PG 114Symeon Metaphrastes
Dissertation on the Authority and Testimony of Metaphrastesapparatus
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propre condamnation. Les savants y découvrent un et c'est de quoi il a cru devoir avertir le public, certain je ne sais quoi de rebutant, qui non-seule- en ces termes (Avertiss., p. 14): «Je me suis ment les empêche de rien établir surletémoignage» abstenu beaucoup plus encore d'employer et de de cet auteur, mais qui les rend même si scrupu-» nommer même des auteurs décriés tels que Mė leux, qu'ils ne le nomment dans leurs ouvragestaphraste, et Nicéphore chez les Grecs. Enfin que pour en donner du dégoût et de l'aversion. M. Baillet et M. de Tillemont ont tant de dégoût M. de Tillemont, parlant du témoignage des Pè- pour tout ce qui vient de ce légendaire, que quand res de l'Eglise (Avertissement, p. 13): «On n'a pas ils veulent marquer qu'un fait ou une histoire sont «été obligé, dit-il, d'avoir le même respect pour faux ou fabuleux, ils se contentent de dire qu'elle «les Ménées des Grecs ni pour les Actes qui sont a passé par des mains métaphrastiques; ou bien

verra qu'un très grand nombre de ces pièces ont tent de la même source et dont il a chargé ses été composées par Métaphraste, ou au moins qu'il Mémoires. les a revues, retouchées et conservées à l'Eglise; ce qui méritait bien, ce semble, qu'on le citât au moins une seule fois et qu'on lui rendit quelque justice. On n'entreprend pas de ramasser ici tout ce que M. Baillet a emprunté de Métaphraste dans son ou vrage de la Vie des Saints, cela nous mènerait trop loin. Il suffit donc, pour mon dessein, de remarquer Si l'on avait demandé à M. Arnaud d'Andilly, quece savant critique a recueilli toutes les Vies des d'où il avait tiré les histoires de plusieurs saints Saints données par M. Arnauld, et que nous avons qui se trouvent tout entières dans son livre im- remarqué avoir été tirées de Métaphraste. On doit primé à Paris en 1664, qui porte pour titre: Vies Y joindre les Actes des martyrs du recueil de dom de plusieurs saints illustres de divers siècles, par viennent de la même source. Mais ce ne sont pas Thierry Ruynart, que nous avons rapportés et qui exemplo la Vie de saint Porphyre, évêque de Gaza les seules histoires métaphrustiques, que M.Baillet en Palestine; celle de saint Jean Calybite; celle ait insérées dans son ouvrage: en voici d'autres de saint Auxent, abbé; celle de saint Théodose, qui se trouvent tout au long dans cet auteur grec, supérieur d'un monastère dans la Palestine; celle de saint Sabas, fondateur de plusieurs monastères si l'on en excepte six ou sept dont M. Baillet n'a emprunté que quelques extraits assez considéra dans la Palestine; celle de saint Jean le Silencieux, bles. Telles sont les Vies de saint Marcien de Cons évêque de Colonie, puis abbé de la Laure de saint tantinople, de saint Jean l'Aumônier; de saint Cyr Sabas; celle de saint Eutyque, patriarche de Cons- et saint Jean, martyrs en Egypte; de saint Polyeucte tantinople; celle de saint Théodore, abbé du mo Bastère de Sicée, et évêque d'Anastasiople en Ga- martyr; de saint Théophane surnommé le Confes latie; celle de saint Taraise, patriarche de Cons- seur; de saint Carpe, évêque de Thyatire en Asie, et de ses compagnons; de sainte Marine, vierge tantinople; le Traité de l'exil et de la translation solitaire; de saint Arsène, précepteur et gouver des reliques de saint Nicéphore, patriarche de neur de l'empereur Arcade, puis solitaire en Egyp Constantinople; celle de saint Nicétas abbé, et peut- te; de saint Pantaléon médecin martyr, et de ses être quelques autres: si l'on avait, dis-je, demandé compagnons; des saintes Foi, Espérance et Cha à ce grand homme d'où il a tiré toutes ces Vies, rité, sœurs, vierges, martyres, et de leur mère il eût répondu sans doute, qu'elles sont rapportées sainte Sophie; de sainte Anastase veuve, abbesse par Surius et par Bollandus. Mais si l'on avait de- de Timie dans la Grèce; de saint André, tribun ou mandé à ces deux légendaires quelle est la source colonel, martyr, et de ses compagnons; de saint où ils les ont puisées, ils eussent avoué l'un etc Cyriaque ou Quiriace, anachorète en Palestine; de l'autre qu'elles nous viennent de Métaphraste, qui saint Arétas et de ses compagnons, martyrs en Ara les a composées ou qui les a conservées au moins: bie; de saint Joannice, ermite, abbé en Bithynie; Auctore Symeone Metaphraste, ou ex Metaphraste, de saint Théodore d'Amasée dans le Pont, mar dit Surius. tyr; de saint Menne, martyr en Phrygie; de saint Nicolas, évêque de Mire en Syrie; de saint Daniel, surnommé le Stylite, solitaire; et de plusieurs autres qu'on omet pour n'être pas trop long. Quoiqu'il y ait plusieurs Actes des martyrs dans le recueil de dom Thierry (Acta selecta Martyrum), qui n'ont point passé par les mains de Métaphraste et qu'il n'a pas même connas; il y en a pourtant quelques-uns qu'ils nous a conservés et dont nous lui sommes redevables. C'est par ce canal que nous avons reçu les Actes de saint Justin le Philosophe, comme le reconnaît M. de Tillemont; les Actes de sainte Agape, sainte Chionie et sainte Irène sœurs, et leurs compagnes martyres; ceux de saint Didy- _ me et de sainte Théodore vierge, martyrs; ceux de sainte Pherbute ou Tarbule, vierge et inartyre, et autres martyrs de Perse sous Sapor; ceux de saint Sadoth, évêque de Séleucie et de Clésiphon en Perse, martyr; ceux de saint Sabas, Goth de nation, martyr; ceux de saint Badème,abbé en Perse,mar tyr. Tous ces Actes, et plusieurs autres que Surius attribue à Métaphraste, se trouvent parmi les Actes choisis de dom Ruynart. M. de Tillemont a fait l'histoire de tous ces saints, qu'il a tirées du recueil des Actes sincères de ce savant bénédictin, et par conséquent comme venant de Métaphraste.On pourrait bien encore en marquer d'autres qui sor Il faut se souvenir que quand on avance que M.Arnaud, M.de Tillemont et M. Baillet, ont rap porté au long quelques-unes des Vies des Saints qu'on attribue à Métaphraste, cela veut dire qu'ils ont conservé le fonds de l'histoire et qu'ils n'en ont retranché que quelques faits miraculeux,quel ques prodiges qui ne sont pas de leur goût, ou quelques circonstances légères qu'ils ont jugé à propos d'omettre. Mais pour les Actes des martyrs qui viennent de Métaphraste, et que dom Thierry Ruynart a mis dans son recueil, ils y sont sans au cune altération, et de la même manière qu'il les a trouvés dans les manuscrits et dans les imprimés car quoique ces Actes aient passé par le canal de Métaphraste, ils n'en ont reçu aucune tache. Il semble, après cela,qu'ou doit convenir de deux choses: la première, que ces savants critiques ont tiré bien des choses de ce légendaire grec, quoique M.de Tillemont eût dit qu'il ne se croyait pas obli gé d'avoir aucun égard aux histoires de cet au

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teur; et que M. Baillet eût promis au public qu'il plusieurs monastères dans la Palestine, et de saint s'abstiendrait d'employer dans son ouvrage, et de Jean le Silentieux, par Cyrille, religieux de saint nommer même des auteurs décriés tels que Méta- Sabas? Ne sait-on pas qu'Eustathe, prêtre, a com phraste. La seconde est, qu'ils ont été persuadés posé celle de saint Euthyque, patriarche de Cons que le nom de cet écrivain ne pouvait guère auto- tantinople; George Eleuse, celle de saint Théodore, riser les faits qu'ils auraient appuyés sur son té- abbé; Ignace, évêque de Nicée, celle de saint Ta moignage, ni faire beaucoup d'honneur à leurs ou- raise, patriarche de Constantinople; Théophane, vrages. C'est sans doute pour cette raison qu'ils ne prêtre, le traité de l'exil et de la translation des le citent pas, et qu'ils se croient dispensés même de ieliques de saint Nicéphore; enfin Théostéricte, le nommer dans les choses qui viennent de lui. celle de Nicétas abbé, son maître? On est encore On voit en effet qu'ils se contentent de dire qu'une persuadé, ajouteront ces critiques, que toutes les histoire se trouve dans Lipoman, Monbrice, Surius, Vies des Saints écrites en grec, qui nous restent, Baronius, Bollandus, sans faire aucune mention de ne sont pas de Métaphraste: on peut mettre de ce Métaphraste. Mais si l'on consulte ces légendaires, nombre l'histoire de saint Jean Calybite, celle de on verra qu'ils ne font que rapporter ces faits, et saint Jean l'Aumônier, celle de sainte Xène ou Eu qu'ils les attribuent à cet auteur grec: Auctore Si- sébie, dont l'Eglise célèbre la mémoire les 15, 23 meone Metaphraste, ou ex Metaphruste, comme on et 24 janvier; et plusieurs au'res qu'il serait inu trouve en cent endroits dans Surius, Bollandus et tile de rapporter ici. les autres. Je ne sais si cette manière de citer a paru assez exacte à ces savants: mais il y a bien de l'appa rence qu'ils n'approuveraient pas la conduite d'un écrivain, qui, ayant mis en français l'histoire des martyrs de Lyon, citerait pour cela Surius, apud Surium, ou se contenterait de dire qu'elle est rap portée par Surius (Tom. III, 2 Jun.). Car quoiqu'il soit vrai que ce savant Chartreux ait inséré dans sa collection la lettre des Églises de Lyon et de Vien ne, touchant leurs martyrs, néanır.oins comme il avoue qu'Eusèbe nous a conservé cette pièce et qu'il l'a insérée dans son Ilistoire, il semble que la manière ordinaire de citer cette lettre, serait de la donner d'abord en notre langue et de mettre à la marge en note, apud Eusebium, et non pas apud Surium,comme le pratiquent ces savants: pour quoi donc y aura-t-il quelque exception pour Mé taphraste? III. Examen des raisons pour lesquelles les critiques se prétendent autorisés à ne point ci ter Métaphraste, même dans les choses qu'ils en ont tirées. Quoique nous ayons, diront peut-être ces sa vants (Baill. Disc. pag. 58), quantité de Vies des Saints qu'on attribue à Métaphraste, cependant Léo Allatius faisant le discernement de ce qui appartient à ce légendaire d'avec ce qui lui est étranger, n'a reconnu que cent vingt-deux Vies de sa façon, et cinq cent trente-neuftant Vies que Panégyriques ou Eloges historiques, qui portent faussement son nom. Ne trouve-t-on pas en effet que la Vie de saint Porphyre,évêque de Gaze, est écrite par Marc son disciple; celle de saint Auxent par un auteur contemporain; celle de saint Sabas, supérieur de Jacques de Voragine, Dominicain, qui est au 'eur de cet ouvrage, était né à Varaggio, petite ville de la côte de Ligurie entre Gênes et Savone. Vivès dit que cette Légende d'Or ne peut avoir été écrite que par un homme qui avait une bouche de fer et un cœur de plomb. Despence l'appelle une Légende fer rée de mensonges. Bollandus, tom. I, Préface. pag. De plus, diront encore ces savants, quand nous aurions quelques Vies des saints de la façon de Mé taphraste, et que plusieurs auraient passé par ses mains, on ne pourrait lui accorder que le titre de glossateur, ou d'interpolateur,ct si l'on vent, celui d'auteur, mais d'un pitoyable auteur: car on croit être en droit de tenir, à l'égard de sa collection, la même conduite qu'ont tenue deux grands cardi naux à l'égard de la Légende d'or Le premier, qui est Bellarmin, n'a pas jugé son auteur digne d'être nommé en aucun endroit (Baill. Disc.sur la vie des saints), et Baronius, qui est le second, crai gnant de diminuer le prix de ses notes sur le Mar tyrologe romain, si l'on y voyait un nom que les monstrueuses fictions de la Légende d'or avaient déshonoré, a mieux aimé nommer un autre moins connu qui en a donné une nouvelle édition Les excès, les impostures, et les mensonges de Méta phraste l'ont tellement décrié, qu'il a perdu toute la réputation que ses travaux auraient pu lui méri ter: de sorte que les savants ne se croient pas obli gés de le nommer dans leurs ouvrages, craignant d'en diminuer le prix, et de rebuter le lecteur, s'il voyait un nom que ses monstrueuses fictions ont déshonoré. Ainsi ils aiment mieux nommer Surius, Baronius, Bollandus, et les autres qui ont recueilli quelques-unes des Vies des saints, quoiqu'elles viennet de cette source corrompue. Si quelqu'un voulait s'intéresser à ce qui regarde Métaphraste, ne pourrait-il rien répliquer aux rai sons de ces critiques? Pourquoi ne le pas citer pour ce qui vient de lui, leur demanderait-on (Bolland. tom. 1,Janv.in præf.p.xvii,col. 1)? Pourquoi ne pas dire que c'est de lui que nous avons les Vies des saints qu'il a composées, et qui sont de sa fa 20, entreprend sa défense contre Vuicelius et contre Vivès. Les Génois et les Jacobins appellent bienheu reux Jacques de Voragine (Baillet Disc. p. 60). C'est Claude la Roue, jacobin lyonnais, qui a revu et augmenté la Légende d'Or,et qui vivait sous Louis XII et François I.

pon(7);comme celles de saint Marcien de Constan tinople, de saint Polyeucte martyr, de saint Jean l'Aumônier, de saint Theodose le Cénobiarque, de saint Jean et de saint Cyr martyrs en Egypte, et plu sieurs autres que Surius attribue à ce légendaire, Auctore Symeone Metaphraste? Pourquoi ne nous pas avertir de celles qu'il a revues ou retouchées, et qui sont en très grand nombre: co nme les Vies de saint Siméon Stylite, de saint Auxent abbé, de saint Sabas, de saint Jean le Silentieux, de saint Tarèse, de saint Nicéphore patriarche de Constantinople, de saint Nicétas, et presque tous les autres, qui ont passé par ses mains? Car on ne saurait disconvenir qu'il ne les ait paraphrasées, et qu'il n'y ait ajouté plusieurs choses. Pourquoi enfin ne pas dire que c'est lui qui nous a conservé les Vies et les Actes des saints auxquels il n'a point touché,et qu'il nous a donnés dans leur pureté orixinale? Les Actes du martyre de saint Justin sont de ce nombre, aussi bien que ceux de sainte Agape, de sainte Chionie, de sainte Irène, sœurs, martyres, de saint Badeine abbé en Perse, et martyr; de saint Subas, Goth de nation, martyr; de saint Didyme et de sainte Théo dore vierge, martyrs; de sainte Pherbute vierge et martyre; et de quelques autres que nous avons dans toute leur pureté, et que Dom Thierry Ruynart a reconnu être assez authentiques, pour mériter de trouver place dans son recueil des Actes choisis. Or il est surprenant que M. Baillet, pour ne rien dire de M. Arnauld d'Andilly, de M.de Tillemont, de Dom Thierry,ayant chargé son ouvrage de toutes ces pièces, et de plusieurs autres qui appartiennent à ces trois classes, il ne se soit pas cru obligé de rendre quelque justice à Métaphraste: car quand on accorderait à ces critiques qu'ils n'ont pas tiré des extraits très-considérables, ni même rapporté des Vies de saints que cet écrivain a composées de son fonds, il semble que quand il n'aurait rendu d'au tres services à l'Eglise, que de conserver un grand nombre de monuments anciens, dont elle serait pri vée sans ses soins, cela méritait bien qu'on ne lui ôtât pas entièrement la gloire qui est justement due à un si grand travail. On cite tous les jours Eusèbe de Césarée, pour l'histoire du martyre de saint Jacques premier évê que de Jérusalem,de saint Siméon, de saint Ptolo mée, de saint Lucien; des saints Léonide, Plutar que et leurs compagnons; de sainte Potamiène, vierge d'Alexandrie, dont parle saint Denis évêque de la même ville dans sa lettre à Fabien; de saint Marin soldat, et de plusieurs autres: quoique cet historien ne soit pas l'auteur de ces Actes, mais seulement parce qu'il en rapporte quelques extraits,et qu'illes a conservés à l'Eglise: et l'on croirait ne lui rendre pas assez de justice, en parlant de ces saints mar tyrs,que de ne citer que Ruffin, Musculus, Chris tophorson,ou M.de Valois,qui ont fait des traduc tions des ouvrages de cet historien: ou ceux qui en ont inséré quelques fragments dans leurs écrits.Il semble par la même raison que lorsque l'on rap porte l'histoire de quelque saint, particulièrement quand elle est du nombre de celles qui peuvent passer pour authentiques, et que Métaphraste nous a conservées, il y a de l'injustice à ne citer que Lipoman, Surius, Baronius, Bollandus,qui les ont données en latin, sans faire mention de Méta phraste dont ces légendaires les ont tirées. Enfin, plus ces critiques tâchent de découvrir les infidélités de Métaphraste, et de le faire passer pour un imposteur, et un faussaire, né pour produire des monstres, pour un auteur outré au-delà de ce que la Grèce payenne a imaginé de fables en faveur de ses dieux; plus le public doit être surpris que des gens si éclairés, et qui lui avaient fait espérer de ne rien avancer qui ne vint des plus pures sources de l'an tiquité, aient emprunté d'un auteur si décrié tant d'Actes, et de Vies des saints, et tant d'extraits si considérables;qu'ils aient appuyé sur un témoignage si peu digne de foi un si grand nombre de faits. Car quelque effort qu'ils fassent pour cacher la source de quelques-uns, et le canal de quelques au tres, sous le nom de ceux qui ont fait des recueils de Métaphraste, il sera pourtant toujours vrai de dire, que c'est lui qui nous a conservé quantité d'Actes de martyrs et plusieurs Vies de saints, dont duire de manuscrit, ni d'ouvrage d'aucun auteur, on ne trouve rien ailleurs, et qu'on ne saurait pro qui en ait parlé avant lui: ainsi tous ceux qui l'ont suivi,n'ont reçu ces Actes que par son canal. § IV. - Mes critiques prétendent que les falsifi cations et les paraphrases de Méiaphrasie l'ont rendu méprisable. a Quel moyen,diront encore ces habiles critiques, de faire paraître le nom de Métaphraste dans un ouvrage, après que tous ces savants ont reconnuses excès? Ne sait-on pas que Baronius a désapprouvé ses falsifications, et a marqué un grand dégoût pour ses fables (Baill. Disc. p. 60;; qu'Aubert-le-Mire a fait connaître ses infidélités; que D.Jacques Loppin blâmé ses additions dans les anciennes Vies des saints, et sa liberté à en inventer de nouvelles; que Dom Thierry Ruynart a témoigné qu'il aurait beau coup mieux fait de laisser les anciennes telles qu'el les étaient dans l'original; que M.de Tillemont ne croyait pas qu'on dût estimer pour quelque chose ce qu'on a coutume de louer en lui? Enfin M.Baillet rapporte en ces termes ce que le cardinal Bellarmin (De script. Eccles. an. 850) dit au sujet de Méta pbraste: «Il a ajouté beaucoup du sien aux his toires qu'il a écrites de la vie des saints, et a rap porté les choses, non pas comme elles se sont passées, mais comme elles ont pu se passer. Ces Nous avons trois sortes de Vies des saints données par Métaphraste: celle qu'il a composées, celles qu'il a retouchées, celles qu'il a conservées.

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harangues qu'il fait faire aux martyrs, ces dialo gues, ces disputes avec leurs juges et leurs per sécuteurs,ces conversions nombreuses et surpre nantes des raïens qui les environnaient, ces pro diges inouis, et tant d'autres choses nouvelles, dont nous ne voyons rien dans les anciens historiens de l'Eglise, sont de son invention.» Tout cela fait voir qu'on ne devrait pas avoir moins d'aversion pour tout ce qui vient de Méta phraste,que l'on en marque pour son nom.Cepen dant c'est Métaphraste que l'on cite sous les noms de Lipoman,de Surius, de Bollandus; et c'est son travail que l'on adopte. Devrait-on approuver la conduite d'un auteur qui, après avoir déclamé con tre Prochore,sous le nom duquel nous avons la Vie de saint Jean; contre l'imposteur qui s'est caché sous le nom de saint Lin, pour faire passer les deux livres de la Passion de saint Pierre et de saint Paul; contre le faux Abdias, qui nous a donné un livre contenant les Vies des apôtres; et qui, dis-je, après avoir témoigné beaucoup de mépris pour toutes ces narrations pleines de fables et de contes, s'avise rait d'en tirer quelque histoire, et d'en faire de longs extraits, se persuadant en être quitte pour supprimer les noms de ces auteurs, et ajouter que ces faits se trouvent dans les orthodoxographes, et dans les Bibliothèques des Pères? Tous les excès que les savants reconnaissent dans Métaphraste se réduisent aux additions, et aux pa raphrases qu'il a faites de ses originaux. Mais d'où peut-on savoir,dit Bollandus (tom. I Junuar.,pag. 18,col.2), que ce légendaire n'ait pas suivi les an ciens monuments qu'il a conservés, et qu'il ait fait parler et les martyrs et les persécuteurs? Il est en effet très difficile d'en juger: car il faudrait avoir les pièces originales pour les conférer avec les co pies qui se trouvent présentement dans Métaphraste. Or la plupart de ces monuments anciens n'étant pas venus jusqu'à nous, cet examen n'est pas possible. Qui est-ce encore qui a appris aux critiques, que toutes ces histoires que l'on trouve paraphrasées viennent de Métaphraste? Ne sait-on pas qu'il y a einq cent trente-neuf Vies qui portent faussement le nom de cet auteur, quoiqu'on le lise à la tête de ces pièces (8)? Il se pourrait donc bien faire, ou que ces histoires ne seraient pas de Métaphraste, ou qu'ayant passé par les mains des copistes qui écri vaient sous lui ou des auteurs postérieurs, elles Vitarum, quas conscripsit Metaphrastes, nume rus in immensum cumulum posterorum negligentia auctus est, obscuriori cujusvis, anonymique auctoris narratiuncula Simeoni Metaphrasta mox adscripta. Guill. Cave, Hist. litt. pag. 492, col. 2. Un savant auteur de la Compagnie de Jésus prétend excuser les fautes de Métaphraste, en ces termes: Serio putem quod nunc primum occurrit (dum illas Metaphrasta laudes a Psello compositas at tentius lego), quædam quæ minus subsistant, Vitis sanctorum inspersa fuisse, per illam ingentem scri barum Simeonis multitudinem, velvoluntate, vel casu. Tradit enim Psellus ternas amanuensium classes a Simeone adhibitas fuisse, et primum quidem orbem pourraient bien avoir été altérées, et quo la faute en serait retombée sur Métaphraste, qui n'en serait nullement coupable.C'est tout ce qu'on peut con clure de quelques Vies de saints, dont les manus crits sont plus anciens que cet auteur Grec, ou qui nous viennent par un autre canal, et qui se trou vent augmentées dans sa collection. L'exemple le plus persuasif que nous ayons des falsifications de Métaphraste,qui fait le plus de bruit, et dont se servent les critiques pour faire valoir les infidélités de cet auteur,se tire de la Vie de saint Euple, diacre et martyr en Sicile, dont l'Eglise cé lèbre la fête le 12° jour d'Août.Bollandus (tom. I, Febr.,pag. 598 et 599) compare ensemble les Actes légitimes de ce saint, avec ceux qui viennent de Métaphraste, afin de montrer par là les infidélités de cet auteur. On peut voir ces pièces dans les Mo numents de l'Eglise, que M. Cotelier a donnés au pu blic.Dom Thierry Ruynart (Act.select. pag. 437), dans ses notes sur la Vie de saint Euple, apporte le même exemple, pour lequel il cite Bollandus. M.Baillet, qui ne laisse passer aucune occasion de relever les fautes de Métaphraste, n'a pas négligé celle-ci. «Nous avons, dit-il (Tab. Cris. 12 Août, pag. 22), les Actes authentiques de saint Euple, en grec et en latin, dont toutes les éditions sout jugées assez bonnes, pourvu que l'on n'y comprenne pas la paraphrase qu'en a donnée Métaphraste,qui les a corrompus en les accommodant à son goût»M.de Tillemont (tom. V,not. 1 sur saint Euple,pag.695, c.1) prétend aussi que ces Actes, attribués à Méta phaste, sont excellents pour faire voir combien les nouveaux Grecs ont abusé de la crédulité et de la simplicité des peuples: Et c'est, dit-il, l'unique usage qu'on en peut faire, selon Bollandus.» En effet, en comparant les Actes légitimes de saint Euple, avec ceux qui ont passé par les mains de Métaphraste, on peut justifier ce que les savants lui reprochent sur ses falsifications, son amour pour les fables, les additions dans les anciennes Vies des saints, la liberté à inventer de nouveaux faits, son génie à rapporter les choses, non pas comme elles se sont passées, mais comme elles ont pu se passer; les harangues qu'il fait faire aux martyrs; les dialo gues, les disputes des saints avec leurs juges et leurs persécuteurs; mais on y voit surtout des conversions nombreuses et surprenantes de païens, des tour ments extraordinaires et inouis: Conferat nunc scribarum litterarum Notis excepisse dictata: scri bas vero secundos ex adnotatis priorum nova trans cripsisse exemplaria: ac denique tertios scribas cen sorum induisse personas, atque omnia, quæ correc tione digna viderentur, mulasse: ad hæc, tantam harum Simeonis lucutrationum multitudinem extr tisse, ut eas ipse studiosius paulo recolere non potue rit. Unde jam nihil mirandum quod in Vitas a Meta phraste conscriptas quædam minus apta irrepsisse vi deantur: non enim omnia sphalmata auctor lam occu patus advertere potuit, a librariorum, vel ruditate, vel casu profecta. Wangnevekins in Proleg. ad librum quem Pietatem Marianum Græcorum inscripsit,num.

qui volet, conclut Bollandus (ubi supra, pag. 199, col. 1), après avoir rapporté quelques extraits des Actes sincères de saint Euple, eadem ex Meta phraste edita a Lipomano et Surio Acta; et perspiciet quam ea laciniosa, imo inepte coag menta ta; additis non solum tormentorum va riis generibus, sed etiam plurimis miraculis. Le sentiment de ce docte Jésuite a été suivi de tous les autres savants: cependant si ces derniers avaient bien examiné le texte de Bollandus, je ne sais s'ils n'auraient pas rendu quelque justice à Mé taphraste sur ce fait. Voici comme en parle ce sa vant jésuite,avant que de rapporter l'extrait des Actes de saint Euple ibid. pag. 598, col. 2): Dandum est, dit-il, exemplar sic interpolatorum sive ab ipso Metaphraste, sive ab ejus amanuensibus, legiti morum actorum, etc. Et dans la colonne suivante, parlant des Actes de sainte Agathe: Annon idem, dit-il, in sanctæ Agathæ gestis suspicari possu mus factum ab eodem Metaphraste, ejusve ama nuensibus. D'où il est aisé de voir que Bollandus ne rejette pas entièrement sur Métaphraste la corruption des Actes de saint Euple, puisqu'il avoue qu'elle a pu venir d'une autre source. Mais quand il serait vrai que dans cet endroit ce savant jésuite ferait retomber sur Métaphrasle toutes ces altérations de la Vie de saint Euple, il est cons tant que les savants continuateurs de Bollandus, en examinant de nouveau l'histoire de ce saint martyr dans le 4 er tome des saints du mois de Mai p. 37), ont trouvé que l'édition des Actes de saint Euple, qui est dans Lipoman et dans Surius, n'est point de Métaphraste. M. de Tillemont (tom. V, not. 1 sur saint Euple, pag. 695, col. 1), qui avait vu cet endroit, puisqu'il le cite, n'a pas osé attri buer ces Actes à Métaphraste; mais il se contente de dire, Quel qu'en soit l'auteur, etc. Si les au tres savants avaient fait quelque attention à ce dernier passage des continuateurs de Bollandus, il y a lieu de croire qu'ils ne se seraient pas servis de cet exemple pour exagérer les prétendues fal sifications de Métaphraste. Je me suis peut-être trop étendu sur ce point: mais j'ai cru devoir faire connaître qu'on peut souvent attribuer à cet auteur des fautes dont il n'est pas coupable. La conduite de Métaphraste n'est peut-être SV. La conduite de Métaphraste n'est peut-être pas si blámable qu'on le voudrait faire croire. Pour convaincre Métaphraste de falsifications et d'impostures, il serait nécessaire d'établir les conjectures qu'on en donne sur des principes so lides. Il faudrait donc examiner les monuments anciens qui nous restent, et les comparer avec les copies qu'en a faites cet auteur grec, et qui sont certainement de lui: et par ce moyen on pourrait peut être se convaincre que ses paraphrases sont très-peu considérables, supposé qu'elles ne vien ment pas d'une main étrangère. C'est ce qu'il est aisé de voir daus la Vie de saint Syméon le Stylite, qui est dans l'histoire de Théodoret intitulée Philothée, ou De lá vie monástique; dans celle de saint Nicéphore martyr rapportée par Bollandus (Febr. tom. II, pag. 283 et 537); dans celle de sainte Euphrosyne vierge, dont la traduction La tine est plus ancienne que ce qu'en a composé Métaphraste; et dans quelques autres qui nous restent; et l'on verra que les paraphrases que l'on exagère si fort, se réduisent à quelques mots pour faire la liaison des périodes, ou pour exciter l'at tention du lecteur, en marquant les temps et les lien: Adjunctis temporibus et locis (Bolland.ibid.) Au moins l'on ne peut douter que ces Actes des martyrs, que Dom Thierry Ruynart a mis dans son recueil, et qui viennent de Métaphraste, n'aient passé par ses mains, sans qu'il y ait rien ajouté. Mais quand on voudrait soutenir que cet écrivain a donné trop d'étendue à sa matière; qu'il a mis des paroles dans la bouche des saints et des juges, soit pour rendre la narration plus agréable et plus utile, soit pour donner une grande idée du courage des martyrs, de la cruauté des tyrans, de la vertu et de la piété des autres saints, quand on conviendrait de toutes ces choses, faudrait-il en faire un crime à ce légendaire? Si on lit avec quelque attention les discours de saint Grégoire de Nysse sur saint Théodore d'Ama sée, martyr; de saint Basile sur saint Barlaam, martyr, sur saint Gordien, aussi martyr, et sur sainte Julite; de saint Chrysostome sur saint Lu cien, prêtre d'Antioche, et sur sainte Pélagie, mar tyre; de saint Ambroise sur sainte Agnès; si l'on jette les yeux sur les homélies et les panégyriques que les autres Pères ont prononcés en l'honneur des saints; on trouvera que Métaphraste n'a fait qu'imiter en bien des choses la manière d'écrire de ces Pères: car ils ont employé tous les orne ments de l'éloquence pour relever leur sujet. Combien de tours ne donnent-ils pas aux choses pour les rendre plus agréables, et pour attirer l'attention des lecteurs, pour exciter leur piété, et pour mettre dans tout son jour le courage vrai ment chrétien des saints martyrs et la cruauté des tyrans? Ont-ils négligé d'orner leurs discours de descriptions admirables, de harangues très éloquentes, et d'attribuer des pensées sublimes de choses qu'ils n'ont point dites, selon toutes aux saints martyrs, en leur faisant dire quantité les apparences? En voici un exemple, tiré de l'excellent discours que les soldats de la légion Thébéenne firent à Maximien, lorsqu'ils refusèrent de sacrifier, après qu'il les eut fait décimer une seconde fois. (S. Eu cher. apud S. Paul.; Ruyn, Acta select. p. 292.) Nous sommes vos soldats, disaient-ils à l'empe reur, mais nous sommes aussi les serviteurs de Dieu c'est ce que nous avouons avec joie. Nous vous devons nos armes, et à Dieu un cœur inno cent. Nous avons reçu de vous la solde de la mi lice, et de Dieu le commencement de la vie. Nous devons donc vous suivre, mais non contre celui

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du sien aux histoires qu'il a écrites, d'avoir rap porté les choses, non pas comme elles se sont passées, mais comme elles ont pu se passer; et ce que M. de Tillemont ne peut surtout souffrir dans cet écrivain, c'est que dans le temps qu'il fait profession de suivre ses auteurs mot à mot, il les altère et les fait parler à sa fantaisie. qui est notre Créateur, et qui est aussi le vôtre, blame le plus en lui, c'est d'avoir beaucoup ajouté quand même vous ne voudriez point le reconnaî tre. Nous sommes prêts à vous obéir, comme nous avons fait jusqu'à cette heure; mais non pas quand vous nous commanderez des crimes. Que s'il faut nécessairement désobéir, ou à Dieu ou à un homme, nous obéirons à celui que nous craignons le plus... Après tout, comment vous assurerez-vous de notre fidélité,si nous ne la gardons pas à notre Dieu? Le serment que nous vous avons prêté, est-il plus auguste que celui que nous lui avons fait aupara vant? si vous cherchez à faire mourir des Chré tiens, nous le sommes tous, prêts à recevoir avec patience le coup de la mort.Nous le recevrons avec la même joie, que nous l'avons déjà reçu en la personne de nos frères: car les Chrétiens savent souffrir, et non pas se révolter. Le danger où nous ³ nous voyons, ne nous paraît pas une nécessité de nous défendre. Quelque terribles que soient les efforts de ceux qu'on réduit dans le désespoir, et quelque justes qu'ils paraissent, nous avons des armes, et nous ne nous en servons point. Nous aimons beaucoup mieux souffrir la mort que de la donner, et sortir de ce monde innocents, que d'y demeurer souillés d'un crime. Employez donc contre nous les tourments, le fer et le feu: nous sommes prêts à tout souffrir, mais non pas à cesser d'être Chrétiens.» Nous avons rapporté un peu au long ce discours si généreux, si sage, el véritablement digne d'être prononcé par des martyrs, pour faire voir qu'il est difficile de croire que saint Eucher de Lyon, qui en est auteur, n'y ait rien mis du sien, et qu'il ne l'ait pas paraphrasé. Si l'on en trouvait un sem blable dans Métaphraste, l'on ne manquerait pas de dire qu'il est de son invention, et qu'il fait parler ces saints à sa manière. Cependant je ne crois pas que personne se soit avisé de blâmer saint Eucher d'avoir fait ainsi penser et parler ces généreux soldats car quand on conviendrait qu'ils ont en effet prononcé ces paroles dans une semblable occasion, au milieu d'une armée d'ido lâtres, il serait difficile de marquer qui est-ce qui en aurait pu ramasser si exactement toutes les particularités, et comment elles se seraient con servées pendant près de deux cents ans dans la mémoire des hommes, d'où saint Eucher les avait tirées, comme nous l'apprend M. de Tillemont, qui loue beaucoup cette histoire, et qui l'a jugée digne du grand saint Eucher de Lyon. Quelque persuadé qu'on soit que cette harangue est de ce Père, cela n'a pas empêché que dom Thierry Ruynart n'ait mis cette narration parmi ses Actes choisis, aussi bien que plusieurs autres, dans lesquelles on voit clairement que ces auteurs font souvent parler et les martyrs et les tyrans. On sait bien, dira-t-on, que les Pères ont parlé en orateurs dans leurs homélies et dans les panégyri qnes qu'ils ont faits en l'honneur des saints; mais Métaphraste n'en est pas demeuré là: ce qu'on c Cc reproche est à la vérité très considérable mais c'est au public à juger si un légendaire, qui ajoute quelques circonstances à son original, pour le rendre plus agréable et plus utile, est plus blå mable que celui qui en retranche beaucoup de choses qui peuvent contribuer à faire éclater da vantage le mérite des saints et la grâce de Jésus Christ: principalement lorsque les histoires des saints sont sincères, authentiques et originales; car en ce cas il n'y a rien qui ne soit édifiant, et qu'on doive négliger. Or, on pourrait peut-être prétendre que, si Métaphraste a donné dans le premier excès, M. Arnauld d'Andilly, M. de Tille mont et M. Baillet, sont tombés dans le second. Mais, dira-t on, il y a bien de la différence entre la conduite de ces auteurs et celle de Métaphraste. Ce dernier fait profession de suivre son original mot à mot, au lieu que ces savants écrivains ne se sont pas astreints à cela: «Je me suis gardé, dit M. d'Andilly (Vies de plusieurs suínts, avis au lec teur), de rien ajouter dans aucune de ces Vies, mais j'ai abrégé divers endroits dont la longueur n'aurait pas été moins inutile qu'ennuyeuse; et j'en ai retranché d'autres qui étaient entièrement superflus, du nombre desquels sont plusieurs miracles. > M. de Tillemont et M. Baillet ont tenu la même conduite, qui est très raisonnable, puisqu'ils ont exactement suivi méthode qu'ils s'étaient prescrite, tandis que Métaphraste a passé ses bornes. Et c'est sur quoi on ne peut le justifier, s'il est tombé dans cette faute; mais du moins il est constant qu'il y a plusieurs Actes originaux que dom Thierry a mis dans son recueil, dans lesquels on voit que Métaphraste a tenu la parole qu'il avait donnée. Mais quelque coupable que soit ce légendaire, ne pourrait-on pas lui faire quelque grâce? Car s'il a été permis aux savants critiques d'abréger divers endroits des histoires qu'ils rapportent, parce que leur éten due n'aurait pas été moins inutile qu'ennuyeuse, ne pourrait-on pas accorder à Métaphraste, en conser vant tout le fond de son sujet,la liberté d'y ajouter de légères circonstances pour rendre sa narration plus utile ou plus agréable? ce que ces savants critiques n'ont pas négligé eux-mêmes dans les occasions. Puisque ces critiques éclairés, pour se conformer au goût de notre siècle, ont cru devoir retrancher quelques faits qui étaient entièrement superflus, du nombre desquels sont plusieurs miracles, doit-on blâmer Métaphraste d'avoir suivi le génie de son temps, où l'on ne considérait pas les miracles comme des choses superflues, mais comme un des ornements

de l'histoire des saints, et d'avoir rapporté tons a ques, dont l'exactitude, le bon goût, l'érudition, ceux qu'ila trouvés dans ses Mémoires:car quelque les mettent bien au-dessus de cet écrivain grec? grande que soit l'érudition de nos sages critiques, il leur serait peut-être très difficile de montrer que Métaphraste ait forgé de nouveaux miracles dans sa Collection des vies des saints. § VI. — Exemple des paraphrases de M. Baillet, qui ne sont pas moins considérables que celles de Métaphraste. les c Je laisse au public à examiner si M. Baillet n'a pas un peu métaphrastasé la vie de saint Cyrille enfant, martyr de Césarée en Cappadoce pendant la persécution de Dèce, ou celle de Valérien. Mais afin qu'on en puisse mieux juger, je mettrai ici tout au long l'histoire de ce saint enfant telle qu'elle est dans M. Baillet, avec l'original latin qu'il a fait profession de suivre. Je marquerai dans le français de M Baillet, en caractères ita liques, les additions qu'il y a faites; et dans le latin, en caractères romains, ce que cet habile critique en a retranché, c'est-à-dire les endroits qu'il n'a pas traduits. suivantes. Après quelques lignes, qui font comme un petit exorde, il parle en ces termes de saint Cyrille Martyrium Cyrilli pueri, ex tom. VII Maű Bol land. apud Ruynard, Acta selecta, pag. 253. On laisse la petite pré face qui est à la tête de ces Actes, et l'on com mence où M. Baillet se rencontre avec le latin. Mais quand on voudrait avoir quelque indul gence pour ce légendaire grec, et l'excuser en quelque manière à cause du mauvais goût de son siècle et du génie de sa nation, il faut avouer qu'il s'est bien émancipé, que ses falsifications et ses in fidélités sont tout à fait inexcusables, et que reproches que tous les savants lui ont faits de ses fautes sont très-raisonnables et bien fondés, 29 mai, page 911 et les surtout ceux que lui fait M. de Tillemont, qui ne croyait pas, comme le rapporte M. Baillet (Disc. p. 60), qu'on dût estimer pour quelque chose ce qu'on a coutume de louer en lui, en considérant le mauvais office qu'il a rendu à la vérité dans le reste, et qui ne pouvait souffrir surtout que Métaphraste fit profession de suivre ses auteurs mot à mot, et qu'en Elenim omni tempore même temps il les altérât et les fit parler à sa fan- Il n'avait que Jésus-Christ taisie.» M. Baillet cite à la marge la page 528 du en bouche, et témoignait Christum nominans erat premier tome des Mémoires de M. de Tillemont. être disposé à tout faire et Cyrillus et semetipsum in C'est dans cet endroit, qui est la note 20 sur saint à tout souffrir pour lui. de esse motum fatebatur Jean Baptiste, qui porte pour titre, Additions de C'est ce qui lui fit sou- et plagis confixus et verbis Métuphraste, que ce savant critique rapporte un tenir avec une conflance territus, neque verborum exemple sensible des paraphrases de cet auteur: merveilleuse, non-scule- ruinam, neque afflictionis L'histoire des trois translations du chef de saint. mentles menaces les plus injuriam computavit; sed Jean-Baptiste, qu'Allatius attribue à Métaphraste, capables d'affrayer les au- sustinuit hæc quidem li porte que ce saint chef répandait une bonne tres, mais les tourments bentissime: prompte au odeur et même un grand éclat, tant lorsqu'il fut auxquels on voyait succom- tem aliquid majus ma trouvé à Jérusalem, que lorsque Urane vint avec ber souvent les personnes lum exspectabat. Cum des cierges pour le transporter. On voit en cela le mêmes les plus robusles. autem crescerent animi, génie de Métaphraste, qui suppose que les choses quæ sunt erga bonam fidem, et æmulatores habe ont été telles qu'il s'imaginait qu'elles devaient ret multos qui similes erant ejus ætati. être:car on ne trouve rien de cela,ni dans l'ancienne Il avait pour ennemi Abjicit quidem eum relation de la première invention, ni dans celle de de la foi, et pour persécu- pater, domum ei claudens, Marcel, où Métaphraste change beaucoup d'en- teur même, son propre et quæ in en erant pror droits, quoiqu'il rapporte la chose en son nom, et père, qui, ne pouvant venir sus abnegabat ei. qu'il fasse profession de le suivre mot à mot, mpòc à bout de lui faire préférer sa volonté à celle de Av. Après cela pourra-t-on dire (Baillet, ibid.) Dieu qu'il servait, le désavoua pour son fils, lai qu'on fasse tort à Métaphraste, quand on assurera que ferma la porte de sa maison, et lui refusa les c'est pour avoir su trop bien mentir que quelques-choses les plus nécessaires à la vie. uns l'ont regardé comme un imposteur et un faus- On ne pouvait s'empê saire,né pour produire des monstres,outré au delà cher de bidmer une dureté de ce que la Grèce païenne a imaginé de fables en si inouïe dans un père. faveur de ses dieux: qu'on a en horreur ses fic- Mais Cyrille ne faisait tions et ses paraphrases, et que les savants font qu'en louer Dieu, qu'il si peu de cas de son témoignage, qu'ils ne dai- regardait beaucoup plus gnent pas seulement le nommer? comme son véritable père que celui que la nature lui avait donné, et qui l'aban donnait de la sorte. Sans perdre le respect qu'il devait à son père, il regardait d'un œil indif férent la perte de tous les avantages dont il le Mais,dira quelqu'un, pourquoi se récrier tant sur les additions faites par Métaphraste dans cette his toire?Gar nutre qu'on pourrait en quelque façon les excuser, n'en trouve-t-on pas quelquefois d'aussi considérables dans les écrits de nos sages criti Quidam autem in his laudabant patrem, et val de mirabantur: ipse ve. ro quasi nihilum repu tabat abdicari a patre; et quod parva auferens ei, majura et utiliora ei pro videret fides quæ in Do mino eral, dicebat.

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privait, à la vue des biens éternels que la foi lui vaincre sa fermeté, et l'obliger d'acquiescer aux faisait envisager. Cet homme qui vérifia la prédiction que Jésus Christ avait faile, que les parents trahiraient leurs propres enfants et les livreraient eux-mêmes aux juges à cause de lui, alla faire au magistrat des plaintes de son fils, comme d'un enfant rebelle à son père et aux dieux. Le magistrat envoya Hæc agens in iram prendre Cyrille par des provocabat Cæsareæ ju soldats et l'ayant fait dicem, el vocans eum venir devant lui, il essaya per ministrationem mili de le ramener aux volon- lum, el terrens simul tés de son père; et il lui fit de judiciis, videbut qui ensuite de grandes me. dem in principio eum naces pour l'intimider. non lerreri, sed omni Voyant que Cyrille n'en momento ab omni trepi était pas plus ému, il datione securum (astare) changea de discours, et modica omnia contra lui dit qu'on lui pardon- fidem computantem. En nait le passé, s'il voulait indulgeo tibi, inquit Ju être sage; que son père dex, o puer, delicta. Di. voulait bien oublier tou- mittil tibi et pater offen tes ses désobéissancer, et sam, in domum suscipit tous les autres sujets de te. Licet tibi frui bona mécontentement qu'il lui patris, si solrius fias, si avait causés, le recevoir tibimetipsi des cogitatum. dans ma maison, lui rendre tout ce qu'il avait perdu, et lo rétablir dans les droits de sa succes sion, dont il l'avait privé. Cyrille lul dit qu'il se réjouissait, non des belles promesses dont on le flat tait, mais des reproches et des menaces qu'on lui faisait qu'il se conso lait aisément de se voir chassé de la maison de son père, par l'espérance qu'il avait d'être reçu dans celle de Dieu; qu'il consentait de demeurer pauvre, pourvu qu'il pût jouir des richesses éternelles dans le ciel; et qu'au reste il ne craignait point la mort, parce qu'il attendait ensuite une vie plus heureuse que celle qu'on lui voulait ôter. volontés de son père. Ceux que le juge avait Quando autem neque commis pour lui rapporter lacrymalus puer nuntia des nouvelles de la conte- balur, neque ignem me nance que cet enfant tien- tuens, in quem injicere drait à la vue des tour- hunc minabantur, sed pa ments, vinrent lui dire tientissime ad mortem qu'on n'avait pu lui ar- pergentem racher une larme; que lorsqu'on avait fait mine de le jeter dans le feu, il n'avait ni reculé, ni crié, ni changé de couleur; que quand on lui avait fait voir l'épée pour lui couper la tête, il avait présenté le cou, avec une résolution capable de faire trembler le bourreau Le juge, plein d'étonne nement et d'admiration, fit revenir Cyrille devant lui, et faisant valoir l'in dulgence qu'il avait eue pour lui, il l'exhorta à rentrer en lui-même, et à profiter de la grâce qu'il venait de recevoir. Iterum vocal hunc Ju dex, docere animatus et verbo suadere secundum solitum sibi morem. Vi disti, o puer (inquit), ignem; vidisti, o juvenis, gladium: sobrius exlo, ut iterum habeas patris domum et fortunam. Qui respondit: No cuisti, o tyranne, me re vocans; nocusti, et pes sime gessisti: frustra suc cendisti ignem, sine causa gladium acuisti. Mullo major (est) domus quam exercée contre moi. J'ai habitare festino: mullo une autre maison et d'au- divitiæ præstantiores. Has tres richesses à attendre accipere a Domino acce que celles de mon père. lero, celerius me consum J'espérais en aller jouir ma, ut celerius fruar. lorsque vous m'avez ôté cette satisfaction. No m'enviez donc pas plus longtemps mon bonheur. L'enfant lui répondit Loin de me faire grâce, vous m'avez fait grand tort, en me retirant des feux et des épées. Ce n'est point une indulgence, c'est Beatissimus vero Cy-cune cruauté que vous avez rillus, Gaudeo, dixit, cum pro his mihi incre patur. Ego enim apud Deum optime recipiar. Delector doma mea priva tus. Habitabo enim ma jorem et meliorem. Sponte fio pauper, ut fruar di vitiis (@ternis); bonam mortem non meluo, quia vitam providco mihi me liorem. Le juge étonné d'une Hæc dicens cum qua si généreuse réponse, lui dam deifica virtute, præ fit mettre les fers, et com- cipitur ligari solemniter, manda qu'on le condui- quasi ad mortem dedu sit au lieu du supplice cendus. Usque terrorem comme pour y être exé- autem et jussionem illud cuté. Il donna en méme publicos (ministros) facere temps un ordre secret aux (judex præcipit, proba bourreaux de tout faire à tionem accipiens pueri. son égard, jusqu'au coup de la mort, mais de ne point passer au delà, parce qu'il voulait em ployer ce dernier remède de la peur, pour Les assistants, égale ment surpris des raison nements et de la cons tance de ce jeune gar çon, ne purent retenir leurs larmes pour la plupart. Cyrille eut en core le courage de leur en faire des reproches. Vous devriez rire, leur disait-il, et vous réjouir de l'état où vous me voyez. Lorsque le juge eut pro noncé la sentence de mort, les pleurs des autres re doublèrent. Mais Cyrille, d'un ton qui marquait la disposition de son grand cœur et la solidité de sa joie, leur dit: Si vous sa Et hæc audientes as tantes lacrymabantur puer autem lacrymas co rum inculpabat el, De betis, inquit,ridere,de belis delectari, debetis (me) producere gauden tes ad patiendum. Ne scitis quam civitatem habitabo; nescitis quam fiduciam habeo. Conce dite sic expendere vilam. Hæc dicens ibat mori. Splendidus autem et spe ctabilis erat, Ron 00 lum ei qui recipit hujus animam, sed et aliis qui Cæsareæ habitabant, ip sum adjuvante qui reg nat in sæcule seculorum. Amen.

viez quelle est la confiance que j'ai en Dieu, et si Métaphraste. Car les Actes de saint Nicéphore vous connaissiez le pays où je vais, vous m'exhor- que celui-ci nous a donnés, ne diffèrent du texte teriez sans doute à souffrir avec courage, plutôt que que par quelques mots, la plupart très-peu im de me plaindre et de pleurer ma mort. Mais il n'eut portants, comme M. de Tillemont en convient pas besoin d'autre exhortation de la part des (tom. IV, not. 8 sur la persécution de Valerien, hommes, étant intérieurement soutenu par la p. 590, col. 2; au lieu qu'on trouve des circons grâce de celui pour lequel il combattait, et qui tances assez considérables ajoutées par M. Baillet, devait le couronner.» qui ne sont point dans son texte; sans compter plusieurs retranchements qu'il a faits à son ori ginal, quoiqu'il soit trois fois plus court que celai de saint Nicéphore, qu'on prétend avoir été altéré par Métaphraste. Mais afin qu'on en puisse juger, nous mettrons à la fin de ce paragraphe la Vie de saint Nicéphore tout au long, avec les para phrases de Métaphraste en caractère italique, afin qu'on les puisse distinguer du texte. Il est aisé de juger, par ce que nous venons de rapporter, que M. Baillet a ajouté beaucoup de choses à son texte et qu'il en a supprimé d'autres; sans parler de quelques tours qu'il a donnés à l'ori ginal en quelques endroits, qui ne paraissent pas convenables. On sait bien que le texte original ne paraît pas fort exact, et qu'il y a même quelques fautes, soit qu'elles viennent de l'interprète, ou de la négligence du copiste. On ne disconvient pas non plus que le Latin des Actes étant fort serré, ce cri tique n'ait été contraint de lui donner un autre tour, et d'y suppléer quelque chose pour s'accommoder au génie de notre langue. Mais quand tout cela ne justifierait pas assez la traduction de M. Baillet, on ne prétend pas le blâmer d'avoir ajouté à son texte, pour donner à entendre comment les choses ont pu arriver car ces traits d'éloquence sont très ordinaires dans les homélies des Pères et dans les historiens, qui ajoutent quelquefois des ornements à leur matière sans en altérer le fonds. Mais cet exemple que nous venons de rapporter, montre assez que M. Baillet n'a pas toujours raison, quand il tâche d'affaiblir l'autorité des Pères, sous prétexte qu'ils ont parlé en orateurs plutôt qu'en historiens dans les Vies des Saints qu'ils nous ont données et que l'on ne rend pas assez de justice à Métaphraste, lorsqu'on se récrie tant contre lui dès qu'on trouve qu'il a paraphrasé sa narration. Car pourquoi cette conduite sera-t-elle un crime dans cet écrivain, et un sujet d'éloge pour les critiques? L'un des plus célèbres exemples quel'on rapporte pour décrier Métaphraste sur le sujet de ses pa raphrases, est pris de la Vie de saint Nicéphore, martyr d'Antioche. Cette Vie se trouve au 9 de février (tom. 2, p. 283) dans Bollandus; qui ajoute en lettres italiques les endroits de Métaphraste qu'il appelle interpolata. Dom Thierry Ruynard (Act. select. p. 245) dit que ces Actes ont été donnés par Bollandus, adjunctis altero charactere Metaphras tis Additionibus. M. Baillet, parlant de cette his toire (9 fév., p. 15), remarque que de la manière qu'elle a été donnée par le P. Ruynard, «elle est estimée fidèle, et exempte des gloses et amplifica tions que Métaphraste et quelques autres Latins avaient insérées dans les Actes qu'on avait aupara vant. Cependant, si l'on examine les additions que Métaphraste a faites dans cette Vie de saint Ni céphore, et qu'on les compare avec celles qu'on voit dans l'histoire de saint Cyrille publié par M. Baillet, on jugera aisément que ce critique a plus paraphrasé, et moins suivi son original, que L'histoire des trois translations du chef de saint Jean-Baptiste, qu'on propose encore ordinairement comme un exemple des infidélités de Métaphraste, paraît moins paraphrasée que la narration du mar tyre du saint enfant Cyrille. Les deux miracles dont parle Métaphraste ne peuvent pas passer pour des additions, parce qu'il n'en est parlé ni dans l'ancienne Relation, ni dans celle de Marcel. Est-ce que Métaphraste n'a pas pu les rapporter sur d'autres Mémoires? Dira-t-on qu'une circons tance est fausse, parce que ceux qui ont rapporté l'histoire entière ne font aucune mention de cette circonstance? Sur ce pied là, il se trouvera bien peu de narrations fidèles. Quand il serait absolument vrai que Métaphraste eût ajouté ces deux miracles, qui d'ailleurs n'ont rien d'incroyable, et qu'il eût encore ajouté de son chef ce qu'il dit, qu'Urane vint avec des cierges pour transporter le saint chef; tout cela ne ferait que trois additions dans une Relation qui est assez longue mais combien n'y en a-t-il pas dans la narration de M. Baillet, qui est assez courte? Mais, dira-t-on, ce que M. de Tillemont et tous les savants blâment principalement dans Méta phraste, c'est qu'ayant fait profession de suivre ses auteurs mot à mot, il ne laisse pas de les altérer et de les faire parler à sa fantaisie: qu'il ajoute beau coup du sien aux histoires; et qu'il rapporte les choses, non pas comme elles se sont passées, mais comme elles ont pu se passer. Toutes ces plaintes sont trop raisonnables pour les condamner: mais ne semble-t-il pas, répondra-t-on, que tous ces mêmes reproches retombent sur M. Baillet? Ce critique ne fait-il pas profession de suivre le texte des Actes de saint Cyrille, tel qu'il a été donné par Bollandus au 29 du mois de mai, et par Dom Thierry Ruynart, qu'il cite dans sa Table critique, et dans la Vie de ce saint enfant, martyr? Quand M. Baillet ne se serait pas restreint aux Actes authentiques donnés par ces deux auteurs, n'aurait-il pas dû nous apprendre d'où il a tiré tant d'additions? Ainsi, puisqu'il n'a point marqué d'autres sources, et que même il n'a pu le faire; on est en droit de dire qu'il a paraphrasé la Vie de

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La vie de saint Nicéphore, marlyr tirée d'un manuscrit de la bibliothèque du roi, et conférée avec celle qui a été donnée par Métaphraste. Les additions de Métaphraste que l'on y a insérées, sont en caractère italique. saint Cyrille, qu'il a fait parler à sa fantaisie donnent guère que ces deux exemples, pour l'auteur de cette histoire, qu'il a ajouté beaucoup preuve des infidélités de cet auteur grec. du sien à cette narration, qu'il en a retranché ce qu'il lui a plu, et qu'il a même donné à quelques circonstances un tour qui n'est pas tout à fait na turel; qu'il a rapporté le martyre de ce saint en fant, non pas comme il s'est passé, mais comme il a pu se passer; enfin qu'il a orné son sujet de plusieurs circonstances qui ne sont point dans son original. Ce n'est pas là la seule narration que M. Baillet ait paraphrasée: il serait aisé d'en marquer plusieurs autres, qui ne sont pas moins remarquables que celle de saint Cyrille, et dans lesquelles il ne s'est pas donné moins de liberté. L'on n'a choisie la Vie de ce saint, entre plusieurs autres, que parce qu'elle est fort courte. On voit par là que l'art de paraphraser n'est pas si particulier à Métaphraste, qu'il n'ait été mis en usage par d'autres auteurs, qui ont prétendu se distinguer par leur justesse et par leur exactitude, quoiqu'ils déclament en mille endroits contre les excès de cet écrivain grec, dont on veut faire passer le témoignage comme n'étant d'aucun poids pour établir un fait historique, et dont même le nom doit être supprimé, quoiqu'on profite de son travail. Quoique M. de Tillemont fasse, pour ainsi dire, deux sortes d'additions aux histoires originales des saints, on ne croit pas néanmoins qu'elles soient contre l'exactitude. Quand il trouve hors de son su jet quelque chose qui peut relever ou éclaircir la natière qu'il traite, alors, si l'auteur est digne de foi, il ne fait pas difficulté d'insérer ce qu'il lui emprunte dans sa narration, quoique originale, mais avec cette précaution, qu'il distingue d'avec le texte original ce qui lui est étranger, et qu'il cite à a marge le nom de l'auteur qu'il fait parler. Il n'est pas rare que ce docte critique ajoute aussi quelque chose du sien dans les histoires qu'il raconte mais comme il renferme cela entre deux paren thèses, le lecteur voit bien que ces sortes d'addi tions ne font pas partie du corps de la pièce: ainsi cela ne peut passer pour une véritable altération. Il y a eu d'habiles critiques qui ont cru que la plupart des additions de Métaphraste étaient de cette nature et s'il avait pris les précautions de M. de Tillemont, je ne sais si l'on se serait récrié aussi hardiment qu'on l'a fait contre ses pa raphrases. Il est certain qu'on trouve dans ce Lé gendaire des additions en grand nombre; comme celles qu'on suppose qu'il a faites dans la Vie de saint Nicéphore, et dans l'histoire de la translation du chef de saint Jean-Baptiste, qui ne sont pas plus considérables que quelques-unes qui se trouvent dans M. de Tillemont: car nos critiques ne nous ap Pauculis, ad attentionem conciliandam, tive connectendas periodos, interjectis, Boll. tom. 1, Januar, Præfat. p. 18, col. 1. In illo tempore erat quidem presbyter in magna Antiochia Syriæ, nomine Sapricius. Erat autem quidam quoque alius, qui appellabatur quidem Ni cephorus, erat vero ordine laicus, et admodum germanus amicus ejusdem presbyteri: seque ambo sic mutuo diligebant, ut existimarentur esse fratres germani, nati ex uno utero; adeo ut esset excellens amor eorum mutuus. Cum longo autem tempore vixissent in hac affectione, bono et lo nesto infestus et sceleratissimus humani generis inimicus, eis invidens, talen inter eos peperit dissensionem, ut nec in platea quidem vellent sibi invicem occurrere, ex dæmorico odio quod inter se invicem conceperant. Cum satis vero longo tempore ita fuissent affecti, ad se rediens Nicephorus, et cognoscens odium esse diabolicum, regavit amicos quosdam, ut irent ad presbyterum Sapricium, et rogarent eum pro Nicephoro, ut ei culpam condonaret, et eum pœ nitentia ductum acciperet propter Dominum. Ille autem noluit ei condonare. Is vero rursus misit alios amicos, ut ei reconciliaretur. Presbyter au tem Sapricius nec eos quidem rogantes audire sustinuit. Rursus ergo Nicephorus rogavit alios quosdam amicos, et misit ad ipsum, ut convenien ter divino eloquio in ore duorum vel trium testium staret omne verbum. Ille autem cum esset duro corde, et implacabilis, et oblitus esset Domini nos tri Jesu Christi, qui dicit: «Remittite, et remitte tur vobis, et rursus: Si offerus donum tuum ad altare, et recordatus fueris quod habes aliquid adversus fratrem tuum, dimitte id, et vadens re conciliare fratri tuo; et rursus: • Nisi remiseritis hominibus delicta eoruin, nec Pater vester cœlestis remittot vobis delicta vestra; › omnibus eum ro gantibus et petentibus, non condonavit fratri et umico suo. Non enim habebat in se charitatem et misericordiam quamobrem jure fuit privatus regno cælorum. In primis autem pius et fidelis Nicephorus, cum vidit Sapricium despexisse communes amicos, qui pro eo petentes veniam non acceperunt, ipse cur rens ad ædes Sapricii, se projicit ad pedes ejus, dicens: Condona mihi, Pater, propter Dominum Ille vero noluit ei reconciliari utamico, et maxime cum rogaretur: et maxime cum deberet, etiamsi non fuisset rogatus, aprima excusatione eum accipere, Apud Bolland. tom. II Februar, die 9. Hi betur etiam apud Ruyn, Acta selecta Græc. et Lat. pag. 244, etc.

at Christianus et presbyter, et qui professus erat servire Deo. Cum hæc autem sic fierent, repente exsistit per secutio et magna aflictio in Antiochia civitate ubi ambo habitabant, et apprehenditur Sapricius ut Christianus, et traditur præsidi: et stetit ante ipsum, el dixit ei præses:Quod est nomen tuum?Ille autem dixit: Vocor Sapricius. Dixit præses: Cujusnam es generis? Dixit Sapricius: Sum Christianus. Præses dixit: Es clericus? Dixit Sapricius: Locum teneo presbyteri.Dicit præses: Augusti nostri et do mini hujus regionis et finium Romanorum, Vale rianus et Gallus [Gallienus], jusserunt ut, qui se dicant esse Christianos, sacrificent diis immorta libus. Si quis vero despiciens, respuit hoc edic tum, sciat de diversis tormentis et suppliciis plectendum, et sic gravissima morte esse condem nandum. Sapricius autein astans, dixit præsidi Nos Christiani, o præses, Christum Deum habe mus regem;quoniam ipse est solus verus Deus, et Creator cœli et terræ, et maris et omnium quæ sunt in eis.Omnes vero dii gentium, dæmonia; et pere ant a facie universæ terræ, qui non possunt ali cui opem ferre, aut aliquem lædere aut impedire, cum sint opera manuum hominum. Et cum venisset ad locum in quo erat interimen dus Sapricius,rar sus et dixit Nicephorus: Rogo te,marò tyr Christi, ignosce mihi si quid peccavi ut homo scriptum est enim: «Petite, et babitur vobis.» Sed eo hæc dicente, et quæ sunt his similia, non audi vit sævus et durus amicus: nec flexus est sodalis as perrimus, nec fuit mollitus, totus inflexibilis. Non enim audivit illud: Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo, et proximum tuum sicut teipsum.Sed clausit aures cordis sui et corporis, ut aspis surda et clauda, quæ non exaudivit vocem incantantium. Propterea qui personam non respicit et verax est Dominus,qui dixit: Si non remiseritis hominibus delicta eorum, neque Pater vester cælestis remil tet vobis delicta vestra; et: In qua mensura me tieris frutri tuo, in ea remetietur tibi. Dominus cum vidisset eum nulla tangi proximi misericordia, jure eum privavit regno suo cœlesti imo vero, ille seipsum alienavit a gratia cœlesti et ab æternis Dei bonis, propter injuriæ a fratre ac ceptæ recordationem: et maxime quod in germa num et veterem amicum fuisset animo crudeli,im mani et irreconciliabili. Tunc dicunt licteres Sa pricio: Flecte genua tua, ut caput tibi amputetur. Dicit autem eis Sapricius: Quare?Dicunt ei lictores Tunc iratus præses, jussit eum projici in co- Quoniam noluisti diis aacrificare,sed contempsisti chleam,jubens eum vehementer versari.Cum is ergo edictum imperatoris, propter hominem qui dici adeo acerbe et inhumane torqueretur,dixit Sapri- tur Christus.Hæc cum audisset miser Sapricius,res cius præsidi:Carnis meæ habes potestatem; animæ pondi lictoribus hanc miseram et tristem vocem, autem meæ potestatem non habes, sed Dominus dicens: Nolite me ferire; facio enim quæ jusserunt Jesus Christus, qui eam creavit. Longo vero tem- imperatores, et diis sacrifico. Sic eum excæcavit pore tortus, sustinuit tormenta. Cum vidisset autemodium, et ab eo abduxit Dei gratiam. Qui enim per improbus et malitiosus Judex eum non persua- ejusmodi tormenta non negavit Dominum nostrum deri, tutit in eum sententiam, dicens: Sapricium Jesum Christum, cum venisset ad finem mortis, et presbyterum, qui edicta contemnit imperatorum, esset accepturus præmium et coronam gloriæ et et non paruit, nec dis immortalibus voluit sacri- spei, negavit vitam æternam, et fuit apostata. ficare, ut qui a spe Christianorum non tulerit excidere, jubemus tradi supplicio capitis. Cum ergo ipse esset egressus, accepta martyrii sententia, et festinaret ad cœlestem coronam, au divisset autem sanctus Nicephorus, currens pro cessit ei obviam,et se projicit ad pedes ejus,dicens Martyr Christi,ignosce mihi quoniam peccavi in te. Ille autem nihil ei respondit.excæcatum enim fueratcor ejus a malo dæmone. Sanctus Nicephorus eum rur sus prævenit per aliam viam, et ei occurrit prius quain ipse egrederetur e civitate, et rogavit cum di cens: Martyr Christi, condona mihi ea quæ peccavi in te ut homo.Ecce enim,data est tibi corona a Chri sto,quem non regasti,sed confessus es nomen ejus sanctum coram multis testibus. Ille autem durus et implacabilis, odio cor habens excæcatum, neque ei dedit veniam, neque ei verbum voluit respondere; adeo ut ipsi lictores dicerent sancto Nicephoro: Tam stultum hominem nunquam vidi mus. Vadit ad supplicium capitis, et quomodo petis veniam ab eo, qui jam est moriturus? Dicit eis sanctus Nicephorus: Nescitis quid petam a con fessore Christi; Deus autem scit. Hæc cum audisset sanctus Nicephorus, rogavit Sapricium, cum lacrymis,dicens:Noli, o frater, noli transgredi et negare Dominum nostrum Jesum Christum. Noli omnino, rogo te,jab eo deficere, et perdere cœlestem coronam, quain per multa ac quisisti tormenta et afflictioues. Ille autem noluit eum omnino audire, sed contendit abire ad inte ritum et tenebras ultimæ mortis, et ad ignem,qui non potest exstingui. Qui tauti pretii gloriam in momento unius horæ ictus gladii perdidit, revera fuit miser, excæcatus ab odio. Non enim audivit Dominum nostrum Jesum Chri stum,dicentem in sancto Evangelio: «Si afferas mu nus tuum ad altare, et recorderis quod frater tuus babet aliquid adversus te, dimitte munus tuum ante altare, et vade primum te reconciliare fratri tuo, et tunc veniens offer munus tuum.» Et rursus, Petro principi apostolorum, cum rogasset Dominum "Quoties,si peccaverit in me frater meus, dimittam ei?Septies?» Respondit Dominus: «Non dico tibi se pties, sed septuagies septies.» Ille autein miser ne semel qnidem voluit condonare fratri suo,et maxi me petenti veniam et roganti. Et Dominus quidem

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