PG 43Comte de Marcellus
From the Preface by Count Marcellinus, rendered into French
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NONNI Dionysiacorum NOVISSIMÆ RECENSIONI, AB IPSO ADORNATÆ, PRÆFIXA, QUAM EXSCRIBENDI NOBIS BENIGNE La vie et les contemporains de Nonnos (a). Que dire de la vie de Nonnos, quand on sait à peine son nom? Pour lui, comme pour la plupart des épigrammatistes grecs qui out concouru à l'anthologie de la troisième époque, quand le col lecteur Agathias, ajoutant son Cercle (kyklos) aux Bouquets de fleurs de Méléagre et aux Couronnes de Philippe le Thessalonien, a enregistré leurs petits vers, sans s'inquiéter de leur vie, tout se réduit à très-peu de certitudes mêlées de beaucoup de con jectures. Nounos est né à Panos, ou Panopolis, la ville de Pan, en Egypte: voilà ce qui n'est douteux pour personne, et ce que confirmerait indirecte. ment, au besoin, son poëme des Dionysiaques. Cette ville de Pan (aujourd'hui Akhmin) portait en premier lieu, disent les anciens géographes, le nom de Chemmis; et bien qu'Etienne de Byzance en fasse deux villes, ou plutôt les place en deux en droits distincts de son Catalogue alphabétique, où les notions de la géographic ne semblent qu'un ac cessoire aux enseignements de la grammaire, il y a lieu de réunir ici les deux cités, et de les confondre pour en faire la patrie commune de Nonnos. Car la ville de Chemmis, qu'Hérodote dit être la scule où les indigènes ne montraient, de son temps déjà, aucun éloignement pour les coutumes grecques, est bien la ville de Pan, dont Diodore de Sicile nous a transmis l'étymologie égyptienne, Chemmo. De là sans doute le rôle important que le dieu Pan joue dans les Dionysiaques, où on le voit toujours acolyte de Bacchus, l'Osiris égyptien. Ainsi, quand Nonnos faisait choix des triomphes de Bacchus pour son épopér, c'était, il ne faut pas l'oublier, un sujet national qu'il traitait, ou du moins l'antique origine du culte favori de sa ville natale. Qui sait même si Nonnos n'a pas été amené à célébrer les progrès de Bacchus, dieu civilisateur, ou les con quêtes du génie grec sur la barbarie indienne, par le spectacle de la religion qui altérait alors la face du monde, et si le futur néophyte n'a pas puisé (a) Auctoris nomen Græcum fecit doctus Editor. l'idée mère des Dionysiaques dans ses propres mé ditations sur la philosophie chrétienne, civilisatrice aussi, dont il voyait chaque jour grandir et se dé. velopper l'empire? Le chantre de Cymodocéc a bien demandé à la patrie d'Homère les brillantes cou leurs dont il a revêtu les Martyrs. Panopolis était située dans la Thébaïde, sur la rive orientale du Nil, près d'Antéopolis, en face de Cro- ' codilopolis; et l'on peut, à la lecture de tous les noms énumérés sous des appellations grecques par Pline le Naturaliste, s'étonner à bon droit de voir la langue des Hellènes porter si loin son in fluence, étendre jusqu'à la ligne du désert la pat faite connaissance de ses dialectes, et faire naltre presque à la limite de l'Ethiopie ce poête grec que Suidas et l'impératrice Eudoxie, auteur du Violier (Ionia), tous les deux échos des jugements litté raires des temps qui les ont précédés, s'accordent à désigner sous l'épithète enviée de Logiotatos. Or cette expression, à l'époque où elle est employée, signifiait très-habile à bien dire. Serait-ce donc un écrivain sans valeur que celui dont le nom a sauve de l'oubli le nom même de sa patrie? Car ce même Suidas et Etienne de Byzance ne semblent attacher d'autre importance à Panopolis que celle dont elle est redevable à son illustre citoyen. Panopolis néanmoins eut plus d'un habitant digne d'être signalé au souvenir de la postérité. Et je ne puis m'empêcher de constater ici une véri table analogie entre Nonnos et l'un de ses compa triotes, que l'on pourrait croire son disciple: c'est Cyros de Panopolis que je veux dire. Dans le peu de vers qu'il nous a légués, Cyros, à l'exemple de l'auteur des Dionysiaques, semble avoir, avant tout, ambitionné la beauté du rhythme, et en même temps limitation d'Homère. Cette recherche de la forme et du mètre homérique était de nature d'ail leurs à plaire à son auguste protectrice, une autre Eudoxie, qui porta sur le trône du second Théodosc l'amour des arts et de l'élégance attiques; Eudoxie, femme philosophe, ce qui, chez les Grecs, signi fiait tantôt l'amie des lettres, tantôt tout simple ment la femme vertueuse; car ce titre n'avait pas

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PG 43:681λ. Σοφιστὰς μὲν καὶ σοφοὺς ἔλεγον τους ποιητάς. Διὰ λόγων τραφέντα καὶ αὐξηθέντα. λιστα οι φιλοσοφεῖν ἐπαγγελλόμενοι, Σοφισταί οἱ ρήτορες, καὶ οἱ ἀπατεῶνες, κ. τ. λ.
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PG 43:683ἐκ τῆς οἰκείας μούσης Οὐ γάρ ἐστι ταυτὸν ἐς πλῆθος ἀποστηθίζειν,
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tome, cette indication, plus ingénieuse que pré cise, ne donnerait pas au Panopolitain une époque autre que celle que je viens de lui assigner. Education de Nonnos. Élat des lettres en Egypte. Paraphrase de l'Evangile selon saint Jean. Nonnos, on peut le soupçonner à sa vaste éru dition, fut très-probablement élevé à Alexandrie, à l'ombre du Muséum primitif, au sein de cette bi bliothèque du Sérapéon, fondée par Marc-Antoine, que des mains barbares allaient bientôt outrager. Nulle part, dit éloquemment M. Villemain, le < polythéisme n'était plus tenace et plus inépui ♥ sable que sur cette terre des Pharaons, où rien ‹ ne périssait, ni la réalité ni le mensonge; où ⚫ l'antiquité mystérieuse des monuments conservait ‹ l'antiquité des croyances; où la vie était si forte qu'elle semblait une émanation divine partout ⚫ répandue, et où l'imagination superstitieuse du ‹ peuple faisait incessamment pulluler de nou ‹ veaux dieux, comme les fanges échauffées du Nil multiplient les reptiles Þ Sur ce sol générateur de tant de confuses divi nités, d'où Nonnos a fait jaillir l'idée-mère de son poëme, des classes de philosophie, de littérature, qu'on appelait alors grammaire (c'est presque en core un même mot, qu'il vienne du grec ou du latin), et de ces mathématiques qui dominent tou jours dans les temps de décadence, étaient con stamment ouvertes. On devinerait encore l'étu diant familier de l'observatoire d'Alexandrie, dressé par les Ptolémées, à son penchant pour l'astrono mie révélé à tout propos dans les Dionysiaques science ou contemplation poussée si loin chez les Egyptiens, premiers observateurs du ciel, qu'elle produisit bientôt l'astrologie, comme pour égarer mieux encore nos siècles les moins éclairés. Une multitude de grammairiens expliquait aussi, sous les voûtes publiques du Muséum ou dans des écoles privées, les beautés des grands écrivains classiques, ainsi que les mythes du paganisme. Les talents se formaient aux règles de la discipline poétique, assouplissaient le langage aux formes des mœurs raflinées; mais, hélas! le génie ne tient pas école, et la sublime simplicité des poëmes antiques fit place au travail des pensées et à la science des mots. Le style, poli dans son afféterie, se surchargeait de la mémoire des siècles précé dents et d'allusions érudites; mais il déguisait mal, sous l'harnionie et la rondeur des phrases, l'absence de l'imagination; le goût et le jugement se dépravaient à ces pointilleuses études; l'amas des figures, des jeux de mots et des subtilités éner vait la diction; enfin tout était pour l'oreille, rien pour le cœur. ‹ Epoque corrompue comme la ‹ nôtre, › me disait M. de Bonald, ‹ où l'on met ‹ tait l'esprit au-dessus de la raison, et la grâce cau-dessus de la vertu.> Cependant les ténèbres approchaient; l'igno rance, en dehors du christianisme, étendait ses sombres ailes sur le quatrième siècle, où l'empire croulant couvrait à la fois de ses débris les Ro mains et les Grecs. Déjà la langue latine avait, comme la langue grecque, reçu l'influence des sec tes littéraires qui partaient de l'Egypte pour en vahir l'Europe; et néanmoins cette même époque, qui vit dégénérer l'idiome romain et se voiler le génie d'Athènes, vit aussi l'éloquence et la polé mique chrétiennes prendre leur plus grand essor. Le siècle, en s'éteignant, s'éclairait encore de quel ques lueurs poétiques. Tandis que Claudien repro duisait à Rome plusieurs des qualités et bien des défauts de cette école d'Alexandrie qui avait été sa patrie et sa nourrice, tandis qu'Ausone dans l'A quitaine, avec ses vives et spirituelles saillies, et plus tard Boēce à Milan, appuyé sur sa philosophic consolante et généreuse, allaient tirer encore quel que étincelle du vers latin dans l'empire d'Occi dent, la douce et rêveuse mélancolie de saint Gré goire de Nazianze, Synèse et ses méditations d'une métaphysique sublime, Palladas et quelques élé gants épigrammatistes d'Alexandrie et de Constan tinople, enfin Nonnos au fond de l'Egypte, à l'aide de ses gracieuses imitations et de la perfection de son rhythme, faisaient, dans l'empire d'Orient, briller encore de quelque heureux reflet le beau langage d'Anacréon et d'Euripide. Remarquons ici, en thèse générale, que les écri vains, en vers comme en prose, de la deuxième époque d'une littérature, sont presque toujours, sous le rapport de la diction, supérieurs aux écri vains secondaires de l'époque florissante. La raison en est toute simple: ils n'ont pas reçu, pour la diriger dans ses premiers pas, la langue échappée à peine de son berceau; elle leur est arrivée gran die, développée, et, pour ainsi dire, toute faite des mains de leurs devanciers. C'est ainsi que Lucien et Plutarque ont une phraséologie beaucoup plus artistique qu'Hérodote. Mais, si l'instrument est plus parfait, l'inspiration qui le fait résonner s'est affai blie. Quant à Nonnos en particulier, dans une ère où le génie enthousiaste tenait si peu de place, il a dû, pour se faire un nom, écrire très-correcte ment et chercher, par le charme et l'harmonie du mètre, à relever le style poétique; il faut remar quer, en effet, le soin qu'il met à s'éloigner des expressions vulgaires, des tournures hostiles à l'at ticisme, des phrases triviales et incorrectes qui s'introduisaient dans l'idiome grec à Alexandrie, et dont Lycophron et les hymnes orphiques nous offrent plus d'une trace. Placé en outre sur la li mite du paganisme qui va mourir, et du christia nisme naissant, il hérite des idées et des expres Villemain, Tableau de l'éloquence chrétienne au quatrième siècle, p. 91.

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sions de ces deux régimes qui ont successivement changé la face du monde, et il recueille les tradi tions ou les mœurs des peuples avant et pendant cette grande transition, commne les connaissances éparses dans tous les écrits précieux que le temps nous a dérobés. Encouragé par ces réflexions, je me suis per suadé qu'en introduisant ce poëte presque étranger à la république des lettres, dans cette petite frac tion de la société européenne qui jette un regard vers les générations passées pour en étudier les coutumes, mon travail pouvait ne pas rester sans quelque utilité, ne fût-ce, et j'insiste sur ce point, que pour profiter des lumières éteintes depuis qui entouraient alors Nonnos, comme pour éclairer l'histoire littéraire d'un temps si peu connu, et ser vir d'initiation aux esprits de notre époque, quand, afin d'arriver à l'intelligence complète du génie moderne, ils crøient devoir encore demander quel ques lumières au génie de l'antiquité. Ainsi, je l'avoue, j'ai suivi Nonnos avec une cu riosité, véritable, dans les révolutions de son es prit, autant que dans les variétés de son style, toujours empreint d'llowère, même quand il dé laye la Bible. J'ai étudié, dans l'application si di verse de son talent, ce poëte qui passe des tableaux de la mythologic, sans en voiler la nudité, aux images si pures du disciple que les Grecs ont sur nommé la Vierge et que les érudits du seizième siècle appellent aussi sanctissimus Parthenias. J'ai hâte de dire que ce contraste des ornements ou des figures de la poésie profane appliqués à la mo rale chrétienne, cette sorte d'anachronisme d'ex pression, qui serait de nature à nous offenser comme la parodie mondaine d'un sujet évangélique, dispa raît totalement du počine paien. Là, du moins, en raison de son titre, l'imagination de Nonnos peut se donner carrière, et même s'égarer, sans trop scan daliser la nôtre. El, à ce propos, c'est, selon moi, à son thème trop exclusivement mythologique, et aux scrupules des savants du seizième siècle, qu'il faut attribuer l'oubli où languissent les Dionysiaques, tandis que les commentateurs affluent pour la Paraphrase, et en ont multiplié les traductions. Ces préjugés, dont on ne peut certes réprouver les motifs, mais qu'on peut regretter dans un intérêt purement littéraire, ont été portés si avant qu'on a cherché à établir la supériorité poétique de ce dernier écrit sur le pre mier. Cette sentence, je dois le dire, me semblerait souverainement injuste, et j'ajourne volontiers le débat jusqu'après la lecture de la traduction, ou plutôt du texte tel que je l'ai reconstitué. On com prendra plus facilement alors combien la proposi tion contraire est plus naturelle et plus vraie. Il y a plus d'invention, cela va de soi-même, mais aussi, je le soutiens, beaucoup plus de poésie et de talent Saint Jean Chrysostome, De virginitate, § 82. réel dans les épisodes de la vie de Bacchus, même en y comprenant ses ancêtres, que dans la glose des récits évangéliques, tout artistement régulière qu'elle puisse se présenter. Et bien que l'allure du rhythme, la prodigalité et le néologisme des épithètes soient les mêmes des deux côtés, on ne peut s'empêcher de s'apercevoir que le poète est bien plus à l'aise dans les quarante-huit chants des Dionysiaques, ouverts aux caprices des légendes même les plus contradictoires, que dans les vingt trois chapitres du saint Evangile, où il a dû rester asse: vi à une marche uniforme et à un thème ri goureux. Convenons-en d'ailleurs avec Despréaux De la foi d'un Chrétien les mystères terribles D'ornements égayés ne sont pas susceptibles. Je m'appuie de cette sentence pour faire obser ver que, dans le cours entier de mon œuvre, je me suis faiblement occupé de ce second ouvrage de Nonnos, et que je n'ai voulu ni le défendre contre Heinsius, ni le juger moi-même. Je ne me suis pas privé cependant des lumières qui pouvaient jaillir de la confrontation des deux textes, des similitudes que le poète peut avoir re cherchées, et des locutions qu'il a fait passer de son grand ouvrage dans le dernier. On retrouvera quelques vestiges de mes travaux sur la P.raphrase, dans les commentaires, où j'ai rapproché les épi thètes et certains hexamètres. Il n'est que trop vrai, c'est surtout vers cette longue amplification de l'Evangile selon saint Jean que s'est tourné jus qu'ici le zèle des philologues et des grammairiens, quand ils ont voulu fixer la place que doit occuper Nonnos dans la littérature grecque du quatrième siècle; c'est cette diction et ces images qu'ils out soumises par prédilection à leur censure et à leur creuset, en négligeant la composition originale dont elles étaient la copie. Et cependant Nansius, le plus célèbre de ses traducteurs, disait dans un avis préliminaire: ‹ J'aurais voulu donner aux parti ‹ sans de la poésie grecque quelque goût pour une ‹ autre œuvre de Nonnos: et je ne puis trop les ‹ inviter et les exhorter, après avoir lu attentive ⚫vement Homère, Hésiode, Callimaque, Théocrite, Apollonius et les autres anciens poētes, à étudier ‹ avec soin les Dionysiaques: ils y trouveront bien ‹ des choses excellentes (præclara) qu'on ne reu contre point ailleurs. › Tout est dit depuis longtemps sur la Paraphrase de l'Evangile. Les éditions abondent comme les traductions et les conimentaires; et il m'a semblé qu'en m'appesantissant sur un sujet si peu ana logue au mien, j'aurais pu encourir, aux yeux de mes lecteurs, le blâme d'un mélange hétérogène et d'une sorte de profanation. Pourquoi je ne juge pas ici Nonnos. Ne pouvant rien, ou presque rien, pour dissiper

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les ténèbres accumulées sur l'existence de Non nos, c'eût été peut-être ici le cas, pour m'en dé dommager, de m'étendre dans un chapitre spécial sur les mérites ou les défauts de ses ouvrages, ou tout au moins du poème à qui j'ai consacré mes veilles: mais il m'a semblé plus naturel de céder mon tour de parole à ceux qui, dans l'un ou l'autre sens, reproche ou éloge, m'ont devancé; et, en cette double matière, avant de puiser chez moi, j'ai eu beaucoup à choisir chez les autres. Presque tous les critiques qui ont fu jusqu'au bout les Diony siaques à leur réapparition, dans les premières éditions si incorrectes, ou, à proprement parler, dans l'édition primitive et unique répétée simple ment à une plus tardive époque, soit même la plu part des érudits à qui, de nos jours, le texte de Graefe, bien défectueux encore, a permis d'en par courir certains épisodes détachés, comme pour compenser ce labeur ou se vanter de leur patience, ont cru devoir en publier un jugement parfois in dulgent, mais beaucoup plus souvent sévère. Quant à moi, qui me suis prescrit la tâche de rendre à ses vers, autant que je l'ai su, leur lustre primitif, de les dégager des obscurités ou des répétitions dues à de maladroits copistes, enfin de les tra duire en entier, je me contenterai de rapporter en pros ici, et en détail dans le corps de l'ouvrage, le sentiment de mes savants prédécesseurs, me ré servant de le confirmner ou de le combattre à l'oc casion. Je tiens surtout à laisser le lecteur juger lui-même; et, dans ce but, j'ai renvoyé aux notes spéciales mes propres appréciations. C'est là seu Dement, et non dans cette préface qui n'est pas près de ßnir, que j'essayerai de faire valoir ou plutôt de souligner le texte, pour ainsi dire. Mes re marques porteront aussi sur le style ou la compo sition, quand ma traduction ne les aura pas signa lés suffisamment par elle-même; et ici je dois m'excuser d'avance de ne pouvoir, dans une prose toujours un peu traînante quand elle interprète la poésie, faire goûter tout le charme de cette versi fication élégante même sous son enflure, et de cet idiome toujours mélodieux dans son abondance. Les traductions. ne sont-elles pas toutes, et ici je parle des meilleures, comme ces fleurs que copie sur le plus parfait modèle la main d'une femme ingénieuse? exactement pareilles de forme et de couleur à ces mêmes fleurs que créa la nature, il leur manque toujours, non pas seulement le par Dans un de ces Emblèmes, dont la mode avait saisi le seizième siècle, et que l'on recherche_en corc, moins pour les lire que pour les regarder, Sambucus a pris soin de se représenter lui-même. chevauchant entre ses deux chiens, tantôt dans des campagnes incultes, tantôt à travers des forêts que figure un grand arbre à lui seul. Au second plan, Bombo et Madel sautent les premiers dans une barque attachée à la rive, et se retournent vers leur miafire comme pour l'engager à les suivre. Puis on les voit, dans le lointain, s'avancer avec lui vers les remparts des villes qui bordent l'horizon. Cette fum, mais aussi cette frafcheur délicate que lui donne la rosée native, enfin ce je ne sais quel charme pour celui qui va la cueillir, de la voir brillante sur la tige qui l'a nourrie et attachée encore au sol où elle a vécii. Historique des éditions: Sambucus, acquéreur de la copie princeps; l'archevêque Arsénios, capiste ou propriétaire de ce manuscrit.. Maintenant, pour suppléer à une biographie sé rieuse de Nonnos que je viens de poursuivre à tå tons sans pouvoir l'atteindre, je saute par-dessus les douze siècles qu'il a traversés lui-même, dormant dans la poudre des manuscrits; et j'arrive aux jours de sa renaissance. Ces jours tardèrent à poindre bien plus encore pour lui que pour les autres poètes grecs, et ils ne jettent, aujourd'hui même, sur l'horizon littéraire que de très-faibles lueurs. Un siècle environ après que la découverte de l'imprimeric eut vivifié les lettres et propagé rapi dement le goût des chefs-d'œuvre antiques, naquit en Hongrie un homme qui se distingua entre tous les autres par son penchant pour les vieux manus crits, comme par ses recherches assidues des mo numents des siècles grecs et latins. Jean Sambucus, né d'une famille patricienne à Tyrnau, au sein des provinces où le latin se parle encore, et où en 1820 quelques phrases empruntées méchamment à Ci céron m'aidèrent à faire atteler sur ma mince voi ture de courrier huit chevaux pour franchir les lacs de boue qu'on appelait alors la route impériale; Jean Sambucus, dis-je, à l'ombre de son nom latin, et préparé à ses fouilles intellectuelles par de la borieuses études, se mit à travers l'Europe en quête des vieux papyrus, objet de son unique am bition. Il s'arrêta peu devant la modicité de sa fortune, mais jamais en face des difficultés ou même du danger des voyages. Spirituel, excen trique même, comme tous ces amateurs de vieux livres dont, Charles Nodier fut chez nous le type le plus éclatant, il ne se contenta pas, comme eux et lui, de les poursuivre sur les parapets des ponts, et sur les rayons étalés en plein air des quais d'une seule ville; il voulut les relancer dans leurs re traites les plus mytérieuses, et il cournt le monde, tantôt à cheval, tantôt descendant le cours des Acuves dans une barque, seul, suivi de deux chiens fidèles, dont il nous a conservé les noms, comme si la présence de Madel' et de Bombo sagaces et image est dédiée à la fidélité. On lit au bas quelques iambes en langue latine, œuvre de Sambucus, dont j'ai extrait ces vers tout aussi mauvais que les siens Ils m'ont suivi partout, sur mer comme sur lørre.. Ils vinrent souvent à Paris, Ils ont connu Néapolis, › Ils ont vu Rome et ne s'en doutaient guère. Par la Belgique ils prennent leur chemin; Et, grâce à leur instinct fidèle, Vers mon doux pays qui m'appelle Ils vont me ramener demain.

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PG 43:691Καὶ ὡς ἄλλος Πελίας, πρὸς ἀνακαινισμὸν, ἑτέ
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PG 43:693Ενιοι γὰρ Ἡσίοδον προήκειν Δόξα σοι ὁ Θεός, ὅτι μὲ τὸ ἀπεξέβαλες.
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puis par un grand nombre de lettres de saint Gré goire de Nazianze et de saint Jean Chrysostome, restées inédites jusqu'ici. Enfin il revint en Hon grie, mais seulement après avoir dirigé ses pas vers la Belgique et la Hollande, patries ou rendez vous des philologues les plus habiles et les plus studieux. Le premier littérateur qui, dans ces provinces rapprochées entre elles moins encore par leur po sition géographique que par le goût de l'érudition, s'occupa de Nonnos, soit pour en faire son profit, soit pour en faciliter la lecture aux autres, fut un patricien de Gand, Charles Utenhove, un Sambucus au petit pied, dont on sait assez peu de chose: et c'est sans doute par suite de l'obscurité de ce per sonnage que, dans un article très-court, la Biogra phie universelle le fait naître vers 1536, d'un pèro que, dix lignes plus bas, elle fait mourir en 1527. Charles Utenhove consacrait ses loisirs et sa fortune aux honorables travaux des lettres. Il projeta une traduction latine des Dionysiaques; et il les avait, dans ce but, tant feuilletées, qu'il en avait usé les pages, en papyrus, en coton peut-être, et non en parchemin sort tout pareil à celui de l'exem plaire de l'édition de Leipsick, dont je me suis servi moi-même pour une semblable élucubration; car le papier allemand de l'an de grâce 1819 n'a pas eu grand'peine à céder au bec de fer de mes plumes correctrices. Et personne, › ajoute Falkenburg, qui avait eu avec Utenhove des relations à Paris et en Angleterre, personne n'était plus propre à la tâche de traducteur qu'un homme si versé ⚫ dans la lecture assidue de tous les poëtes, et qui ● possédait d'ailleurs plusieurs manuscrits des Dio ⚫ pysiaques. > Ces manuscrits si soigneusement compulsés par Utenhove, et que probablement il avait acquis ou rapprochés dans le cours de ses voyages, étaient au nombre de quatre. Et si ce chiffre, dont j'ai été sur pris, vu la rareté des copies qui ont circulé eu Eu rope, est exact, je n'en suis que mieux disposé à regretter la perte des travaux de cet amateur zélé de la philologie. Néanmoins leur confrontation n'a pas pu apporter au texte des améliorations nota bles, car ils devaient être tous de la même époque, et, comme ceux de l'Escurial, appartenir au sei zième siècle. Au surplus, Guillaume Canter, ayant adressé à Falkenburg pour calmer son impatience, et pour apaiser sa ſaim, un extrait qu'il avait trans crit lui-même sur l'exemplaire favori d'Utenhove, savoir l'exorde du premier chant, un an avant que le manuscrit de Sambucus fût remis dans les mains de l'éditeur primitif, celui-ci ne trouva plus tard sur cette copie partielle que bien peu de différence avec l'autre dans les textes, et aucune matière sé rieuse à rectification. Falkenburg, premier éditeur de Nonnos. C'est donc, je le répète, le manuscrit des Diony siaques, appartenant à Sambucus le Hongrois, que le Hollandais Falkenburg entreprit de donner au public. Il régnait alors en Allemagne, entre les érudits, une sorte de fraternité communicative que ce docte éditeur se plaint de ne rencontrer ni en Italie ni en France. Votre libéralité, dit-il à Sambucus, est d'autant plus magnifique, que bien ‹ des Français et des Italiens surtout, quand ils possèdent de vieux manuscrits, les réservent ‹ pour eux, comme s'ils savaient seuls les appré ‹ cier, ou du moins ils ne les abandonnent aux imprimeurs qu'après les avoir vendus à haut € prix. > Falkenburg déclare encore qu'il se servit unique ment du manuscrit de Sambucus, et qu'il mit tons ses soins à le faire reproduire le plus exactement possible. Or, peut-être faut-il regretter les trop consciencieux scrupules de ce premier éditeur des Dionysiaques, bien qu'il les ait spirituellement jus tifiés. ‹ Si tout le monde agissait ainsi, › dit-il, les anciens auteurs nous seraient mieux connus. ‹ Car, dans toutes ces corrections de texte, on ‹ ne saurait croire combien notre propre jugement ⚫ nous égare, et nous expose à rejeter aujourd'hui ce que nous avons adopté hier. J'approuve fort, pour mon compte, la réponse de cet homme à qui l'on demandait quelle était la meilleure édi tion d'Homère: La moins corrigée, répondit-il. › Au reste, ce protecteur timoré de l'intégrité des textes, nous a lui-même tracé la route qui conduit à leur révision. ‹ Il m'était facile, › ajoute-t-il, d'apercevoir, dans l'original qui vous appartient, ⚫ bien des blessures qu'un médiocre grécisant lui ● même aurait pu guérir; mais j'ai mieux aimé rassembler à part mes conjectures sur les en droits suspects, que de risquer de faire glisser ‹ dans le texte mes témérités. J'ai voulu seule ment rendre plus aisée la lecture de Nonnos, ‹ jusqu'à ce que d'antres viennent, qui, sur l'auto ●rité des vieux manuscrits, rempliront les lacunes, ‹ et recoudront les déchirures. › Je me figure parfois que ces dernières paroles ont été écrites à mon intention; que Falkenburg m'entrevoyait ainsi dans l'avenir, à travers les nuages de trois siècles; et, bien qu'il m'ait été impossible de rencontrer ensemble ou séparément les quatre Codex qu'avait réunis Utenhove, on même de me trouver face à face avec ceux que renferment les bibliothèques étrangères, je me per suade que mon prédécesseur bollandais me par donnerait, s'il vivait encore, les égratignures que j'ai fait subir à son texte, et m'approuverait, à dé faut de ces lumières qui peuvent jaillir des manus Multas illum paginas pervolutando manibus contrivisse. (Falkenburg, Epist. dedic. ad Sambu

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crits quand ils remontent les âges, et ne sont pas eux-mêmes de modernes copies, d'avoir usé du simple bon sens, ou de ma familiarité avec son poëte favori, pour en réhabiliter la mémoire, et pour établir les Dionysiaques dans une plus grande pureté. Plantin, premier imprimeur de Nonnes, à Anvers. Séb. Cramoisy, à Paris, Oporin, à Båle, Alde Hanuce, à Rome, s'en sont également occupés. Plantin se chargea de l'impression; Plantin, le Tourangeau, établi en Belgique, l'un des plus cé lèbres imprimeurs de l'époque; ce même Plantin, dont, le 15 août 1853, j'ai lu l'épitaphe et contem p'é le marbre funéraire, loin des bords de la Loire, sous les voûtes de cette superbe cathédrale d'An vers, pendant qu'un peuple saint en foule en invn dait les portiques. Notre compatriote joignit de son propre mouvement, à sa publication, les correc tions de Canter, mais séparées, pour se conformer à la méthode méticuleuse de Falkenburg; et c'est ce même Guillaume Canter, amant passionné de l'archéologie, imperturbable réviseur des manuscrits grecs, passé maître en l'art des corrections, dont il a révélé le procédé et dressé le système qui, à l'âge de trente-trois ans, mourut à la peine, cé libataire, tant il redoutait les distractions forcées qu'une femme et des enfants auraient pu apporter dans ses études. Plantin, en insérant les leçons tres-bornées de Canter, qui s'étendent d'ailleurs uniquement sur les vingt-quatre premiers chants, les annonça à la fin de l'édition en quelques lignes latines; car, à cette époque, les imprimeurs sa vaient et écrivaient le latin comme les critiques; et j'en pourrais nommer de nos jours d'aussi célè bres qui conservent fidèlement dans leurs familles ces précieuses traditions du noble métier. Les Dionysiaques parurent donc imprimées pour la première fois en 1569; et, sans recourir à l'ar senal si varié des armes dont se couvre l'art mo derne de l'édition, elles firent grand bruit tout d'a bord. Cette apparition émut le monde savant, bien plus nombreux qu'aujourd'hui, et surtout bien plus sensible aux découvertes antiques, si l'on en juge par le peu d'effet qu'ont produit sur nous les ma nuscrits échappés récemment du mont Athos. Et cependant les nouvelles de la république des lettres ne circulaient pas alors accolées aux nouvelles po litiques. L'épitre dédicatoire ou la préface d'un li vre en était tout à la fois le prospectus ou l'annonce; et pour réclame efficace, il suffisait d'un paradoxe, ou même de la nouveauté. ces divers titres, Falkenburg méritait l'atten tion générale; puisque, dans sa dédicace à Sam De ratione 'emendandi auctores Græcos syn tagma. Excellente méthode, dont j'ai reconnu tout le prix dans mes perplexités, et que Canter a reje tée humblement, comme un hors-d'œuvre, à là fin et même après l'Indez de ses commentaires sur les bucus, avec cette ardeur et cet emportement qu'il mettait dans tous ses goûts, il proclame tout uni ment Nonnos le plus heureux imitateur et le rival d'llomère, et ne lui refuse à peu près aucune des vertus du style poétique, que déjà certains critiques commençaient à lui contester. Grands furent l'éton nement, et partant la colère des érudits à cette pré tention ridicule: suivant la mode du temps, on opposa des injures aux éloges; et, les personnali tés s'ensuivant, on fit connaître à la postérité que ce Falkenburg, hérésiarque en philologie, ancien élève de Cujas, avait d'abord quitté l'étude du code Justinien pour la poésie antique, ensuite qu'il avait pratiqué médiocrement lui-même l'hexamètre et l'iambe helléniques, dans quelques essais conservés par Douza; enfin, qu'il n'avait laissé de son savoir faire d'autre témoignage que cette même édition des Dionysiaques, ornées d'un si présomptueux pa négyrique. On ajoutait aussi comme un dernier trait de satire, que trop pénétré de son sujet, il avait poussé l'admiration et le zèle pour Bacchus jusqu'à ses dernières limites, puisqu'il venait de mourir d'une chute de cheval, due à l'ivresse. Et néaumoins cet engouement de Falkenburg pour Nonnos allait être dépassé encore. Peu de temps après, le premier directeur de l'Imprimerie royale, que le cardinal de Richelieu établit au Lou vre, Sébastien Cramoisy, s'écriait, à Paris Rien de plus abondant que sa parole, de plus ● élégant que sa composition. Pour le fil et la mé thode de ses discours, rien de plus magnifique, ⚫ de plus élevé, de plus auguste. Il égale la majesté d'llomère, la subiimité de Pindare, la gravité de Sophocle, la sagesse sententieuse d'Euripide, la douceur de Callimaque, les parures de Musée, l'harmonie de Nicandre, la simplicité d'llésiode, ‹ la sagacité de Théognis, la tendresse d'Anacréon, ‹ le sel d'Aristophane, l'urbanité de Ménandre. Les philosophes trouvent en lui le génie de la nature; et c'est là le poête que Platon cherchait ‹ sans le trouver › Pour réduire à de plus justes proportions les éloges de Sébastien Cramoisy, et pour calmer son effervescence, il me faut dire tout de suite que les Dionysiaques présentent tour à tour des imitations de presque tous les grands poëtes de la Grèce, et quelques heureux essais dans des genres de poésie bien divers. C'est ainsi qu'elles cherchent à se rap procher d'Homère dans la peinture des combats; d'Hésiode dans les détails généalogiques de sa Théo gonie; de Théocrite dans les divers tons de ses Idylles; de Callimaque et d'Orphée par ses hymnes; d'Eschyle et d'Euripide dans leurs drames reli gieux, tels que Prométhée et les Bacchantes; de harangues du rhéteur Aristide. Eum poetam habuerunt, quem Plato magis expetit quain invenit. (Paraphrase de saint Jean, commentée par le R. P. Abram, jésuite, en 1623; préface de l'éditeur-imprimeur Sébastien Cramoisy.)

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l'élégie de Sapho et de Mimnerme dans les plaintes des amants et des venves. Enfin, Lucrèce et Virgile ont prêté à Nonnos leurs tableaux physiques ou champêtres, et Ovide ses fables; mais il les a suivis en inaugurant, pour ainsi dire, dans le dernier åge de la décadence bellénique, le genre descriptif tel que nous l'avons reproduit à la fin du dix-huitième siècle, et que nous le pratiquons au dix-neuvième en l'exagérant; de sorte qu'il semble avoir marié l'emploi des machines épiques de l'antiquité aux ressources de notre poésie didactique et pitto resque. Le fougueux imprimeur de Louis XIII, qui pour tant ne comprit pas les Dionysiaques dans ses édi tions d'auteurs anciens, termine cette apothéose par une assertion nou moins glorieuse, qu'il me faut reléguer, de compagnie avec toutes ses exagé rations, parmi les rêves de sa pensée. C'est ● Nonnos, › dit-il, qui a converti sainte Pélagie, el ‹ ramené des portes de l'enfer vers le ciel trente mille Sarrasins. › Toujours est-il que le baron de Baufremont cé lébra en quelques distiques ces divers miracles; et qu'à cette même époque, où les gentilshommes tenaient à honneur de savoir le latin, voire même le grec, Alexandre de Cossé adressa à la mémoire de Nonnos cette épigramme plus digne du cavalier Marini que de Martial: ‹ Après avoir célébré ‹ Bacchus dans un poème béroïque, Nonnos a ● enchaîné Jean de ses mélodieuses paroles. Pour quoi s'étonner quand il lance la foudre, ou qu'il brille du feu plus doux des éclairs? Si la foudre arracha Bacchus du sein de sa mère, Nonnos 4 devait être aussi le fils d'un tonnerre divin › Quelquefois un seul critique, se chargeant des deux rôles, attaque et déſend Nonnos à la fois. C'est ainsi que Tristan, le plus savant des gentils hommes ordinaires de Louis XIII, déclara qu'il y a beaucoup d'extravagance en ses imaginations, plus d'impiété et d'hypocrisie que de rectitude ‹ en sa croyance; et le bouillant numismate, qui ne sait souffrir d'autre contradicteur que lui même, dit cependant, à quelques pages de dis tance: ‹ La vérité est qu'il est fort docte, relevé ⚫ et très-ingénieux, plein de fougues poétiques et curieux; il nous apprend beaucoup de choses que lui seul se trouve avoir remarquées. › Enfin un dernier critique, érigeant en système une hérésie littéraire, a fait des défauts du style de la décadence et de Nonnos autant de vertus, ou du moins autant de titres à la curiosité Epigrammes qui précèdent l'édition de 1623 de la Paraphrase de l'Evangile. Dresemius (Samuel) e præfatione Iscani De bello Trojano. La manie de travestir les noms propres, dont j'ai relevé tant d'exemples dans cette Introduction, me parait avoir pesé doublement sur le célèbre im primeur de Bâle. Il traduisit d'abord en grec son appellation allemande, Herbst, qui signifie l'au tomne (opora); puis il s'accoutra de la désinence ‹ Peut-on ignorer,» dit-il, «que, comme il y a plus ‹ d'un fléau dans le monde, il y a aussi plus d'une forme dans le style?, (Quel début et quel rap prochement!) Le style varie suivant l'époque, le ‹ siècle et l'âge de l'écrivain. Dans les temps d'Au ‹ guste lui-même, la parole était tantôt digne et ‹ châtiée comme une matrone, tantôt libre et allon ‹ gée comme la toilette d'une jeune fille. Mécène, Tibère, et avant eux Antoine parlaient chacun à ‹ leur mode; et leur diction était pleine de har ‹ diesse, d'une pompe creuse, d'ambition et d'in ● égalité. Qui donc ne ferait cas de Pindare, qui ‹ n'aimerait Nonnos? Et pourtant, si vous compa

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sur ses vieux jours, que comme une étude obligée pour mieux arriver à l'intelligence du poëte, et comme un acheminement à ses pieux travaux. Mals laissons-le parler lui-même. ‹ Je me souviens encore avec plaisir, dit-il, dans un latin élégant entrecoupé de grec, ‹ du penchant, ‹ de l'entraînement, de l'ardeur même qui me por ‹ taient vers Nonnos. La première fois que je vins ‹ à Leyde, il y a onze ans, comnie je lisais avec une très-grande attention la plupart des poètes ‹ grecs, lui seul semblait manquer à la pleine jouis ● sance que je retirais de ce genre d'écrits. Aussi, ‹ quand j'ai fini par le trouver, je m'en suis saisi ‹ avidement, et ne l'ai quitté qu'après l'avoir dé ‹ voré d'un bout à l'autre. Je ne me contentais ‹ même pas de le lire: par une ſerveur de mon ‹ age, j'y exerçais déjà mes facultés critiques, et je réputais fort heureux lorsque, après Falkenburg, homme bien plus versé dans la lecture des poètes grecs que ne le croit le commun des savants, je ‹ rencontrais quelques toutes petites corrections (emendatiunculas), ou quelques conjectures pro ‹ bables à y ajouter. Je n'en ressentais pas moins de joie que d'une fille unique magnifiquement do ‹ lée que j'aurais gardée dans ma maison pour l'offrir à un mari d'un caractère excellent. C'est ainsi que j'admirais mon auteur, et que j'en chantais partout et toujours les louan ges. Or elles me paraissaient d'autant plus natu ●relles à cette époque de ma vie, que j'avais pour ‹ m'appuyer dans mon jugement Ange Politien et Marc-Antoine Muret. Le premier a qualifié Non ⚫ nos de poëte merveilleux (mirificum), le second ‹ a vanté son érudition et la noblesse de son style (eruditum et grandiloquum), et tous les deux affirment qu'il est d'une valeur rare parmi les an ciens auteurs parvenus en nos mains. Ce fut le célèbre Joseph Scaliger qui, le pre ‹ mier, amortit mon ardeur ou mon intempérance. Son goût admirable et presque céleste en ces ma lières nous apprit dans ses lettres le cas qu'il fallait faire de Nonnos. > Ici, je demande à Heinsius la permission de l'in terrompre, pour intercaler dans son récit le texte même des lettres de Scaliger qu'il rappelle. Dans la première, adressée de Leyde à Saumaise, en 1607, le professeur français de belles-lettres en Hollande s'exprime ainsi, avec l'outrecuidance qui lui est habituelle Les poètes de l'époque suivante, en cherchant l'abondance, n'ont pu trouver que le ‹ vain son des mots et un style ampoulé. Parmi ceux qui se sont aventurés le plus loin en ce genre, Nonnos de Panopolis occupe sans doute le pre mier rang; et, dans les Dionysiaques, la nature ‹ de son sujet pourrait servir d'excuse à sa diffu sion, si, dans la Paraphrase de l'Evangile, il n'eût, en quelque sorte, abjuré toute pudeur. Je le lis ‹ avec le même sentiment qui nous fait regarder ‹ les comédiens, et ne nous en amuser qu'autant ‹ qu'ils sont ridicules. › Dans une seconde lettre, que le critique d'Agen écrit sur le même sujet, et presque sur le même ton à Heinsius adolescent (admodum adolescenti), il lui dit: «Si vous étiez près de moi, je pourrais vous faire voir de monstrueuses (immanes) transposi ‹tions qui se sont glissées dans les vers de ce poëte. Je vous montrerais aussi les défauts, les impro priétés de son style, et comment il faut le lire ou s'en servir, car je ferais tout un énorme volume › (encore immane) < de mes critiques. Je lui ai cepen dant rendu service en mille endroits: car, s'il ne ‹ faut pas l'imiter, il faut au moins le lire. ▸ On reconnaîtra aisément ici l'exagération fami lière aux habitants des bords du fleuve méridional qui, faut-il en prévenir le lecteur? m'a vu naître aussi. Cet énorme volume, ces corrections infinies de Scaliger devaient se borner à deux ou trois cents mutations de mots, quelques-unes fort contestables, lesquelles remplissent à peine treize pages petit in-12, au bout du pamphlet de Cunæus. Je rends à Heinsius la parole Et cependant les conseils du divin vieillard ‹ n'avaient pas encore éteint en moi l'ardeur de ‹ nonniser. Chaque fois que je m'amusais à faire des vers grecs, j'y exprimais mes pensées à l'imi tation de Nonnos, et m'assimilais à lui tellement ‹ que, si mon amour-propre ou ma mémoire ne ‹ m'abusent, j'aurais pu insérer mes vers au mi ‹ lieu des siens, et en imposer ainsi aux lecteurs Inédiocrement expérimentés. Insensiblement, néanmoins, le goût vint avec l'âge. Je puisais ‹ dans la lecture des autres écrits un jugement plus sain. Je me réconciliai peu à peu avec la ‹ raison et avec moi-même. Je parvins à secouer cette fureur bachique; et comme nous sommes dans un siècle pauvre et misérable, où nous re grettons la plupart de leurs ouvrages, nous de ‹ vons, selon moi, aux écrivains de l'antiquité, d'accueillir le peu que Dieu nous en a conservé ‹ avec joie; il faut les étudier pour en tirer profit, bien plutôt que pour briguer hors de saison la gloriole de mettre à nu leurs je ne sais quelles ‹ taches, ou certaines vétilleuses négligences; et ‹ pourtant rien de plus digne, à mon sens, d'un érudit, que d'user de la plénitude de son juge ment au sein même de cette antiquité, et de pc ser, ce qui est donné à peu de personnes, les for mes du langage hellénique, de façon à en discer ‹ ner aisément les qualités et les défauts. C'est là le plus haut point que puissent atteindre d'heu reuses facultés naturelles, unies à une solide éru ⚫dition; car, lorsque le style possède une si grande affinité avec l'esprit et la parole, que les Grecs ‹ ont exprimé ces trois choses par un même mot (Móyos): Juger le style d'un homme, c'est juger l'homme lui-même et le style n'est pas le signe distinctifdes hommes seulement; il l'est encore do

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♥ toute une époque. C'est ce qui fait qu'on recon naft chaque siècle à sa façon de s'exprimer. › Ne dirait-on pas ici que Heinsius a soumé à Buf fon l'axiome immortel de son discours à l'Acadé mie, et que le critique de Leyde a dit, cent cin quante ans avant le grand naturaliste_français: Le style est l'homme même? Je reviens un moment à cette perversité littéraire de sa jeunesse, que confesse ingénument Heinsius, pour dire que j'ai cru, en effet, en apercevoir plus d'une trace sur l'exemplaire de l'édition primitive de 1569, qui lui a appartenu. On le conserve très précieusement à Leyde à côté d'un autre exemplaire de même date, que Falkenburg a chargé des remar ques ou des corrections dont it se proposait sans doute de grossir une seconde édition; mais les re productions de 1608 et de 1610 n'ont profité ni des unes ni des autres, pas plus que celle de Genève, en 1606. Ces deux exemplaires, sans doute très-soigneu sement compulsés par M. Graēſe, au bénéfice de son édition de 1819, n'avaient rien à m'apprendre. J'ai lu néanmoins, sur celui qui fut la propriété de Heinsius, au milieu de notes marginales multipliées el confuses, à côté d'un petit index des traits d'es prit de Nonnos (Dicta Nonni ingeniosa) et de ses sentences, Tvua, indiquées de la main même de Heinsius sur les feuillets blancs de la fin (scriptus et in tergo); j'ai lu, dis-je, une épître latine où son admiration pour Nonnos déborde. Or je n'ai pas su la retrouver dans le recueil imprimé de ses œuvres poétiques. Serait-ce donc que son fits Nicolas Hein sius, moins ami des lettres grecques, n'aurait pas jugé cette inspiration enthousiaste digne d'y figu rer, en raison de son sujet, l'éloge de Nonnos, tou jours dédaigné des érudits? J'en ai retenu ces quatre vers (f) Les chœurs légers des égipans, des dryades et des satyres ont juré que ce poëte a dérobé leurs ● chansons; et il me semble à moi-même que tou ‹ tes les divinités, nées dans les montagnes chères ‹ aux Muses, résident dans son sein. › seule chose m'étonne dans tout ceci, c'est que Hcin sius s'en prenne à Nonnos pour un prétendu crime dont bien d'autres écrivains s'étaient rendus cou pables avant le quatrième siècle, et qu'il n'ait pas songé, entre autres, à Apollonius de Rhodes, dont le souvenir devait se présenter de lui-même. Or. sans en traiter plus particulièrement ici, je me pro pose de faire ressortir dans mes notes, par quel ques citations, les emprunts ou les dissemblances des deux épopées. Je rappelle, en attendant, que te poëte, alexan drin aussi, contre lequel Nonnos a lutté, parfois heureusement, a nommé son poëme des exploits des Argonautes, Argonautica, et nul, que je sache jus qu'ici, n'a cherché à y redire. H en est de même de tant d'autres poëmes anciens ou nouveaux, perdus ou retrouvés sous la même désinence, Troica, Bas sarica, etc., précurseurs ou contemporains des Dio nysiaques, sur lesquelles il y a tant à gloser, du reste, qu'il eût été de bon goût de ménager leur ir réprochable intitulé. Ne trouvera-t-on pas comme moi que, pour avoir été un partisan si fanatique de Nonnos, Daniel Hein sius a poussé trop loin l'esprit de chicane, quand il a reproché à son ancien favori le titre même de son poème? C'est Dionysiade prétend-il, Cuneus, Zoile de Nonnos, et autres critiques. côté de Heinsius, ou plutôt bien au-dessus de lui, si l'injuste amertume quand elle s'exerce con tre Nonnos constituait le vrai mérite, vient Cunæus (Van der Kuhn), lequel, latinisant sa dénomination hollandaise, dirigea contre les Dionysiaques à peine imprimées les accès de sa verve atrabilaire. Piqué de la ſaveur qui accueillait Nonnos à sa renaissau ce, il chercha à démontrer que cet auteur, dont les princes du génie et de la science, Politien, Mu ret et presque tous les autres, ne faisaient rien ● moins qu'un grand et supérieur écrivain, était beaucoup moins entendu qu'ils ne le disaient en connaissance des choses, et qu'il lui manquait à ‹ la fois l'usage dans le style, et l'habileté dans l'i ●mitation.» Puis, mêlant aux excès de la satire les principes d'une critique éclairée, il s'attaqua minutieusement aux imperfections grammaticales des premiers chants, et ménagea les derniers, soit qu'il eût, dès le début, épuisé tous les traits de sa Ce mot de Dionysiade, le nom d'un homme et non d'une œuvre, le docte Heinsius aurait pu le retrouver dans le poëte cité par l'exact Héphestion dans son traité de Metris.

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Au reste, cette diversité d'appréciation, je le dis tout de suite, devait se reproduire avec moins d'éclat dans les siècles qui vont suivre. Si Pier son reproche avec colère aux philologues hol landais de n'avoir pas repoussé Nonnos tout d'a bord, Bentley, le plus célèbre critique de l'Angle terre, le recherche pour l'érudition variée et la talent d'écrivain déployés dans les Dionysiaques Quand P. Francius l'attaque J. Schrader le défend et tous s'accordent en ce seul point, qu'il devient à peu près impossible d'asseoir un jugement certain sur cet auteur, tel qu'il se pré. sente, et qu'il y a lieu avant tout, ainsi le veut Ruhnkenius, de s'occuper à le laver de l'amas de souillures qu'il doit à ses copistes colère, soit que l'ironie et l'injure parviennent à lasser même l'esprit qui les prodigue. Dans ses animadversions croisées de rares louanges, il refit, malgré les injonctions de Falkenburg, à sa façon et pas toujours à propos, quelques vers grecs, sous le prétexte d'éclaircir les obscurités, de dégonfler l'enflure, ou même de suppléer aux lacunes suppo sées de l'original. Il ne s'occupa guère, comme Canter et Scaliger, de corriger les leçons et d'apu rer les mots: aussi, plus d'une fois, son indigna tion, prenant à partie une faute des copistes ou une lacune des manuscrits, tombe à faux, quand il suffit d'une plus sérieuse attention donnée au texte, ou d'une plus intime familiarité avec les façons de Nonnos, pour redresser le sens vicieux et réparer tout le dommage. Or, c'est ce que je n'ai pas man qué de pratiquer soigneusement dans mon édition, quand Graefe, dans la sienne, ne l'avait pas fait avant moi. Ce serait néanmoins être injuste envers Cunæus que de ne pas reconnaître en lui, au milieu de ses assauts les plus acharnés, on jugement formé sur l'étude des grands modèles, et sur ces principes du goût en poésie épique que Vida et Boileau allaient, à l'imitation d'llorace, proclamer en si beaux vers. Je n'en dis pas davantage sur ce principal Zoile de Nonnos, qui ne dédaigna pas néanmoins de l'an noncer et de le recommander au public dans la préface de la réimpression de 1610; mais je me réserve de relever successivement dans mes notes ce qu'il y a de plus remarquable dans ses blâmes fréquents comme dans ses rares éloges. Caractère de l'époque où Nonnos fut imprimé pour la première fois. On pourrait justement prétendre aussi que la ré putation de Nonuos n'a pas seulement souffert des outrages du temps envers ses manuscrits, mais en core de l'époque où ils ont été confiés à la presse. C'était le moment où les hautes études grecques commençaient à passer de mode, et la langue latine à prédominer. Certes, Jules - César Scaliger, qui a comparé Nicandre à Lucain, s'il eût connu les Dio mysiaques, qui n'étaient pas encore imprimées à sa mort, n'eût pas manqué de leur donner place en sa Poétique et d'en signaler quelques beautés. Joseph Scaliger, moins versé que son père dans les lettres belléniques, s'est contenté, comme on vient de le voir, d'en corriger imparfaitement le texte, et Hein sius, l'élève de ce dernier, qui s'en est le plus oc cupé, et qui a pris le titre d'Aristarque sacré de la Paraphrase selon saint Jean, n'a pas cherché à contre-balancer la sévère critique de son ami Cu næus. Piersonii, Verisimil., lib. 1, chap. tv, p. 52. Bentleii, Prooemium in Phal. Epist. p. 10. Petri Francii, in Museum Dav. Whitfordi con Schrader, Musæi præfatio, 1742. jectura. En résumé, Nonnos est fastidieux, disaient alors et disent encore aujourd'hui presque tous les éru dits qui ne l'ont pas lu, ou qui n'ont pas su le lire, et le nombre en est grand. Quant à ceux qui ont poussé jusqu'au bout des Dionysiaques, ou qui seu lement en ont exploité une moitié, s'ils se sont at tachés à comprendre cette poésie nonnique, qui avait ses difficultés sans doute, mais dont j'espère avoir dégagé les énigmes, ils peuvent encore, et cela est tout simple, lui préferer les vrais chefs d'œuvre; mais ils ont appris à moins le dédaigner, car les esprits les plus récalcitrants à se former un jugement nouveau sur les auteurs antiques con viennent qu'il dédommage amplement de la curio sité, peu contagieuse jusqu'ici, qui fait tourner vers lui un regard attentif; enfin chez l'homme qui affronte pour le feuilleter la réputation de lecteur bizarre ou frivole, il en reste au moins une pro fonde connaissance de la langue, de la poésie et de la mythologie grecques. J'ose ajouter, pour en avoir ſait l'expérience, qu'il rend la lecture de tous les autres poëtes plus facile, soit en familiarisant avec l'élégance et l'harmonie du bel idiome, soit par les études préalables et l'abondance des mots dont il enrichit la mémoire, copia verborum, soit enfin, si l'on veut, par la comparaison. Les traducteurs: Lubinus Eilhartus, Boitet. Après ces principaux critiques, négligeant les témoignages des nombreux philologues de la méine époque qui, tous, à son apparition, ont payé un tribut quelconque à Nonnos, j'en viens à ses tra ducteurs. Le nombre en est beaucoup plus res treint; et comme je ne saurais mettre en ligne de compte des essais de traduction partielle, soit en vers, soit en prose, qui ne s'étendent guère, en aucune langue, au delà d'une page ou deux, je ne puis faire état que de Lubinus Eilhartus, traducteur De ipso poemate, ut nunc est, in neutram par sem, arbitror judicari posse; ante, turpissimis scri pturæ mendis quibus singuli versus inquinantur, detergendum est. (Ruhnkenius. Opusc., t. II, p.

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latin primitif et jusqu'à présent unique, et de Boi tet, traducteur français de Lubinus plus que de Nonnos, resté jusqu'ici lui-même sans rival dans notre langue. Je dois ajouter néanmoins qu'au moment où Eilhart, platré du nom de Lubinus, dénaturait Nonnos, un autre traducteur s'annonçait à la ré publique des lettres, déguisé lui-même sous le nom de Forestius. Nous aussi, dit-il, ‹ s'il plaft aux ♦ dieux, › (pourquoi pas à Dieu, Nonnos a-t-il cessé, tout seul, d'être païen?) ‹ nous essayons, malgré notre faiblesse, de grandes choses, pendant que ‹ nous sommes vert encore Nous traduisons les ● Dionysiaques de Nonnos en latin, et nous y join ‹ drons quelques légères annotations avec nos con ● jectures; car il est inondé d'un torrent de fautes les plus dégoûtantes. ▸ Jean Forest s'est-il donc plus tard effrayé de la concurrence si peu redoutable de Lubin Eilhart? Je ne le sais pas; mais sa traduction n'a jamais vu le jour, pas plus que ses corrections et ses noles. Bahı! me dira-t-on, si Nonnos n'est pas traduit, c'est qu'il n'en vaut pas la peine! — C'est que per sonne, répondrais-je (qu'on me passe cette parodie de l'objection), n'en a encore pris la peine; car c'est un labeur véritable, de longue haleine, hérissé de diflicultés sans cesse renaissantes. Beaucoup de pas sionnés hellénistes ont reculé devant l'entreprise; quelques-uns ont perdu courage après avoir réso lument débuté, et l'on va voir que le latin inintel ligible d'Eilhartus, comme le gaulois vieilli et à contre-sens de Boitet, laissaient encore l'œuvre à tenter et à finir. Ce fut donc l'édition princeps d'Anvers que Lu binus Eilhartus, professeur à l'université de Ros tock, médiocre littérateur, mais traducteur très abondant, entreprit d'interpréter en même temps que les deux mille épigrammes connues alors de l'Anthologie, et les épitres des philosophes Démo crite, Héraclite, Diogène et Cratės, surmontées de quelques lettres d'Hippocrate. Soit par surcharge de tant d'élaborations, soit par précipitation, ou peut-être par respect pour le texte grec, Lubinus ne chercha point, à l'exemple de Scaliger, Canter, et même de Cunæus, à percer les obscurités des Dionysiaques, à en rajuster les lacunes, à en faire disparaître les innombrables incorrections, enfin à donner une signification aux endroits où l'informe manuscrit n'en avait pas laissé: il borna à cogner dans une même ligne, à grands coups de diction naire, le mot latin, correspondant bien ou mal, avec le mot grec, à la même place qu'il occupe Nos quoque, si diis placet, dum yóvʊ xhwpóv Estiv, conamur tenues grandia. Nonni Dionysiaca in Latinum sermonem vertimas, adnotatiunculasque quasdam el conjecturas nostras addemus. Scatet enim fædissima proluvie mendorum. (Joh. Forestius in Epist. ad El. Puischium, 1605.) dans l'hexamètre, sans s'embarrasser de la forme ni même du sens de la phrase. Je donnerai dans mes notes quelques échantillons de ce procédé, 'nais ici j'en fais grâce au lecteur. Je le prie scule ment de considérer quelle peut être cette traduc tion båtarde et quasi interlinéaire d'un texte grec si corrompu: il comprendra facilement alors que Lubinus Eilhartus n'a pas peu contribué à épaissir les ténèbres jetées comme à plaisir sur le poète de Panopolis, et il se souviendra de cette réflexion d'un goût si pur, qui échappe à saint Jérôme comme un souvenir profane de son penchant pour la litté rature: «Qu'on essaye, dit-il, de traduire not ‹ à mot Homère en latin. J'irai plus loin, qu'on le ‹ traduise en prose dans sa propre langue: › – ici j'interromps saint Jérôme, pour dire que je possèle. en eſſet en grec moderne deux traductions, l'une de l'Iliade en vers, l'autre en prose de l'Odyssée, mais très-prosaïques toutes deux. ‹ Vous n'aurez là, › continue saint Jérôme, ‹ qu'une œuvre ridicule; et le plus éloquent des poēies paraîtra à peine bégayer › Ce que le saint et judicieux doc teur de l'Eglise disait si à propos pour Homère serait-il donc moins vrai pour Nonnos? Eh bien! voilà la version étrangère à tout senti ment poétique, subversive de toute élégance, étci gnoir de l'épopée, en un mot, que Boitet a jugé convenable de suivre à peu près pas à pas daus sou travail; s'il est permis d'appeler ainsi ce qui n'est qu'une suite de détours pour éviter tout travail. Il s'est attaché presque toujours à traduire bien plutôt le latin littéral de Lubinus que le grec har mouieux de Nonnos: accident plus commun en version grecque qu'on ne le croit généralement, car il est de ceux qui ne s'avouent jamais. Parfois aussi, il a puisé en lui-même ses contre-sens et les abréviations de telle sorte qu'il semble n'avoir volé de ses propres ailes que pour raccourcir celles de Nonnos. Enfin, ce qui me choque le plus dans cette interprétation, c'est sans doute le trivial et le burlesque revenant sans cesse sous sa plume, el ce langage du commencement du règne de Louis XIII, qui a perdu la naïveté d'Amyot dans ses traductions grecques, et n'a pas encore gagné la précision et la clarté de Boileau, l'interprète de Longin. Je vais en fournir deux ou trois exemples seulement; et j'use rai d'autant de réserve dans mes notes par égard pour mon unique devancier, sans doute, mais sur tout pour ne pas accabler le lecteur sous le nombre et la masse de mes démonstrations, beaucoup trop justificatives. Ainsi dans le vingt-quatrième chant, et je le prends au hasard, Boitet défigure les plaintes de la jeune Indienne, qui rappellent Racine et la Quod si quis..... Homerum ad verbum expri mat in Latinum: plus aliquid dicam: eumdem sua in lingua prosæ verbis interpretetur, videbis ordi nem ridiculum, et poetam eloquentissimum vix lo quentem. (S. Hieron., Ad Pammachium, epist.

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tendresse de la douce Iphigénie; voici le texte Ah! ton fils que j'aurai fait naître, s'il me de mande un jour son père, comment pourrai-je le «lui montrer quand il balbutiera ton nom? › Ecoutons Boitet: ‹ Je suis à ternie. Mais quand ⚫ je serais accouchée, et que mon fils voulût cher cher son père, en criant papa, on le lui montre rait. › Puis, au lieu du ‹ nouveau Protésilas d'une au ‹ tre Laodamie, il délaye de cette façon ce souve nir mythologique compris en trois mots dans le texte grec Comme Laodamie regretta la mort de Protésilas, en mourant entre les bras de ● son mari dont l'ombre lui apparut, par le moyen de la faveur des dieux. › Voici tout à côté un échantillon de sa narration habituelle: ‹ Mais comme Bacchus passoit le fleuve, Deriades qui lui avoit déclaré la guerre «(s'il vouloit usurper son pays et y apporter ses ‹ vignes, et y apporter ses pampres, comme il le menassa par le satyre que Bacchus avoit envoyé en ambassade), se prépara à le soutenir, et pour cet effet il assembla tous les régiments des In ‹ diens, et leur donna ordre de se camper auprès ‹ du fleuve pour empêcher que l'armée ne passât. › Je passe à mon tour, dans ce vingt-quatrième chant, l'un des plus gracieux du poème, bien des contre-sens accumulés, afin de ne pas appauvrir, en y puisant, une source seule. On va voir dans le second livre comment Boitet s'exprime, lors mėmę qu'il est le plus exact interprète de la pensée. — Je choisis les beaux vers qui présentent la grande image de la lutte olympienne, et qui sont loués sans restriction même par Cunæus C'est ce que proféra Typhon d'une voix me «nassante, Jupiter se mocquoit de ces rodomon tades. Le combat estonna les deux ennemis ● Typhon avoit la déesse de Discorde qui l'assis ⚫ toit; et Jupiter estoit accompagné de la Vic ● toire. Le subject de leur guerre n'estoit pas pour ◉ un troupeau de moutons ou de bœufs: ni pour ⚫ la beauté de quelque déesse; ni pour l'usurpa ● Lion d'une ville; mais il estoit question de tout ● l'empire du ciel et du commandement absolu sur ⚫ la terre. C'est pourquoi Jupiter n'oublioit pas à se ⚫ bien deffendre. › Or, comme je ne veux pas laisser le lecteur sous l'impression d'une prose si humiliante pour Non nos, je prends la liberté de répéter ici la mienne Telles furent ses clameurs. Le fils de Saturne en sourit; leur courage bouillonne. La Discorde conduit Typhée à la bataille. La Victoire guide le roi des dieux. Il ne s'agit ici ni d'un troupeau de bœufs ou de brebis, ni de la beauté d'une nymphe, ni d'une ville chétive, mais bien de Olympe lui-même. Le prix que décernera la , Victoire, et qu'elle tient sur ses genoux, c'est le ‹ trône et le sceptre de Jupiter. › Pierre de Marcassus, imitateur. Peu de temps après ces Voyages, amours et con quêtes de Bacchus aux Indes, second titre explicatif du premier, qu'avait imaginé, pour attirer le lecteur, Claude Boitet de Frauville, traducteur d'ilomère, de Cointos de Smyrne, historien, et avocat au par lement d'Orléans, parut une sorte de contrefaçon des huit premiers chants des Dionysiaques, due à la plume abondante de Pierre de Marcassus. Ici le style est aussi enflé et précieux que celui de Boitet est prosaïque et trivial. Tout en cherchant à jeter du ridicule sur l'auteur auquel il fait ses emprunts¸ Marcassus semble avoir pris plaisir à en exagérer les défauts; il renchérit sur les jeux d'esprit, les confusions de pensée, les antithèses qu'il redouble à sa manière. Et bien que ce littérateur vantard, qui prenait le titre de Principal historiographe du roi, se défende, dans un avis au lectenr, d'avoi copié Nonnos, ‹ qui, › dit-il, ‹ dans la liberté qu'i} s'est donnée de faire des vers, a la plupart du temps fait banqueroute au jugement, les deux premiers livres de ces aventures, inspirées par les Dionysiaques, en sont des imitations lointaines, si raphrases chimériques. Ces épisodes, étrangers au l'on veut; et les six derniers en présentent des pa sujet, sont beaucoup plus près des romans de Scu déry que des historiens grecs, avec lesquels cepen dant Marcassus prétendait rivaliser. On en jugera par le parti qu'il a tiré d'une char mante comparaison, et je ne crains pas de la si gnaler d'avance, car elle est destinée à reposer agréablement notre imagination, lasse des combats célestes du premier chant Comme un amant à qui la fortune présente la ● possession des beautés après lesquelles il a lon ‹ guement soupiré, perd la mémoire de tant de ● maux qu'il a soufferts, tant les biens présents le possèdent. Tantôt il admire l'âme des deux so ‹ leils qui faisaient ses jours heureux ou malheu (reux. > Ai-je Lesoin de dire qu'il s'agit ici des yeux de la belle? ‹ Tantôt, comme pour lui reprocher le mal qu'ils lui ont fait, il oppose sa bouche à leur clarté et les empèche de voir. Tan ● tôt, jetant son imagination sur tout ce qu'il voit d'aimable, il promène son désir et sa passion ‹ partout où l'un et l'autre peuvent trouver leur contentement; enfin, pour être entièrement à ce ‹ qu'il adore, il n'est aucunement à lui. › Ne faut-il pas appliquer aussi à Pierre de Mar cassus, qui a défió ses successeurs de mieux faire, ces paroles de Graefe Les hallucinations et les fantaisies de Lubinus ‹ en latin, et de Boitet en français, ont poussé si loin les omissions, abréviations et interpolations ‹ du texte de Nonnos, qu'il en reste à peine une ombre. ›

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Muret, Balzac, Caspar Barth, critiques. En même temps que des interprètes et des ini tateurs malhabiles parodiaient Nonnos, le sieur de Balzac, premier du nom, l'attaquait avec une grande amertume. Je transcris le passage entier de ses Dissertations critiques, pour distraire un moment le lecteur. ‹ Muret……….. avait des chagrins et des fantaisies, comme les autres..... Je voudrais pour le moins ‹ qu'il fût constant en ses mauvaises humeurs. Et ‹ en vérité je ne puis comprendre qu'ayant méprisé ‹ si fort les épigramines de Martial, il ait falt tant ‹ de cas des Dionysiaqués de Nonnus. ‹ Ce Nonnus était un Egyptien dont le style est ‹ sauvage et monstrueux. C'était un peintre de chi ‹ mères et d'hippocentaures. Ses images, je dis les plus réglées et les plus sobres, vont bien au delà ‹ de l'extravagance ordinaire. En certains endroits, ●on le prendrait plutôt pour un démoniaque que ‹ pour un poëte; il paraft bien moins inspiré des Muses qu'agité par les Furies. Les poètes de ‹ Clérac et de Bergerac étaient moins extravagants, ● avant même qu'ils eussent passé la Dordonne, et qu'ils eussent dit de l'éloquence de la reine ⚫ Marguerite ‹ J'entends un torrent précieux Qui verse en terre tous les cieux. Le beau spectacle, mon révérend Père, de voir ● les cieux fondus et liquides rouler sur la face de ● la terre, de voir ces grands globes dans un si pe‐ ● lit espace, c'est-à-aire quelque chose de plus que la mer, dans quelque chose de moins que n'est le bassin d'une fontaine. Ces poëtes néanmoins écrivaient plus raison ‹nablement que Nonnus, et je ne doute point qu'il ⚫ n'ent point admiré ce qu'ils écrivaient, et que quelques courtisans trouvèrent si beau, que les rois ne se doivent expliquer que par la bouche des ● canons. Non pas même, dit le commentaire, quand ils donnent audience aux ambassadeurs; quand ‹ ils sont assis dans leur lit de justice, et qu'ils font entendre leur volonté à leurs peuples; non ‹ pas même quand ils prient Dieu dans leur ora toire. Ces poètes de Gascogne et de Péri gord étaient sages et modestes, en comparaison de ce poëte d'Egypte, que mon voisin Muret es ‹ time si fort › Eh! mon Dieu, non, cher rival de l'élégant Voi tare, ce qu'on pourrait reprocher à Nonnos, ce n'est pas cette furie d'imagination, qui serait cependant assez conforme à la nature de son sujet. Et c'est bien à tort, je vous jure, que vous le représentez emporté, comme Horace, par le dieu dont il est plein. Quo me, Bacche, rapis tui plenum! Barth, Balzac, Dissertations critiques, au R. P. André de Saint-Denis, feuillant; OEuvres, t. II, p. 596. Scriptor felix in talibus, si temperate scribi un grand critique, votre contemporain, a pris soin de le venger de vos accusations. ‹ Nonnos, > dit -il, serait un heureux écrivain, si le style tempéré ⚫ suffisait pour écrire les triomphes de Bacchus Hélas! bien au contraire, cefle allure de Nonnos, trop égale et toujours uniforme, est accompagnée, même dans les épisodes et dans les traits de senti ment, d'une diction modérée bien plus que des mou vements de la passion. Et pour tout vous dire à vous, honneur de la ville d'Angoulême, pardonnez. si je crois, à mon tour, reconnaître un peu de cha grin et de fantaisie dans votre Dissertation, el si j'y vois un critique plus jaloux du voisin Muret, que lecteur sérieux du poète d'Egypte. N'en doutez plus, s'il a mérité un blåme, c'est celui que la pos térité a adressé déjà à un certain écrivain d'une autre époque, qui vous est connu, trop loué de son siècle, trop dédaigné depuis; et à qui, vous m'avez déjà deviné, Voltaire reproche aussi d'avoir sacri ſié parfois à l'arrangement des mots la justesse des pensées. Silence de cent cinquante années. Point de bons tra ducteurs dans le siècle de Louis XIV. Après ces deux inintelligents traducteurs, ce pa raphraste ridicule, ce critique trop sévère et tous les glossateurs qui s'étaient groupés autour des Dio nysiaques à leur apparition, Nonnos reposa pendant cent cinquante ans d'un sommeil interrompu à peine par les légères piqûres des frelons qui bourdon naient en petit nombre autour de ses œuvres sans y pénétrer. Disons mieux, le dix-septième siècle l'ou blia; soit que, trop naturellement occupés des chefs d'oeuvre de la Grèce antique, les arbitres de notre Parnasse n'aient prété aucune attention aux écri vains d'un mérite contesté et d'une valeur secon daire, soit que le style précieux et encombré de périphrases s'éloignât de leur élégante simplicité. En effet, la manie des antithèses et des jeux de mots, léguée par l'école poétique d'Alexandrie à l'Italie des Seicentisti, comme on les nomme par de là les Alpes, et à la France de Henri III, s'éteignit pour un temps sous la satire, et ne devait repa raître que plus tard. D'ailleurs, il faut bien le dire, les meilleurs écri vains des grandes époques littéraires ne tradui saient pas les chantres immortels de la Grèce anti que, encore bien moins les poëtes de la décadence. Ils se contentaient d'en étudier l'esprit, et de s'ins pirer de leurs beautés pour rivaliser avec leur gé nie. Ainsi Homère créa Virgile, qui ne songea pas à traduire l'Iliade; Pindare, Horace, qui ne fit p redire les Néméennes aux échos de Tibur; Euripide, Racine, qui éleva la criminelle passion de Phèdre sur les bords de la Seine plus haut que la chaste vertu de l'Hippolyte de l'llissus. Enfin, jamais le Bacchica potuissent. (Barth. Advers., lib. vn, cap.

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siècle d'Auguste n'a transmis au siècle de Louis XIV, ni celui-ci à nous, une fidèle interprétation des chefs-d'œuvre primitifs; et quand leurs imitations excellent, leurs traductions défigurent. Après un long silence, vers la fin du dernier siè cle, l'intrépide pionnier des mines obscures où pou vait reluire encore quelque filon de l'or hellénique, d'Ansse de Villoison rouvrit la lice, et attira de nou veau la curiosité sur Nonnos. Ce fut néanmoins, à travers bien des réticences et beaucoup d'injures, que le laborieux investigateur des trésors enfouis à Weimar et à Venise, reconnut lui-même qu'il y avait lieu de puiser aux sources peu fréquentées des Dionysiaques des enseignements vainement ⚫ cherchés dans d'autres écrits, et que leur lecture ● initiait aux mystères de la mythologie, en même temps qu'elle donnait une plus complète connais sance de l'antiquité › cette annonce, l'Allemagne s'éveilla, cette Alle magne qui naissait alors elle-même aux études phi losophiques et héritait du penchant vers la littéra ture antique, que la Hollande, sa voisine, voyait s'éteindre. Ajoutons qu'elle en a gardé fidèlement la précellence, si j'ose emprunter ce vieux mot à Hen ri Estienne, notre maître à tous humbles gréci sants. Et, qu'il me soit permis de le remarquer, ces la borieuses méditations sur les écrivains grecs sont restées le domaine des savants d'outre-Rhin; au jourd'hui même, à l'exception de deux ou trois doctes commentateurs que Paris vante encore, et qui à eux seuls soutiennent dignement la compa raison, c'est en Allemagne qu'ils se multiplient; c'est là que s'exerce et règne l'art de recueillir les fragments, d'étudier les textes, de recoudre les lambeaux, enfin de réparer les dommages du temps et de rallumer le flambeau presque éteint du génie hellénique. Godefroi Hermann, vengeur de Nonnos. Les épithètes sucrées, — descriptives; composées. Ce que d'Ansse de Villoison balbutiait à peine sur l'importance des Dionysiaques, en faisant toutes ses réserves, Godefroi Hermann plus hardi, Hermann, le plus savant et le plus perspicace explorateur de l'art rhythmique, l'étendit et l'amplifia. ‹ La poésie épique, chez les Grecs, dit-il, s'éloi gnait de l'ancienne élégance, de telle sorte qu'il ne fallut rien moins qu'un changement notable ‹ dans ses allures pour la préserver de la mort; Sed ex quo tamen multa erui possunt ad my thologiam reconditam et pleniorem antiquitatis no itiam quæ frustra in alio scriptore quærerentur. (Vill. Epist. Vinar. Ded.) En ce qui touche l'introduction du dactyle presque obligé au quatrième pied de l'hexamètre grec, Nonnos en est le promoteur, sans l'avoir in ventée; il a seulement appliqué plus sévèrement au vers épique la méthode de Thénerite, si favorable au vers bucolique et à la mélodie: Plurimus hoc et cette heureuse innovation, je n'hésite pas à ⚫ l'attribuer à Nonnos. En effet, celui qui indiqua ‹ la voic où on le suivit comme un autre Homère, ‹ devait l'avoir ouverte par une grande et célèbre ‹ composition. Et l'imitation de Nonnos est si évi dente chez les poètes qui se soumirent à la nou velle forme du vers héroïque, qu'il les a très ⚫ certainement devancés dans cette carrière. Les Dionysiaques, si je ne me trompe, continue Hermann, durent acquérir une telle renommée, qu'elles devinrent le sujet des études contemporai nes.Je crois pouvoir en citer pour preuve les hymnes de Proclus, dont le procédé métrique ne laisse ‹ pas douter qu'il n'ait vécu à l'époque de Nonnos, ‹ et qu'il n'ait étudié ses œuvres attentivement. Or ‹ les poêtes lyriques ne furent pas les seuls à s'em ‹ parer du nouvel hexamètre de Nonnos, il faut y joindre aussi les epigrammatistes Paul le Si lentiaire, Léontios le Macédonien, etc. cette ‹ école appartiennent encore Musée, Tryphiodore, Coluthus, Gazæos, et bien des poésies anonymes de l'Anthologie. Oui, c'est Nonnos, ou tout au moins c'est l'au ‹ teur de cette méthode perfectionnée; mais, selon moi, c'est Nonnos qui a échangé la lourdeur des spondées contre la rapidité des dactyles (2;, qui a introduit la césure au troisième pied, en chas sant le trochée du quatrième, qui a délivré l'hexa ‹ mètre des abréviations attiques, retranché de son mieux l'apostrophe, et poursuivi à outrance l'hiatus en ne le tolérant, et très-rarement en core, que dans les expressions empruntées à llo mère. C'est Nonnos qui a banni totalement l'abus des syllabes brèves devenant longues en faveur de la césure; de telle façon que si le vers héroï que avait perdu sa dignité originelle, il retrouva du moins son rhythme élégant et nombreux; et ‹ dès lors il fut soumis à des règles si sévères, qu'it fallut désormais, avant de s'attaquer à l'épopée, en étudier sérieusement la science. › Voilà bien, si je ne m'abuse, Nonnos posé déli nitivement en véritable réformateur de la poésie; et. qu'on ne s'y trompe pas, cette école dont Nonnes est le chef proclamé par l'arbitre le plus expéri menté du rhythme antique, cette école, dis-je, n'a pas seulement étendu son empire sur la prosodie. la pureté régulière de son bexamètre, Nonnos a joint encore une élégance soutenue et une imper turbable harmonie. Ecartant les obscurités systé matiques des pensées ou de la diction, comme les pollet Siculæ telluris alumnus. › (Terent. Maurus, de Metris.) Je crois et soutiens, en opposition à quelques-uns de ses commentateurs, que Théocrite a consulté sur ce point son génie naturel, son orei le surtout, et qu'il n'a point observé comme une règle absolue ce procédé métrique, contrarié plus d'une fois, même dans les premiers vers de sa première idylle. Or, c'est chez moi une opinion héréditaire. (Voir la préface des Idylles du comite de Marcellus. Paris, 1820.)

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énigmes naturelles ou cherchées dont Lycophron fut le propagateur et le malheureux modèle; re poussant ces productions subtiles dressées en for me d'avtel, de hache et de chalumeau, où le poëte, peintre difforme, veut frapper les yeux sans émou voir le cœur; rejetant enfin cette frénésie égyptienne des poemes lipogrammatiques, où le compositeur se prive alternativement, en pure perte, du secours d'une consonne ou d'une voyelle, et enchaîne son inspiration à un alphabet mutilé, il dédaigne ces abus du style qui néanmoins devaient reparature longtemps encore après lui; car, j'en ai moi-même, sur les rives du Bosphore, dans un cercle de cer tains littérateurs oisifs de la Grèce moderne, re tracé quelques vestiges; mais sans doute les rayons du soleil qui illumine de nouveau le Parthénon au ront chassé ces nuages arriérés des bords du Cé phise affranchi. Il est vrai que pour remplacer ces tours de force qui ne furent jamais des ornements, Nonnos a parfois donné trop de place aux jeux des paroles, à leur cliquetis étymologique, ou même au calebour, et qu'il a couru avec trop de hâte au devant de l'antithèse, honneur du style quand elle est clair-semée, fatigue de l'intelligence quand elle se prodigue. ‹ (l'est là, › me disait M. de Chateau briand, en toute langue le signe du déclin des ⚫ bonnes lettres; et c'est aussi le cachet de notre ‹ dix - huitième siècle. Or, cet écueil, l'auteur vieillissant de la Vie de Rancé et des Mémoires d'Ou tre-Tombe, l'a-t-il évité toujours, et n'a-t-il pas trop souvent lui-même sacrifié à la fausse divinité? Mais quoi! Nonnos, renchérissant sur cet excès du dix-huitième siècle, s'est rapproché plus encore du dix-neuvième, quand il a marqué pour ainsi dire ses phrases l'une après l'autre au coin d'un trait alambiqué, d'un terme imagé bizarrement, ou d'une acception trop érudite, et principalement quand il a surchargé ses vers d'une multitude d'é pithètes que nul écrivain n'avait avant lui si riche ment déployée? cette objection que je bâtis à l'aide des objections d'autrui, et que je m'adresse à moi-même, je m'arrête pour traiter à fond ce point caractéristique du talent de Nonnos: la prodigalité de l'épithète; vertu, si l'on en croit Conrad Dinner, le plus patient collecteur des adjectifs grecs, qui représente Nonnos comme un autre Midas conver tissant tout ce qu'il touche en épithètes (Midam al terum); vice, s'il faut s'en rapporter à quelques critiques d'un goût plus sévère, entre autres au rigoureux Cunæus. Et pour commencer par les épithètes sacrées, que je mets presque en dehors de la question, il est très-vrai, comme l'observent Heinsius et d'autres experts philologues, que l'abondance des adjectifs ou des attributs de la Divinité est une propriété spéciale des livres saints: on pourrait dire pour la glorifier, ou l'excuser du moins, que Dicu lui-même Erode, ch. XXXIV, v. 6. en a donné l'exemple, et qu'il a désigné la forme du style qui lui est le plus agréable, lorsqu'il s'empare par la bouche de Moise de ses nombreux apa nages: Misericors, verax, etc., enfin tardus ad iram, lent à punir, sublime prérogative de la Provi dence, que saint Jérôme a faiblement rendue, à mon sens, par le mot patiens. Chez les Grecs, certains hymnes ne sont aussi que des colliers d'épithètes dont les perles se tou chent les unes les autres; et certes, si ce n'était un rapprochement trop profane, et si les saintes mélodies de nos églises pouvaient nous attendrir jusque dans ces pages, de telles invocations rappel leraient les litanies que j'ai entendu avec une si vive émotion à Bethléem, retentir sous les voûtes élevées par sainte Hélène sur le berceau d'un Dieu. Mais ces hymnes eux-mêmes, et les chants surchar gés de pieux adjectifs d'Onomacrite, caché sous le nom d'Orphée, sont d'une époque voisine de Non nos comme de la décadence, et peuvent sans ana chronisne porter quelque trace de la poésie, ou même de l'histoire des Ilébreux. Homère, conve mons-en, dans les moindres poèmes qu'on lui altri bue en l'honneur de ses dieux favoris, comme ses imitateurs anonymnes ou les disciples du véritable Orphée dans les autres, n'ont point eu recours à l'amas des épithètes pas plus que Callimaque, et ils n'ont admis les surnoms des habitants de l'Olympe, ou les signes distinctifs de leur puissance, qu'avec une certaine sobriété. J'arrive à Nonnos, auteur d'une longue épopée, et non point d'un court dithyrambe; il n'a pas, quant à lui, mis en jeu les épithètes sacrées de la même manière que ses prédécesseurs. Au lieu d'en chaîner sans ordre et suivant l'exigence de la pro sodie les titres conquis par son héros à l'adoration des bumains, il les a disséminés au hasard, et, dans le cours de son ouvrage, il a fait entrer pres que sans exception les quatre-vingt-seize attributs de Bacchus; bataillon symétrique que nous présente l'Anthologie, en colonne serrée, par quatre de pro fondeur, sur vingt-quatre lignes, commandée cha cune par une lettre de l'alphabet. Mais il ne les a fait apparaître à nos yeux qu'après en avoir rompu les rangs, au moment et à la place où ses récits devaient le plus naturellement les amener. Quant aux épithètes descriptives ou purement poétiques qui foisonnent en effet chez notre auteur, je ne sais si, sur ce point, il ne prête pas à louer plus qu'à médire; à part un ou deux adjectifs oiseux, dont le sens même a pn rester vague et énigmatique en raison des incorrections du texte, si on laisse de côté certaines expressions favorites, que l'on pourrait appeler les idiotismes de la langue nonnique, toutes les autres sont significatives, éner giques, et ne s'offrent nulle part comme les plus terribles ennemies du substantif. Ses Aristarques,

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PG 43:717Οὐ γὰρ ἡδύσμασι χρῆται, ἀλλ᾽ ὡς ἐδέσμασι. Πολλά μάλ' εὐχομένω γαιτόχῳ Εννοσιγαίῳ. Εκ συνθέτου ονόματος, κ. τ. λ. Εξ ούπερ πάντες ποταμοὶ καὶ πᾶσα θάλασσα, Καὶ πᾶσαι κι ῆναι καὶ χρείατα μακρὰ τάουσιν.
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combré, que Dupuis a fait jaillir l'amas confus de ses observations sidérales. Il semble que, comme les sorcières de Macbeth, faisant bouillonner dans une vaste chaudière où il les a vu fondre, avec sa raison, les ingrédients hétérogènes de tous les cultes, il en a exprimé je ne sais quelle religion universelle sans nom, autre Babel édifiée par son immense incrédulité. ‹ La Grèce, › dit le blasphémateur, ‹ était trop ‹ peu instruite pour nous conserver les traits que ‹ l'ancienne fiction avait avec les lieux et avec la * marche du soleil, le véritable et le seul Bacchus ◄ dont l'antiquité ait jamais célébré les bienfaits. C'est en Egypte qu'il nous faut chercher les ‹ sources de cette histoire, et dans un vieux poëmie égyptien que Nonnos, né à Panople, a réchauffé ⚫ en grec dans les premiers siècles de notre ère., (T. II, p. 27.) Ce vieux poème réchauffé n'est point un corps d'ouvrages de l'esprit, › ajoute-t-il, ‹ ce n'est qu'un amas de légendes égarées dans la nuit des temps, et Dupuis nous cite dans une note quelques collecteurs primitifs de ces légendes: Li nus, Orphée, Musée, Pronopidès, dont il fait un précepteur d'Homère, assez peu connu jusqu'ici. Certes il lui eût été facile de grossir sa nomencla ture; et, sans parler des tragiques parmi lesquels figurent en première ligne Eschyle pour une tragé die perdue, Euripide pour ses admirables Bac chantes, sans tenir compte des nombreux comiques où l'on remarque Eubule, Epicharme, Timoclès et même Aristophane, tous chantres des exploits de Bacchus, dont les œuvres ont disparu à nos yeux, mais que la bibliothèque d'Alexandrie a placées sous les regards de Nonnos; il aurait pu nommer plus d'une épopée, le Dionysos d'Euphorion, les Faits et-gestes de Bacchus, par Théolyte, et enfin les Bassariques d'un certain Dionysos, dont on a réuni depuis peu les lambeaux, et que l'on dit avoir prêté au poète égyptien quelques hémistiches. Mais ces titres de poëmes, exhumés pour la plu part des vastes catacombes constamment ouvertes 'dans Athénée ou Stobée, ne me semblent enlever ‘aucun mérite à l'œuvre de Nonnos, œuvre qu'il a fondée sur un sujet national déjà traité sans doute par un grand nombre d'écrivains; car, loin de se laisser aller à l'invention dans un sujet si favorable aux écarts, il a pris à tâche de suivre pas à pas les traditions mystiques, de les relier entre elles, et de dresser une sorte de code du culte de Bacchus. Je poursuis. ‹ Ce poême, › dit Dupuis, ‹ peu connu, quoique ◄ infiniment digne de l'être, sinon pour ses quali ‹tés poétiques, au moins pour ses traits mytho logiques, ses rapports suivis avec la marche de la ◄ nature, et surtout avec celle du soleil, qui y sont ‹ en grande partie conservés › (là commence à poin ter le rève), est composé de quarante-huit < chants, qui renferment en eux presque toute ‹ la mythologie ancienne; c'est dans ce poème ‹ que nous suivrons la marche du soleil ou de ‹ Bacchus dans ses conquêtes et ses voyages an ‹ tour du monde. Nous y trouverons encore une ‹ preuve complète que Bacchus est le soleil, puis ‹ que ce n'est qu'aux cieux et dans le zodiaque que l'on peut suivre ses traces, comme c'est dans le ‹ zodiaque que nous avons suivi celles d'Hercule, ‹ d'Osiris, d'Isis, de Thésée et de Jason. › Ce programme, écrit tout d'une baleine comme un oracle de la sibylle, est suivi d'une analyse sè che, froide et séparée de chacun des quarante-huit chants, renfermant (il les a comptés) 21,895 vers. Dupuis a accompagné ce résumé prosaique des Dionysiaques de tant d'allégories et d'allusions astronomiques, qu'à part quelques idées ingénicu ses que j'ai eu soin de relever dans mes notes, son travail sur Nonnos ne peut être d'aucune uti lité pour le traducteur. Il est en outre seiné d'épi grammes directes, ou même de traits sournois décochés à la Voltaire contre la religion chrétienne; et, en effet, l'auteur faisait un tel cas du prince des incrédules, qu'il l'avait érigé dans son esprit en divinité favorite, sans doute en lieu et place du Dieu qu'il tentait de détrôner; on ne peut lire sans stupéfaction, dans son éptire dédicatoire à son épouse bien-aimée, cette phrase L'éloge le plus grand qu'on puisse faire de ● ton goût, c'est ton estime pour Voltaire, à qui ‹ tu consacres tout le temps que te laissent les ‹ soins économiques de ta maison.» Cela me rappelle ce que me confiait à Constan tinople un Levantin sur les exigences des musul mans en ménage; ils réprouvent chez leurs femmes la dévotion, et je ne sais plus quel poête oriental, prédécesseur de Parny, exige de son Iris qu'elle ne fasse aucun cas du Coran. Que dirait-on aujourd'hui de cette preuve des ver tus d'une ménagère et de la galanterie de Dupuis, qui, au bout de cette amoureuse et philosophique dé claration de quelques lignes en tête de ses trois volumineux in-quarto, ajoute en madrigal, comme dans le couplet final de nos vaudevilles: Je tiens plus à cette épître qu'à tout le reste de l'ouvrage. Après de si bizarres idées sur l'éducation ou du moins sur les lectures des femmes, je ne puis m'em pêcher cependant d'admirer la merveilleuse érudi tion de Dupuis, acquise et accrue durant nos trou bles civils, y assistait cependant, et y prenait une part active, tantôt député de la province, tantôt mandataire de la capitale. Et comme il n'y a pas, de notre temps surtout, une question telle ment littéraire, soit même une dissertation si poé tique, où la politique ne se fasse jour et où l'opi nion de l'écrivain n'agite un moment sa plume, on me pardonnera de dire qu'il faut honorer Du puis pour son rôle courageux dans l'horrible drame de 1793 et pour son vote négatif dans le grand procès régicide. L'Europe et la postérité, s'écriz-t-il

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19t à la Convention, jugeront le roi et ses juges. Et c'est à ses systèmes déjà dédaignés du public, et aux distractions mentales qu'on en croyait la consé quence, qu'il dut de ne pas payer de son sang sa noble témérité. Et pourtant ces fictions qui placent à la tête de toutes les divinités du paganisme le soleil et la lune, ne sont pas la création de Dupuis; il les a puisées dans des sources antiques. Mais quant à son système d'étendre et de prolonger l'empire des deux astres jusque sur nos consciences, quant à. ses hypothèses métamorphosées en règles théologi ques et en axiomes sur l'influence de l'apparition ou disparition simultanées des constellations, lui seul en est le créateur responsable, et l'on aurait tort d'en rejeter une part sur Nonnos. D'un autre côté, les citations si nombreuses qu'en a faites Dupuis pour étayer son échafaudage sem bleraient de nature à établir la réputation astrono mique de Nonnos: son savoir, en effet, en sa qua lité d'Egyptien et d'élève de l'école d'Alexandrie, devait être grand sur cette matière; mais il ne peut rien pour sa renommée poétique. Le fougueux dé monstrateur l'invoque presque toujours comme une autorité, mais il ne s'attache aucunement à faire. valoir ou à reproduire l'élégance de l'écrivain, pas mėme dans les trente-huit vers (car je les compte aussi) que publia le Nouvel Almanach des Muses de 1803. J'ai cherché, non sans peine, dans ce recueil de poésies éphémères, ces alexandrins que, sur la foi de M. Auguis, biographe et éditeur de Dupuis, je devais croire une traduction ou tout au moins une imitation d'un fragment des Dionysiaques; et il m'a été impossible d'y reconnaître autre chose qu'une invocation à Hercule à propos de ses douze travaux, peut-être le début de cette Héracléide qui tient une si grande place dans le premier volunie de Dupuis, poème sacré sur le Calendrier, qu'il mé ditait et dont il avait par avance emprunté le titre à Panyasis, Pisandre et Cléophile, chantres d'ler cule dans les siècles grecs; ou bien enfin une in spiration rimée et détachée, dont l'infatigable éru dit interrompait le cours de ses incessantes com pilations. Parmi les critiques qui ont refusé de voir avec Dupuis, dans le tissu des Dionysiaques, une série de faits uniquement astronomiques, Fréret (et ce nom, sans annoncer une infaillibilité qui n'est le partage de personne en conjectures antiques sur tout, doit porter cependant tout lecteur judicieux à s'arrêter avant de contredire un tel érudit), Fréret, dis-je, ne pensait point que là fût précisément la source où Nonnos avait puisé la matière fondamen tale de son épopée. Il croyait bien plutôt que les traditions suivies par le poète égyptien établissaient Bacchus en personnage vraiment historique, qui avait réellement existé. Il le rattachait ainsi au système d'Evlémère, dans lequel toutes les divi ‹nités du paganisme ont été sans exception des hommes élevés par l'apothéose au rang des dieux, et toutes les fables des événements d'une ancienne histoire, que les partisans d'Evhémère placent ‹ comme ils peuvent, soit pour le temps, soit pour ‹ le lieu ▸ Schow, Fuessli, Gottlob Weichert, Moser, Greuzer et autres critiques allemands. Bientôt, tandis que la France, meine dans ses accès d'impiété ou d'indifférence religieuse, repous sait l'é range théorie du Bacchus, diej univerşel, dont on cherchait à rajeunir le culte, l'Allemagne érudite dirigeait, une fois encore, ses regards vers ce poëme des Dionysiaques qui avait fourni à Dupuis la première idée, sinon les développements, de son système. son exemple, mais sans les faire suivre. des mèmes extravagances, Schow, Fuessli et quel ques philologues publièrent de courts abrégés des Dionysiaques, plutôt pour essayer d'en tirer un corps. de doctrines et en établir l'importance scientifique. que pour en faire apprécier le mérite littéraire qu la diction. On peut citer aussi parmi les partisans que Non nos enrôla, à longs intervalles, sous sa bannière dédaignée, Gaspard Ursini, à la fin du dix-septième siècle, et Weichert au commencement de celui-ci. Le sentiment de ce dernier philologue a été si gualé par le celèbre Harles dans son édition de la Bibliothèque grecque de Fabricius, comme la sen tence la plus éclairée qu'ait portée jusqu'ici la cri tique sur le mérite de Nonnos. ce titre, elle a droit de paraître dans cette introduction, et en voici¸ un extrait ⚫ Quelques lecteurs, dit Weichert, ‹ effrayés de l'épaisseur du livre, se sont persuadé qu'il est. surchargé de narrations superflues et disposées sans aucun ordre. Il faut pardonner à ces hom ‹ mes qui ne prennent plaisir qu'aux écrits de ‹ courte haleine (libellorum brevitati), et s'épou vantent d'une œuvre de quelque ampleur, même ‹ quand elle a été applaudie par son siècle. Je dé ‹ clare que nul de ceux qui lisent les Dionysiaques ⚫ attentivement n'accuseront l'auteur de confusion. ‹ L'unité de l'action, et, pour me servir des paroles d'Aristote, la composition, qui consiste en un dé ‹ bu:, un milieu et une fin, y est parfaitement ob ‹ scrvée. Tout y est si habilement rattaché à un ⚫ seul fil que l'art du poète y brille autant que son ‹ esprit; et il est clair qu'avant d'écrire, Nonnos ‹ avait tout son plan dans la tête. D'un autre côté, si plusieurs des conditions que l'esthétique, comme ‹ on dit, exige d'une épopée, se trouvaient omises ‹ ou employées mal à propos, ce n'est pas à Nonnos qu'il en faudrait faire un crime. Tout occupé à ‹ tirer de ses réservoirs l'érudition qu'il y avait Fréret, Mémoires de l'Académie des belles-lettres, vol. XXIII, p. 242.

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entassée, et à s'en faire honneur, sans s'inquiéter ▾ du temps et des hommes qui pourraient n'y voir ‹ plus tard que des futilités, il lui a suffi qu'une circonstance appartenant à son sujet pût jeter ‹ quelque agrément sur son poëme pour s'en em ‹ parer et la mettre en œuvre, et si nous considé ‹ rons les Dionysiaques sous ce point de vue, il faudra bien avouer que le poête a complétement exécuté le plan qu'il s'est prescrit, et que, par ‹ l'étendue de son savoir, comme par la fécondité de son imagination il mérite les éloges et l'admi ‹ration de tous. Mais, quoique Nonnos ait trouvé dans son thème l'occasion d'ouvrir toutes les sources de son érudition, il faut convenir aussi qué, par la grâce du récit, l'harmonie du rhythwe, comme par la variété des épisodes et l'éclat des ‹ images, il charme également le lecteur. leci je m'arrête pour déclarer que, loin de traduire exac tement les louanges latines de Weichert, j'amortis son enthousiasme, et je me låte de dire avec lui Je confesse néanmoins, pour ne pas être accusé d'aveuglement ou de connivence avec les défauts ‹‹ de ce počine, que j'aurais voulu en retrancher ⚫ quelques détails, et que je n'y ai pas retrouvé tou jours le parfum d'Athènes. › Puisque j'ai commencé de modérer moi-même l'ardeur nonnique de Gottlob Weichert, il faut poursuivre et tirer de tant de controverses une rai sonnable conclusion. Oui, sans doute, parmi tous ces hommes qui, dans un siècle épuisé, ont cherché à imiter les inspirations des chantres des héros et de la nature primitive, et qui demandaient l'érudi tion et l'art des mots aux travaux des écoles et aux voútes des bibliothèques, parmi tous ces écrivains venus après les génies disparus sous l'empire de Rome et sous la domination d'un seul maître, comme le dit Tacite parmi ces talents qu'Alexandrie, asile des muses grecques, rendit à Athènes et à Constantinople dans le quatrième siècle, nourris de ses sciences, mais énervés sous les vices de sa dé crépitude, enfin parmi ces versificateurs spirituels qui donnèrent au style épique, non sans doute son énergie originelle, mais une constante élégance, Non nos est certes le poëte le moins connu et pourtant le plus digne de l'être. On le voit, dans mes revues de la critique ultra rhénane, j'ai passé par-dessns quelques expres sions d'humeur que le célèbre Heyne semble lan cer contre Nonnos, seulement comme l'écho d'une boutade d'flemsterhuys; celui-ci, après avoir dé claré que l'autorité de Nomnos ne doit compter pour rien en matière archéologique, convient néan moins qu'on ne saurait en juger impartialement Postquam omnem potestatem ad unum con Arri pacis interfuit, magna illa ingenia cessere, (Tacite, Hist., liv. 1.) Sed tamen ipsa gravitas argumenti Dionysia corum, quo nullum unquam per universum fabula. rum orbem latius patuit, sibí hoc videbatur quo dammodo poscere, ut illud poema studiosius aliquan dans l'état si informe où il nous est parvenu. Et M. Creuzer a reproché, en mon lieu et place, à ce vengeur des muses grecques mises en fuite par l'école de Juste-Lipse, de n'avoir pas apprécié et médité autant qu'il le méritait ce sujet des Diony siaques, le plus magnifique canevas du monde fabu leux Quant à Heyne, à travers certaines injures qui tiennent plus à l'emportement habituel de son caractère qu'à la réflexion, il déploie unc érudition trop sagace et trop spéculative pour n'avoir pas deviné, sous l'imperfection des manuscrits, la véri table valeur du poēte, et il a prononcé ces paroles qui ont été pour moi un puissant encouragement Celui-là aurait bien mérité des lettres et serait le ‹ digne objet d'une grande reconnaissance, qui ‹ réunirait tout ce qu'il y a de meilleur dans les ‹ Dionysiaques, et, supprimant les inepties, ferait un seul corps de tout le reste › Ici se présente plus qu'il ne brille M. Moser, que Graëfe a stigmatisé plus tard du titre de fléau de Nonnos, en l'accolant à Lubinus Eilbartus, ‹ cou ple blen digne de s'allier, dit-il. M. Moser, annotateur de six chants des Diony siaques (8, 9, 10, 11, 12 el 13), a dédaigné de les traduire en latin ou même en allemand, comme s'il n'y eût cherché qu'un thème à commentaire' pour exercer sa juvénile érudition. Car sans doute M. Fréd. Creuzer, le plus savant et le plus perspi cace des mythologues de nos jours, n'a fait, en signant la préface de cet essai, qu'encourager les efforts d'un de ses élèves, et il n'a pu par avance, pour cette seule tentative, lui assigner un rang parmi les philologues distingués. M. Moser ne me paraît pas avoir fait assez de eas des travaux de ses prédécesseurs; et entre autres inexactitudes, car je n'entre pas dans le fond de la querelle et m'en tiens aux peccadilles, il signale, parmi les manuscrits des Dionysiaques qu'il faut consulter, un manuscrit parisien, lequel, je m'en suis assuré par bien des recherches, n'a jamais existé dans notre capitale. C'est un avis que je voudrais transmettre en passant à M. Louis Dindorf; car je l'ai vu, l'automne dernier, à Leipsick, très-disposé, sur la foi de M. Moser, à faire un voyage à Paris pour y consulter l'introuvable mia nuscrit. Or ce serait dommage, et M. L. Dindorl nous démontre tous les jours qu'il peut faire un bien meilleur usage de son temps. ce propos, je ferai observer qu'il faut se déffer parfois de celle gravité allemande que madame de Stael, en ma tière plus sérieuse, appelle le pédantisme de la légèreté; elle recouvre parfois d'un amas de savoir des propositions très-conjecturales, et couche sar te tractaretur. (Fred. Creuzer, Pra:f. sex libr. Nonni Moser edit.) Bene de litteris hic mereret, magnamque gra tam iniret, qui ex Nonul Dionysiacis saniora, omis sis hominis ineptiis, colligeret, et in unum corpus redigeret. (leyne, Observ. in Apotted., 8. II, c. 5, p. 231.)

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PG 43:725ΧΙΧ.
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PG 43:727προϊσχεσθαι τώ χεῖρε, aτáσσ ανέρα νικήσαντα κατηφεί χειρὶ πατάξας, ἀνέρι νικήσαντι κατηφέα χεῖρα
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Leipsík, éloignés de deux cent quatre-vingts ans de l'édition primitive d'Anvers, que j'ai pris pour base de la mienne, sans m'interdire néanmoins le droit d'y admettre les leçons des annotateurs du seizième siècle, même lorsque Graëfe a jugé à propos de les repousser. J'ai dû ne pas me priver non plus des essais des critiques modernes venus après lui, tels que M. Riegler dans ses Etudes grammaticales sur Nonnos et surtont M. Koch ler dans sa savante analyse des Dionysiaques Leurs corrections, concordant presque toujours avec les miennes, m'imposent l'obligation de parler d'eux avec modestie peut-être, mais toujours avec gratitude. C'est surtout dans mon système de recon struction, échafaudage dressé pour réparer les lé zardes de l'édifice, que je me suis séparé de Graefe, en prenant à tâche de supprimer les nombreuses lacunes qu'il signale, établit ou laisse subsister. Je ne voudrais pas paraître trop présomptueux en avançant que ma méthode donne au poëme de Nounos une tout autre physionomie, ou du moins une régularité et une cohésion dont il manquait; on en jugera. Mais il est temps d'expliquer en quoi consistent mes procédés. Mes procédés de correction. Il doit en être des Dionysiaques, on me l'accor dera facilement, sous le rapport de la conserva tion matérielle du texte, comme de la Paraphrase de l'Evangile. Les deux manuscrits, venus de la même époque, du même pays, de la même ville, du même auteur, et peut-être aussi des mêmes co pistes, doivent avoir eu une même destinée. Or, si la Paraphrase, commentée et interprétée tant de fois à l'époque de la renaissance italienne des let tres grecques, époque plus naturellement avide des écrits inspirés par la religion chrétienne à son au rore que des derniers accents de sa rivale mou rante; si, dis-je, cette Paraphrase si souvent corri gée est pourtant à corriger encore, qu’y a-t-il d'éton nant qu'une production du même auteur, repoussée d'abord en raison de son thèine purement mytholo gique, soit demeurée dans ce costume informe ou négligé d'où sa sœur jumelle, malgré tant de se cours, n'a pu tout à fait sortir? Certes, si j'étais l'érudit que je voudrais être, j'aurais dû, avant de donner une édition d'un poète aussi maltraité que Nonnos, compulser tous ses manuscrits moi-même; voici mes excuses pour m'être dispensé en partie de ce travail: suffiront clles pour adoucir la colère des critiques, à laquelle, par cette négligence forcée, je me suis imprudem ment exposé? D'abord, on ne voit aucun vestige de ces manu scrits dans nos bibliothèques de Paris les plus vastes, Meletemata Nonniana, Postdam, 1852. Koehler, Ueber die Dionysiaka, Halle, 1853. Baudini, Catalogus manuscriptorum qui jussu encore moins dans nos collections de province. Florence, distrait par le palais Pitti, la galerie, et peut-être aussi par le Cascine, ne prévoyant pas alors ma passion tardive pour les Dionysiaques, je ne songeai pas à demander à la Laurentienne le manuscrit que j'ai déjà décrit. Aurais-je oublié, par hasard, de dire qu'il portait sur sa dernière page, en trois iambes grecs fort incorrects, ceci Par grand bonheur ce manuscrit Vient d'achever d'être transcrit Manuel l'entama; Maxime de sa main, Grace au ciel, en a fait la fin. Or dans cette inscription finale je n'ai pu voir, comme Bandini, les noms des possesseurs du ma nuscrit; je maintiens qu'il s'agit de copistes, et de mauvais copistes encore, qui, malgré leurs appel lations impériales, ne méritent, pour leur honneur, que l'oubli, Du reste, Bandini affirme que cet exeni plaire concorde avec l'édition où Lectius a repro duit lui-même, dans son Corpus des poètes grecs, le volumineux in-12 de 1605. Ainsi l'in-folio de Ge nève suppléait pour moi ce codex Quand j'étais à Rome, je m'y occupais bien moins de Nonnos que de l'ambassadeur de France, qui s'appelait alors Chateaubriand; et je ne traversais le Vatican que pour aller voir dans ce cabinet qui domine la ville éternelle, resplendissant pour toute parure d'un crucifix, le pape si pieux, si spirituel et si babile réformateur qui avait pris le titre de Léon XII. Depuis, pour suppléer à mon incurie, j'ai dû voir, par les yeux éclairés d'un autre, les manuscrits des bibliothèques de la ville sainte et de Naples. Un ami, helléniste exercé, car de nos jours encore, comme au temps de Louis XIII, le gentil homme, après avoir manié l'épée, sait tenir aussi la plume du voyageur et le crayon de l'archéologue, M. le comte Adolphe de Caraman, le restaurateur ingénieux d'Anet, a bien voulu collationner sur les copies italiennes certains passages les plus mutilés que j'avais signalés à son zèle pour les lettres, et il n'y a recueilli aucune nouvelle version. Les copies de Venise, de Milan et de Munich répètent exactement la Palatine; et les recherches de d'Ansse de Villoison à Weimar ne lui ont révélé que des variantes en très-petit nombre,dont Graële, avant moi, n'avait pu tirer aucun parti. Je n'ai pu compulser moi-mêine que la copie palatine restituée à Heidelberg. C'est donc sur ce manuscrit que je m'arrête un moment; in quarto voyageur, revêtu d'un vieux maroquin à tranches dorées, écrit sur papier de coton, assez nettement, et portant encore les timbres du Vatican et de Pa ris, où il a séjourné. Je l'ai lu très-attentivement, malgré la méthode qui place chaque distique sur une seule ligne dans les deux colonnes, le second vers en regard du premier, ce qui en rend la lec Petri Leopoldi in Laurentianam translati sunt. Flo rentiæ, 1792.

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ture très - contrariante. Je l'ai scrupuleusement collationné avec le texte de Graêſe, qui dit n'en avoir eu que des communications indirectes, comme avec l'édition princeps d'Anvers, et les deux repro ductions qu'en ont données soit Lubinus Eilhartus en 1605-10, soit Lectius à Genève, en 1606. Cette opération longue et difficile, que je regrette de n'avoir pu faire subir aux neuf ou dix copies seules cataloguées en Europe, car j'en comprends toute l'utilité, m'a démontré néanmoins que, pareille aux autres, et sous la même date, celle-ci était un calque très-exact des manuscrits de Sambucus et de Philelphe; le calligraphe, quand il se trouve embarrassé, ou qu'il perpétue des ratures, loin de recourir à une autre copie ou d'innover, a soin de dire à la marge, en mauvais latin: sic erat in exem plari mihi communicato. J'y ai relevé seulement un ou deux traits qui ont échappé à la perspicacité de Graefe ou de ses correspondants. Les yeux de M. E. Miller, bibliothécaire du palais Bourbon, plus clairvoyants que les miens, en ont extrait aussi quelques notes marginales dont il m'a fait proûter. N'a-t-il pas, en outre, et sans prévoir que ga bienveillante expérience viendrait à mon se cours, feuilleté en Espagne les quatre copies du seizième siècle, partielles ou totales, que le grec Lascaris a léguées de Messine à l'Escurial, ou qu'Hurtado de Mendoza y a envoyées de Venise? Falkenburg ne m'a-t-il pas donné également, dans son édition primitive (bélas! beaucoup trop fidèle), le manuscrit de Sambucus, inutile maintenant à Vienne? Et ne résulte-t-il pas toujours de ses perquisitions et des miennes que les rares copies dispersées en Europe portent toutes à peu près les mêmes imperfections, pour avoir été prises sur un seul et mème original? defaut des lumières qui ne peuvent jaillir de ces copies primitives, les seules retrouvées jusqu'à présent, Gračfe m'a fait jouir plus tard tout à mon aise du résumé des travaux de grammaire qui, jusqu'en 1826, se sont accumulés autour de Non nos. Sans doute la réforme si pénible du texte grec, bien que je lui aje donné tout l'achèvement dont j'étais capable, n'est pas encore parfaite, et, quand il y a eu tant à rectifier après des hommes tels que Falkenburg, Scaliger et Graefe, je ne saurais me flatter qu'après moi il ne reste plus rien à faire mais, si mes leçons nouvelles, si nombreuses qu'elles ne s'élèvent pas à moins de quinze cents, n'ont pas effacé toutes les taches, j'ai du moins (!) ‹ L'élégance du vers héroïque, qui fut restau ‹rée et merveilleusement pratiquée par Nonnos (insigniter exculta), à ce point qu'elle ne laisse rien ‹ à désirer, si ce n'est peut-être une variété plus grande, fit naître, dans ce même genre de poésie ‹ et dans quelques autres, de nombreux poëtes ‹ ceux-ci, s'élançant aussitôt sur la route que Nounos venait de leur tracer, ont paré les fables indiqué à mes successeurs la base ou la règle qui peuvent servir dans cette difficile opération. Je pars de ce principe que, bien qu'il affectionne deux ou trois épithètes dont l'acception est de temps en temps obscure pour nous, Nonnos n'a point admis sciemment dans ses vers une propo sition dénuée de sens, rarement une répétition de l'expression quand elle n'est pas indispensable à la clarté, et jamais, tranchons le mot, une trivialité ou une ineptie, comme dit Heyne. Je pourrais même affirmer, et ici je ne serais pas le seul de mon avis, que jamais une faute de quantité n'a volontaire ment fait grincer les cordes de sa lyre. Aussi, pour peu que, dans un hexamètre soumis à mes médi tations préalables, j'aie rencontré Une voyelle, à courir trop hâtée, Qui fût d'une voyelle en son chemin heurtée; ou, pour parler moins bien, mais plus positivement que la périphrase imitative de Boileau, dès que j'ai entrevu l'ombre d'un hiatus, je me suis presque toujours arrêté tout court, et n'ai plus quitté le vers suspect que je n'eusse retrouvé ou hasardé la version qui devait faire disparaitre la tache, disons mieux, l'irrégularité inaperçue chez les poètes pri mitifs, mais devenue tache dans les siècles de la décadence. Car je savais que l'élève était bien plus scrupuleux observateur de la prosodie que ses maîtres eux-mêmes, et que, sous ce rapport pres que insignifiant, Nonnos l'emportait sur Hésiode comme sur Homère D'un autre côté, si l'élision venait choquer mes yeux ou mon oreille, je remettais sur l'enclume le vers mal forgé, selon le précepte d'Horace enfin quand l'bexamètre m'a paru pécher par défaut d'élégance ou d'euphonie, que les mêmes terines so sont retrouvés dans la même phrase rapprochés sans nécessité les uns des autres; et s'il y a eu insi guiliance dans la pensée, inaptitude ou contre-sens dans l'épithète, je me suis fait une loi de chercher une leçon nouvelle. Car je savais encore que mon poëte, imbu des préceptes de l'école d'Alexandrie, et fils d'un siècle où la forme du langage était particulièrement soignée et enrichie, ſuyait les ré pétitions qui déparent le style bien plus encore que l'abondance et les périphrases ne le rendent lan guissant. Ainsi, pour ne citer d'un seul coup que trois exemples de ces incorrections entre mille, quand le lecteur verra la nymphe inventrice des guir landes et de bien d'autres rites mystiques qui ont entraîné de plus graves perturbations chez les éru dits, comme on en jugera par mes notes; quand il antiques de ces précieux ornements. L'épigramme ‹ du sixième siècle et surtout du temps de Justi nien en profita: ainsi se distinguent Marien, Christodore, Julien l'Egyptien, Paul le Silen tiaire, le consul Macédonius et Agathias le Sco ‹ lastique. › (Fréd. Jacobs, Préf. de l'Aníhol., 1826.) Et male tornatos incudi reddere versus. (Hor., Ars poet., v. 441.

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PG 43:733Διονύζω Ερίζεται Αργυροτόξω, ΧΙΧ,
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Je le demande, quet chef-d'œuvre ou quelle re nommée de poëte résisteraient à de tels outrages? Et voilà pourtant, sur les marches inféricures du temple dont le prince des poètes latins occupe le sanctuaire, ce qui advient à Nonnos. Or l'Egyptien est d'autant plus soupçonné de ces mauvaises ha bitudes que les retours et la superfétation des paroles descriptives rentrent dans les défauts fami liers aux écrivains de son siècle. Mais que l'on n'exige pas de moi une démonstration catégorique de la manière dont l'interversion a dû s'opérer, ni que j'explique par quel genre de négligence les vers se sont égarés sous la main du copiste. Quand des distiques et même des paragraphes entiers, une fois rétablis à l'endroit que je leur ai assigné sans les altérer jamais, présentent un sens naturel, un ordre d'idées continu et satisfaisant, cela me suffit, je n'en veux pas davantage, et ne vais rien chercher au delà Ainsi, lorsque dans une longue narration, je le dis encore une fois pour mieux manifester ma. pensée, la réflexion ou l'idée dont le poëte a voulu marquer et sceller la fin se rencontrent à l'exorde; quand, en outre, la partie animée du discours ou le paragraphe interrogatif se trouve scindé en deux tronçons par une autre suite de raisonnements, il est évident que celle rabâcherie, comme disait, J.-J. Rousseau, peut lasser la patience; et qu'alors l'auteur, déjà chargé du fardeau de ses propres faiblesses, succombe sous le poids des fautes du scribe, dont il devient solidaire auprès des lec teurs. J'ai donc dû consacrer une grande portion du temps que je vouais aux Dionysiaques à ce classement du texte, pour lequel mes scrupules de traducteur consciencieux m'étaient d'un véritable secours. Ces deux labeurs, allant d'un même pas, marchaient de front pour ainsi dire; et, après m'être livré ardem ment au métier de redresseur de mots et de ra justeur de phrases, je n'ai pas voulu laisser aux hellénistes qui viendront après moi cette tâche à recommencer. Je me suis donc bravement déter miné à donner moi-même une édition grecque, en la faisant suivre du tableau complet de mes correc tions et de leurs principaux motifs, comme de la méthode que j'ai suivie. Cette forêt obscure et touſſue que le premier éditeur avait trop scrupu leusement respectée, dont les critiques du seizième siècle avaient dégagé quelques abords, et qu'au dix-neuvième le dernier éditeur avait nettoyé de ses ronces, j'y ai mis la cognée à mon tour, et je l'ai éclaircie pour tenter d'y ramener la lumière et la vie. Or j'ai dû lutter d'autant plus obstinément Montaigne a dit: les François, mes contem poranées; mais quand il employait cette expression tant soit peu gasconne, que je cite uniquement pour faire excuser la mienne, il savait et nous savons tous ce qu'il voulait dire. Il n'en est p's de même pour Nonnos; car l'époque où à son tour il a fleuri (et ici ce terme d'usage n'est point dé contre cette imperfection du texte que c'est l'écueil dont je redoute par-dessus tout le péril, et contre lequel il est probablement dans ma destinée de faire naufrage; car c'est aussi de là que vient cette fatale prévention contre Nonnos et ce stigmate de médiocrité qu'on lui, a infligé jadis, sans jamais tenter sérieusement de re viser ni son texte,ni une telle sentence. Pour combattre ces préjugés sécu laires, je n'exige pas de mes lecteurs qu'ils me sachent gré de tous mes soins à poser des appareils sur tant de blessures, à réparer et à enduire d'un vernis nouveau ces tableaux poudreux: je demande simplement qu'au lieu de feuilleter des vers mé connaissables dans les premières éditions, et acca blés sous le dédain de trois siècles, on les lişe attentivement dans le texte tel que je l'ai reconstruit à l'aide de ses propres matériaux, et comme s'il venait d'échapper sous cette nouvelle forme aux tas. des parchemins vermoulus du mont Athos. Poëtes contemporains de Nonnos. Coluthus, Try phiodore, Jean de Guza, Musée, Cotulos de Smyrne. Poëtes de l'Anthologie, Claudien, Ausone. Mais quand, par une défiance toute naturelle de moi-même, dont l'inconvénient néanmoius ne devrait pas rejaillir jusqu'à Nonnos, je décline la. tâche de prononcer, dans un paragraphe raisonné, et distinct, ma propre sentence sur le poète que je traduis; si je me dérobe à l'ombre des juge ments et de la critique, dont les pages précédentes reflètent suffisamment les clartés; si enfin je me décharge ainsi sur le lecteur de cette partie de mes obligations, je ne puis me soustraire aussi hardi ment à un autre usage encore mieux étabň. La coutume qui régit les préfaces veut que tout tra ducteur sérieux s'y livre à des comparaisons suivies entre son auteur et les œuvres du même genre et du même âge. Mais ici mème, il est aisé de le voir, je ne saurais me soumettre tout à fait à ces exigences: comment tracer autour d'un écrivain dont l'époque est si peu précise, un cercle exact de contemporanéité (1)? et ne dois-je pas en élimi ner tout d'abord Coluthus, qui, sans contestation, a vécu un siècle après Nonnos, et Tryphiodore, dont la naissance indécise lui est aussi néanmoins, selon Hermann, très-postérieure? L'un, Coluthus, né à Lycopolis, la Siout mo derne, dont j'ai vu les palmiers immenses se réflé chir dans les ondes du Nil, part de l'Egypte à la tête de trois cent quatre-vingt-cinq vers pour enlever Hélène; et il n'a conquis, même aux yeux de ses épurateurs, que la réputation d'un faible imitateur d'Homère et d'un médiocre disciple de placé) est demeurée fort nuageuse. Or, si je l'ai résolument portée tout au bout du quatrième siècle, malgré mes devanciers qui la fixent aux premières années du cinquième, ce n'est pas seulement pour me rapprocher de tous les deux et pour la vérité chronologique, mais c'est encore pour donner rai son aux deux opinions, sans trop d'effort et à la fois.

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Nonnos Or, si les savants efforts de M. Sta nislas Julien n'ont pu tout à fait sauver de l'oubli le disciple, j'ai fort à craindre que le maître ne disparaisse aussi sans laisser plus de traces, mal gré toutes mes tentatives pour le rajeunir. L'autre, Tryphiodore, échappé de je ne sais quelle contrée inconnue, mais toujours Egyptien, en renversant Ilion à l'aide de six cent soixante dix-sept hexamètres, n'a donné qu'une froide es quisse des merveilleux tableaux du second livre de l'Enéide; analyse décolorée, que le mérite d'une diction harmonieuse a seul préservée du temps. il me faut mettre de côté Jean de Gaza, imprimé pour la première fois au début du dix-huitième siècle, plagiaire cffronté de Nonnos. Ses vers, qui, au nombre de sept cent un, décrivent une carte cosmographique d'Antioche, nous ont été révélés par Rutgers et n'ont laissé-que bien peu de trace dans le souvenir des plus opiniâtres hellénistes. Mais si ces trois poëtes, épiques à demi, venus longtemps après Nonnos et ses zélateurs, ont pris à tàche de lui dérober certaines épithètes, un plus grand nombre de tournures de phrase, ou niême, de temps en temps, un hémistiche, Musée, qui paraît être son contemporain, lui a emprunté aussi quelques images et jusqu'à des vers complets. Or cette dernière considération suffirait seule pour trancher le différend qui s'est élevé entre les commentateurs jaloux de déterminer les relations respectives et personnelles de l'un avec l'autre car jamais Nonnos, pour son compte, n'emprunta un vers entier à d'autres qu'à Homère. La plupart des philologues ont fait du poète de Panopolis le précepteur du chantre d'Héro, et Bernhardy inti tule expressément celui-ci le plus heureux imi tateur de Nonnos › Un seul s'est rencontré qui, renversant cet ordre naturel, fait de Musée le professeur, tandis qu'un autre, plus témérair encore, a voulu que Musée fût Nonnos lui-même nais Nonnos, ajoute un troisième, guéri d'une surabondance de style peu réfléchie, et revenu à un godt meilleur Je conviendrai sans peine, à mon tour, qu'aidé par le choix d'un sujet plus restreint et plus émou vant, Musée a déployé plus de sensibilité et de grâce sous des teintes souvent vraies, parfois exagérées; mais, dans ce poême, qui égale tout au plus l'im portance d'un épisode des Dionysiaques, je ne puis avouer qu'il a dépassé Nonnos et les chants nom breux où celui-ci laisse dominer la passion; et je maintiens, en tout état de cause, que l'Egyptien Quod licet note non sit optimæ carmen, nec decoribus suis, et nativa quadam simplicitate sese magnopere commendet. (J. D. a Lenepp., Coluthi præfatio. Rutgersii variæ Lectiones. Leyde, 1704, in-4°. Er war der glücklichste Nachahmer des Non nus, welchem er den Wohlklang seines weichen, fein und kunstgerecht gepflegten Rythmus abge wann. (Bernhardy, Gundr., p. 261.) l'emporte toujours par son harmonieuse flexibilité. Quant au talent de l'invention, ce point n'est dou teux pour personne: je n'ai nul besoin, ce me sem ble, pour démontrer la supériorité de mon auteur, de recourir à son esprit foudrogant et sublime expression sous laquelle j'ai eu peine à reconnaître les traits caractéristiques de Nonnos; et cependant ces termes sont consignés et répétés sans hésita tion dans la préface d'un docte commentateur de Musée, lequel, certes, ne se montre pas ailleurs par tisan fanatique du poète égyptien. Serait-ce done qu'il aurait lu ou apprécié seulement les deux pre miers cbants des Dionysiaques, où la scène se passe effectivement au sein des airs, au milieu des éclats de la foudre et des roulements du tonnerre? Quoi qu'il en soit, l'élève devait être plus heureux que le maître auprès de la postérité. Les plus célèė bres poĉêtes du siècle qui vit la renaissance de Mu sée l'accueillirent avec pompe et lui firent cortège. Boscan, qui venait de remanier le système de la métrique espagnole, et de créer ou de perfectionner du moins, pour la patrie des vieilles romances, le vers endécasyllabique, en charma la cour de Charles Quint. Ab! pourrais-je oublier Boscan? N'est-ce pas lui qui m'a révélé le poëme de Musée bien avant que la langue grecque m'eût dit assez de secrets pour le lire sous sa forme originelle; ce Boscan, qui me suivait au bord des ruisseaux, toujours uni à Gar cilase, lorsque, dans mes rêves juvéniles, j'invo quais pour tout avenir un voyage aux terres orien tales. Initié, presque enfant, à l'idiome sonore qui règne au delà des Pyrénées, et dont le dialecte gascon, le premier que j'aie balbutié, est le frère comme le voisin, je ne quittais les plaintes pastorales de Nemoroso que pour jeter aux échos de ma vallée les soupirs de l'intrépide nageur de Sestos. Savais-je alors que mon cœur allait bientôt battre sur la rive où fut la tour d'lléro, et que j'entendrais bruire les flots de l'Hellespont, où mourut Léandre? Plus tard, je devais retrouver la triste aventure sur les rives de l'Arno, quand un petit volume, étalé sous les portiques de la galerie de Florence, me la montrait retracée dans les stances italiennes de Bernardo Tasso, le père du chantre divin de Jé rusalem. Enfin Clément Marot, dans son style naïf, leur donna la rime gauloise, et fit verser les larmes de François 1er et de sa cour galante sur ces amours imaginaires. Rien ne devait manquer à Musée, pas même Kromayer, ad Museum, Diss. p. 7. Francius, ad Mus., edit. de Dav. Whitford Multa habet hic auctor cum Nonno communia nisi ipse sit Nonmus. › Nonnum ipsum, meliori judicio, temperantem naturales sive inconsulte luxuriæ morbos. (Casp. Barthius, Adv. lib XX, cap. 21.) Nonni fulminantis spiritus et sublimis.(Schra der, ad Mus., præf.)

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l'étrange bonneur qu'il partagea avec Virgile des travestissements burlesques de Scarron. Ce rimeur facile et hardi, riant de tout, même de sa femme qu'un heureux veuvage allait élever aux plus hautes destinées, voulut aussi rire de la triste Héro, comme il avait ri de l'infortunée Didon. Et, pendant ces triomphes de son disciple, Non nos dédaigné, incompris, languissait rongé des vers sous la poudre; et maintenant encore, puni pour mon peu de génie (caret quia vate sacro), il attend tristement que ma modeste prose essaye d'entr'ou vrir pour lui la porte du monde littéraire. Dans ce tableau raccourci de l'école de Nonnos, mes lecteurs auront peut-être remarqué d'eux mêmes que la plupart des poètes héroïques grecs de la dernière époque étaient égyptiens, et appar tenaient à la haute Egypte, comme si la vie extatique des ascètes de la Thébaide voisine leur eût commu niqué l'exaltation de la pensée et l'habitude de la méditation. Ils y mélaient, il est vrai, tout ce que l'éducation et les connaissances acquises à Alexan drie pouvaient y ajouter de réel. C'est ainsi sans doute que l'intérêt se porta sur les faits et gestes de Bacchus, le dieu dithyrambique, le père de l'enthou siasme, parce qu'ils rappelaient les conquêtes si po pulaires en Grèce, et même en Egypte, d'Alexandre le Grand. J'arrive enfin à Quintus de Smyrne, qui ſigure bien ici, et sans jeu de mots, le cinquième parmi les poëtes dont j'entrelace la couronne autour de la tête de Nonnos. Il fut trouvé en Calabre accolé à Tryphiodore et à Coluthus, soit que la nature du sujet, soit qu'un caprice du copiste eussent cimenté leur alliance, bien plus qu'une date chronologique ou même une analogie de style. Quintus, de plus que ses deux collègues, rapporta du monastère où ils gisaient enfouis le surnom de Calaber, joint à sa désignation latine, qu'on imagina dans le but de dissimuler l'appellation mal déterminée de Cointos, et dans l'embarras où l'on était d'en inventer une autre. J'ajoute aussi, par suite de cette guerre acharnée que le seizième siècle faisait aux noms grecs pour les convertir en us; hostilités déclarées sur toute la ligue, dont Nonnos a eu tant à souffrir pour son propre compte. Les quatorze livres des Paralipomènes de Cointos, supplément, si l'on n'aime mieux dire rebuts d'llo mère, ne se rapprochent des Dionysiaques que par leur volume et le nombre des vers, triples pourtant de notre côté. Cette seconde Iliade affecte toutes les allures de la première, et copie même les irrégula rités du rhythme, telles que l'hiatus et le vers spon daïque, que Nonnos, protecteur déclaré du dactyle, a toujours si scrupuleusement évités. Cointos, > dit M. Tourlet, ca de la noblesse, du feu, de l'en ‹ thousiasme et du génie; il règne dans l'ouvrage Tourlet, Trad. de Cointos de Smyrne. ‹ un goût sain, une touche nerveuse, nn ton vrai ‹ ment épique › Je me garderai bien assurément de rien ôter à cet engouement d'un traducteur, de peur qu'on ne vienne à m'accuser plus tard d'un travers tout sem blable en ma propre cause. Mais, jalousie de métier à part, Nonnos m'a toujours semblé plus correct, plus élégant, plus mélodieux, surtout moins servile copiste des expressions homériques que Coïntos, dont la simplicité, eu travaillant à se rendre primi tive, n'a pu s'exercer dans le quatrième siècle, sans paraître souvent dure, raboteuse, et trop empreinte d'archaïsme. Je ne ferme point cependant les yeux, par une sorte d'opposition systématique, au mérite spécial de ce continuateur de l'Iliade, qui, sans préambule, sans invocation à la Muse, sans expo sition de son sujet, tous accompagnements obligés de l'épopée, prend le récit où Homère l'a laissé, comme Mafféo Vegio, l'Italien, a allongé l'Enéide, et Th. May, l'Anglais, la Pharsale. Je conviens que la diction de Coinlos est parfois énergique, ornée même, et je reconnais qu'il a du moins un certain avan tage sur le poëte que je crois son prédécesseur, dans les comparaisons, charme et diversion de l'épopée, qu'il prodigue, tandis que l'auteur des Dionysiaques les a beaucoup trop menagées, à mon sens. Faut-il l'avouer et risquer le paradoxe? de tous les écrivains issus de l'école poétique d'Alexandrie à sa seconde époque, celui qui me semble le plus incontestablement rapproché de Nonnos par l'agr, comme par les manières, les vertus ou les vices du style, c'est Claudien: mais, comme les œuvres qui nous restent de lui sont presque exclusivement la tines, je n'ai que peu de choses à en dire ici, si ce n'est pour regretter ses descriptions en vers grecs de Nicée et de Béryte. Si elles nous étaient parve nues, elles auraient pu, ne fût-ce que par la con frontation, jeter quelques lumières sur la date des Dionysiaques, où sont traités les mêmes sujets. Je ferai observer seulement que les parures exotiques dont certains Aristarques lui reprochent la profa sion, peu convenable, disent-ils, au dialecte latin, se trouvent mieux placées dans l'idiome hellénique, car l'ampleur orientale se prête à toute l'abondance des images. Claudien et Nonnos ont cherché l'an et l'autre à rehausser par la richesse des couleurs, et des expressions trop constamment élevées pour n'être pas outrées quelquefois, les thèmes de la po litique ou de la Fable. Tous les deux, trop partisans d'une fausse grandeur, sons une diction facile et harmonieuse, mais parfois monotone, ont déve loppé jusqu'à l'excès la fantaisie d'un esprit orné, fécond, avec plus d'énergie, de verve et de pré tention au sublime chez le Latin, avec plus de douceur, de sentiments et d'abus de langage chez le Grec. Je ne sais ce que l'avenir réserve à Nonnos, s'il parvient jamais à être lu attenti

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vement; mais certes ce n'est pas un mérite mé diocre pour Claudien, originaire de l'Egypte, d'avoir su manier une langue étrangère de façon à se faire un nom parmi les poētes héroïques de Rome, trois siècles après Stace, le dernier d'entre eux, et d'a voir obtenu qu'une statue dressée dans le forum de Trajan, par un sénat même servile, ait perpétué sa mémoire. Après Claudien, on pourrait encore citer Ausone parmi les contemporains de Nonnos, plutôt pour ne rien omettre que pour les comparer. Ausone a certes autant d'érudition et d'esprit que le poëte de Panopolis; mais cet esprit tient beaucoup plus des saillies attribuées vulgairement à l'influence des rives de la Garonne où il était né, que des bords du Nil où semblait s'être réfugiée l'in telligence, fuyant devant l'invasion des Visigoths. Cependant si mon compatriote n'était parfois `obscur, j'aimerais à lui ſaire hommage de cette ro marque de Cicéron: «La négligence d'un écrivain ‹ qui est en travail des choses plus que des mots, ne manque pas de grâce › Son style est tourmenté, difficile, et de temps en temps dur au tant que celui de Nonnos est harmonieux et cou lant. Ils out cela de commun, qu'on peut douter de l'an et de l'autre s'ils étaient chrétiens. En ce qui touche Ausone, on l'affirmerait quand on lit ses éphémérides, on pourrait le nier quand on parcourt ses épigrammes et ses centons. Mais, sur ce point, pour nos deux poêtes tout est conjecture; et quand à cette même époque tant de ténèbres recouvrent pour nous cet Occident où arrivait la lumière, faut-il s'étonner qu'on ignore ce qui se passait à la limite de l'Ethiopie d'où elle allait se retirer? Pour tout concilier, il y aurait lieu de croire que, comme Nonnos, Ausone fut, suivant l'expression de saint Grégoire de Nazianze, en gagé d'abord dans les voies de l'erreur, puis disciple fidèle et zélé du Christ › Et à celle époque, comme dans les révolutions qui l'ont suivie, il en fut ainsi de beaucoup d'homines de cœur et de talent, qui demandèrent à la seule religion cou solatrice un abri contre les désordres et l'avilisse ment de leur siècle, et qui, après avoir été paiens ou esprits forts, termes devenus synonymes, ont fini par être sincèrement chrétiens. la suite des contemporains reconnus ou con testés de Nonnos, encore un mot d'un poëte son ami, j'ai presque dit d'un émule de ses recherches Nee ingrata negligentia hominis de re, ma gis quam de verbis, laborantis. (Cic., de Orat., S. Grég., Poême sur sa vie, vers 35. Dans l'Histoire du Bas-Empire, parfois diffuse et incorrecte, à côté de ce jugement sur Synèse Ecrivain pur, élégant, ingénieux, mais un peu ‹ trop chargé de métaphores... Dans le langage chrétien, il conserva, pour ainsi parler, l'accent du paganisme, › on lit cette appréciation de Nonnos Les ouvrages de Nonnos, postérieurs à Théo littéraires et de sa conversion religiense, qui lui survécut, si je ne me trompe, et fut son élève. Oui, dans ce Synèse, l'illustre Africain descendant d'Hercule, qui, d'abord épris des idées mytholo giques et des beaux génies de la Grèce, sut porter la vérité au pied du trône du faible Arcadius, puis devint évêque de Cyrène, sa patrie, pour la défendre par son courage et l'honorer par ses écrits, je vois encore une image et un disciple de Nonnos, qu'il admirait et dont il a dù connaître la vieillesse; car jusque dans ses hymnes où la parole platonicienne exprime la sublime métaphy sique du christianisme, où l'ïambe anacréontique est consacré à la louange de l'Être un, Dieu prin cipe, le pieux évêque semble avoir profité de la méthode perfectionnée de Nonnos, et montre une sorte de reflet de l'élégance et de l'euphonic de l'hexamètre, que le poète de Panopolis venait d'i naugurer L'un des traits caractéristiques de cette sorte de renaissance égyptienne, que j'appellerais volontiers la quatrième et dernière phase de la littérature grecque antique, c'est son respect profond pour ses prédécesseurs. Et ce n'est pas seulement à l'ère homérique ou au siècle de Périclès qu'elle porte en hommage son admiration et ses emprunts; c'est encore à l'école poétique qui parut avant elle à Alexandric. Il semble, en effet, que plus elle s'éloigne par l'affectation de l'idée et la parure exagérée du style, de la simplicité héroïque de l'âge primitif, ou de la dignité de la grandeur de l'âge civilisé, plus elle les vénère et y cherche soigneu sement ses modèles. Ce n'est point à ses propres annales déshonorées par des révolutions humi liantes et souillées par tant de servilités, qu'elle va demander ses inspirations ou la lumière; elle remonte sans cesse vers son passé, se nourrit de Ja gloire fabuleuse ou historique de la Grèce; et il faut lui savoir gré de ne pas s'être aveuglée sur son propre mérite, et d'avoir su recourir, même quand elle les imite de si loin, aux véritables types du beau. C'était là, si je ne me trompe, le symptôme d'un penchant à lutter contre la décadence et contre l'envahissement du mauvais goût; car il appartient surtout aux esprits supérieurs de se défier d'eux mèmes et de confesser noblement tout ce qu'ils doivent à leurs devanciers. Le plus original des génies modernes a dit: «Nous ne saurious aller plus loin que les anciens; ils ne nous ont en vers dose, non plus que quelques romans ‹ grecs, sans goût et sans génic, ne méritent pas d'être mis au nombre des productions de ‹ l'art. > - On pourrait s'étonner de cette sévé rité de Lebeau, si l'on ne remarquait qu'il écrivait en 1762, dans la seconde époque des ténèbres qui se firent autour de Nonnos. Et sans doute l'hisi riographe n'avait jamais lu ni les Dionysiaques ni les romans en vers grecs qu'il place entre les deux Théo dose, quand les seuls qui nous restent appartien nent au douzième siècle.

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laissé pour notre part que la gloire de les bien ‹ suivre (1)., Emprunts de Nonnos. Ses imitations. Les Bassa riques de Dionysos. Les poemes indiens. Comme la memoire chez Nonnos domine l'in vention, je n'irai pas sans doute, pour faire hon neur à la seconde de ces facultés aux dépens de l'autre, nier qu'il n'ait mis en œuvre les traditions fabuleuses de ses prédécesseurs. Quelle fiction, produit de sa pensée, aurait-il pu glisser avec bonheur ou convenance dans la mythologie, au quatrième siècle de l'ère chrétienne? J'ai cru inutile de suivre en ceci l'exemple de quelques abréviateurs allemands, et de rechercher, une à une, les sources archéologiques où il a puisé ses légendes; je n'indiquerai plus tard que les princi pales. On l'accuse surtout d'avoir mis à contribu tion les Bassariques d'un certain Dionysos; mais, puisqu'on ne connaît ni l'époque, ni la patrie, ni mėme suffisamment le nom de cet auteur confondu peut être avec celui de son héros, on n'a pas bien établi encore lequel de ces deux chantres de Bac chus a inspiré l'autre. Au reste, je serais assez porté moi-même à céder à Dionysos, dit le Samien, les honneurs du pas, et ce ne serait pas faire un grand tort à Nonnos; car les Bassariques ne nous sont parvenues qu'à l'état de vers isolés, ou même d'hémistiches frustes, échappés pour la plupart des citations d'Etienne de Byzance. Leur mérite est purement ethnographique, et ne saurait donner aucune idée précise du plan ou de l'exécution de l'ouvrage. ‹ Ces Bassariques, › dit le colonel Wilford contenaient l'histoire de la grande guerre in. dienne, Maha-Barata, écrite en vers grecs. Elle est perdue; mais, à la vue du petit nombre de fragments qui en restent, il paraît que cette œuvre était à peu près semblable aux poêmes de Nonnos; les Dionysiaques, ajoute-t-il, remplacent les lacunes du Maha-Barata sanscrit. › Sir W. Jones pensait autrement sur les Diony siaques, bien qu'il fût disposé à les rapprocher d'une autre composition indoue, le Ramayana; il ne doutait pas qu'une confrontation suivie des deux poēmes n'établit l'identité de Bacchus avec l'un des plus anciens héros de l'Inde, Rama. Ce double système a été combattu par II. Wil son. Tout en reprochant à ses adversaires d'avoir lu seulement une moitié des Dionysiaques, celui-ci confesse qu'il les a parcourues à la håte, seulement pour se former une idée générale des détails méthode commode, et qui s'est perfectionnée de nos jours, en ce qu'elle dispense même de feuille ter; elle consiste maintenant à lire soigneusement la table des matières ou l'intitulé des chapitres après quoi, le livre est jugé. La Fontaine, Note sur la fable 15 du liv. I. Malgré son rapide examen, M. Wilson établit victorieusement, ce me semble, qu'il n'y a, entre les poemes indous et les Dionysiaques, nulle res semblance, pas plus dans les héros, leurs noms ou leurs attributs, que dans le cours des événe ments. Il est moins heureux lorsqu'il cherche à retrouver dans la géographie moderne les villes et les peuplades du dénombrement indien, au chant vingt-sixième; et cela tient en partie à ce que les noms cités par Nonnos ont été presque tous dé. figurés ou grécisés par le copiste des Diony siaques. Je me récuse tout à fait en présence de ce point litigieux, et me retranche derrière ma complète ignorance du sanscrit; il est néanmoins difficile de croire que la Grèce, qui connaissait si mal les Indes avant comme après l'expédition d'Alexandre, ou l'Egypte mênie, à qui le commerce n'en apportait que des notions, soit imparfaites, soit exagérées, eût résolûment pénétré alors dans cette mystérieuse littérature indoue, tout récemment dévoilée à nos regards. La Grèce, il ne faut pas l'oublier, a fail remonter sa génération aux Phéniciens et aux Egyp tiens, et prétendait avoir répandu, à son tour, la lumière dans les Indes, à l'aide des exploits d'Hercule, et mieux encore des triomphes de Bac chus,le génie civilisateur par excellence; mais elle ne gardait pas le souvenir primitif des bords du Gange, et ses traditions historiques présentent bien peu de vestiges distincts d'une originė indienne. D'un autre côté, le peu que j'ai lu des poēmes indiens antiques, à travers les traductions fran çaises ou anglaises, me persuade que la poésie sanscrite, si elle entasse les faits et exagère les images, simplifie pourtant le style et ménage lcs figures et l'épithète. Il n'y a pas en elle la confu sion bizarre et le luxe de coloris qui rayonne in cessament dans la poésie arabe ou persane. Sa har diesse est dans l'imagination; mais l'expression est presque toujours claire et naïve, même dans les tableaux les plus fantastiques; on retrouverait mal dans Nonnos ces caractères des vieilles épopécs indoues. Nonnos, en résumé, est essentiellement imitateu:, mais imitateur à sa manière; il affaiblit quelquefois ses modèles, mais c'est en essayant de les rajeunir. Il est sans doute un grand fabricant d'épithètes: il les forge, il est vrai, de plusieurs métaux, et sa fusion s'étend même parfois jusqu'au verbe; mais il ne se sert jamais de ces adjectifs de remplissage, de ces surnoms tout faits, ou de ces attributs in variables consacrés et reçus dans le glossaire poé tique: il emprunte à Homère des locations ou des hémistiches proverbiaux; mais, d'abord, le fait se produit rarement; et quant aux épithètes, loin de les puiser dans l'Iliade et l'Odyssée, loin même d'adop ter celles des autres poëtes qu'il a imités aussi, il Asiatic Researches, Calcutta, tom. IX.

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se fait une loi de les éviter partout, d'en produire un équivalent de sa façon, ou plutôt alørs de com poser un terme nouveau pour mieux exprimer sa pensée: tel est son procédé habituel, et il en ré suite que l'étude de sa poésie est un excellent exer cice d'helléniste. Pour mon compte, ma traduction m'a tellement initié aux secrets de la versification grecque et a meublé ma mémoire de tant d'expres sions épiques, que la lecture des grands poētes m'est devenue désormais bien moins laborieuse, et par conséquent bien plus deuce. Plan et caractère de l'épopée de Nonnos. En général, les chantres des actes héroiques et des merveilles d'un culte expirant, qui, dans cette décadence avancée, ont cherché à lutter avec les armes de la mythologie contre le christianisme, soit que, comme ceux-ci, ils aient tenté d'exhausser leur théogonie décrépite sur les débris de leur Olympe, tandis que Synèse plaçait déjà le siége de la religion nouvelle par delà tous les cieux; soit que, comme Palladas et Paul le Silentiaire, ils aient mis au service d'une morale empreinte déjà du dogme chrétien l'érudition de la Fable et les der nières élégances du langage hellénique: tous ces Grecs, dis-je, païens encore, sceptiques, ou chré tiens déjà, étaient sortis des mêmes écoles qui virent naître les vers naifs et fleuris de saint Gré goire de Nazianze, l'élégant créateur du genre des méditations poétiques et religieuses que Lamartine a portées si haut de nos jours; et ils saluaient un guide et un modèle dans ce même Nonnes, qui, à cette grande époque de rénovation, avait conduit sa muse au Parnasse comme au Calvaire, et puisé aux deux sources: car, nous ne saurions trop le redire avec ses juges de l'Allemagne moderne, il avait dans les Dionysiaques, comme dans la Para phrase de l'Evangile, porté la forme artistique du rhythme à sa perfection; et, s'il déparait parfois l'idée par une emphase excessive, il devait du moins à la mélodie et au poli de son style une vé ritable originalité. Que de peine prise pour un poête d'un siècle inférieur après tout! et quel dommage que les vingt six mille vers de Nonnos nous soient restés en deux poēmes, lorsque tant de tragédies de Sopho cle et toutes les comédies de Ménandre ont disparu! Sans doute, la compensation n'est pas satisfaisante et nos regrets demeurent irréparables; mais s'en suit-il que, par un respect exclusif pour les mattres de l'art antique, il faille laisser languir dans l'oubli leur trop tardif et leur dernier imitateur? L'auteur de tant d'hexamètres harmonieux, ou, si l'on veut, le collecteur de tant de mythes poétiques, de tant de tours de phrase élégants, doit-il périr inconnu, parce que ces tours et ces phrases se sont quelque fois chargés d'exprimer des pensées recherchécs, disons mieux, le précieux ridicule de son siècle? Si l'on ne veut pas considérer les Dionysiaques comme une épopée, pourquoi ne pas y voir, sous une enveloppe religieuse et mythologique toutefois, un de ces romans primitifs, contemporains ou pré décesseurs des Erotiques d'Héliodore, plus fertiles en épisodes et en digressions, semblables peut-être aux romans rimés qui usurpent depuis quelques années le nom de poëmes; enfin, un long drame versifié, s'éloignant par sa nature sacrée et natio nale des contes Milésiens, et rachetant par la belle fabrique des vers, et le ton soutenu de la diction, la mythologie surannée du sujet? Non, il n'y a point chez Nonnos, ainsi qu'on a pu le dire, plusieurs poèmes en un seul; il a une méthode exacte, un plan bien conçu, tracé sans confusion, suivi sans désordre. Il a mis en action et en préambule ce qui ailleurs est en récit, voilà tout. Avant de montrer le Dieu bienfaiteur, il fal lait expliquer de quel chaos sa puissance allait faire sortir le monde. De là, au début, la lutte du bien et du mal, ou de Jupiter contre Typhée; puis les essais de Cadmus, qui, suivi d'llarmonie, porte au sein de la Grèce le culte et les arts de la Phénicie et de l'Egypte. Après Zagrée, disparu dans la conju ration des Titans, sccond effort de l'élément mal faiteur, paraît enſim le grand Bacchus, Bacchus le Thébain, le génie civilisateur engendré par la fon dre; il échappe à la demeure d'Athamas, à la ja lousie de Junon, et grandit à côté de la mère uni verselle, Rhéa. Puis le dieu dompte les monstres fléaux de la terre, assouplit son corps aux exercices auxiliaires des combats, et crée la vigne, arme pa cifique et conquérante. Bientôt il rassemble de tous les points du monde et recrute dans les rangs des races divines une armée immense; il part à sa tête pour asservir les Indes, par le même chemin que prit Alexandre. Viennent alors les journées du lac Astacide et des défilés du Liban, qui sont pour Bacchus les batailles d'lpsus et du Granique: on suit lentement la marche envahissante de la vigne dans ce pompeux itinéraire du fond du golfe de Nicomédie jusqu'aux rives de l'llydaspe à travers les embûches eunemies, ou l'hospitalité de la chau mière et du palais. Dans les Indes, la guerre se dé veloppe avec toutes ses péripéties, les avantages, les défaites, les revers, les surprises et les stratagèmes. Enfin Bacchus l'emporte, et il constitue son culte et son empire chez les peuples de l'Orient indien. Dès lors, il revient aux bords de la Méditerranée, où il n'a plus d'autre armée que son cortége habi tuel; il visite, chemin faisant, Tyr, la patrie de son aïeul Cadmus, comble de ses dons la brillante Béryte et les vallées du Liban; puis, traversant la Cilicie et la Lydie, il porte en Europe son in fluence et ses bienfaits, descend de l'Illyrie et de Voir mes traductions et notes des épigrammes de Palladas. (Epis. littér. en Orient, t. II.)

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la Macédoine vers Thèbes, où il est né, et où sa divinité et son pouvoir se manifestent par le châ timent d'un roi incrédule; il initie bientôt Athènes à ses mystères, console à Naxos une amante dé laissée, car il possède l'art de sécher les larmes et de caliner les douleurs. Ensuite il lutte contre son éternelle ennemie Junon au sein d'Argos, centre terrestre de la puissance de la reine des dieux, dompte les géants de la Thrace ou les monts infer tiles, sounet Pallène, ou son sol, rebelle à la cul ture; revenu en Phrygie, domaine de sa nourrice Cybèle, d'où il est parti, il y combat les insalubres émanations des airs qu'il adoucit, et quitte enfin la terre pour occuper un trône dans l'Olympe, au sein des immortels. Tout cet ensemble, on en conviendra, ne man que ni de grandeur ni de liaison. Ce n'est pas, sans doute, l'unité de lieu ni la courte durée de l'Iliade, tableau le plus parfait et le mieux ordonné des querelles des dieux et des héros. Les Dionysia ques se rapprochent bien davantage de l'Odyssée, peinture si touchante et si variée des traverses de la vie humaine, ou de son immortelle continuation, le Télémaque. Conclusion. Ainsi donc, cette traduction si longue et parfois si difficile, je ne puis regretter de l'avoir entreprise. Je reconnais, et c'est peut-être mon excuse, que je n'avais pas, pour me soutenir et m'encourager dans mon labeur, l'enthousiasme qui excite et le feu qui anime les interprètes des épopées d'Homère. Mon principal stimulant était la curiosité. En imi tant ces formes d'un style presque toujours tem péré et qui offrent peu de prétexte aux fortes émo tions du cœur, en analysant ces vers spirituels, nombreux, brillantés d'images, tels que la déca dence ou l'épuisement d'un idiome en produisent, mais en même temps dépourvus de l'énergie du début ou de l'apogée, je n'avais devant l'esprit, au lieu d'éclatantes lumières, que le reflet du coloris poétique. Eh bien! je pousse si loin l'entêtement dans mes illusions littéraires, qu'il me suffirait d'avoir fait reculer sur un seul point les limites de nos connais sances mythologiques, ou diminué d'un seul as saillant le nombre des adversaires de Noanos, pour me féliciter d'avoir pris les armes en sa faveur, et mené à fin ma périlleuse entreprise. Après tout, l'art de noircir la blancheur du papier a-t-il donc été inventé seulement pour défaire les réputations, égarer les jugements, perpétuer les préventions, ou, si l'on veut, pour défendre à tout homme réputé profane, même sans examen, les abords du temple des lettres et des sciences? Ne puis-je, à mon tour, charger mes feuillets (d'encre pour réhabiliter une renommée, aplanir l'accès du Parnasse, et y relever un autel détruit? Enfin lorsque, au sein de cette région de notre bruyante capitale, où fleurissent en paix les étu des, j'ai vu, sur la façade de la bibliothèque qui partage avec le Panthéon le nom de la sainte pro tectrice de Paris, comme le Panthéon des faux dieux se cache à Rome sous le nom de Sainte Marie de la Rotonde; quand j'ai vu, dis-je, Nonnos reluire en lettres d'or au soleil parmi les plus grands écrivains de tous les siècles, j'ai conçu le projet de l'arracher au sommeil dont il dort sur des rayons poudreux encore de l'autre côté de ce mur rajeuni; et j'ai tenté de le dégager de la rouille des temps. Sauver des ténèbres un monument de cette belle langue qui fut la mère de la civilisation, et fit entendre, pendant douze cents ans, les plus nobles accents de la gloire et de la liberté, c'est, je l'ai cru du moins, concourir à honorer la pensée bu maine et à affranchir l'intelligence.

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