier la citation. Il y avait de plus une bonne raison pour qu'on ne parlåt pas de Sanchoniathon avant qu'il eût été traduit par Philon. C'est qu'avant que Loetus eût traduit Mochus, le nom de ce dernier était égale ment ignoré par la raison que les Grecs, sembla bles à nos Français, ne savaient et ne se souciaient que de leur langue. Quand on voit que Plutarque, après avoir passé beaucoup de temps à Rome et en Italie, confesse son ignorance de la langue latine on peut juger s'ils apprenaient le phénicien, langue à peu près morte, et où, sauf quelques documents historiques, il n'y avait rien à puiser. M. Lobeck s'étonne de l'insouciance des auteurs grecs à ce sujet, à cause des anciennes et nombreuses rela tions de cominerce entre la Grèce et la Phénicie. De nombreux écrivains tyriens, sidoniens, béry tiens, figurent parmi les philosophes, les grammai riens et les historiens grecs. M. Lobeck ne parait pas faire la distinction nécessaire à établir entre la Traditionem Sanchoniathonis sive is scriptor genuinus sive minus, ex prisca et genuina Phoenicum theologia dimanasse, jure ambigi non potest. Pan theon Egyptiacum, t. I, p. 12. In Vita Demosth., c. 2. Tyr d'Hyram et celle depuis Alexandre. Cette der nière était une ville grecque comme Alexandrie d'Egypte, l'une et l'autre tenaient bien peu à l'an cienne gloire phénicienne ou égyptienne; qu'il cher che dans les nombreux écrivains alexandrins, sauf Eratosthène, des détails sur l'histoire et la religion de l'ancienne Egypte; qu'il demande aux écrivains de la Carthage romaine des renseignements sur l'ancienne colonie phénicienne; qu'il consulte les nombreaux écrivains espagnols qui ont fleuri à Rome sous les empereurs, sur l'état primitif de la Bétique ou de la Lusitanie, il en obtiendra le même silence. Les Tourditaniens, dit Strabon, sont, de tous les peuples de la Bétique, ceux qui ont le plus com plétement embrassé les mœurs romaines: ils n'ont plus même le souvenir de leur langue maternelle(3) › Philon a pu mettre plus de prix que ses devan ciers à exhumer un historien oublié dont il restait peu de manuscrits; cela relevait sa patrie, favori sait ses doctrines religieuses. L'ancienneté des livres saints est incontestable; les Grecs qui allaient à Tyr allaient aussi à Joppé, Gaza, Ascalon, eh bien! voit-on qu'un seul Grec en ait dit un mot åvant la traduction dite des Septante. On n'y pensait guère. Nous confondons trop notre position avec celle des anciens. l'époque de la Renaissance, l'antiquité s'est présentée aux regards des peuples étonnés comme le développement le plus admirable de toutes les sciences et de tous les arts; non-seulement deux belles langues et une riche littérature récom pensaient les efforts de ceux qui s'adonnaient à l'étudier, mais on y trouvait des sciences toutes faites. L'histoire avec ses deux appuis, la chrono logie et la géographie, les mathématiques avec leur branches, la médecine avec la botanique, la philo30 phie avec toutes ses dépendances, jusqu'à l'archi tecture et la musique; ce à quoi la barbarie du moyen âge n'avait à opposer que de misérables ro manciers. Les anciens, au contraire, qu'avaient-ils à prendre dans les fouilles des temps antérieurs? une histoire défigurée par des contes absurdes, rien de plus. Sanchoniathon nous en donne la preuve, Hérodote et Diodore de Sicile nous montrent ce qu'on pouvait en tirer; et je crois que les prétendus antiquaires phéniciens que nomme Josèphe, et d'a près lui M. Lobeck, Dius, Ménandre, Philostrate, Théodote ou Diodote, Hiéronyme, Histiée et Teu cer, ne nous instruiraient qu'en se rapprochant des temps plus modernes. Au reste, M. Lobeck con vient lui-même de l'impossibilité de fonder une preuve sur cet argument au milieu du naufrage de toute l'antiquité. Il renouvelle ensuite l'attaque concernant le Tázɔ cos qu'il veut donner pour un Egyptien. Rép. J'ai cité, en réponse à Dodwell, un texte de Varron qui me paraît tellement péremptoire que, s'il y a eu plagiat entre les deux nations, on doit plutôt en accuser les Egyptiens Il parle de Tyr qui n'a été fondée que depuis Sé miramis, en sorte qu'il en aurait parlé avant qu'elle existât. REP. Je discuterai bientôt ce qui concerne l'épo que de la Sémiramis contemporaine de Sanchonia thon; et j'observerai que Tyr ici n'est point la ville, puisqu'il nomme après Byblos, fondée par Saturne, comme la plus ancienne ville phénicienne. vot, l. 1 Qu'on demande aux Américains de nos jours des éclaircissemens sur l'état de cet hémis phère avant Colomb. Le voici, De Lingua latina, liv. 1v, c. 10: ‹Prin cipes dei Coelum et Terra: hi dei iidem qui in Ægy pto Serapis et Isis, qui sunt Taautes et Astarte apud Phoenicos. >Οἱ μὲν Τουρδιτανοὶ καὶ μάλιστα οἱ περὶ τὴν Βαΐτιν τελέως εἰς τὸν 'Ρωμαίων μεταβέβληντο τρό πον· οὐδὲ τῆς διαλέκτου τῆς σφετέρας ἔτι μεμνημέ
col. 1685–1686page 7 of 21
PG 21:1685C'est donc le lieu de Tyr qu'il désigne; et ce qui le montre, c'est qu'il n'en parle que pour dire qu'Hypsouranios s'y fixa et fut l'inventeur des ca banes de roseau, ce qui ne donne guère l'idée d'une ville. En outre, la Tyr de Sanchoniathon n'est point celle qui fut construite dans une île après la destruction de Paléotyr par Nabuchodonosor. Cette Tyr a précédé assez longtemps la prise de Troie; puisque la Tyr insulaire, bâtie des débris de la première, est déjà citée dans les prophètes. La vieille Tyr est nommée dans le livre de Josué Il reproche au rédacteur de cette mythologie le mélange des fables grecques et des traditions juives. REP. Outre que le premier reproche atteint d'au tres mythologies, il est incontestable que les Phé niciens ont implanté beaucoup de colonies en Eu rope. On doit leur en attribuer plus qu'aux Egyp tiens, qui, de l'aveu d'llérodete, n'étaient pas adon nés à la navigation; il est donc naturel que leurs idées religieuses se retrouvent dans les peuplades qui remontent à eux. Quant aux traditions juives, elles sont toutes dans les interprétations des mo dernes et nullement dans l'auteur phénicien. Il examine ensuite si l'ouvrage sur les Juifs, cité par Porphyre dans son Livre contre les Chrétiens est bien de Sanchoniathon ou de Philon. Origène en parle comme l'œuvre de Philon; mais M. Lo beck incline à croire que Philon n'était encore que traducteur, et que l'auteur était Sanchoniathon, qui avait profité des mémoires de Jerombal, prêtre du dieu Jao. REP. Je crois cette opinion erronée; elle est entièrement contredite par Origène, qui nomme l'auteur de l'ouvrage contre les Juifs, Philon, lequel accuse de pseudonymie l'ouvrage d'Hératée sur le mėme sujet, à cause des éloges poinpeux que ce dernier donne à la sagesse du peuple juif. On voit donc que Sanchoniathon ne peut trouver là sa place; inais Sanchoniathon avait consulté les écrits de Je rombal, prêtre du Dieu des Juifs, qui les avait of ferts à Abibal, roi de Béryte. Ce roi et cet Hierom bal sont presque contemporains de Moise, dit Por phyre; mais il n'en est pas de même de Sanchonia thon qui est bien postérieur, ayant vécu sous une Sémiramis, reine d'Assyrie, qui régna vers le temps de la prise de Troie par les Grecs. Le passage de Porphyre, qui est cité deux fois dans les mêmes termes par Eusèbe a été mal compris par tous ceux qui l'ont interprété; ils ont attribué à Sancho niathon un os qui concerne évidemment Hierombal, ce qui met Porphyre en contradiction avec lui même. L'écrivain grec avait fait cependant tout ce qu'il avait pu pour éviter cette confusion; mais on n'en a tenu aucun compte. Ayant nommé Abibal et et Hierombal, il ajoute: ‹ Les temps de ceux-ci tombent avant les temps de Troie, et se rappro chent presque de ceux de Moïse, comme le prou vent les généalogies des rois de Phénicie. Pour Sau choniathon, il vécut du temps d'une Sémiramis, reine des Assyriens, qui est inscrite avant l'époque de la guerre de Troie ou simultanément à ces évé nements. Cette chronologie de Porphyre est celle de Philon dans son ouvrage comme on en peut juger par Etienne de Byzance au mot Ba€v Awv, et a été adoptée par Suidas: < Sanchonia Josue XIX, 29. Eusèbe, Præp. evang., x, 485. Contre Celse, 1, 18. P. 31 et 485. we ai thon, dit-il, philosophe tyrien. qui vécut du temps de la guerre de Troie. Mais elle contrarie entière ment celle d'Eusèbe, comme on peut s'en con vaincre. Suivant lui, Sémiramis est contemporaine d'A braham, en sorte qu'il se jette dans des embarras inextricables; mais laissons-le parler Voici ce que dit Porphyre: Mais il faut soumettre cette assertion au calcul des temps ainsi qu'il suit Si Sanchoniathon a été contemporain de Sémi ramis, et que celle-ci, comme il est généralement reconnu, ait précédé de beaucoup les temps de Troie, il s'en suivra que Sanchoniathon aura été antérieur à ces mèmes temps; mais on dit que ce lui-ci a reçu des mémoires de personnages plus anciens que lui quant aux temps, et cependant c'est à peine, ajoute-t-on, s'ils se rapprochent de l'époque de Moïse. Mais de combien est-il raisonnable de croire que Moïse a précédé ces personnages? Voilà ce qui est embarrassant, et pourquoi je crois de voir abandonner toute cette discussion chronologi que. Mettant en fait que Sanchoniathon est con temporain de Moïse et ne lui est pas antérieur, je poursuivrai ainsi ma pensée. Si Sanchoniathon s'est fait connaître sous Sémiramis, reine des Assyriens, accordant que Moïse ne fut pas plus ancien que lui, mais ayant fleuri dans le même temps, il s'ensuivra que Moïse était aussi contemporain de Sémiramis. Mais ce que nous avons dit ci-dessus a démontré qu'Abraham était né sous elle. Cependant le récit du philosophe établit que Moïse était plus ancien, et cette Semiramis est prouvée avoir précédé de huit cents ans bien comptés la guerre de Troie Moïse sera donc, suivant les calculs du même phi losophe, d'autant d'années antérieur à la guerre de Troie. Je demande maintenant comment Eusèbe, d'a près M. Lobeck, inventeur de tout ce récit, l'au rait arrangé de manière à ne pouvoir pas l'expli quer d'une part, et de l'autre à en tirer une con séquence qui détruirait de fond en comble tout son système, je ne dis pas seulement chronologique, à quoi certes il attachait quelque prix; mais son système apologétique de la religion, à quoi il devait tenir beaucoup plus qu'au faible avantage que lui procurait l'invention de faire parler Sanchoniathon, Philon et Porphyre; c'était de prouver que la Ge nèse primait toutes les cosmogonies connues. Aussi s'étend-il avec complaisance sur cette preuve qu'il aurait détruite lui-même par une fiction de bien peu de secours. Philon, que Porphyre a suivi, avait dit dans son livre spolewy ce qui est répété par Etienne de Byzance au mot Baбuhwy. Babylone, fondation très-ancienne de Babylone, homme très-sage, fils de Bélus, non, comme le dit Hérodote, fondée sous Sémiramis; car Babylone était plus ancienne qu'elle de deux mille ans, comme le veut Héren nius (8,. › Si la fondation de Babylone est plus ancienne de 2000 ans que Sémiramis, cette reine serait repor tée bien après la prise de Troie. Aussi Ussérius (an du monde 2789) propose-t-il dans sa chronolo gie de lire 6, 1002; et il observe que 1022 ans coïncideraient parfaitement avec les calculs astro nomiques que Callisthène avait envoyés de BabyΠερὶ πόλεων, Οἱ δὲ τούτων χρόνοι καὶ πρὸ τῶν Τρωϊκῶν πίο πτουσι χρόνων, καὶ σχεδὸν τοῖς Μωσέως πλησιάζουσιν, ὡς αἱ τῶν Φοινίκης βασιλέων διαδοχαι μηνύουσι. Σαγχιωνιάθων δὲ ἐπὶ Σεμιράμεως γέγονε της Ασσυ ρίων βασιλίδος ἢ πρὸ τῶν Ἰλιακών, ἢ κατ' αὐτούς γε χρόνους γενέσθαι ἀναγέγραπται. Σαγχωνιάθων Τύριος φιλόσοφος ὃς γέγονε κατὰ τὰ Τρωϊκά. Βαβυλώνος, ἀνδρὸς κτίσμα παλαίτααον σοφω τάτου παιδὸς Βήλου οὐχ ὡς Ηρόδοτος ὑπὸ Σεμιράμιδος. Ταύτης γὰρ ἦν ἀρχαιοτέρα (Βαβυλών) ἔτεσι χι λίοις δύο ώς Ερέννιος.
col. 1687–1688page 8 of 21
PG 21:1687lone à Aristote, ainsi que nous apprend Simpli cius dans son Traité du ciel et cela d'après Porphyre. On voit donc que ce philosophe était d'accord avec Philon et avec lui-mêine, et dans un désaccord total avec Eusèbe, et qu'il trouvait un appui dans les calculs fournis par Callisthène. Cette chronologie, de plus, concorde entièrement avec les données d'Hérodote, qui, parlant de la durée de Tempire des Assyriens, dit: Les Assyriens ayant dominé dans l'Asie supérieure pendant cinq cent vingt ans, les Mèdes furent les premiers qui firent défection et les autres nations les imitè – rent Le même Hérodote place Sémiramis cinq générations seulement avant Nitocris Je ne veux pas entreprendre la comparaison de cette chronologie avec celle de Ctésias, qui donne 1360 ans d'existence à l'empire Assyrien. Elle a ex cité assez de débats; mais je me bornerai à con clure qu'il n'y a rien d'absurde dans une computa tion de temps qui a pour chef Hérodote, pour sou tien dans l'antiquité, Callisthène, Philon et Por phyre, et qui dans les temps modernes a été ap puyée par Ussérius et Marsham. sans citer une foule de noms moins célèbres. C'est après tout celle de Philon, répétée par Eusthate sur Denys, vers Je vais résumer le synchronisme de Porphyre. Peu de temps après Moise, Hierombal présente à Abibat, roi de Béryte, les écrits qui contiennent les faits principaux de l'histoire des Juifs jusqu'à cette époque. Ces mémoires sont approuvés par les criti ques que ce roi avait chargés de les examiner; et comme les Chananéens et les Juifs avaient été con tinuellement en hostilité depuis la sortie d'Egypte, ils devaient connaître réciproquement leur histoire. Du temps du siége de Troie, époque contempo raine d'une des reines d'Assyrie du nom de Sémira mis, Sanchoniathon a reçu ces mémoires, et en a pro fité pour rédiger l'histoire de la Phénicie, sa patrie. Sous Adrien, Philon de Byblos a exhumé ce document pour le traduire en grec; il a de plus écrit sur les Juifs un ouvrage ex professo, où Ton pense que, partageant les préjugés nationaux de ses ancêtres, il les traitait assez mal; il a cepen dant profité des renseignements que contenait le livre de Sanchoniathen sur ce peuple, qui, d'après ce qu'on vient d'en dire, méritaient toute confiance. Quant à la différence de huit ou de neuf livres attribués à l'ouvrage de Philon, Dodwell a dé fendu Eusèbe à cet égard, et prouvé par des exem ples semblables que cette variante n'avait rien d'extraordinaire. Ainsi l'évangile de saint Luc a été appelé puto, λóyoç, à cause des Actes du même écrivain; l'Histoire de la vie de Josèphe a été citée comme un livre de ses Antiquités; Cassiodore même y comprend les deux livres contre Appion lors qu'au lieu de vingt livres il en attribue vingt-deux à son ouvrage; l' Octavius de Minutius-Felix passait déjà du temps de saint Jérôme pour le vin d'Arnobe, contre les nations. En effet, la première édition de cet auteur donnée à Rome le présente ainsi. Voici ce qu'en dit saint Jérôme Le livre fausse ment intitulé viu d'Arnobe est de Minutius-Felix; il est prouvé qu'Arnoben'a composé que sept livres, et ce vin est un dialogue entre un Chrétien et unpaïen, dont le titre Octavius résulte évidemment aux yeux L. 11, p. 123 d'Alde. c. c. du lecteur de ce que l'interlocuteur chrétien porte ce nom. ) Nous lisons dans l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe que Philon le Juif a écrit en cinq livres le récit de ce qui est arrivé aux Juifs d'Alexandrie, sous Caius César. Il n'existe à cet égard que deux livres; l'un intitulé contre Flaccus, l'autre Ambassade à Caïus; et Henri de Vallois prouve dans sa note qu'il n'a pas pu exister un seul livre de plus sur ce sujet. Le livre de Théophile, Ad Autolycum, a joui d'un titre à part, celui de Liber de temporibus. Le Protreptique, le Pédagogue et les Stromates de saint Clément sont les parties séparées d'un mème ouvrage. Le livre De martyribus Palæstinæ d'Eusèbe a été souvent considéré comme le 8° de son Histoire ecclésiastique; les trois contre Marcel d'Ancyre et les deux de Théologie ecclésiastique forment un ensemble; les sept livres de l'Institution divine de Lactance ont chacun un titre distinct; les livres de Lucifer de Cagliari font suite l'un à l'autre, sans titre ni nombre qui l'indique. Aux preuves de Dod well, j'ajouterai ce qui suit: Suidas, à l'article Théopompe, énumérant ses ouvrages, dit qu'il écrivit un Abrégé des Histoires d'Hérodote en deux livres; et le scholiaste d'Apollonius de Rhodes, sur le vers 272 du ive livre des Argonautiq.,comparant Hérodote à Théopompe sur le véritable nom d'un roi d'Egy pte, dit que ce dernier le nomme Sésostris dans son livre. Céphalion, cité par Photius comme auteur d'une Histoire universelle depuis Ninus jusqu'à Ale xandre en neuf livres, auxquels il donnait le nom des neuf muses, dit qu'Uranie contenait les faits d'Alexandre. Le même Photius, parlant des extraits que Sopatre a fait de ce livre, dit qu'Erato contenait la Relation du règne d'Alexandre Ces raisons ne convainquent pas M. Lōbeck; il dit: Porphyre n'est pas en dissentiment de peu d'importance avec Eusèbe; l'un compte neuf livres et l'autre huit. On cherche à excuser cela en disant que Porphyre a omis le livre des Juifs, ou a séparé la théologie de l'histoire ces deux excuses n'ont aucune apparence de raison. REP. Ce ton tranchant ne prouve pas. J'espère donner une preuve qui justifiera la présomption de Bochart; je rassemblerai les textes. Eusèbe dit Ce Philon qui a partagé en neuf livres tout l'ou vrage de Sanchoniathon, etc. Le même, p. 156, citant Porphyre sur Sanchoniathon, d'après le Traité de l'abstinence, dit: ‹ Philon de Byblos a traduit en langue grecque et en huit livres l'histoire que San choniathon avait écrite. › Voici donc le même Eusèbe qui donne huit et neuf livres au mème ouvrage, ce qui prouve le peu d'importance qu'il accordail à cette division. Mais poursuivons Dans la même citation Porphyre dit (ce qui se retrouve dans le texte original): Je vais citer du premier livre de l'histoire phénicienne de Philon 'ce qui suit: ‹ Cronos, que les Phéniciens nomment IL, régnant dans cette contrée, etc. Nous voyons que pour Porphyre ce qui a rapport à la vie de Cronos est tiré du premier livre de l'histoire phé nicienne. Voici un écrivain très-postérieur, dont la première publication est due aux soins de notre confrère, M. Ilase, Lydus, qui, dans un Fragment P. 80 et 81. Divin. Lect., c. 17 a. De scriptoribus ecclesiasticis. LXVIII, p. 50. p. Voir Bochart, Chanaan. P. 11, c. 17.Ασσυρίων ἀρχόντων τῆς ἄνω Ασύης ἐπ᾽ ἔτεα εἴκοσι καὶ πεντακόσια, πρῶτοι ἀπ' αὐτῶν Μῆδοι ήρω ξαντο ἀπίστασθαι, 1. 1. 95. Καὶ τὰ ἀλλα ἔθνεα ἐποίες τουτὸ τοῖσι Μήδοισι. τοῖς βασιλεῦσι τῶν Ἀσσυρίων ἦσαν καὶ χναῖνες δύο, ἡ μὲν πρότερον ἄρξασα τῆς ὕστερον γε νεῆσι πέντε πρότερον γενομένη, τῇ οὔνομα ἦν Σεμίραμις.... ἡ δὲ δὴ δεύτερον γενομένη ταύτης βασιλέα τῇ οὔνομα ἦν Νίτωκρις, 1. 1, 184. Ερατούς διαλαμβανούσης τὰ κατ' Ἀλέξανδρον, είαι, 177.
col. 1689–1690page 9 of 21
PG 21:1689sur les mois, à la suite du traité De ostentis, p. 274. range dans le second livre de Philon les mêmes faits relatifs à Cronos. Je vais le citer avec quel ques changements que l'état du manuscrit autorise. Les Phéniciens, soit par la confusion résultant de l'homonymie, soit pour toute autre cause, ren dent tout autrement l'histoire de Cronos; comme il est facile de s'en convaincre par le second livre des Histoires phéniciennes d'Hérennius Philon › cette occasion, qu'il me soit permis de faire cette digression relative à la publication du San choniation de M. Wagenfeld; c'est qu'il est en contradiction avec Porphyre et avec Lydus. Comme le premier, il range dans le premier livre les actes de Cronos; et comme le second vraisemblablement et Eusèbe, il reconnait neuf livres à l'ouvrage, ce qui, très-indirectement il est vrai, semble cepen dant infiriner l'authenticité de cette production Pour rentrer dans la discussion avec M. Lobeck, je dirai qu'il ne va pas jusqu'à attribuer à Eusèbe le passage de Porphyre tiré d'un livre qui a échappé à la destruction qui à atteint presque tous les écrits de ce philosophe, savoir le livre de l'Abstinence. Pour celui-là, il n'y a pas de moyen. Ce dont il le déclare l'auteur pseudonyme, ce sont les préfaces de Philon et les citations de Sanchoniathon. Eusèbe a-t-il inventé les préfaces de Philon et les frag ments de Sanchoniathon? Sur Orphée. Ses poëmes sont d'Onomacrite. Sur les Sibylles. Leurs vers interpolés par les Juifs et les Chrétiens. Euhémère est-il seul à soutenir que les dieux avaient été des hommes? Les Grecs n'ont pas reçu toute leur religion des Egyptiens. Du sym bolisme de Porphyre. Pourquoi les apologistes chrétiens n'ont pas parlé de Sanchoniathon. M. Lobeck déduit les motifs qui lui font croire qu'Eusèbe a fabriqué la préface de Philon et les frag ments de sa traduction de Sanchoniathon: ce n'est pas seulement, selon lui, parce que beaucoup de livres anciens sont supposés, mais par l'intérêt qu'il avait à cette supercherie dans un ouvrage destiné à démontrer la folie des religions du paganisme. Or, rien n'atteignait plus certainement ce but qu'en faisant voir que les objets du culte ancien n'é taient que des hommes déguisés en dieux. Tous les apologistes insistent sur cette preuve qui leur donne tant d'avantage. ‹Croyez-moi, ô Grecs,› dit Tatien, ne souffrez pas d'allégories dans votre mythologie ni parmi vos dieux Clément, Arnobe, tous enfin rassemblent sur ce point la force de leur dia lectique. C'était donc pour Eusèbe un avantage immense que de faire parler Philon de Byblos, un païen, dans les mêmes termes. Il ne saurait en conséquence échapper au reproche de s'être permis une fraude pieuse. RE.. Lorsque Dodwell accusait Porphyre de la Voir pour plus de détails l'article de M. Sé guier, sur la publication de Wagenfeld, insérée dans le tone XIV, p. 397. Tatiani opera, p. 160. De l'ame du monde, ch. xvII, p. 74, éd. de Lebatteux. Dans le 3 livre de la République, t. II, p. 413 et 414. supposition qu'on fait maintenaut peser sur Eu sebe, il se faisait cette question: pourquoi accu sai-je Porphyre d'avoir forgé cet écrit, ou au moins d'avoir concouru à la publication d'un écrit forgé, inconnu et suspect? C'est parce que les principes des Pythagoriciens et des Platoniciens permettent les supercheries, et que Porphyre étail agrégé à ces deux sectes. En effet, nous lisons dans Timée De même que dans les maladies nous gué rissons les corps par des remèdes, causes eux mémes des maladies, lorsque nous ne le pouvons pas par des remèdes benins; ainsi nous dirigeons les âmes par des discours fallacieux, quand nous ne pouvons le faire par la vérité. Platon pro fesse des doctrines absolument pareilles, et en faisait usage dans les fables mythologiques qui ornent ses dialogues. Aussi l'historien Socrate, parlant des ouvrages de Porphyre et de Julien contre les Chrétiens, les accuse d'altérations et de faussetés dans l'em ploi des textes sacrés; mettant tout en œuvre, dit-il, dans leurs écrits contre les Chrétiens; ils ont essayé de faire violence à la vérité, soit en al térant certains textes sacrés, soit en y insérant des parties supposées, de manière à atteindre leur but › et Ce passage inaperçu de Dodwell allait plus à son but, parce qu'il accusait Porphyre lui-même de mauvaise foi dans la controverse. Qu'en conclure? qu'il y en a eu de part et d'autre, parce qu'on se passionne rarement pour la vérité contre l'in térêt de sa cause. Huet, dont la crédulité est no toire, et que M. Lobeck traite avec assez de mépris pour dire:: quæ Huetianis sæculis credere decorum fuit, comme s'il s'agissait du moyen åge, et non du xvn® siècle, le plus illustre des temps modernes, qu'Huet qualifiât et dominât le siècle où il a vécu; Huet, dis-je, si crédule en général, a cependant re poussé le témoignage d'Orphée et des Sibylles dont les premiers apologistes font grand usage. Voici ce qu'il dit du premier: Ce qu'Aristobule le péripa téticien dans Eusèbe, ce que Justin, Clément d'A lexandrie, Cyrille et autres rapportent d'Orphée, paraît avoir été forgé par d'anciens Chrétiens de lambeaux pris dans les livres sacrés Walcke naer a relevé les Chrétiens de cette sentence dans son Traité sur Aristobule, en reportant le blame sur les Juifs, comme j'aurai occasion de le faire voir. Huet parle des vers sibyllins dans les mêmes ter mes On doit penser la même chose des vers sibyllins, savoir qu'ils sont l'œuvre d'auteurs ré cents et convaincus de supposition. Il renvoie en conséquence à l'ouvrage de Blondel. Voilà des écrits incontestablement pseudonymes, que personne ne prendra sous son patronage. Cette fraude était si visible, que Celse, dans un passage rapporté par Origène en a abusé pour le blasphème qui suit Hist eccl., 1. 111, p. 202, éd. de Reading. At quæ ex Orpheo attulerunt Aristobulus Peripateticus apud Eusebium, Justinus, Clemens Alexandrinus, Cyrilluş et alii, ea prorsus videntur a veteribus Christianis conficta, et ex sacrorum codi cum consuta segminibus, Demonstr. evang., prop. iv, n. 19, t. I, p. 187, in-8°. Idem omnino de sibyllinis carminibus putan dum est; non recentioribus illis quæ circumferun tur et x16ônɛia vulgo damnata sunt, prop., etc., Ix, n. 10, p. 1090. L. vu, p. 368 de l'édit. de Cambridge.Οἱ δὲ Φοίνικες κατὰ τὴν τῆς ὁμωνυμίας σύγχυσιν ἢ κατ' ἄλλην τινὰ αἰτίαν ἄλλως πως περὶ Κρόνου ἔχουσιν, ὡς ἐκ τῆς δευτέρας τῶν Φοινικικῶν τοῦ Ερεννίου Φίλωνος ἔστι λαβεῖν. Ὡς τὰ σώματα νοσώδει πόκα υγιάζομες εἴκαμη εἴκῃ τοῖς ὑγιεινοτάτοις, οὕτω τὰς ψυχὰς ψευδέσι λόγοισι ἀπείργομες, εἴκαμη ἄγωνται ἀλαθέσι Κατά Χριστιανῶν λόγους ἀναλώσαντες τὴν ἀλήθειαν ἐπεχείρησαν βιάσασθαι, τινὰ μὲν τῶν ἱερῶν γραμμάτων παρατρέψαντες, τὰ δὲ ἐγκαταλέξαντες, πάντα δὲ πρὸς τὸν οἰκεῖον ἀ αλαβόντες σκοπόν. Ὑμεῖς δὲ κἂν Σιβύλλαν ᾗ χρῶνταί τινες ὑμῶν εἰκότως οὖν μᾶλλον προεθήσασθε ὡς τοῦ θεοῦ παῖδα νῦν δὲ παρεγράφετε μὲν εἰς τὰ ἐκείνης πολλὰ καὶ βλάσφημα εἰκῆ... τὸν δὲ βίῳ μὲν ἐπιβοητοτάτῳ, κα νάτῳ δὲ οἰκτίστῳ χρησάμενον Θεὸν τίθεσθε.
col. 1691–1692page 10 of 21
PG 21:1691Vous auriez beaucoup mieux fait de mettre à la tête de votre religion la sibylle, en la déclarant fille de Dieu, puisque vous vous servez d'elle, en insé rant dans ses vers beaucoup d'impiétés; au lieu de cela vous allez prendre pour votre Dieu celui dont la vie est décriée, et dont la mort est la plus honteuse qui se puisse. Mais Celse ne savait pas que c'est la bassesse même du Christ qui fait la gloire de sa religion. Ainsi il a existé des livres attribués faussement à certains auteurs. Voyons maintenant si l'analogie est parfaite entre les vers orphiques et sibyllins d'une part, et la pré face de Philon jointe aux extraits de Sanchoniathon. Orphée a été reconnu comme un personnage fa buleux dans l'antiquité même. Hérodote déclare qu'Homère et Hésiode sont les deux premiers poëtes qui ont répandu la théogonie parmi les Grecs, qui ont donné des noms aux dieux, et leur ont assigné les honneurs qui leur sont rendus; qui enfin les ont rangés dans l'ordre généralement admis. Il ne connaissait donc pas les poëmes attribués à Orphée; ou plutôt lorsqu'il parle des Orphiques, il les ren voie parini les productions égytiennes ou pythago riciennes Le même Hérodote attribue à Onomacrite. contemporain et ami des Pisistratides, les poëmes qui passaient sous le nom de Musée; on peut croire qu'il a fait aussi parler Orphée. Sextus Em piricus cite Onomacrite dans les Orphiques. Le scholiaste d'Aristide, sur le discours en défense de Miltiade contre Platon, dit: Orphée a précédé Ho nère, mais ses doctrines ont été mises en vers par Onomacrite › Aristote, dans le Traité de l'âme, dit: Le raison nement contenu dans les poèmes appelés Orphiques est dans le même cas Philoponus, dans son commentaire sur ce passage, se demande pourquo Aristote appelle ces poëmes orphiques: c'est, répond il, parce que ces poëmes ne semblent pas être d'Orphée, comme Aristote le déclare lui-même dans les livres de la philosophie. On dit bien, continue-t-il, que les doctrines sont de lui, et qu'Onomacrite les a mises en vers. C'est d'après ce passage invoqué d'Aristote dans les livres perdus de la philosophie, que Cicéron a été autorisé à dire, que d'après Aris tote, Orphée le poëte n'a jamais existé Denys le Thrace, au rapport de Suidas, exprimait la même opinion qu'Aristote Son scholiaste, en effet dit: Si quelques personnes reconnais sent des poëtes antérieurs à Homère, tels que Mu sée, Orphée, Linus, c'est à tort; il n'existe aucun poëme plus ancien que l'Iliade et l'Odyssée. Mais, dira-t-on, comment cela peut-il être, puisque nous possédons des écrits plus anciens? nous répondrons que les uns ne sont pas de ceux auxquels on sup pose qu'ils appartiennent, les autres portent des ti tres d'auteurs récents homonymes d'anciens per sonnages. Suidas, à l'article d'Orphée, énumère les auteurs de ses différents poëmes, parmi lesquels figure Onomacrite. Tatien, dans son Discours aux Grecs, cité par Hayopsiaust. L. 11, c. 53 et 81.- Dans ce passage il faut corriger, comme je l'ai fait, tauta, et lire d'abord ne peut pas être le sujet ; ce serait un solécisme dans la langue d'Hérodote. Ensuite Plutarque nous offre une cons truction absolument pareille De Isid., c. Liv. vu, ch. 6. Dans le livre contre les mathématiciens, §361. Eusèbe dit qu'Orphée fut contemporain d'Her cule, mais que les poèmes qui portent son nom fu rent composés et mis en ordre par Onomacrite vers la 50 olympiade. Josèphe, dans son premier livre contre Apion, affi.me que chez les Grecs il n'est pas d'ouvrage avoué antérieur à Homère. Parmi les modernes, je citerai le seul Gérard Jean Vossius; ce n'est pas un auteur d'une foi difli cile à convaincre; il dit cependant: Ce triumvi rat de poésie, Orphée, Musée, Linus, n'a point existé; ce sont des noms de l'ancienne langue phénicienne que parlaient Cadmus et ses descendants › Pour les sibylles, la supposition est encore plus évidente, parce qu'elle est plus récente et toute dans les idées chrétiennes. L'écrit de Blondel, in titulé: Créance des Pères sur l'état de l'âme après cette vie, en fournira d'abondantes preuves. Or, comment s'y sont pris ces faussaires? ils ont tout simplement insinué leurs dogmes dans des vers prétendus orphiques ou sibyllins. Orphée doit à Ono acrite, puis aux Pythagoriciens, enfin aux Juifs ou aux Chrétiens, les vers répandus sous son nom; la sibylle les doit à peu près tous à ces derniers. Est-ce ainsi que Eusèbc s'y est pris dans la sup position admise par M. Lobeck des extraits de San choniathon? Sa marche a été diamétralement con traire. C'est en s'éloignant le plus possible des doctrines qu'il veut mettre en honneur, qu'il se montre faussaire. Qu'on tente d'amener les lecteurs à son opinion, en la présentant sous un nom révéré, je le conçois; mais là marche tortueuse que M. Lo beck prête à Eusèbe me semble aussi peu compré hensible que celle que Dodwell avait attribuée à Porphyre ou à Philon. Indépendamment des Phé niciens, Eusèbe n'avait-il pas les Egyptiens, les Atlantiens, les Grecs et les Romains pour déilier les hommes? Cette doctrine n'est-elle pas placée au dessus de toute atteinte par des auteurs irrécusa bles, Homère. Hésiode, Diodore, Plutarque, De nys d'Halicarnasse? quelle force pouvait donner à sa démonstration la faible adjonction de la théologie phénicienne? Et puis cette théologie exis tait quelque part; plus ou moins connue, elle l'é tait cependant. Tout le monde civilisé était instruit que c'était par des victimes humaines qu'on se ren dait propice le Saturne phénicien, qu'Astarté et Baal ou Belh étaient adorés à Sidon. L'Hercule ty rien avait un temple anciennement vénéré, vénéra tion dont Alexandre voulut se faire un prétexte pour pénétrer dans Tyr. Que pouvait donc faire Eusèbe dans la fourberie dont on l'accuse? répéter ce que tout le monde savait, ou se taire. S'il admettait dans la théologie phénicienne des fables de sa com position, à quoi lui servaient-elles? et comment pouvons-nous aujourd'hui les discerner? Mais par l'absurdité, dira-t-on, il a jeté du ridicule et de l'odieux sur cette fraction du paganisme; mais il ne nous la montre pas plus ridicule ni plus odieuse que les autres théogonies. D'ailleurs si Eusèbe s'était contenté de combat tre les fables telles que les poëtes nous les donnent, L. e. Orpheum poetam, docet Aristoteles nunquam fuisse. De nat. deor., lib. 1, 38. T. II, p. 785 des Anecdota de Bekker. Prépar. évang., 1. x, p. 495. Triumviros istos poeseos Orphea, Musæum, Linum non fuisse, sed esse nomina ab antiqua Phoe nicum lingua qua usi Cadmus aliique posteri. De arte poetica, c. 15. Paris, 1659, in-4°; il porte encore le titre suivant: Des sibylles célèbres tant par l'antiquité païenne que par les SS. Pères. Charenton, 1649.Ὁμολογέουσι δὲ ταυτὰ τοῖσι ὀρφικοῖσι καλεο μένοισι, καὶ Βακχικοῖσιν, ἐοῦσι δὲ Αἰγυπτίοισι καὶ ταυτά; ταῦτα Τὁμολογέουσι Ομολογεῖ δὲ τὰ τι τανικὰ καὶ νυκτέλια ταυτὰ τοῖς λεγομένοις Οσίριδος διασπασμοίς. 55. Τα δόγματα Ορφέως Ονομάκριτος μετέβαλε δι' ἐπῶν. Τοῦτο δὲ πέπονθε καὶ ὁ ἐν τοῖς Ὀρφικοίς και λουμένοις ἔπεσι λόγος. 1, 7. Διονύσιος τὸν Ὀρφέα οὐδὲ γεγονέναι φησί.
col. 1693–1694page 11 of 21
PG 21:1693il n'aurait pas encore rempli son objet; il reconnaît la triple théologie de Varron, poétique, philosophi que et politique; il les attaque également dans son livre il ne gagnait donc pas une grande victoire en déplaçant la difficulté. OB. Après tout, ce ne sont pas tant les fables ab surdes qui rendent ce recueil suspect, dit notre adversaire, que la prétention de Philon qu'on ne doit pas l'interpréter symboliquement. REP. quoi je réponds qu'on doit distinguer Phi lon de Sanchoniation. Philon ne veut pas d'allé gories, mais Sanchoniathon n'y a pas pensé. Après ce dernier, mais avant Philon, Thabionides avait tentó d'introduire dans la religion phénicienne ce genre d'interprétation, con re lequel s'élève Philon. Ne voit-on pas la même dissension parmi les Grecs? les stoiciens détournaient toute la réligion à n'être qu'un emblème de la nature. Mais Celse dans son livre contre les Chrétiens, et Velléius l'épicurien, mais Cotta l'académicien dans les livres De la na. ture des dieux de Cicéron, combattent de toute leur force cet échafaudage; ils sont pourtant les organes de deux sectes puissantes de la philosophie grecque. Ces doctrines, quoique professées en partie par Var ron, lui semblaient de nature à s'avouer plus faci lement dans le réduit de l'école, qu'au plein jour de la place publique Or, qu'est-ce qu'une expli cation réservée à un petit nombre de la religion commune à tous? Euhémère avant Philon avait traité la mytholo gie grecque comme celui-ci a fait la phénicienne; il est vrai qu'il a excité contre lui une forte tem pête, on la qualifié d'athée; mais à qui n'a-t-on pas prodigué cette injure? Les Juifs et les Chré tiens étaient des athées pour les païens; Anaxagore et Socrate pour Aristophane et le peuple d'Athènes; il n'est pas jusqu'aux différentes sectes du chris tianisme qui ne se soient donné cette dénomination; saint Justin dit lui-même: «Vous nous parlez de ceux qui se disent Chrétiens, et qui dans le fond ne sont que des athées et des hérétiques › Les véritables athées sont ceux qui, comme Théo dore de Cyrène et Diagore de Mèle, nient l'existence de la Divinité. Ceux qui adorent le soleil, l'homme, Hæc facilius intra parietes in schola, quam extra in loro ferre possunt aures. Varro, apud Au rel. August. De civitate Dei, vi, 5. Contre Tryph., p. Voir Warburton, v* dissertation, tom. I•*, p. 202 de la traduction française. Basiné za papaxiwy tais loais quals masiv Justifications des restitutions tentées dans le texte qui précède. - Charar avait écrit un ouvrage sur l'Italie (ra Irulná) cité par Eustathe Ilias 1x, . 734 ed. Rom.—Isigonus est cité plusieurs fois par Pline, entre autres au commencement du vilivre où il le nomme Nicaensis. Aulu-Gelle en parle au boline, le boeuf, se trompent sur son essence, mais ne sont pas athées Ennius ne croyait certainement pas faire une profession publique d'athéisme, en traduisant en la tin l'Histoire sacrée d'Euhémère. Cicéron et Varron qui l'on cité, et Diodore de Sicile qui, dans son sixième livre, dont Eusèbe nous a conservé un fragment, parait l'avoir pris pour guide dans cette partie de son Histoire universelle, ne sont pas athées. En publiant le livre des Mois (p. 274) de Lydus, M. ilase, de l'Académie des Inscriptions, nous a fait connaître un passage très-curieux sur cet Euhé mère. Malheureusement l'état de dépravation du texte laisse beaucoup à deviner; je l'ai suppléé de mon mieux, je rendrai compte de mes restitutions. Le voici Les Phéniciens, soit par la confusion qui ré sulte de l'homonymie, soit par toute autre cause, parlent d'une manière bien différente de Saturne, comme on peut le voir par le deuxième livre de l'Histoire phénicienne de Philon Hérennius. L'his toire ancienne nous fait aussi connaître, comme nous l'avons déjà rapporté, que Saturne a régné en Afrique, en Sicile et dans certaines contrées de l'Italie; qu'ensuite il a fondé une ville appelée de son non Saturnia, comme le rapporte Charax, laquelle porte maintenant celui de Hierapolis, d'après le témoignage d'Isigone dans son Traité des dieux d'A frique, celui de Palémon, et celui d'Eschyle dans 'Etna. L'Histoire sacrée d'Euhémère a également consigné des récits très-divers sur ceux qu'on nom me dieux, qui, suivant lui, ont d'abord été terres tres, et que les races postérieures ont nommés célestes. Palephatus, le péripatéticien, dans son Traité sur Bacchus, dit que ceux des rois et des magiciens qui se sont signalés par leurs bienfaits jouissent des mêmes honneurs que les dieux, et sont vénérés sous des dénominations pareilles; que si l'on a pu se livrer à des jeux d'imagination dans la fable, c'est en altérant la vérité de l'histoire › Pourquoi Philon, plus choqué du symbolisme que de l'anthropothéisme, n'aurait-il pas partagé ces opinions? OBJEC. Mais Eusèbe, dit M. Lobeck, a fait usage 1x livre, c. 4, des Nuits attiques, comme ayant re cueilli des fables. Polémon est indiqué par Ma crobe au ve livre des Saturnales, c. 19, comme au teur d'un traité rwr лorajŵr. Le même Macrobe (ibidem) a con servé quatre vers de la tragédie d'Eschyle qui porte le titre d'Etna.-Palaphatus est assez connu comme ayant interprété historiquement la fable, par le fragment qui nous reste de son livre et par les citations de ses autres ouvrages recueillis par Fischer p. 64 de son édition de cet écrit. Jean Tzetzès dans son Exégèse de l'Iliade publiée par M. le prof. Hermann, à la suite du Draco Stratoni censis, p. et dit (lege Ce plalion, Palaephatus, Domnninus et autres ont en ployé plus généralement Fallégorie historique, au lieu de la physique ou mathématique.—La ville de Saturnia est nommée par Tertullien (c. 10 Apolog.) comme portant encore ce nom: Civitas quam depa laverat, Saturnia usque nunc cst. Voyez le ch. 22 de l'Octavius de Minutius Félix. J'ai appelé les dieux misto d'après Diodore de Sicile, I. ut, p. Le menre Diodore dit que Saturne fonda le gouvernement monar chique dans toutes les contrées de l'Occident: AuvaΛεγομένους μὲν Χριστιανούς, ὄντας δὲ ἀθέους καὶ ἀσεβεῖς αἱρεσιώτας. 77. Οἱ δὲ Φοίνικες κατὰ τὴν τῆς ὁμωνυμίας σύγ χυσιν, ἢ κατά τινα ἄλλην αἰτίαν, ἄλλως πῶς περὶ Κρόνου ἔχουσιν, ὡς ἐκ τῆς δευτέρας τῶν Φοινικών τοῦ Ἐρεννίου Φίλωνος ἔστι λαβεῖν· καὶ βασιλεῦσαι δὲ αὐτὸν ἡ ἱστορία παλαιὰ δίδωσιν, ὡς ἔμπροσθεν ἀφηγησάμην, κατά τε τὴν Λιβύην καὶ Σικελίαν καὶ τὰς Ἰταλίας χώρας· καὶ πόλιν κτίσαι, ὡς ὁ Χάραξ φησί, τὴν ἀπ' αὐτοῦ λεγομένην Κρονίαν, νῦν δὲ Ἱερὰν πό λιν ὡς Ἰσίγονος περὶ τῶν Λυβικῶν θεῶν, καὶ Πολέ μων, καὶ Αἰσχύλος ἐν τῇ Αίτνῃ περάγνασιν. Ωσαύτως Ἱερὰ ἡ ἱστορία κατὰ τὸν Εὐήμερον ποικίλους λόγους περὶ τῶν λεγομένων θεῶν ἀπογράφουσα, θεοὺς ἐπισ γείους γενέσθαι ἀποκαλύπτει, οὓς τὸ ὕστερον γένος ἀνεκάλεσεν οὐρανίους. Παλαίφατος δὲ ὁ Περιπατητικὸς ἐν τῷ περὶ Διονύσου φησὶν τοὺς εὐεργέτας τῶν (ἀπολαύειν) τῶν θεῶν, καὶ προσηγορίαις τιμηθῆναι κἂν ταύτῃ χαριεντισθῆναι μὲν μυθικῶς, τὴν δὲ ἱστο ρίαν πεπλανημένως παραδεδόσθαι. Περὶ τῶν ἐν Σικελίᾳ θαυμαζομέ Περὶ ἀπίστων, 5 4,: Κεφαλίων δὲ καὶ Παλαίφατος καὶ Δομενίκος καὶ ἕτεροι περὶ τῶν Ἡώων καὶ τερα στίων ῥητορικῶς ἱστορικῶς) ὡς ἐπιτοπλείστον καὶ οὐ φυσικῶς ἢ μαθηματικῶς Αλληγόρησαν. ο 250, περὶ τῶν ἐπιγείων θεῶν, πολλοὶ καὶ ποικίλοι παραδέδονται λόγοι. στοῦσαι δέ φασι τὸν Κρόνον κατὰ Σικελίαν καὶ Λι Εύην, ἔτι δὲ τὴν Ἰταλίαν, καὶ τὸ σύνολον ἐν τοῖς πρὸς Εσπερον τόποις συστήσασθαι τὴν βασιλείαν.
col. 1695–1696page 12 of 21
PG 21:1695d'un auteur inconnu aux premiers apologistes. REP. Le plan d'Eusèbe diffère de celui des au tres apologistes. Ceux-ci ne s'étaient proposé que de défendre les Chrétiens des imputations répan dnes sur leur compte, et de les délivrer des persécutions cruelles auxquelles ils étaient en butte. Les auteurs communs et les écrits contemporains suffisaient à leurs besoins. Au lieu de cela, Eu sèbe veut démontrer l'économie de Dieu dans la vocation des gentils, et remonte aux sources. Se rait-on plus satisfait de voir figurer les sibylles dans vingt pages de son recueil, comme elles re paraissent sans cesse dans Lactance et dans Clé ment d'Alexandrie (1)? Non que je les accuse d'en être les auteurs, mais d'en avoir fait un usage qui ne pouvait être de bonne foi. Quant à la citation commune à tous, d'Orphée. elle ne roule pas sur l'authenticité du passage, mais sur la sincérité ou la mauvaise fois d'Eusèbe en copiant Aristobule, ce que nous attaquerons incessamment. OBJEC. Si Sanchoniathon, continue M. Lobeck, contemporain de Sémiramis, a trouvé dans les an ciens monuments de sa patrie les preuves de ce qu'il avance, son autorité est irrefragable. REP. Non, pas plus que celle de Manéthon et de Bérose avec leurs piliers sacrés, bien moins su jets à l'altération, par conséquent à induire en erreur; et puis je crois qu'il y a ici équivoque. M. Lobeck parle de Sémiramis, la conteinporaine d'Abraham, suivant la chronique d'Eusèbe, et il faut la rapporter 800 ans plus tard, d'après le cal cul de Philon, c'est-à-dire, vers la ville de Troie. Comment concevrait-on que du temps de Sémiramis Ir il y eût déjà de vieux monuments écrits? c'est impossible à penser; quelque haut que l'on veuille faire remonter l'écriture, elle ne peut aller jusque là. Sanchoniathon, contemporain de Priam, n'a précédé Homère et Hésiode que d'un siècle en viron. OBJEC. Après avoir brièvement repassé ce que Sanchoniathon dit des générations divines, M. Lo beck ajoute Si quelqu'un peut croire que les plus anciens théologiens phéniciens nous aient ra conté les hauts faits de Coelus, de Saturne, de Ju piter, à la manière d'Hésiode et d'Apollodore, toute fois en écartant l'idée de divinité; qu'ils les aient consignés dans leurs écrits; je ne disputerai et je mne contenterai d'adınirer comment il y a encore quelque Epimenide, qui, ayant dormi pendant deux cents ans, se réveille tout à coup pour croire ce pouvait être honorable à croire dans le siècle d'Huet. REP. Après ce brevet d'imbécillité donné à Huet et au xvi siècle, qui osera se porter comme dé fenseur de pareilles absurdités? ce sera M. Münter, évèque de Seeland, qui, dans son Traité de la re ligion des Carthaginois, ne laisse échapper aucune occasion de citer Sanchoniathon; je ne parlerai pas de Bochart, homme d'un siècle éminemment igno rant; mais Lacroze, Jablonski, qui tout en niant l'existence de Sanchoniathon ont reconnu dans ses fragments la vraie théologie phénicienne, puis les orientalistes, meilleurs juges dans cette question, qui ont tous adinis, sans résistance, l'exactitude de ces récits. Mais ne peut-on pas dire à M. Lobeck: Vous, Ce vaste esprit, dit Blondel dans l'ouvrage indiqué, p. 18, à qui rien n'échappait, qui pensait faire profit de tout, après avoir étalé avec une pompe admirable les dépositions de 250 auteurs païens tant philosophes qu'historiens e: poëtes, donné quartier aux plus exécrables hérétiques, ouvert son sein aux apocryphes, a aussi laissé prendre place à la fausse sibylle de laquelle le discours lui a semblé d'autant plus véritable qu'il servait directement son dessein. monsieur, qui maniez si agréablement la plaisante rie, n'y donnez-vous pas prise, lorsque vous conve nez que les mêmes choses qui sont si déraisonnables dans le phénicien, se retrouvent dans Hésiode et Apollodore? Pourquoi vouloir que j'admire en Alexandre ce que j'abhorre en Attila? Parce que ces auteurs jouissent d'une authenticité que San choniathon ne possède pas. Quoi! parce que des Jittératures entières ont disparu, on ne doit croire à aucun des débris échappés au naufrage? à qui les Grecs doivent-ils leur première civilisation et les premières notions de religion? n'est-ce pas aux émigrants venus du littoral occidental de l'Asie? On veut en attribuer l'honneur à l'Egypte; mais c'est à tort. Si l'Egypte y a contribué, c'est pour une faible part les Egyptiens, de l'aveu même d'Hé rodote, n'étaient pas navigateurs; c'étaient des es pèces de Chinois attachés à la glèbe, qui ne sortaient pas de chez eux. Que dans les siècles de civilisation quelques Grecs y aient été étudier leurs institu tions, je l'accorde; mais ce sont les premiers na vigateurs qui ont porté le feu sacré parmi les peu plades de la Grèce. Avant de visiter l'Italie, l'Es pagne et l'Afrique, les Phéniciens ont dù aborder ces plages plus voisines de leur patrie. C'est la Phé nicie qui la première confia à la puissance des vents l'admirable machine qu'on nomme vaisseau C'est donc à elle qu'on doit attribuer les premiers pas des Grecs dans la carrière de la civilisation; rien par conséquent n'est plus naturel que les emprunts qui leur ont été faits par ces derniers: quant à ceux qu'on veut qu'ils aient faits aux Grecs, cil faudrait, comme dit le proverbe, faire remonter les fleuves vers leur source et confondre tout › Pourquoi ajoutez-vous, en écartant l'idée de la divinité? Eusèbe en impose en soutenant, d'après le passage suivant de Porphyre, que les dieux avaient été hommes? Voici çe Porphyre qui, en continuant, déific, non plus le Dieu suprême ni ceux du ciel (les astres), mais des hommes nortels, et qui rend ce témoignage que tels sont les dieux auxquels l'univers rend hommage › Eusèbe, dis-je, en impose. Porphyre non plus qu'Hésiode, Sanchoniathon non plus qu'Apollodore, ne se rendaient pas ce témoignage: ils admettaient des générations divines dont ils ne s'expliquaient pas bien la nature, mais qu'ils séparaient de l'humanité. Porphyre est plus communément un symboliste: qu'on lise le Traité de l'antre des nym phes, et toutes ses observations répandues dans le Scholiaste homérique de Venise; qu'on lise les Fray ments du Traité des statuts au troisième livre de la Préparation évangélique, on restera convaincu de cette vérité. Or, il est présumable qu'Eusèbe, par cette remarque, a voulu le mettre en opposition avec lui-même, puisqu'il appuie de son autorité une doctrine toute contraire. Dans une autre cir constance i oppose son recueil de la Philosophie par les oracles qui prescrit les sacrifices d'animaux, à son traité de l'Abstinence qui les repousse. Je ne trouve nulle part que Sanchoniathon ait déclaré, plus qu'Hesiode, que les dieux étaient des bom mes. OBJEC. M. Lobeck revient au silence des pre miers apologistes, et de Josèphe qui prétendait avoir fouillé les archives de Tyr. Prima ratem ventis credere docta Tyros. (Ti bull. Eleg. lib. 1, eleg. 7, vers. 20. (Eurip. Médée, 410.)'Ανω ποταμῶν ἱερῶν χωροῦσι παγαὶ Καὶ δίκα καὶ πάντα πάλιν στρέφεται. Ὁ δὲ προϊὼν οὐ τὸν ἐπὶ πάντων Θεὸν, οὐδὲ μὲν τοὺς κατ' οὐρανοὺς, θνητούς δ' ἄνδρας θεολογεῖ, καὶ μαρτυρεί τούτους εκείνους εἶναι τοὺς εἰσέτε θεοὺς παρὰ τοῖς πᾶσι νενομισμένους.
col. 1697–1698page 13 of 21
PG 21:1697REP. Mais je doute qu'il y eût des archives à Tyr depuis la ruine de cette ville par Alexandre; toutes les autorités de Josèphe sont récentes, ex cepté Mochus, qu'il ne connaît que par la traduc tion de Lætus; ce sont Hypsicrate, Théodote, Dius, Ménandre, Hiéronyme d'Ephèse. Et puis, qu'aurait cherché Josèphe dans Sanchoniathon qui put lui être utile? le déluge et la confirmation des écrits mosaïques? c'est justement ce qu'il passe sous si lence. Il lui fallait Bérose qui déclare que, de son temps, c'est-à-dire après Alexandre le Grand, il subsistait encore des parties de l'arche, malgré l'em pressement des habitants à enlever le bitume qui servait à des maléfices Certes, Sanchonía thon est surpassé en exagération par Bérose dans ce récit, s'il est bien authentique. Nicolas de Da mas, également cité par Josèphe, dit aussi que ces débris subsistaient de son temps, c'est-à-dire sous Auguste; voilà ce que Sanchoniathon ne pouvait offrir à Josèphe Pour répondre à la question du silence des apo logistes, on doit observer que les autres apologis tes trouvaient dans les auteurs contemporains ou les plus répandus tout ce qu'ils voulaient prouver. Leur plan différait de celui d'Eusèbe. Et puis quand ils auraient cité Sanchoniathon, M. Lobeck aurait-il déféré aveuglément à leur témoignage? je n'en crois rien, et j'appuie mon opinion sur ce qu'il dit Il est constant que dans ces temps où les re ligions anciennes et nouvelles, étrangères et do mestiques, luttaient entre elles, on a interpolé avec la plus grande imprudence les livres sacrés et pro fanes, on a été jusqu'à ce point d'attribuer à Ho mère des vers qui lui sont purement étrangers ▸ Puisqu'il enveloppe tous les écrivains chrétiens dans une condamnation générale d'interpolation, Eusèbe n'aurait eu que des complices, si d'autres que lui avaient cité les mêmes fragments; au fait, les nombreuses citations des sibylles ne leur don nent pas plus d'authenticité. En général les apologistes étaient peu délicats sur le choix des autorités; les vers sibyllins, surtout après ce qu'en avait dit Celse, ne devaient plus reparaître, et plusieurs les citent, parmi lesquels Eusèbe fait exception. Néanmoins ayant à accuser Clément d'Alexandrie à cet égard, je vois que M. Lobeck est son défenseur, et que dans la citation d'Orphée commune à tous deux, mais accrue de quelques vers dans Eusèbe, il ne voit de falsifié que cette augmentation. On voit, dit-il, la stupidité d'Eusèbe dans l'in vention de semblables fables, par les vers pris du Testament d'Orphée; je ne parle pas de ceux qui lui sont communs avec Clément d'Alexandrie, mais de ceux dont lui seul fait usage, et qui sont com plétement judaïques. ▸ En prenant sous sa protection Clément d'Alexan drie, voilà un certificat bien explicite d'imbécillité, joint à celui de mauvaise foi, dont Eusèbe n'avait pas encore été gratifié. L'accusation est trop grave Ant. Jud. \. 1, c. 3, n. 6. Walckenaer in Aristobulo, p. 18, l'appelle in historia fabulator. Aglaophamus, p. 1275. Prép. évang. 1. xi, c. 12, p. 663. C'est ce que nous croyons aussi. En consé quence, nous ne croyons pas qu'Aristobule ou mêine Onomacrite aient inventé les vers orphiques. Ono macrite les a peut-être mis par écrit, ou traduits en un langage plus moderne, où mis en ordre et édités, comme les Pisistrates l'ont fait des poèmes d'Hoinė re; mais ces doctrines sont des traditions antiques; et il y a des choses que l'on n'invente pas. Aussi pour ne pas excuser quelque développement dans la réponse, c'est ce que nous ferons dans l'article suivant. Examen des vers tirés d'Orphée, cités par saint Jus tin, Clément d'Alexandrie et Eusèbe. Eusèbe ne les a pas inventés, mais il les a empruntés à Aristobule. Preuves de l'existence d'Aristo bule. Comme nous l'avons promis à la fin de l'article précédent, nous allons défendre Eusèbe contre l'ac cusation portée par M. Lobeck d'avoir inventé les vers d'Orphée qui se trouvent dans la Préparation évangélique. Parmi les auteurs cités par Eusèbe, on remarque Aristobule, Juif savant et philosophe péripatéticien, qui vivait à la cour de Ptolémée Philométor, auquel il a dédié des interprétations des Livres saints. Pour faire valoir auprès de ce prince la doctrine qui y était contenue, il n'a pas craint d'interpoler les an ciens poetes grecs, dont il alléguait le témoignage comme appuyant ces mêmes doctrines. Eusèbe, dans un fragment de cet auteur rapporte des vers or phiques, qui en font partie, évidemment supposés, où sont professés non-seulement l'unité de Dieu et sa puissance infinie, ainsi que toutes les doctrines judaïques, mais même Abraham y est indiqué claire ment, aussi bien que Moïse. qui appartient cette supposition? Walckenaer, qui a laissé une Dissertation posthume sur Aristobu le, la lui impute complétement; tandis que M. Lo beck en accuse Eusèbe, mais seulement pour les deux vers qui désignent Moïse. Est-ce par indul gence pour Eusèbe qu'il borne ainsi son accusation? Non; c'est par la force des choses. Expliquons nous Il ne se peut que ces vers aient été totalement fa briqués par Aristobule. Il a travaillé sur un premier canevas dû aux pythagoriciens, qui ont beaucoup fait parler Orphée. Il a donc ajouté suivant les vrai semblances ce qui est étranger à leurs idées et hors de leurs connaissances Le vers orphique cité par Eusèbe remonte à une haute antiquité; on y a fait de nombreuses allu sions, et il paraît avoir été une formule sacramen telle dans les mystères Le voici Callimaque l'a parodié dans l'Hymne à Apollon Platon y fait une allusion évidente dans le Bi.n quet Le passage suivant de Denys d'Halicarnasse faisons-nous quelques réserves sur plusieurs des opinions émises dans cet article. Le directeur, A. BONNETTY. C'est l'opinion de M. de Sacy sur Sainte-Croir, t. 1, pag. 349, quoique Lobeck le conteste. Aglaopha mus, l. 11, p. 451. Je parle à ceux qui ont droit de m'entendre; termez les portes aux profanes. Combien ce laurier d'Apollon est agité! Com bien cet antre (est terrible) I arrière, arrière, tout profane (Vers 1.). Vous tous, esclaves, et s'il est quelque autre profane et doué de sentiments grossiers, bouchez vos oreilles en y appliquant de grandes clôtures. (Banquet, OEuvres in-fol. p. 218.)Ἔτι μέρος τι εἶναι, καὶ κομίζειν τινὰς τῆς ἀσφάλτου ἀφαιροῦντας, χρώνται δὲ μάλιστα οἱ ἄν θρωποι τῷ κομιζομένῳ πρὸς τοὺς ἀποτροπιασμούς. Φθέγξομαι οἷς θέμις ἐστὶ, θύρας δ᾽ ἐπίθεσθε [βεβήλοις Οἷον ὁ τῶ πόλλωνος ἐσείσατο δάφνινος ἔρπηξ, Οἷα δ' ὅλον τὸ μέλαθρον, ἑκὰς ἑκὼς ὅστις ἀλι [τρός Οἱ δὲ οἰκέται καὶ εἴ τις ἄλλος ἐστὶ βέβηλος τε, καὶ ἄγροικος πύλας πάνυ μεγάλας τοῖς ὠσὶν ἐπί θεσθε
col. 1699–1700page 14 of 21
PG 21:1699semble encore se rapporter à ces mystères: Mustη D'ailleurs, l'expression de 35λos, profane, n'avait d'acception que sous le rapport des mystères, et les allusions à ce vers se conservèrent même dans les mystères chrétiens. On employait cette formule à cet endroit du sacrifice où l'on faisait sortir ceux qui n'étaient pas entièrement initiés Mais, sans parcourir l'histoire de chacun de ces vers, je me bornerai à dire qu'ils ont été cités avec plus ou moins d'étendue par Justin le Martyr, Clé ment d'Alexandrie et Eusèbe. Justin les rappelle dans deux ouvrages: l'Exhor tation et le Livre de la monarchie, au nombre de 21. Dans l'un comme dans l'autre, il reconnaît le Dieu suprême mais il lui donne le nom de Jupiter Il annonce ces vers comme tirés du poëme adres sé à Musée, production pythagoricienne. On doit donc en conclure que ce Père n'a point connu l'édition d'Aristobule ou a négligé d'en user. Il n'en est pas de même de Clément d'Alexandrie; non-seulement il l'a connu, puisqu'il le nomine, mais dans la citation qu'il fait de 7 vers, dans l'Ex hortation aux gentils, ils sont semblables aux 7 pre miers de Justin. Puis il ajoute le premier mot du 8 suivant l'édition d'Aristobule: &ávatov; el, écartant la fin de ce vers qui sent le judaïsme, il continue: Elta Soбàę diap 8 vers de Justin, et qui serait ainsi le 9 de Clé ment. Déjà il avait écarté un 3ª vers qui trahissait le Juif Si, cependant, Clément n'avait cité que ce lambeau, on pourrait méconnaître l'usage qu'il a fait d'Aris tobule; mais au ve des Stromates, p. 723, il rappelle les derniers finissant par ¿ðávatov, et ajoute: ‹ Or Ces choses semblent ne convenir qu'aux mys tères et ne pouvoir être divulguées; en sorte que je ne serais pas répréhensible si j'invitais ceux qui y ont droit à s'approcher, à prendre part aux mystères de l'éloquence, et si je prescrivais de fermer la por te aux profanes. (De la composition des noms, n° 25.) Voir Casaubon, Exercit. xvI, adversus Baro nium. Brisson, en tête de son traité De formulis, donne les nombreuses imitations qu'en ont faites les poëtes latins. Il réprouve la leçon Brot, et y subtitue qui est la moins générale. On trouve cependant Bois dans le scholiaste de Sophocle (OEdipe à Colone), cité par Suidas au mot Sonhos. Wesseling, au contraire, défend le nomina tif, dans une Dissertation sur Aristobule, qui est imprimée à la suite de l'ouvrage de Walckenaër sur cet auteur. Il est un, né de lui-même, tout tire de lui phée a dit ces choses sur Dieu, qu'il représente comme invisible, et qui n'a été connu que d'un seul Chaldéen, soit Abraham ou son fils, qu'il veut indiquer par ces vers Certainement, Clément montre qu'il a puisé sa citation dans Aristobule; mais il évite de le nommer, passe sous silence le nom de Jupiter, et attribue au prétendu Orphée la connaissance d'Abraham or, il est douteux qu'il pût croire ce qu'il écri vait. Voyons ce qu'a fait Eusèbe. Dans un long frag ment qu'il cite d'Aristobule le Juif, se trouvent les mêmes vers, mais accrus de plusieurs autres avec toutes les marques de l'interpolation: ainsi le 2 et le 8 vers supprimés par Clément, ceux concernant Abraham, enfin deux autres, désignant évidemment Moïse et la loi inscrite sur les tables, se retrouvent ici Comme la loi l'a prescrit, comme l'a enseigné celui qui est né des eaux, ayant reçu de Dieu même le code gravé sur les tables. (Vers 36, 37.) Or, ce sont là les vers qui ont valu le titre d'idiot à Eusèbe, de la part de M. Lobeck. Poursuivons, et voyons si c'est le résultat d'une critique sage et approfondie. Qu'Eusèbe ait cru à l'authenticité de ces vers, je ne dirai pas comine venant d'Orphée, personne ne l'en croyait l'auteur; mais comme d'Onomacrite, de Cercops ou d'un pythagoricien quelconque, je ne le suppose pas il ne cherche pas à le faire croire. Mais citant Aristobule qui les à publiés, il les donne comme i les trouve dans cet auteur, qui devient son garant. Pour qu'il fut prévaricateur, il faudrait qu'il eût forgé toute la citation ou seulement une partie. Pour qu'il fût l'auteur du tout, il faudrait faire d'Aristobule un être de raison. C'est ce que Richard Simon, qui n'hésite pas quand il s'agit de créer des pseudonymes, ne se gêne pas de déclarer; les livres d'Aristobule et de quelques autres anciens auteurs qui ont écrit si favorablement des Juifs ont été supposés il laisse à d'autres le soin de démon trer qu'un Juif ne pouvait pas écrire favorablement de sa nation. Van Dale et Hody, en réfutant le récit d'Aristée, importunés de ce qu'Aristobule dit de la traduc tion de la Bible sous Philadelphe, cherchent aussi à J'anéantir. Leur grand argument est le silence de Josèphe et de Philon. Mais Isaac Vossius dit avec raison, en parlant du premier: «Quelle cause aurait son origine. (Vers 8.) Les yeux mortels de tous les mortels sont impuissants à voir Jupiter, le souverain universo. (Vers 15.) Ensuite ayant ajouté autre chose, Orphée dit Il est un, il est né de lui-même, tout tire de lui son origine. (P. 48.) Fuyant les lois de la justice posées par Dieu même dans la loi adressée à tous. Un seul, né du sang chaldéen, a pu connaître celui qui dirige le sort des mortels. Hist. crit. de l'Ancien Testament, l. 111, c. 23, p. 560. Append. observ. ad Melam, p. 67.ρίοις ἔοικεν ἤδη ταῦτα, καὶ οὐκ εἰς πολλοὺς οἷά τε ἐστὶν ἐκφέρεσθαι· ὥστ᾽ οὐκ ἂν εἴην φορτικός, εἰ παρ ρακαλοίην, οἷς θέμις ἐστὶν ἥκειν ἐπὶ τὰς τελετὰς τοῦ λόγου, θύρας δ' ἐπιθέσθαι λέγοιμι ταῖς ἀκοαῖς τοὺς βεβήλους Εἰς ἔστ', αὐτογενὴς, ἑνὸς ἔκγονα πάντα τέτυ [κται Πᾶσιν γὰρ θνητοῖς, θνηταὶ κόραι εἰσὶν ἐν ὅσο [σοις Ασθενέες δ' ιδέειν Διὰ τὸν πάντων μεδέοντα Παλαιὸς δὲ λόγος περὶ τοῦδε φαείνει, ῥήδην ἐπιφέρει Εἰς ἔστ', αὐτογενής, ἑνὸς ἔγκονα πάντα τέτυ [κται Φεύγοντες δικαίων θεσμοὺς θείοιο τεθέντος Πᾶσι νόμου.... βεβήλοις, Οὐ γὰρ κέν τις ἴδοι θνητῶν μερόπων κραίνοντα, Εἰ μὴ μουνογενής τις ἀποῤῥὼς φύλου ἄνωθεν, Χαλδαίων Ὡς λόγος ἀρχαίων, ὡς ὑδογενής διέταξεν, Ἐκ θεόθεν γνώμαισι λαβών κατὰ δίπλακα θε [σμέν Ὀρφεὺς καὶ ταῦτα λέγει. περὶ Θεοῦ· ἀό ρατον αὐτὸν, μόνῳ γνωσθῆναι ἑνί τινί φησι, τὸ γένος Χαλδαίῳ, εἴτε τὸν ᾿Αβραὰμ λέγων τοῦτον υἱὸν τὸν αὐτοῦ, διὰ τούτων.
col. 1701–1702page 15 of 21

pu porter Josèphe à parler dans son histoire d'Aris tobule? on peut dire la même chose de Philon. Il y a trop de garants de l'existence d'Aristobule, pour qu'on puisse la révoquer en doute Or, si Aristobule a vécu, s'il a composé des com mentaires sur les livres de la loi, avons-nous une raison suffisante de croire qu'il n'ait pas altéré les vers qu'il empruntait à la littérature hellénique? Serait-ce à cause de son caractère? nous ne le connaissons pas; ou parce que les vers qu'on lui attribue n'auraient pu sortir de sa plume? telle serait une allusion à Jésus-Christ et à la loi nouvelle coin me les vers sibyllins en sont remplis. Mais Abraham, Moïse, les tables de la loi, sont mieux placés dans la bouche d'un Juif que dans celle d'un Chrétien. Comment, quand la loi nouvelle qui était venue dé truire l'ancienne, brillait de tout son éclat aux yeux de ses adeptes, Eusèbe n'aurait eu de talent poéti que que pour célébrer le culte qu'il désertait? Ce serait bien alors qu'il mériterait l'épithète que lui a accordée M. Lobeck. La candeur des Juifs était-elle si grande qu'on ne puisse leur attribuer aucune fraude pieuse? Les li vres apocryphes de l'Ancien Testament, les fables comprises dans la relation d'Aristée sur la version des Septante, ces historiens auxquels Josèphe nous renvoie comme des autorités étrangères à sa nation, sont-ce des écrits exempts de suspicion? Si enfin, on ne voyait des coupables que parmi les Chrétiens, Clément partagerait le blame d'Eusèbe, car il a ouvert la voie en indiquant Abraham, comme celui-ci a fait pour Moïse, avec cette différence que Clément assigne à Orphée lui-même ce qu'Eusèbe ne fait remonter qu'à Aristobule; ou bien il faudrait croire qu'Aristobule est coupable de la première interpolation, et qu'ayant assez falsifié le texte pour y introduire le père des croyants, il n'aura pas été assez audacieux pour indiquer Moïse. On sent com bien cette supposition est improbable. ces arguments, Walckenaër en a ajouté un qui me parait péremptoire. Si Eusèbe avait supposé des vers d'Orphée qui lui donneraient la connaissance du vrai Dieu telle que les Juifs la possédaient, et qu'il eût fait apparaître Abraham et Moïse dans ses écrits, il se serait bien gardé de renverser cette combinaison en le faisant parler dans un sens tout à fait contraire au langage qu'il aurait prêté. C'est cependant ce qu'il a fait dans un autre passage où nous lisons une cita tion de Porphyre, dans laquelle ce philosophe, vou lant fonder le symbolisme, cite un long passage orphique où Jupiter n'est pas l'ame du monde, mais est le monde tout entier Le ciel est sa tête, les astres sa chevelure, le soleil et la lune ses yeux, l'éther son esprit, la terre son ventre, la mer sa ceinture, etc. Voici sur ce mor ceau la réflexion d'Eusèbe: Telle est donc, ô Voir sur Aristobule le 11 livre des Machabées, ch. Origène, Contre Celse, IV, 543; Anatolius cité par Eusèbe, Hist. eccl. vi, 32, 287; Cyrille, Contre Julien, 1v, 134; Clément, Eusèbe, et saint Jérôme, De viris illustribus, c. 36. On peut consulter Walckenaër, ch. VII, De Aristobulo: il administre, ch. xx, une preuve curieuse: ce sont des plagiats de Clément, qui a copié plusieurs fois mot pour mot Aristobule sans le nominer. Ce n'est pas le seul exemple d'un pareil larcin de la part de Clément d'Alexandrie. Musonius, cité par Stobée, p. 49, tome 1er de l'éd. de Gaisford, avait dit ce que celui ci répète dans son Pédagogue: La chaussure est presque une prison, Eyyús ott. Aussi Ruhnkenius, dans le Dictionnaire platonique de Timée, dit-il: Je m'étonne que ce larcin, ainsi que plusieurs autres dont Clément s'est Porphyre la peinture que les vers cités par vous nous font de Jupiter. Mais je n'aperçois dans tout cela que l'univers visible: l'éther, forme son en tendement, et les autres parties du monde, son corps. Comment donc Orphée le Thrace, ou tout autre a-t-il pu concevoir une semblable divinité sans y rien reconnaître d'intellectuel, rien qui appartînt à une essence invisible et incorpo relle?▸ Je crois en avoir dit assez, peut-être trop, pour décharger Eusèbe de l'imputation d'avoir inséré deux vers de sa composition dans une citation or phique. M. Lobeck l'accuse encore (car de quoi ne l'accuse-t-il pas?) d'avoir ajouté dans Josèphe le célèbre passage sur Jésus-Christ; mais comme ceci n'est pas renfermé dans les 15 livres de la Prépa ration évangélique, j'en écarte la discussion, et je passerai dans l'article suivant à l'examen des écri vains modernes qui se sont faits les soutiens de l'au thenticité du fragment de Sanchoniathon. Ecrivains modernes qui ont soutenu l'authenticité des fragments de Sanchoniathon. Vossius. Bo chart. John Jackson. Van Dale. Fourmont. Huet. Cumberland. Goguet. Parmi les auteurs qui ont admis l'authenticité des fragments de Sanchoniathon, et qui ont fondé une théo rie quelconque sur les traditions qu'ils contiennent, il n'en est point qui aient entrepris une justification de son ouvrage proprement dite, sans y mêler leurs idées systématiques sur ce livre. S'ils ont répondu à quelques critiques, ce n'est que transitoirement ils ont plutôt considéré ces extraits comme un fon dement solide sur lequel ils ont bâti les systèmes que leur imagination enfantait. Ainsi, les uns s'en sont servis pour confirmer les récits de Moïse, com me Huet et Fourmont; d'autres, pour débrouiller la chronologie des anciens peuples, comme Cuni berland; el par les essais infructueux d'une imagi nation vagabonde, ont autant décrié ces fragments qu'ont pu le faire ceux qui les ont argués de faux ainsi que Rien n'est plus dangereux qu'un imprudent ami. Gérard Jean Vossius, dans son Traité des histo riens grecs, donne la première place à notre histo rien, et rend simplement compte de ce qu'Eusèbe et Porphyre en ont rapporté. Il est arrêté comme tous ceux qui ont parlé de cet auteur, par la diffi culté chronologique résultant du passage de Por phyre. Du reste, il n'élève aucun doute sur la sincé rité de ce récit, et soutient avec Ephore contre Dio dore de Sicile que les Barbares ont eu des historiens avant les Grecs. Bochart, dans le 2° chapitre du livre du Cha naan, passe en revue tout ce qui reste du récit de notre historien; il explique par la langue phéni cienne les noms propres qui y sont contenus; mais ce n'est que dans le 17° chapitre du même livre rendu coupable, n'ait pas encore été signalé. › Potter rapproche ces deux passages semblables dans ses notes. Eupolème, Hécatée, Démétrius, etc. L. 1, p. 100. les Malgré tout mon désir de réunir le plus grand nombre des ouvrages qui traitent de Sanchoniathon, il m'en a manqué plusieurs que je regrette de n'a voir pu lire; d'autres que je n'ai pas même cherché à me procurer. Les premiers sont l'Origine des cul tes de Dupuyla Symbolique de Creuzer Entretiens de Lacroze et son Thesaurus Epistolicus; Court de Gébelin, Allégories orientales;· Delisle de Salles, Histoire des hommes; non plus que les feuilles fugitives, journaux et dissertations acadé miques dont la Bibliothèque de Fabricius donne le recensement, et que je n'ai pu parcourir.

col. 1703–1704page 16 of 21

qu'il fait un examen critique de l'historien et de son ouvrage. Il justifie d'abord la traduction de son nom don née par Théodoret où Sanchoniathon est tra duit par dans le passage de la Oxu de Porphyre, tandis qu'Eusèbe donne pour leçon laws; il distingue l'Abibal, roi de Bé ryte, du père d'Iram, contemporain de Salomon. Il reconnaît Abraham dans Koóvos, et Sara dans Ano bret. Il est convaincu que Jérombal, prêtre de Jevo, est Gédéon, et explique longuement comment il a pu être qualifié de prêtre hébreu n'étant pas Lé vite, et comment, avant donné dans l'idolatrie de Baalbéryte, ainsi que ses successeurs, il a pu faire alliance avec un roi de Béryte. Il s'efforce pénible ment de rapprocher Gédéon de Sanchoniathon. La difficulté, résultant de la fondation de Tyr, qui ne précède la prise de Troie que d'un petit nombre d'années, l'arrête. Il ne s'en rend compte qu'en prouvant que le nom de Tyr était commun à ´plu sieurs localités, et déclare que ce mot veut dire en phénicien Rocher. Lorsque Astarbé immole un aster, sorte d'aigle, èv Túpy tỷ ȧyia výow, dans Tyr, l'ile sainte, ce n'était pas une ville, selon Bochart. L'ouvrage du docteur John Jackson, qui est une Revue chronologique des anciens peuples contient dans le troisième volume la chronologie phénicien ne, puisée entièrement dans Sanchoniathon. Dans les notes, il discute les difficultés chronologiques du texte, telles que la coïncidence des temps de Sémi ramis, et de la guerre de Troie, Abibal, Sanchonia thon, et Jérombal. Il croit d'abord que Porphyre a dit que Jérombal et Sanchoniathon avaient vécu en même temps, savoir, sous Abibal. J'ai montré qu'il dit expressé ment le contraire; il remonte Sémiramis à l'époque où Eusèbe, dans sa Chronologie, l'a placée, 800 ans avant la guerre de Troie. C'est une question indiffé rente pour comprendre l'époque où vécut Sancho niathon; il suffit de reconnaître qu'à tort ou non, on l'a faite contemporaine de la prise de Troie. Si l'on n'admet ce point, il n'existe plus que trouble et confusion dans les dires de Philon et de Porphyre. Ussérius a adopté cette chronologie; il l'a donc crue rationnelle Mais encore une fois cela ne nous concerne pas; il nous suffit de connaître la pensée de nos guides. Jackson cherche, après Bochart, quels sont les écrits en caractère ammonéens, dont Philon dit que Sanchoniathon a fait usage pour la rédaction de son histoire: c'est ce que nous rechercherons plus tard. Puis, il traduit tout ce morceau; après quoi il examine les titres de l'auteur à la crédibilité. Après avoir dit que l'écrit de Dodwell ne méritait pas une réfutation sérieuse, il cherche à donner des dates aux événements contenus dans les récits, et déclare que Bochart, Cumberland, et surtout Huet, n'y ont rien compris. Je ne sais si d'autres chronologistes ne lui feront pas le même reproche; car il mêle le récit de Moïse, le déluge et la disper sion dans une relation qui y est tout à fait étran gère. Je crois que c'est une mauvaise marche; au surplus, son ouvrage ne supposant aucun doute sur la véracité du récit de Sanchoniathon, il ne cher che pas même à la prouver. Iluet, cet apologiste moderne, a beaucoup imité les anciens par le feu de critique avec lequel il adopte les témoignages favorables à la Démonstra tion évangélique. Nous avons vu cependant qu'il re P. 18 de la Thérapeutique. Londres, 1752, 3 vol. in‑4º. Annal. Vet. Test., p. 44. Voici les divinités ou les héros sous les noms desquels Moïse se trouve caché, d'après Huet Eaque, Esculape, Amphion, Anubis, Apis, Apol pousse Orphée et les sibylles. On ne doit donc pas l'accuser tout à fait de mauvaise foi. Mais suivant son plan favori qui place Moïse comme une divinité commune dans toutes les mythologies, il s'est em paré de la cosinogonie de Sanchoniathon comme étant copiée sur celle de Moïse, et fait des rappro chements qui sont loin d'être admissibles. Taautos, dont Sanchoniathon a compulsé les écrits, n'est que Moise. La preuve en est sensible. Taau tos a décrit l'origine des choses: Moïse également. Il est vrai que l'un est un peu matérialiste, qu':1 ne connait de cause première que la matière, tan dis que l'autre fait tout dépendre de la volonté di vine; mais il ne tient pas compte de cette différen ce. Taautos a trouvé les lettres; Eupolémus, cité par Clément d'Alexandrie, attribue la même décou verte à Moise, et tous les raisonnements qui suivent sont de la même force. Jérombal, qui est Gédéon, lui a donné ses commentaires. Qu'est-ce autre chose que les livres de Moïse? Mais alors comment en a-t-il aussi peu profité? Par des arguments aussi concluants, il cherche à prouver que l'Hercule ty rien, Mélicharte, n'est autre que Josué. N'est-il pas déplorable qu'avec une grande érudition, et je le suppose, l'amour de la vérité, luet ait cru porter la conviction dans les esprits par un semblable abus de la science; et que, voulant élever un monument à la défense de la religion, il l'ait déparé en l'ap puyant sur des bases aussi frêles? Si les choses étaient ce qu'il dit, évidemment on devrait attribuer à une fraude pieuse la rédaction des fragments de Sancho niathon; mais on devrait aussi s'inscrire en faux contre toutes les mythologies dont il a fait le mėne usage Van Dale a dirigé contre cette personnification de Moïse et de Gédéon une réponse qui était facile la sienne ne se distingue ni par la pénétration ni par l'érudition. L'anachronisme, dont il croit Por phyre coupable relativement à Gédéon-Jérombal, qu'il suppose contemporain de Sanchoniathon, ne tient qu'à la fausse interprétation du texte grec. En ré tablissant le vrai sens, on repoussera le moyen d'attaque de Van Dale, et on laissera à Sanchonia thon la possibilité d'avoir profité de mémoires four nis par Gédéon à un roi Abibal, son contemporain. Ce que Huet avait entrepris sommairement dans sa Démonstration évangélique, ce que Bochart a plus développé dans son Chanaan, Fourmont l'a bien amplifié dans ses Réflexions critiques sur l'his toire des anciens peuples, dans lesquelles un volume presque entier est consacré à comparer chaque gé nération de Sanchoniathon, et chaque membre de cette génération avec les races bibliques qu'il croit représentées par les divinités du théologien phénicien, tantôt se rapprochant, tantôt s'éloignant des expo sitions données par ses devanciers. Il est tellement confiant dans ses propres découvertes, qu'il les propose avec une confiance qui ne lui permet pas de croire qu'on puisse ne pas applaudir à son sys tème. En effet, il ne fallait pas moins que l'aveugle ment qui caractérise tous les faiseurs de systèmes pour ne pas se rendre le témoignage de l'incerti tude d'un travail semblable au sien; et l'impossibi lité de faire passer dans l'esprit de ses lecteurs la conviction dont il est pénétré. Sera-ce au moyen de quelques ressemblances de noms, de quelques coin dences d'une espèce quelconque, qu'on justifiera ce parallèle qui deviendrait précisément suspect par une contormité qui, au reste, n'existe nullement en lon, Aristée, Bacchus, Cecrops, Evandre, Eumol pe, Faune, Janus, Linus, Marnas, Mercure, Mi nos, Mnevis, Orphée, Osiris, Pan, Persée, Priape, Prométhée, Rhadamante, Sérapis, Sylvain, Tirésias, Typhon, Vertumne, Vulcain, etc.

col. 1705–1706page 17 of 21

tre ces récits? Comment supposer qu'un livre, où l'origine des choses est exposée sans que le grand bouleversement du déluge y soit mentionné, puisse avoir de l'analogie avec le récit de Moise? Comment confondre dans un même individu (et c'est l'idée favorite de Fourmont) le Cronos de Sanchoniathon, si inhumain envers tous les siens, avec l'Abraham de Moïse qui se fait remarquer parmi les descen dants de Noé, par le sentiment religieux, et par les devoirs domestiques et sociaux, et est justement appelé le père des croyants? Au reste, le livre de Fourmont a rencontré, dès son apparition, une dé faveur à peu près universelle. Sa présomption lui a fait même commettre une erreur de précipitation, en faisant de Thabion le père de Sanchoniathon, lorsque Philon déclare positivement que Thabionidès avait altéré par des allégories les traditions de Taau tos que Sanchoniathon avait fidèlement représen tées. On serait tenté de croire que Fourmont n'a pas complétement étudié l'écrit qui lui servait de thème. Quoi qu'il en soit, cette manière de vouloir rap procher des mythologies différentes et absolument étrangères l'une à l'autre date de loin. Hérodote s'est épuisé en vains efforts pour retrouver chez les Grecs les représentants des dieux de l'Egypte. Var ron et Cicéron ont comparé dans le même esprit les divinités de la Grèce et de l'Italie. Les moder nes ont rapporté à l'Ecriture sainte les traditions re ligieuses des diverses nations de l'antiquité, sans que les efforts également infructueux des devan ciers aient détourné de nouveaux venus de se lancer dans la même carrière avec un résultat pareil. II semble que le simple bon sens devait en dissuader. Par quelle communication secrète des peuplades devenues sauvages après la dispersion, et toutes ab sorbées par les soins de la vie animale et les em barras d'une société naissante, se seraient-elles ac cordées pour rendre un culte unanime à des dieux iden tiques, bien que diversement nommés, et qui n'ont rien de commun dans leurs actes? Voilà, certes, ce que je ne saurais m'expliquer Cumberland, évêque de Peterborough, a laissé en mourant un gros volume in-8°, intitulé: Sanchonia tho's Phænician history, où, par une marche contraire à Huet, loin de voir dans ce récit une sorte de parodie de la Genèse, il l'y croit entièrement opposé Il re pousse toute interprétation spiritualiste de son en semble, et combat Bochart qui, par les Zophasemim, veut entendre les anges, résidant dans les astres, Zwa voɛpá. Il y reconnaît les astres eux-mêmes. Voici d'ailleurs son système Moïse a transmis la filiation de Seth jusqu'à Noé, parmi lesquels s'est conservée, non sans altération, la connaissance du vrai Dieu. Sanchoniathon a trou vé, dans les récits dictés par Taautos, et rédigés par les Cabires, l'histoire de la descendance de Cain, qui embrassa bientôt l'uranothéisme et l'anthropothéisme. Un nombre de générations, à peu près égales, selon lui, de part et d'autre, a donné lieu à des rappro Nous laissons subsister ces paroles de M. Sé guier; mais nous ne sommes pas de la même opi nion. La cause de notre dissentiment avec le savant académicien provient de ce que nous partons de deux points de vue diamétralement opposés. Nous soutenons que les premiers peuples n'ont pas été sauvages et sans relations entre eux. Au contraire, ils ont commencé par être tous réunis, et réunis en société civilisée; l'état sauvage, horné à un petit nombre de peuplades, n'est venu que longtemps après. Les communications des peuples n'ont donc pas été secrètes, et ils ont pu adorer des dieux iden tiques sous des dénominations diverses. Cette doc trine est fondée sur la Bible d'abord, et sur toutes les recherches ensuite. Nous ne doutons pas que M. Sé guier, Chrétien et érudit comme il l'est, n'a chements qui vont assez bien jusqu'à la dixième génération: celle de Noé. Mai ici se présente une difficulté presque insur montable. Le déluge universel dans Moïse a détruit toute la race de Cain. Un seul descendant de Seth a survécu à ce désastre. Sanchoniathon n'en dit pas un mot, non plus qu'aucun des écrivains antérieurs à Bérose (129 olympiade), non plus que Diodore de Sicile, bien postérieur à Bérose. C'est donc par une couture très-suspecte, que l'évêque de Peterbo rough rattache à la ligne de Noé les généra tions suivantes, que Sanchoniathon dérivait sans interruption des Cainites. l'aide de change ments ou de retranchements de lettres, pour les quelles il semble que les langues orientales ont une flexibilité toute particulière, il fait reparaftre les premiers rois d'Egypte d'après le canon d'Eratos thène, qu'il rattache ainsi aux générations de San choniathon, en repoussant les dynasties de Manéthon comme fabuleuses. Une digression sur les pasteurs phéniciens, qu'il est loin de prendre pour les Juifs avec Josèphe, présente de l'intérêt. Mais il est im possible d'entrer dans un examen détaillé de cet ou vrage, à moins de le reproduire. Il ne confond point Cronos avec Abraham, comme le font Bochart et Fourmont; il en fait Cham, et Uranus est Noé. Chna est le premier Phénicien, fils de Cham, el Misor, le même que le Misraim de Moïse, que le Ménès et le Méon d'Eratosthène, qu'Osiris qui fut depuis Bacchus et le Soleil, qu'Isis enfin, qui, sui vant Sanchoniathon, découvrit trois lettres, et est spécialement appelé frère de Chna, le premier Phéni cien, c'est-à-dire le fondateur de la monarchie égyptienne; que Thot est l'Athotes, deuxième roi, suivant Eratosthène, et le dernier anneau de la chaîne de Sanchoniathon. Par ce moyen, il établit une suite non interrompue depuis Adam jusqu'à la pre mière olympiade, par Sanchoniathon et Eratosthène. Ces combinaisons ingénieuses et fruit de grandes recherches flattaient tellement leur auteur, que trente ans après la rédaction de son manuscrit, il disait à l'éditeur que plus il pensait à ces choses, plus il était convaincu de la vérité de sa décou verte. Malheureusement le public savant n'a pas confirmé cette sentence. Et parmi les chronologistes et les historiens, je n'en vois pas qui aient ratifié par une déclaration explicite les données de Cum berland, dont cependant l'application, si elle était justifiée, jetterait un grand jour sur les premiers âges du monde. J'ai déjà dit que le docteur Jackson n'en tient que peu de compte, quoiqu'il n'ait pas été sans en pro fiter. Sa table chronologique, qui présente une du rée de 2256 ans avant le déluge, place Cronos deux générations au-dessous de Nemrod. Voilà ce qui fait, dit-il, que cette histoire n'a jamais été bien comprise; que le savant évêque Cumberland, et avant lui Bochart, et spécialement Huet, se sont trompés quant aux personnes, et quant aux temps rapportés par Sanchoniathon., dopte ces principes et ces conséquences, s'il veut en faire l'objet de ses études. Nous faisons à peu près les mêmes réserves pour les questions des sibylles et d'Orphée; sans pré tendre que leurs vers soient tous authentiques, nous croyons que ce qui nous en reste a été fait d'après d'anciennes traditions ayant cours parmi les peuples; ce qui en explique l'adoption géné rale. Pour Moïse aussi, nous ne croyons pas qu'il faille le reconnaître dans tous les personnages ci tés par Huet; mais nous croyons qu'il a été le type de plusieurs personnages de la fable. Le directeur A. BONNETTY. P. 10. Whosoever, says he, distinctly unders tands his cosmogony, will see that it is directly op posite to Moses'scope.

col. 1707–1708page 18 of 21
PG 21:1707Semblable à tous les chronologistes, Jackson a son système qu'il préfère aux autres. Mais, comme ses prédécesseurs, il n'a pas trouvé le secret de réunir tous les suffrages, et l'on peut dire de lui ce qu'il a dit de ses devanciers. Quant à ce qu'il met sur la même ligne Huet, Bochart et Cumberland, je trouve qu'il n'a pas assez apprécié la distance du premier aux deux autres. Goguet a placé au dernier volume de l'Origine des lois, une dissertation expresse sur l'authenticité de l'ouvrage qui nous occupe, pour justifier les em prunts qu'il lui a faits. Il met hors de cause Eu sèbe et Porphyre, et ne défend que Philon de l'ac cusation d'avoir supposé ce qu'il donnait pour avoir traduit. Les Chrétiens étaient alors trop peu nom breux pour être un objet spécial d'attaque; ce se rait donc contre les Juifs qu'il aurait dirigé toute cette invention. Mais les Juifs évitaient la polémi que, et ne cherchaient point à faire de prosélytes. Cette assertion n'est pas juste; nous voyons par Josèphe lui-même, qui avait écrit contre Apion, qu'ils traitaient les questions de polémique religieu se. Aristobule et Philon le Juif, aussi bien que tous les prétendus historiens et philosophes, cités par eux et par Eusèbe Hécatée, Eupolémus, Arta panus, Aristée, sont évidemment des Juifs qui ont fait de la polémique. Eusèbe, dans son Hist. ecclé siast. le déclare sur la foi de Clément d'Alexan drie: Philon (le Juif bien entendu) et Aristobule, Josèphe et Démétrius, aussi bien qu'Eupolémus, sont des écrivains juifs. Philon de Byblos paraît auteur d'un ouvrage sur les Juifs, où ils ne sont pas bien traités à en juger par l'extrait qu'on lit dans Origène Goguet croit que Clément d'Alexandrie a pu par ler de Sanchoniathon, puisque saint Cyrille le décla re, et qu'une partie des Stromates de ce Père est perdue. Il est très-vraisemblable que ce Père n'en a pas arlé, et que saint Cyrille l'a nommé de mémoire, au lieu d'Eusèbe, comme il a désigné mal à propos Josèphe au lieu de Philon, comme l'ayant traduit, andis qu'il ne l'a pas même cité. On doit incontes ablement écarter le témoignage de saint Cyrille. Il est vraisemblable que Théodoret a puisé dans Eu sèbe ce qu'il en dit. Cependant une variante assez importante ferait croire le contraire. Théodoret dit que le nom du Phénicien doit se traduire par ɩ alons, ce que ne dit point du tout Eusèbe. Quant à Suidas, il est clair qu'il a suivi un autre guide que l'évêque de Césarée dans sa Biographie de San choniathon. Goguet croit que Philon avait en vue, en pu bliant ce livre, de rabaisser la vanité grecqque en lui montrant un écrivain barbare antérieur au temps de sa civilisation, qui avait expliqué l'origine du monde. Cette idée n'est guére présumable. Les Grecs savaient bien que les peuples asiatiques les avaient devancés dans la civilisation, et ils recon naissaient comme leurs premiers instituteurs en ce genre, les Phéniciens et les Egyptiens. Je ne vois cependant aucun motif pour Philon de supposer cet ouvrage. Il voulait seulement replacer sur la scène du monde sa patrie éclipsée par les conquêtes qu'en avaient faites les Babyloniens, les Perses, les Grecs et les Romains, les uns sur les autres. Quant à sa disposition de repousser les allégories du corps de la fable, il la partageait avec d'autres penseurs, et Prép. évang. péwv. 1. vi, c. 13. —Voir Jonsius De hist. philosoph., III, c. 10, § 4. Contre Celse, liv. 1ª³, p. 13, éd. de Cam bridge. Diodore de Sicile qui dit: «On trouve beaucoup de discours très-différents entre eux sur les dieux terres tres autres que les astres, tant dans les historiens que dans les mythographes. Mais les réflexions qui se mêlent au récit primitif décèlent par la na ture des idées et la variété du style que Sanchonia thon ne peut en être l'auteur. Et dans tout le res te, on reconnaît le cachet de l'original. Goguet fixe au temps des Juges l'existence de Sanchoniathon par l'effet de la vicieuse interpréta tion du passage de Porphyre, et contre sa décla ration positive qu'il a vécu à l'époque de la prise de Troie. J'ai déjà discuté ce point de chronologie. Suite de l'examen des auteurs qui ont cru à l'authen ticité des fragments de Sanchoniathon. — L'abbé Mignot. - Biographie de Philon. Liste complète et inédite de ses ouvrages. Quelles raisons au rait-il pu avoir de supposer l'écrit de Sanchonia thon? Conclusion. M. l'abbé Mignot, membre de l'Académie, y a lu une suite de Mémoires sur les Phéniciens et comme il a cru à l'authenticité de ces fragments, il a signalé les causes de sa conviction. Ses argu ments ne diffèrent pas de ceux de ses devanciers, seulement il a cru que indi quaient une écriture propre aux Ammonites. Jérom bal est à ses yeux Gédéon, et il a cru justifier le titre de prêtre du Dieu vivant qu'on lui donne par le droit que l'Ecriture lui reconnaît de porter l'E phod, habillement des prêtres hébreux. Il se donne beaucoup de mal pour faire disparaître l'anachro nisme qu'il trouve à rapprocher Sémiramis de la prise de Troie. M. l'abbé Mignot discute ensuite les objections diverses et souvent contradictoires des adversaires de Sanchoniathon et de Philon. Il admet trop faci lement, à mon avis, que saint Clément l'ait nommé, par ce qu'en dit saint Cyrille. Quant à Suidas, it pense qu'il a pris ailleurs que dans Eusèbe les ren seignements sur le philosophe tyrien; je le crois également. On ne peut guère penser autrement, car ils ne présentent aucune ressemblance entre eux. Venant aux preuves tirées de l'ouvrage même, il n'est point blesse des ressemblances avec Moïse et Ilésiode toutes les premières cosmogonies se res semblent dans les traits principaux: il ne trouve point étonnant que les Gnostiques aient pris des noms dans le phénicien, puisqu'une grande partie de leurs idées sont dues aux fables orientales. Thot, qu'on veut rendre exclusivement à l'Egypte, d'après Sanchoniathon, appartient aux deux pays j'en ai donné Varron pour garant. L'objection tirée de la fondation de Tyr, qu'on veut être postérieure à Sanchoniathon, est ainsi combattue par lui. Jo sèphe déclare qu'elle fut fondée 240 ans avant le temple de Salomon. C'est donc 68 avant la prise de Troie. D'ailleurs, il s'agit ici de Paleo-Tyr, dont Josué parle comme d'une ville déjà ancienne. Athena, qui prend possession de l'Attique, est la Minerve ou Vénus céleste, déjà honorée en Attique avant Cécrops, à qui Porphyrion, ancien roi du pays, avait élevé un temple. Il croit reconnaître dans ce nom le chef d'une colonie phénicienne Les Cabires présentent plus de difficulté. Nés d'une fille de Cronos et de Sydyc, il en est fait men Goypaços. L. vi, t. IV, p. 4 de l'édit. de Deux-Ponts; fragment conservé dans Eusébe, Prép. évany., l. 11, ch. 1, p. 59. On les trouve dans le tome XXXIV. Voir Josué, ch. xix, 26. Voir Pausanias dans ses Attiques, ch. 14, n. 6.Φίλωνος και Αριστοβούλου, Ἰωσήπου τε καὶ Δημητρίου καὶ Εὐπολέμου, Ἰουδαίων, συγγρα γράμματα Αμμουνέων παραδέδονται λόγοι παρὰ τοῖς ἱστορικοίς τε καὶ μυ Περὶ τῶν ἐπιγείων θεῶν πολλοὶ καὶ ποικίλοι
col. 1709–1710page 19 of 21

tion avant le règne de ce prince, comme construc teurs de navires. En outre, le troisième Cabire seul est fils de la Titanide, et en faisant connaître l'invention des vaisseaux, il n'en fixe pas la date; ce n'est que plus tard qu'il le fait après la fondation de Byblos. Quant à la distribution que Cronos fait de la terre, elle se borne à l'Attique et à l'Egypte, qui ont dû être habitées postérieurement à la Phénicie. La pro pagation graduelle des hommes sur le globe le dé montre. Quant aux noms significatifs donnés aux enfants d'Ouranos, ils répondent à des noms phéniciens de semblable valeur; car on voit par la Bible que les noms orientaux ont tous une signification. On a jugé que les apothéoses étaient autant de preuves de la fraude de ces fragments. quoi M. Mignot répond que les garants de cet usage sont nombreux; il se borne à renvoyer à Cicéron et à Proclus Enfin, dit-il, si ce n'avait été une conviction générale que les hommes pouvaient par venir à la divinité, comment serait-il venu à l'esprit d'aucun prince de s'attribuer les honneurs divins et un culte religieux? › Après avoir épuisé la liste des ouvrages favora bles ou contraires à l'écrit de Sanchoniathon, qui sont venus dans mes mains, je me propose d'exa miner cette question a priori, et je diviserai ainsi cet examen 1º Dans le cas de supposition du texte de San choniathon, peut-on croire qu'Eusèbe en ait été l'auteur? 2° Porphyre, à défaut d'Eusèbe, peut-il encourir ce blame? 3° Philon de Byblos serait-il l'auteur du livre, dont il s'est donné comme le traducteur? D'abord, je suis convaincu qu'en général Eusèbe n'a point supposé ou interpolé les citations d'au teurs qu'il allègue, et que dans le cas spécial qui nous occupe, il est loin d'être le véritable auteur. des fragments d'un pseudonyme Sanchoniathon. La première preuve que j'en donne est la scru puleuse exactitude dans les citations d'auteurs con servés, savoir: Diodore de Sicile, Plutarque, Denys d'Halicarnasse, Xénophon, et surtout Platon, enfin Porphyre dans le Traité de l'abstinence de la chair, non compris Josèphe, Philon le Juif, Tatien, Clé ment d'Alexandrie, dont il fait un usage fréquent. Il ne lui était pas donné de prévoir quels seraient ceux des auteurs dont il s'appuyait qui parvien draient à la postérité, ou ceux que le temps devait nous ravir. Nous ne pouvons donc raisonnablement conclure qu'il a altéré les uns en respectant les au tres; ce serait agir contre toutes les règles de la critique. Quel serait, en effet, l'instrument qui nous aide rait à discerner dans les auteurs perdus les frag ments suspects de ceux auxquels nous devons ajou ter foi? Ce sera, dira-t-on, l'usage qu'il en faisait pour combattre le paganisme et confirmer la vérité de la Genèse et de l'Evangile. Mais tout dans son livre tend à ce but, tout serait donc frappé de la même réprobation. Tous n'ont pas, dira-t-on, le même caractère de fraude. Tuscul. 1, 12. Théologie platonique, lib. III. Hist. eccl., lib. vi, ch. 15. Nous approuvons cette dernière remarque de M. Séguier; et cependant nous n'admettons pas le principe, qu'il suffit qu'un auteur païen insinue tes doctrines mosaïques ou chrétiennes pour qu'il soit sus pect. Non-seulement tous les auteurs contiennent plus ou moins des doctrines et des faits se rappor tant à ceux de Moïse, mais encore cela a dû être, et La plus grande marque de fraude serait l'insinua tion des doctrines mosaïques ou chrétiennes. Ainsi les passages d'Hécatée, d'Eupolémus, d'Artapan, de Numénius, de Démétrius, d'Aristée ou d'Aristobule sont avec raison suspects; mais cette suspicion n'atteint pas Eusèbe. Elle atteint ces auteurs eux mėmes nommés par Josèphe et Clément d'Alexan drie, et dont l'origine juive, pour quelques-uns, na nous a été dévoilée que par le même Eusèbe Quant à Sanchoniathon, rien en lui ne trahit le Juif ou le Chrétien: cette pierre de touche est sans efficacité à son égard, et ses similitudes mythologi ques, avec Apollodore, par exemple. ne peuvent avoir la même valeur. Je les regarde, au contraire, comme un argument qui confirme son authenti cité Si je ne trouve pas de raison suffisante de croire à la duplicité d'Eusèbe dans l'état actuel de la ques tion, combien plus dois-je la repousser sous le point de vue des lecteurs contemporains? Le pa ganisme avait encore de nombreux adhérents; à peine Constantin venait-il de le déserter, et ces écoles d'Athènes et d'Alexandrie qui ont produit des hommes célèbres jusque sous les successeurs de Théodose, n'étaient pas muettes et n'auraient pas laissée impunie la témérité qui aurait déposé dans un ouvrage de polémique des preuves d'une mauvaise foi si évidente. Les contrefaçons alors se portaient sur des ouvrages anciens ou réputés tels les Sibylles, Orphée, Homère lui-même, et Hésiode, dont les copies altérées par le temps donnaient ou verture à un pareil stratagème Mais en publiant un ouvrage d'une haute antiquité, le faire paraître sous le nom d'un traducteur très-récent, puisque Philon est de la fin du 1° siècle de l'ère chrétienne, que ce Philon s'était fait connaître à Rome, où il avait terminé une longue existence pendant laquelle il avait composé de nombreux écrits, il me paraît bien absurde de donner à Eusèbe l'intention de lui supposer un ouvrage entier. Il aurait fait plus, il aurait usurpé le nom de Porphyre, ce formidable adversaire du Christianisme,. dont les écrits étaient compulsés par ses amis comme par ses ennemis: il en aurait tiré deux at testations favorables à ce Phénicien né de son ima gination; mais cela ne se peut, puisqu'une des ci tations se trouve dans le Traité de l'abstinence, qui a échappé au naufrage de tant d'écrits antiques. Il faut donc reconnaître que Sanchoniathon a été lu par Porphyre, ou plutôt son traducteur, Philon. Ce qui seul suffit pour trancher la question. Quant à Eusébe, avec quel grand avantage aurait il composé les lignes incohérentes et détachées qui forment l'ensemble des morceaux conservés de cet auteur? Ce n'est certainement pas pour confirmer la Cosmogonie de Moïse. La sieune en diffère à ce point que Dodwell et Ursinus y ont vu un ouvrage composé dans le dessein de la combattre, et que lui-même s'écrie «Voici donc cette création de l'univers sans le concours de la Divinité! Aurait il inventé une fable pour se donner le droit à cette exclamation? Toutes celles des philosophes avant Anaxagore en donnaient le sujet, comme on le voit, par le traité de Plutarque sur les opinions philoso phiques. prouve la véracité de ces auteurs. Le genre humain, ayant eu la même origine, a dû avoir les mêmes traditions. Il est évident que cela prouve que les Pères, en se servant de ces auteurs païens, ne les citaient que parce qu'ils savaient qu'ils étaient reçus de tout le monde. Ainsi ce n'était pas de leur temps qu'ils avaient été interpolés. Prepar., p.

col. 1711–1712page 20 of 21
PG 21:1711Ce qui distingue surtout la doctrine de Moïse de toutes les autres sur l'origine des choses, c'est que pour lui Dieu est avant tout. Dans les autres philo sophies et mythologies, au contraire, le ciel et la terre, séjour des divinités, ont précédé leur appa rition. Quant à toutes ces générations qui forment l'enchaînement des temps fabuleux de la Phéni cie, il est difficile de croire qu'Eusèbe eût consacré son temps à de semblables inventions, qui n'avaient ni le mérite de l'esprit, ni d'utilité pour son plan. De plus, dans les rapports chronologiques, il y a une différence marquée entre la citation de Por hyre tirée de son ouvrage contre le christianisme et la chronologie d'Eusèbe, quant à l'époque où vécut Sanchoniathon, contemporain, dit-il, de Sé miramis. Je crois avoir suffisamment démontré que notre Eusèbe n'a pu être le fabricateur de Sanchonia thon. 2° Peut-on en imputer le blâme à Porphyre? C'est ce qu'avait tenté Dodwell, et ce à quoi il a été forcé de renoncer lui-même. Porphyre, pour attaquer le christianisme, n'avait pas besoin de se masquer; il tenait mème à gloire de s'en montrer l'agresseur. Car quelle garantie de succès trouvait-il dans ce moyen détourné plus que dans sa dialectique? Cette cosmogonie, où l'inter vention divine est écartée, ne pouvait pas même plaire à un néo-platono-pythagoricien qui recon naissait au moins le vous comme ayant présidé au débrouillement de la matière et à l'organisation de l'univers. Rien ne justifie dans toute l'antiquité une pareille assertion, et le zèle pieux de Dodwell joint à sa vaste érudition n'ont pu l'armer de preuves con vaincantes. Il se rend lui-même au passage d'Athé née, antérieur à Porphyre, qui nomme ce Phénicien quoiqu'en altérant son nom. Puis, comment Porphyre ne se serait-il pas donné lui-même comme le traducteur de l'ouvrage primitif? Il était Tyrien aussi bien que Philon. La gloire de la Phénicie et la connaissance de son antique idiome étaient aussi bien placées chez lui que dans son compatriote. Etait-il raisonnable qu'il comptât sur la crédulité des lecteurs, au point de supposer un écrit de cette étendue à Erennius Philon, qui, ayant vécu sous Adrien, se rapprochait assez de l'époque où lui-même figura sur la scène du monde, puisqu'il mourut très-vieux sous Dioclétien? Il est superflu, je crois, de s'étendre sur une hypothèse abandon née par celui même qui l'a mise en avant. 3 Je viens à Philon de Byblos; mais il est né cessaire de faire précéder, par une courte biogra phie, la nomenclature de ses ouvrages et l'examen de l'accusation portée contre lui. Suidas, dont les biographies sont en général si restreintes, s'exprime ainsi sur son compte: ‹ Phi lon de Byblos, grammairien, naquit vers les temps de Néron, et prolongea beaucoup sa carrière. Il dé clare lui-même qu'il fut consul sous le nom de Sé vère Erennius, dans la 78° année de son âge, cor respondant à la 220° olympiade. Nous avons, écrits par lui, 12 livres de l'Acquisition et du Choix des Tome 1 des Anecdota Græca. Venise, in-4º, p. 424. livres; 30 des villes et des hommes célèbres que cha cune d'elles a produits; sur le règne d'Adrien, sous lequel il vécut encore, et autres ouvrages › Le même Suidas ajoute «On doit savoir que Philon, surnommé Erennius, fut consul, comme il le dit. Cette addition ne permet pas de donner un autre sens que je n'ai fait à la traduction précédente, sa voir que c'est bien Philon qui fut consul, quoique Kuster, dans sa note sur Suidas, le conteste. Eudocie, dans son Ionia, publiée par Villoison répète à peu près Suidas, en attribuant de plus à cet auteur des épigrammes, et termine en disant «Il fut aussi consul sous Adrien. › Il n'y a donc guère moyen de refuser la dignité consulaire à Philon, et Saumaise ne la met has en doute Néanmoins une nouvelle citation de Suidas sem ble jeter de l'incertitude sur ce point. En effet, Hermippe, dit encore Suidas, était de Béryte, du bourg situé au milieu des terres, disciple de Philon de Byblos, par lequel il fut recommandé à Erennius Sévérus, sous l'empereur Adrien; affranchi d'ori gine, il était cependant fort instruit et composa de nombreux ouvrages › Suivant cette version, Philon de Byblos n'est plus qu'un familier de la maison du consul (car je crois qu'on doit ajouter au texte ci-dessus après Zevipy), Erennius Severus, qui lui recommande son disciple et son compatriote Hermippe. Reinésius a supposé que Severus Erennius était le même personnage que Serennus ou Serenus Gra nus, ou Granianus, nommé dans l'Histoire ecclésias tique d'Eusèbe comme ayant écrit à Adrien qu'on ne devait pas condamner les Chrétiens sur la seule clameur publique. Ce qui donnerait quelque appui à cette supposi tion, c'est qu'un Serenus a abrégé le traité de Phi lon, Ilɛpl móɛwy, Des villes, en trois livres Nouvelle difficulté. Suidas nous entretient, en effet, de ce Serenus, auquel il donne le prénom Elius; mais c'est un grammairien athénien Que conclure de ces contradictions? Rien de posi if sur l'existence politique de Philon; mais la cer titude de l'époque où il vécut, et de sa qualité d'homme de lettres, auteur de nombreux écrits. Car il nous importe peu aujourd'hui de savoir si la di gnité consulaire est venue en surcroît à ses titres littéraires. Le surnom Erennius paraît lui étre échu du patronage du consul Severus Erennius. Ces deux noms Philon de Byblos ou Erennius Philon sont donc identiques; voilà qui semble incontestable. On cite de lui beaucoup d'écrits et sous des titres très-diffé rents. Outre ceux dont nous venons de parler, je puis encore citer les suivants Dans l'Etymologicum magnum, au mot åévteg, un écrit Sur les discours Aux mots, et un écrit Sur le dis cours (εis to pnuatixóv), qui pourrait bien être le même que le précédent. Voir dans ses Exercitationes Plinianæ, p. 1257, ed. Parisien. Dans ses Variæ lectiones, lib. 1, p. 347. Lib. 1v, c. 8 et 9. Voir le Grand étymologique aux mots 'Apoivon, y est nommé et non Voir Jonsius, Hist. philos., lib. iv, p. 347.Φίλων Βύβλος, γραμματικός. Οὗτος γέγονεν ἐπὶ τῶν χρόνων ἐγγὺς Νέρωνος, καὶ παρέτεινεν εἰς μακρόν. Υπατον γοῦν τὸν Σεβῆρον τὸν Ερέννιον χρηματίσαντα, αὐτὸς εἶναί φησιν, ὅταν ἦγεν ὄγδοον καὶ ἑβδομηκοστὸν ἔτος, ὀλυμπιάδι δὲ κ' καὶ διακο σιοστῇ. Γέγραπται δὲ αὐτῷ περὶ κτήσεως καὶ ἐκλο τῆς βιβλίων βιβλία ιβ'. Περὶ Πόλεων καὶ οὓς ἑκάστη αὐτῶν ἐνδόξους ήνεγκε βιβλία λ'. Περί βασιλείας Αδριανοῦ τῆς ἐφ' οὗ καὶ ἦν Φίλων, καὶ ἄλλα. Υπατος γέγονεν ὁ Φίλων, Ερέννιος χρηματία σας, ὡς αὐτός φησι. γέγονε δὲ καὶ ὕπατος παρ' Αδριανοῦ. ά (εἰς τὰ ῥηματικά). άϊστος άτμητος, Ερμιππος, Βηρύτιος, ἀπὸ κώμης μεσογαίου, μαθητής Φίλωνος του Βιβλίου, ὑφ' οὗ ώκειώθη Ερεν νίῳ Σευήρῳ, ἐπὶ ᾿Αδριανοῦ τοῦ βασιλέως, ἔκδουλος ὢν γένος, λόγιος σφόδρα, καὶ ἔγραψε πολλά. Βουκέρας. 11 Σερίνος Σέρηνος.
col. 1715–1716page 21 of 21

écrire trois livres sous le titre d'Histoire merveil leuse (1)? Il se pourrait que les Ethiopiques en fis sent partie. Toutefois, je dois avouer que Stra bon parle d'un Philon qui a écrit une navigation en Ethiopie Tov). Cet homonyme serait antérieur à Philon Erennius. La bibliothèque royale possède un commentaire manuscrit n° 1885, intitulé: 'Epevvinu piloσóçou οou Commentaire du philosophe Herennius sur la métaphysique d'Aristote. Cette œuvre paraît incontestablement appartenir à notre auteur. En ajoutant à cette nomenclature les épigrammes dont parle Eudocie, on avancera beau coup la liste des ouvrages réels ou probables de Philon de Byblos. Il reste enfin les Potvixixá ou l'Histoire phéni cienne de Sanchoniathon, attribuée comme traduction à Philon, par Eusèbe, alléguée par Porphyre et Etienne de Byzance dans l'article Nisibe. Nous avons donné dans ce qui a précédé l'opi nion de Lydus sur l'autorité de cet historien, d'a près les restitutions de M. Hase, mon savant con frère, et les miennes. Dans son traité des Mois, différent de celui-ci et publié par Schow, le même Lydus a fait plus que de s'en autoriser, il en a ex trait deux fragments que nous retrouvons textuel lement dans Eusèbe Il est question des serpents dans le premier. Le dragon est le plus vivace de tous les animaux et tout de feu (Eusébe ajoute à ce que dit Taau tos), ce qui fait qu'il a une vélocité inconcevable par sa respiration (Eusèbe, par le poumon). Sans pieds et sans mains, sans aucun des secours exté rieurs à l'aide desquels les autres animaux exécu tent leurs mouvements, il se meut et fournit les ty pes de nombreuses transformations. Il est aussi doué de la plus grande longévité; non-seulement parce qu'en se dépouillant il revient de la vieillesse à la jeunesse, mais parce qu'il lui est naturel d'atteindre une longueur démesurée; puis, lorsqu'il est parvenu au dernier temps, il se résout et s'a néantit en lui-méme. › Le second passage est celui-ci Le cercle est de toutes les figures la plus par faite. C'est pourquoi les Egyptiens, traçant la figure de l'univers, le représentent par un cercle ailé d'une couleur de feu, et placent au milieu un ser pent à tête d'épervier comme renfermant l'Agatho démon. Lydus ajoute: L'ensemble de cette fi gure est tel qu'est pour nous la lettre. › La discussion des variantes peu nombreuses des deux textes serait déplacée ici: elle se retrouvera dans la publication de la Préparation évangélique, en grec, avec une traduction française, que nous préparons. Enfin, pour épuiser tous les écrits de Philon, au tant qu'il nous a été possible de le faire, nous rap pellerons ce que nous avons déjà mentionné, le Ce récit de Clésias est répété par Diodore de Sicile, liv. 11, c. 14. Voir, en outre, Pline, Hist. nat., liv. xxxi, ch. 1; Ovide. Métamorph., liv. xv, 139. Geogr., lib. 11, p. 77. Traité sur les Juifs, dont parle Celse cité par Ori gène en réponse à ce philosophe où il montre une grande animosité contre ce peuple. Il me reste maintenant à discuter les causes qui auraient pu engager Philon à supposer l'ouvrage qu'il a donné sous le nom de Sanchoniathon; ce que j'ai déjà essayé en réponse à Dodwell. Je vois par ce qui précède que cet auteur avait 78 ans sous Adrien, pendant la 220 Olympiade. Alors on distinguait à peine les Chrétiens des Juifs dont ils passaient pour faire une secte. On ne doit pas croire que ce soient eux qu'il aurait voulu atta quer par cette fiction, et combien ne s'y serait-il pas mal pris? La cosmogonie de Moïse, encore qu'elle soit reconnue des Chrétiens, appartient plus spécialement aux Juifs. Il ne les attaquait donc pas directement en inventant celle qu'il aurait sup posée sous le nom de Sanchoniathon. Quant à sa théogonie, elle leur était aussi indifférente que toutes les autres empruntées aux Egyptiens, aux Chaldéens ou aux Grecs. Sont-ce là seulement les Juifs qu'il a voulu atta quer (car tel est le principal argument de Dodwell), afin d'empêcher l'effet favorable que l'écrit récent de Josèphe contre Apion pouvait produire? Voyons comment il arrivait à son but. Sa cosmogonie était différente de celle de Moise. Mais toutes celles des divers peuples qui avoisinaient la Judée avaient le même caractère: leur fable était aussi extravagante que celle de Sanchoniathon, aussi dépourvue dans l'exposition de l'origine des choses, de l'interven tion divine. Tous, comme les Phéniciens, préten daient tenir leur science d'une autorité ancienne et irrefragable, soit de piliers sacrés, soit d'auteurs approchant de la divinité. Ils n'avaient aucune in fériorité aux récits phéniciens pour attaquer les Juifs. Philon se serait donc donné une peine bien inutile pour composer une fable qui n'avait aucune chance de succès par-dessus les autres en opposi tion à la Genèse. Je sais, par Celse, que Philon, de race chananéenne, haïssait les Juifs. Mais de là à la supposition d'une théologie tout entière don née au public pour la première fois vers la 220* Olympiade, il y a loin. Je me perds donc dans la recherche des motifs que l'on prête à chacun des trois écrivains qu'on veut présenter comme auteurs pseudonymes des fragments qui nous occupent et je ne vois dans les règles de critique aucune raison de les leur at tribuer. Que trouve-t-on d'étrange à ce qu'un vieil historien phénicien, contemporain du siége de Troie, ne soit pas plus raisonnable qu'lésiode, qu'Ovide, que Diodore de Sicile, dans l'exposition des origines du monde? Si la preuve qu'il n'est pas plus absurde qu'eux, résultant du rapprochement des textes, pouvait présenter quelque intérêt aux lecteurs des Annales de Philosophie chrétienne, j'au rais bientôt accompli ce travail comme suite du pré sent mémoire. Voir à la page 44 de Schow et 41 d'Eusèbe. Voir Eusèbe, ibid., et Lydus, p. 53. Liv. 1, ch. 13. Imprimerie de L. MIGNE, au Petit-Montrouge.

Page scan enlarged

Notebook

Full View